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Santé Tropicale
D'ici à 2030, les instances sanitaires prévoient le décès d'un fumeur sur six dans le monde, par an. Or, cette épidémie n'est pas due à un virus ou une bactérie tueuse. Elle est causée par la recherche du profit et entretenue par l'industrie du tabac qui gagne beaucoup d'argent à vendre en masse des produits nocifs pour la santé. Des produits qui sont la cause de plus de 25 maladies toutes mortelles (cancers, bronchites, accident vasculaire cérébral ..., et j'en passe). Il s'agit d'un ennemi que les gens s'imposent eux mêmes, menaçant ainsi leur santé et leur vie. Pourtant, ils n'ignorent plus les méfaits effroyables du tabac et la plupart d'entre eux veulent arrêter sans pouvoir y parvenir.
Les spécialistes précisent qu'il n'est pas facile d'arrêter
de fumer du jour au lendemain. Nous savons tous que la nicotine est une
substance puissamment toxicomanogène, et nous avons tous connu
dans notre entourage, des gens qui ont essayé d'arrêter pour
finalement recommencer au bout de quelques mois. La cigarette contient
des produits qui créent une forte dépendance. D'ailleurs,
les industriels du tabac l'ont conçue pour mettre en échec
tout effort visant à abandonner cette mauvaise habitude.
Donc, arrêter de fumer n'est plus une question de choix pour la
majorité des fumeurs. Cela suppose au contraire, un combat pour
vaincre la dépendance. Ce combat ne peut être gagné
que si les fumeurs sont motivés. Ils doivent savoir que depuis
le début du siècle, époque à laquelle les
cigarettes deviennent à la mode, les nombreux fumeurs qui ont renoncé
au tabac ont considérablement réduit le risque de décéder
suite aux maladies liées au tabagisme. Se détacher de la
cigarette comporte pour la santé à la fois des avantages
immédiats et des retombées positives à long terme.
C'est bénéfique quelque soit l'âge auquel on renonce,
quelque soit l'ampleur de l'atteinte à la santé et quelque
soit la quantité de tabac consommée.
Effectivement, en cessant de fumer, on a beaucoup à gagner. Par
exemple, au bout d'un an, le risque de cardiopathie coronarienne diminue
de 50% et au bout de 15 ans, le danger relatif encouru par l'ancien fumeur
de succomber à cette même pathologie est voisin de celui
d'un non fumeur. Autre exemple, après dix ans à quatorze
ans de sevrage, le risque de décès des suites d'un cancer
devient presque égal à celui auquel les personnes n'ayant
jamais fumé sont exposées. Le risque de faire un cancer
de poumon, une pneumo-bronchopathie obstructive chronique ou un accident
vasculaire cérébral décroît également,
mais plus lentement. Comment arrêter donc ?
La question taraude plusieurs fumeurs qui désirent finir avec ce
«vice». Très «accros» à leurs cigarettes,
ils ont du mal à s'en abstenir. Pour eux, la cigarette est un soutien
moral et antidéprime …
La peur de ne plus avoir le moral, de grossir ou simplement s'énerver, constitue une entrave au sevrage, souvent difficile à franchir. C'est la raison pour laquelle il faut se faire aider par un professionnel de la santé. D'ailleurs, cette année l'OMS associe ces professionnels à la lutte contre le tabac car ils ont un rôle décisif. " Ces derniers sont en effet en contact avec un pourcentage élevé de la population cible et ils ont l'occasion d'aider les fumeurs à modifier leur comportement. Ils peuvent aussi donner des conseils et des réponses aux questions relatives aux conséquences du tabagisme et donner l'exemple en s'abstenant de fumer ", affirme l'Organisation mondiale de la santé à l'occasion de cette journée.
Des études ont montré qu'une simple consultation auprès
des professionnels de la santé sur les dangers du tabac et sur
l'importance d'arrêter de fumer est l'une des méthodes les
plus efficaces pour réduire la consommation de tabac. Pour arrêter,
la volonté est également un facteur prépondérant.
Il faut le décider de manière ferme et irrévocable.
Pour cela, le fumeur ne peut compter que sur lui même.
Une fois la résolution prise, le soutien du spécialiste
est nécessaire, non seulement pour cesser de fumer, mais également
pour prévenir la rechute. Espérons que beaucoup de fumeurs
prendront la décision d'arrêter à l'occasion de cette
journée.
