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Santé Tropicale

La cigarette, cause de vingt cinq maladies mortelles - Le Matin - Maroc - 30/05/2005
Journée mondiale sans tabac : les statistiques prédisent le décès d'un fumeur sur six d'ici 2030
Il n'est jamais trop tard pour bien faire…. Si vous êtes fumeurs, il ne serait pas malvenu de profiter de la journée mondiale sans tabac, célébrée aujourd'hui à travers la planète, pour essayer d'arrêter de fumer, cette fois-ci est peut être la bonne ? Par ce geste vous pouvez contribuer à renverser la tendance et juguler l'épidémie de tabagisme qui fait des ravages dans la population mondiale particulièrement dans les pays en développement. 1,3 milliard de personnes à travers la planète s'adonnent au plaisir destructeur de la petite bouffé. Parmi ces fumeurs 4,9 millions meurent chaque année suite aux maladies liées à la consommation de tabac.

D'ici à 2030, les instances sanitaires prévoient le décès d'un fumeur sur six dans le monde, par an. Or, cette épidémie n'est pas due à un virus ou une bactérie tueuse. Elle est causée par la recherche du profit et entretenue par l'industrie du tabac qui gagne beaucoup d'argent à vendre en masse des produits nocifs pour la santé. Des produits qui sont la cause de plus de 25 maladies toutes mortelles (cancers, bronchites, accident vasculaire cérébral ..., et j'en passe). Il s'agit d'un ennemi que les gens s'imposent eux mêmes, menaçant ainsi leur santé et leur vie. Pourtant, ils n'ignorent plus les méfaits effroyables du tabac et la plupart d'entre eux veulent arrêter sans pouvoir y parvenir.

Les spécialistes précisent qu'il n'est pas facile d'arrêter de fumer du jour au lendemain. Nous savons tous que la nicotine est une substance puissamment toxicomanogène, et nous avons tous connu dans notre entourage, des gens qui ont essayé d'arrêter pour finalement recommencer au bout de quelques mois. La cigarette contient des produits qui créent une forte dépendance. D'ailleurs, les industriels du tabac l'ont conçue pour mettre en échec tout effort visant à abandonner cette mauvaise habitude.
Donc, arrêter de fumer n'est plus une question de choix pour la majorité des fumeurs. Cela suppose au contraire, un combat pour vaincre la dépendance. Ce combat ne peut être gagné que si les fumeurs sont motivés. Ils doivent savoir que depuis le début du siècle, époque à laquelle les cigarettes deviennent à la mode, les nombreux fumeurs qui ont renoncé au tabac ont considérablement réduit le risque de décéder suite aux maladies liées au tabagisme. Se détacher de la cigarette comporte pour la santé à la fois des avantages immédiats et des retombées positives à long terme. C'est bénéfique quelque soit l'âge auquel on renonce, quelque soit l'ampleur de l'atteinte à la santé et quelque soit la quantité de tabac consommée.

Effectivement, en cessant de fumer, on a beaucoup à gagner. Par exemple, au bout d'un an, le risque de cardiopathie coronarienne diminue de 50% et au bout de 15 ans, le danger relatif encouru par l'ancien fumeur de succomber à cette même pathologie est voisin de celui d'un non fumeur. Autre exemple, après dix ans à quatorze ans de sevrage, le risque de décès des suites d'un cancer devient presque égal à celui auquel les personnes n'ayant jamais fumé sont exposées. Le risque de faire un cancer de poumon, une pneumo-bronchopathie obstructive chronique ou un accident vasculaire cérébral décroît également, mais plus lentement. Comment arrêter donc ?
La question taraude plusieurs fumeurs qui désirent finir avec ce «vice». Très «accros» à leurs cigarettes, ils ont du mal à s'en abstenir. Pour eux, la cigarette est un soutien moral et antidéprime …

La peur de ne plus avoir le moral, de grossir ou simplement s'énerver, constitue une entrave au sevrage, souvent difficile à franchir. C'est la raison pour laquelle il faut se faire aider par un professionnel de la santé. D'ailleurs, cette année l'OMS associe ces professionnels à la lutte contre le tabac car ils ont un rôle décisif. " Ces derniers sont en effet en contact avec un pourcentage élevé de la population cible et ils ont l'occasion d'aider les fumeurs à modifier leur comportement. Ils peuvent aussi donner des conseils et des réponses aux questions relatives aux conséquences du tabagisme et donner l'exemple en s'abstenant de fumer ", affirme l'Organisation mondiale de la santé à l'occasion de cette journée.