5 millions de vies partent en fumée
* Plus de 90 % des cas de cancers recensés au Maroc sont causés
par le tabac qui tue actuellement 5 millions de personnes par an parmi
1,3 milliard de fumeurs de par le monde. Avec ces dégâts,
le tabagisme est de loin la plus grande et la plus grave toxicomanie qui
affecte l'humanité.
* Le tabagisme pourrait faire 10 millions de morts par an d'ici à
2020 dont 70 % dans les pays sous-développés, avertit l'OMS.
*Le Tabac consommé sous forme de préparations, (tabac à
pipe, à rouler, cigarettes et cigares, à priser, à
chiquer), diminuerait l'espérance de vie d'une personne de 10 ans
en moyenne.
En inhalant une cigarette, la nicotine, dont cinq gouttes suffisent pour
tuer un chameau, passe rapidement dans le sang et ne met que quelques
secondes pour atteindre le cerveau. Elle agit sur les parois des artères
en entraînant à long terme l'athérosclérose.
*Les substances contenues dans le tabac entraînent les cancers ORL
et des poumons, les maladies de la vessie, de la peau et du cuir chevelu,
de l’oeil, l'infarctus du myocarde, l'insuffisance cardiaque, l'artérite,
l'anévrisme de l'aorte et les accidents vasculaires cérébraux...Selon
les spécialistes, le tabac favorise la survenue de céphalées,
de troubles de la mémoire, de nervosité, de tremblements,
modifie l'état de vigilance, provoque l'impuissance sexuelle partielle
ou totale. Il est la cause de la moitié des décès
prématurés et des fausses couches, le tout avec un coût
social et économique très dur.
*84 % des fumeurs, de par le monde, vivent dans les pays en développement.
Au Maroc, 34 % des hommes âgés de 20 ans et plus sont fumeurs
et seulement moins de 1 % des femmes fument.
*Selon des statistiques établies en décembre 2004 par le
groupe "Altadis" les femmes représenteraient 3,3 % des
fumeurs marocains, soit un total de 132.000 fumeuses, dont la moitié
sont âgées de 35 ans.
*Les chiffres de l'OMS montrent que sur un échantillon de 11.000
personnes (médecins 70%, médecins dentistes 6%, infirmiers
13% paramédical 11%) dans cinq pays du Moyen-Orient, 23 % d'entre
eux fument.
*L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a attribué son
prix annuel (2005), décerné à l'occasion de la célébration
le 31 Mai de la journée mondiale sans tabac, au Marocain Mohamed
Bartal, indique lundi un communiqué du Bureau du représentant
de l'OMS au Maroc.
"Cette distinction lui est remise en reconnaissance de sa contribution
à la lutte contre le fléau que constitue le tabagisme. Elle
est aussi une consécration de son action associative ainsi que
de son parcours professionnel dédié à la promotion
de la santé de ses concitoyens", ajoute la même source.
• M. Bartal, actuellement président de la société
marocaine d'Allergologie et Immunologie clinique et président de
la "Maison de l'Asthme", est spécialiste en maladies
respiratoires. Il a exercé dans plusieurs hôpitaux, enseigné
dans les facultés de médecine et occupé plusieurs
postes de responsabilité au sein d'institutions médicales
et universités marocaines.
Souad Ghazi
Lire l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=48304
Pr Abdelkrim Bahlaoui : «Le rôle du médecin est décisif dans la bataille contre le tabagisme» - Le Matin - Maroc - 30/05/2005
Le Pr Abdelrim Bahaloui est chef du service des maladies respiratoires à l'hôpital Ibnou Rochd à Casablanca. Il enseigne également à la faculté de médecine et de pharmacie. Il nous entretient sur le rôle des professionnels de la santé dans la lutte contre le tabagisme.
Le Matin : Quel rôle doit jouer le médecin dans la lutte contre le tabac ?