Des études ont montré qu'une simple consultation auprès des professionnels de la santé sur les dangers du tabac et sur l'importance d'arrêter de fumer est l'une des méthodes les plus efficaces pour réduire la consommation de tabac. Pour arrêter, la volonté est également un facteur prépondérant. Il faut le décider de manière ferme et irrévocable. Pour cela, le fumeur ne peut compter que sur lui même.
Une fois la résolution prise, le soutien du spécialiste est nécessaire, non seulement pour cesser de fumer, mais également pour prévenir la rechute. Espérons que beaucoup de fumeurs prendront la décision d'arrêter à l'occasion de cette journée.

5 millions de vies partent en fumée
* Plus de 90 % des cas de cancers recensés au Maroc sont causés par le tabac qui tue actuellement 5 millions de personnes par an parmi 1,3 milliard de fumeurs de par le monde. Avec ces dégâts, le tabagisme est de loin la plus grande et la plus grave toxicomanie qui affecte l'humanité.
* Le tabagisme pourrait faire 10 millions de morts par an d'ici à 2020 dont 70 % dans les pays sous-développés, avertit l'OMS.
*Le Tabac consommé sous forme de préparations, (tabac à pipe, à rouler, cigarettes et cigares, à priser, à chiquer), diminuerait l'espérance de vie d'une personne de 10 ans en moyenne.
En inhalant une cigarette, la nicotine, dont cinq gouttes suffisent pour tuer un chameau, passe rapidement dans le sang et ne met que quelques secondes pour atteindre le cerveau. Elle agit sur les parois des artères en entraînant à long terme l'athérosclérose.
*Les substances contenues dans le tabac entraînent les cancers ORL et des poumons, les maladies de la vessie, de la peau et du cuir chevelu, de l’oeil, l'infarctus du myocarde, l'insuffisance cardiaque, l'artérite, l'anévrisme de l'aorte et les accidents vasculaires cérébraux...Selon les spécialistes, le tabac favorise la survenue de céphalées, de troubles de la mémoire, de nervosité, de tremblements, modifie l'état de vigilance, provoque l'impuissance sexuelle partielle ou totale. Il est la cause de la moitié des décès prématurés et des fausses couches, le tout avec un coût social et économique très dur.
*84 % des fumeurs, de par le monde, vivent dans les pays en développement.
Au Maroc, 34 % des hommes âgés de 20 ans et plus sont fumeurs et seulement moins de 1 % des femmes fument.
*Selon des statistiques établies en décembre 2004 par le groupe "Altadis" les femmes représenteraient 3,3 % des fumeurs marocains, soit un total de 132.000 fumeuses, dont la moitié sont âgées de 35 ans.
*Les chiffres de l'OMS montrent que sur un échantillon de 11.000 personnes (médecins 70%, médecins dentistes 6%, infirmiers 13% paramédical 11%) dans cinq pays du Moyen-Orient, 23 % d'entre eux fument.
*L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a attribué son prix annuel (2005), décerné à l'occasion de la célébration le 31 Mai de la journée mondiale sans tabac, au Marocain Mohamed Bartal, indique lundi un communiqué du Bureau du représentant de l'OMS au Maroc.
"Cette distinction lui est remise en reconnaissance de sa contribution à la lutte contre le fléau que constitue le tabagisme. Elle est aussi une consécration de son action associative ainsi que de son parcours professionnel dédié à la promotion de la santé de ses concitoyens", ajoute la même source.
• M. Bartal, actuellement président de la société marocaine d'Allergologie et Immunologie clinique et président de la "Maison de l'Asthme", est spécialiste en maladies respiratoires. Il a exercé dans plusieurs hôpitaux, enseigné dans les facultés de médecine et occupé plusieurs postes de responsabilité au sein d'institutions médicales et universités marocaines.

Souad Ghazi

Lire l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=48304

Pr Abdelkrim Bahlaoui : «Le rôle du médecin est décisif dans la bataille contre le tabagisme» - Le Matin - Maroc - 30/05/2005

Le Pr Abdelrim Bahaloui est chef du service des maladies respiratoires à l'hôpital Ibnou Rochd à Casablanca. Il enseigne également à la faculté de médecine et de pharmacie. Il nous entretient sur le rôle des professionnels de la santé dans la lutte contre le tabagisme.

Le Matin : Quel rôle doit jouer le médecin dans la lutte contre le tabac ?

Professeur Abdelrim Bahaloui : Avant de répondre directement à la question, permettez-moi de rappeler que le tabagisme est une toxicomanie qui tue «à petit feu». Elle est responsable de plus de 4 millions de décès par an. Selon l'OMS, le tabac est responsable de plus de 62 millions de décès depuis 1950 et selon la banque mondiale, plus de 500 millions de personnes vivant aujourd'hui mourront prématurément à cause du tabac. Le tabac entraîne la mort de 6 personnes chaque minute. C'est un phénomène social qui touche toutes les couches sociales, il touche aussi de plus en plus les femmes et les enfants.
Votre question vient au bon moment car cette année l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met l'accent sur le rôle primordial et décisif joué non seulement par le médecin, mais par tous les professionnels de la santé dans la lutte antitabac. Ces derniers sont en effet en contact avec un pourcentage élevé de la population fumeuse et ils ont l'occasion d'aider les fumeurs à modifier leur comportement. Ils peuvent aussi donner des conseils et des réponses aux questions relatives aux conséquences sanitaires du tabagisme et donner l'exemple en s'abstenant de fumer.
Donc le rôle que doit jouer le médecin, quelle que soit sa spécialité, se situe à plusieurs niveaux dans la lutte contre le tabagisme : créer dans les lieux de son travail un environnement et une ambiance sans tabac (documents, affiches, prospectus et pas de cendriers dans les bureaux et les salles d'attente).
Et pour cela, il faut sensibiliser son personnel administratif ou professionnel à l'intérêt de la lutte contre le tabac, interroger directement les patients sur les habitudes tabagiques et les habitudes tabagiques de leurs l'entourage et ce quelle que soit le motif de consultation, informer les patients (fumeurs ou non fumeurs) sur les dangers du tabac.

Le Matin : Un médecin est-il suffisamment motivé pour jouer ce rôle ?

Professeur Abdelrim Bahaloui : Question un peu difficile si on la généralise, car normalement et ce dans n'importe quel domaine, une personne motivée doit donner le bon exemple !
Si on se réfère aux enquêtes réalisées dans notre pays entre 1984 à 1999 par notre équipe sur le tabagisme des médecins, on constate qu'il y'a un pourcentage non négligeable de médecins qui fument. Dans ces mêmes études, on constate que le tabagisme des médecins diminue avec l'âge, que les chirurgiens fument plus que les autres, et que le pourcentage des fumeurs parmi les médecins a nettement diminué.
Les enquêtes réalisées chez les étudiants en médecine, donc de futurs médecins, sont très encourageantes.
Le tabagisme chez les étudiants en médecine à Casablanca passe de 39% en 1981 à 12% en 2002. Ce qu'il faut signaler c'est que le médecin d'une manière générale est motivé pour jouer son rôle d'acteur très actif dans la lutte contre le tabagisme.
Généralement, un médecin qu'il soit fumeur ou non conseille toujours à ses patients fumeurs d'arrêter de fumer. Le « conseil minimal» est pratiquement toujours donné.

Le Matin : Quels sont les atouts dont doit disposer un professionnel de la santé pour participer à la lutte contre le tabagisme ?

Professeur Abdelrim Bahaloui : Les principaux atouts doivent êtres d'abord, le bon exemple et la motivation, mais ces deux atouts ne sont pas, à mon avis suffisants pour jouer un rôle efficace dans la lutte contre le tabagisme, il faut une formation dans ce domaine. Cette formation, demandée par les médecins eux-mêmes, doit permettre d'assurer une formation du plus grand nombre possible de médecins à la prise en charge du tabagisme dans la pratique quotidienne.
Ailleurs, cette formation est actuellement organisée dans le cadre de diplôme universitaire de tabacologie pour la formation de médecins tabacologues. La formation s'étend aux médecins généralistes, puisqu'ils sont théoriquement les premiers en contact avec les patients. Au Maroc, cette formation (diplôme de tabacologie) n'est pas encore organisée, mais des ateliers de formation sur «l'aide au sevrage tabagique» sont organisés dans les congrès des sociétés savantes et dans le cadre des associations.
Il existe actuellement au niveau du Centre Hospitalier Ibn Rochd des consultations d'aide au sevrage tabagique, une au service des maladies respiratoires de l'hôpital du 20 août (Service du professeur Zoubida Bouayad) qui a déjà un recul de plus de deux ans, et une au service des maladies respiratoires de l'hôpital Ibn Rochd (service du Professeur Abdelkrim Bahlaoui) ouverte depuis plus de six mois.