Professeur Abdelrim Bahaloui : Avant
de répondre directement à la question, permettez-moi de
rappeler que le tabagisme est une toxicomanie qui tue «à
petit feu». Elle est responsable de plus de 4 millions de décès
par an. Selon l'OMS, le tabac est responsable de plus de 62 millions de
décès depuis 1950 et selon la banque mondiale, plus de 500
millions de personnes vivant aujourd'hui mourront prématurément
à cause du tabac. Le tabac entraîne la mort de 6 personnes
chaque minute. C'est un phénomène social qui touche toutes
les couches sociales, il touche aussi de plus en plus les femmes et les
enfants.
Votre question vient au bon moment car cette année l'Organisation
Mondiale de la Santé (OMS) met l'accent sur le rôle primordial
et décisif joué non seulement par le médecin, mais
par tous les professionnels de la santé dans la lutte antitabac.
Ces derniers sont en effet en contact avec un pourcentage élevé
de la population fumeuse et ils ont l'occasion d'aider les fumeurs à
modifier leur comportement. Ils peuvent aussi donner des conseils et des
réponses aux questions relatives aux conséquences sanitaires
du tabagisme et donner l'exemple en s'abstenant de fumer.
Donc le rôle que doit jouer le médecin, quelle que soit sa
spécialité, se situe à plusieurs niveaux dans la
lutte contre le tabagisme : créer dans les lieux de son travail
un environnement et une ambiance sans tabac (documents, affiches, prospectus
et pas de cendriers dans les bureaux et les salles d'attente).
Et pour cela, il faut sensibiliser son personnel administratif ou professionnel
à l'intérêt de la lutte contre le tabac, interroger
directement les patients sur les habitudes tabagiques et les habitudes
tabagiques de leurs l'entourage et ce quelle que soit le motif de consultation,
informer les patients (fumeurs ou non fumeurs) sur les dangers du tabac.
Le Matin : Un médecin est-il suffisamment motivé pour jouer ce rôle ?
Professeur Abdelrim Bahaloui : Question
un peu difficile si on la généralise, car normalement et
ce dans n'importe quel domaine, une personne motivée doit donner
le bon exemple !
Si on se réfère aux enquêtes réalisées
dans notre pays entre 1984 à 1999 par notre équipe sur le
tabagisme des médecins, on constate qu'il y'a un pourcentage non
négligeable de médecins qui fument. Dans ces mêmes
études, on constate que le tabagisme des médecins diminue
avec l'âge, que les chirurgiens fument plus que les autres, et que
le pourcentage des fumeurs parmi les médecins a nettement diminué.
Les enquêtes réalisées chez les étudiants en
médecine, donc de futurs médecins, sont très encourageantes.
Le tabagisme chez les étudiants en médecine à Casablanca
passe de 39% en 1981 à 12% en 2002. Ce qu'il faut signaler c'est
que le médecin d'une manière générale est
motivé pour jouer son rôle d'acteur très actif dans
la lutte contre le tabagisme.
Généralement, un médecin qu'il soit fumeur ou non
conseille toujours à ses patients fumeurs d'arrêter de fumer.
Le « conseil minimal» est pratiquement toujours donné.
Le Matin : Quels sont les atouts dont doit disposer un professionnel de la santé pour participer à la lutte contre le tabagisme ?
Professeur Abdelrim Bahaloui : Les
principaux atouts doivent êtres d'abord, le bon exemple et la motivation,
mais ces deux atouts ne sont pas, à mon avis suffisants pour jouer
un rôle efficace dans la lutte contre le tabagisme, il faut une
formation dans ce domaine. Cette formation, demandée par les médecins
eux-mêmes, doit permettre d'assurer une formation du plus grand
nombre possible de médecins à la prise en charge du tabagisme
dans la pratique quotidienne.
Ailleurs, cette formation est actuellement organisée dans le cadre
de diplôme universitaire de tabacologie pour la formation de médecins
tabacologues. La formation s'étend aux médecins généralistes,
puisqu'ils sont théoriquement les premiers en contact avec les
patients. Au Maroc, cette formation (diplôme de tabacologie) n'est
pas encore organisée, mais des ateliers de formation sur «l'aide
au sevrage tabagique» sont organisés dans les congrès
des sociétés savantes et dans le cadre des associations.
Il existe actuellement au niveau du Centre Hospitalier Ibn Rochd des consultations
d'aide au sevrage tabagique, une au service des maladies respiratoires
de l'hôpital du 20 août (Service du professeur Zoubida Bouayad)
qui a déjà un recul de plus de deux ans, et une au service
des maladies respiratoires de l'hôpital Ibn Rochd (service du Professeur
Abdelkrim Bahlaoui) ouverte depuis plus de six mois.
Le Matin : Comment arrêter non seulement de fumer, mais aussi d'en finir avec la cigarette ?
Professeur Abdelrim Bahaloui : La
réponse à cette question nécessite un peu plus de
temps et d'espace, je la résume en précisant tout d'abord
qu'il n'y a pas de «technique» ou de «recette»
mais une prise en charge globale.
Cette prise en charge fait appel à plusieurs moyens dont l'application
et l'association varient d'un fumeur à un autre. Parmi ces moyens,
il y a l'information, car il faut savoir qu'un nombre non négligeable
de fumeurs ont arrêté de fumer sans consulter grâce
à l'information sur les dangers du tabac par les medias, qui font
connaître par exemple les maladies liées au tabac. Puis il
y a la prise en charge des dépendances, la dépendance nicotinique
(grâce à des tests) c'est à dire prescription de substitution
nicotinique sous forme de timbre, de gomme, d'inhaleur ou de pastille
sub-linguale et la dépendance comportementale : prise en charge
psychologique, thérapies comportementales, psychotropes…
Il faut prendre en compte également les réponses aux questions
et aux inquiétudes du client lies au choix de la date d'arrêt,
l'arrêt brutal ou progressif, l'apparition de symptômes, confort,
et surtout prise de poids… Et puis enfin, le soutien et l'éviction
des rechutes, car près l'arrêt du tabac, le rôle du
médecin est encore plus important, pour soutenir le client le rassurer,
lui expliquer que les éventuels symptômes sont transitoires.
Le Matin : En effet, le principal ennemi du sevrage est la rechute. Quelles en sont les causes ?
Professeur Abdelrim Bahaloui : Quand
un fumeur est convaincu ou satisfait, il passe par plusieurs stades selon
un cycle connu des tabacologues :
1 : il est convaincu de la nécessité du sevrage, il envisage
d'arrêter.
2 : La décision lui revient, il décide d'arrêter.
3 : il essaie, il choisit une date et il arrête après une
bonne préparation.
4 : il réussit et ne recommence pas, c'est exactement dans cette
phase où le soutien de l'entourage et surtout du médecin,
un soutien psychologique et éventuellement médicamenteux.
5 : la rechute est possible.
Dans cette phase, le médecin doit positiver la rechute, sans la
dramatiser et conseiller au fumeur d'envisager une fois de plus d'envisager
d'arrêter de fumer.
Les principales causes des rechutes sont à mon avis la mauvaise
préparation du fumeur à l'arrêt qui peut être
une conséquence d'un manque de conviction. Les autres raisons sont
secondaires et sont toutes surmontables, à savoir : maux de tête,
nervosité, sensations de manque inconfort, défaut de concentration
et surtout, prise de poids. Donc en respectant un certain nombre de règles,
les rechutes peuvent êtres prévenues.
Conseils aux fumeurs qui veulent arrêter
La décision de l'arrêt revient au fumeur, ainsi que le choix
le date de l'arrêt (à ce sujet, on conseil au fumeur de choisir
un événement, par exemple son anniversaire ou celui d'un
être cher à lui, d'un événement sacré
par exemple le mois de ramadan…).
- Informer tous les proches et les amis de l'arrêt définitif
de la cigarette. Cette notion qui parait banale, a un double intérêt
: le fumeur " s'engage " non seulement vis-à-vis de lui-même
et son médecin, mais également vis-à-vis de son entourage.
L'information " empêche " l'entourage de lui " offrir
" un jour une cigarette. Cette dernière risque d'être
le point de départ d'une rechute.
- Eviter de remplacer la cigarette par le grignotage (gommes sucrées,
sucreries) qui fait grossir.
- Faire un régime riche en eau, jus et fruits
- Faire du sport.
Un sevrage bienfaisant
Meilleure santé, meilleure haleine et éviction des risques
pour lui et pour son entourage (tabagisme passif).
Bonne maîtrise de soi et la libération d'un esclavage.
Un fumeur "brûle" en moyenne 12 000,00 Dirhams par année
(achat de cigarettes).
Propos recueillis par S.G
Lire l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=48305
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