Le Matin : Comment arrêter non seulement de fumer, mais aussi d'en finir avec la cigarette ?

Professeur Abdelrim Bahaloui : La réponse à cette question nécessite un peu plus de temps et d'espace, je la résume en précisant tout d'abord qu'il n'y a pas de «technique» ou de «recette» mais une prise en charge globale.
Cette prise en charge fait appel à plusieurs moyens dont l'application et l'association varient d'un fumeur à un autre. Parmi ces moyens, il y a l'information, car il faut savoir qu'un nombre non négligeable de fumeurs ont arrêté de fumer sans consulter grâce à l'information sur les dangers du tabac par les medias, qui font connaître par exemple les maladies liées au tabac. Puis il y a la prise en charge des dépendances, la dépendance nicotinique (grâce à des tests) c'est à dire prescription de substitution nicotinique sous forme de timbre, de gomme, d'inhaleur ou de pastille sub-linguale et la dépendance comportementale : prise en charge psychologique, thérapies comportementales, psychotropes…
Il faut prendre en compte également les réponses aux questions et aux inquiétudes du client lies au choix de la date d'arrêt, l'arrêt brutal ou progressif, l'apparition de symptômes, confort, et surtout prise de poids… Et puis enfin, le soutien et l'éviction des rechutes, car près l'arrêt du tabac, le rôle du médecin est encore plus important, pour soutenir le client le rassurer, lui expliquer que les éventuels symptômes sont transitoires.

Le Matin : En effet, le principal ennemi du sevrage est la rechute. Quelles en sont les causes ?

Professeur Abdelrim Bahaloui : Quand un fumeur est convaincu ou satisfait, il passe par plusieurs stades selon un cycle connu des tabacologues :
1 : il est convaincu de la nécessité du sevrage, il envisage d'arrêter.
2 : La décision lui revient, il décide d'arrêter.
3 : il essaie, il choisit une date et il arrête après une bonne préparation.
4 : il réussit et ne recommence pas, c'est exactement dans cette phase où le soutien de l'entourage et surtout du médecin, un soutien psychologique et éventuellement médicamenteux.
5 : la rechute est possible.
Dans cette phase, le médecin doit positiver la rechute, sans la dramatiser et conseiller au fumeur d'envisager une fois de plus d'envisager d'arrêter de fumer.
Les principales causes des rechutes sont à mon avis la mauvaise préparation du fumeur à l'arrêt qui peut être une conséquence d'un manque de conviction. Les autres raisons sont secondaires et sont toutes surmontables, à savoir : maux de tête, nervosité, sensations de manque inconfort, défaut de concentration et surtout, prise de poids. Donc en respectant un certain nombre de règles, les rechutes peuvent êtres prévenues.

Conseils aux fumeurs qui veulent arrêter
La décision de l'arrêt revient au fumeur, ainsi que le choix le date de l'arrêt (à ce sujet, on conseil au fumeur de choisir un événement, par exemple son anniversaire ou celui d'un être cher à lui, d'un événement sacré par exemple le mois de ramadan…).
- Informer tous les proches et les amis de l'arrêt définitif de la cigarette. Cette notion qui parait banale, a un double intérêt : le fumeur " s'engage " non seulement vis-à-vis de lui-même et son médecin, mais également vis-à-vis de son entourage. L'information " empêche " l'entourage de lui " offrir " un jour une cigarette. Cette dernière risque d'être le point de départ d'une rechute.
- Eviter de remplacer la cigarette par le grignotage (gommes sucrées, sucreries) qui fait grossir.
- Faire un régime riche en eau, jus et fruits
- Faire du sport.

Un sevrage bienfaisant
Meilleure santé, meilleure haleine et éviction des risques pour lui et pour son entourage (tabagisme passif).
Bonne maîtrise de soi et la libération d'un esclavage.
Un fumeur "brûle" en moyenne 12 000,00 Dirhams par année (achat de cigarettes).

Propos recueillis par S.G

Lire l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=48305

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