• Les amputations peuvent être
évitées grâce à un bon contrôle du diabète,
à des soins de qualité et à l’éducation
des personnes atteintes et des professionnels de la santé. C’est
l’un des principaux messages de la Journée mondiale du diabète
de l’année 2005. Cette année marque un tournant dans
la stratégie de la Fédération internationale du diabète.
Plutôt que de concentrer tous les efforts autour du 14 novembre, de
nombreuses campagnes thématiques ont été planifiées
tout au long de l’année dans le but de sensibiliser le public
au diabète et, en particulier cette année, au pied diabétique,
thème retenu pour la prochaine journée.
• En Tunisie, un programme national de prise en charge des diabétiques
a été mis en place par le ministère de la Santé.
Il vise à apporter aux professionnels de la santé une meilleure
connaissance du diabète dans le but d’en améliorer la
prise en charge et d’en atténuer les complications. Cette action
a également pour objectif l’éducation des diabétiques
eux-mêmes.
Plusieurs séminaires sont organisés sous l’égide
de la Direction des soins de santé de base pour les médecins
de première ligne, et ce, avec la participation de médecins
spécialistes hospitalo-universitaires, dont le Pr Mohamed Elleuch,
qui a bien voulu nous parler du pied diabétique.
La notion de «pied diabétique» est en général
mal connue des patients comme des soignants. Pourtant, les complications
du pied chez les diabétiques représentent un problème
de santé majeur.
Les chiffres sont en effet alarmants : 25% des patients diabétiques
consultent pour des problèmes de pied, qui constituent 10 à
20% des motifs de leur hospitalisation. De 0,5 à 7,4% de ces patients
développeront un ulcère du pied et environ 4% seront amputés.
Et encore, plus de la moitié de ces amputations auront lieu chez
des patients souffrant d’un ulcère lié à un traumatisme
(port de chaussures inadaptées, mycose de la peau ou des ongles…),
un ulcère chronique qui s’est infecté et a entraîné
une gangrène.
Les amputations chez les diabétiques constituent plus de 50% des
amputations dont la cause n’est pas un traumatisme. Le risque d’amputation
est, nous dit-on, 15 à 20 fois (et même 100 fois selon certains
auteurs) plus élevé chez les diabétiques que chez les
non-diabétiques.
Le pied diabétique, un organe à haut risque
Cette situation s’explique par l’insuffisance de la prévention
et du dépistage des lésions du pied. Plus de la moitié
des amputations auraient pu être évitées par un traitement
précoce et adéquat. Or, seuls 10 à 20% des diabétiques
bénéficient d’un examen du pied lors d’une consultation
de diabétologie.
Le diabète entraîne des complications aiguës et des complications
dégénératives : oculaires, rénales… et
ostéo-articulaires, en particulier celle du pied. Ces complications,
qui surviennent en moyenne une vingtaine d’années après
la survenue du diabète, intéressent spécialement les
diabètes mal équilibrés. L’évolution de
ces complications est grave puisqu’elle entraîne une morbidité
importante et une mortalité non négligeable.
Trois facteurs sont impliqués dans la genèse des complications
du pied chez le diabétique : neurologique, vasculaire et infectieux.
Mais si le risque est favorisé par la conjugaison de ces trois facteurs,
il est très souvent déclenché par des traumatismes
mineurs occasionnés par des chaussures inadaptées, une hygiène
insuffisante, une pédicurie mal exécutée, etc.
Chez le patient diabétique, l’atteinte neurologique touche
les muscles du pied, entraînant un déséquilibre entre
muscles extenseurs et muscles fléchisseurs, ce qui favorise sa déformation.
Ces déformations sont à l’origine de points d’hyperpression
où vont se développer des durillons et ensuite des ulcères.
C’est l’évolution de ces ulcères que les médecins
appellent «mal perforant plantaire». Ce mal perforant plantaire
peut atteindre les tendons et l’os et se compliquer d’infection.
L’atteinte neurologique entraîne également une diminution,
voire une perte de la sensibilité au chaud, au froid, à la
douleur et une altération de la sensibilité profonde. C’est
ce qui explique que le malade ne se rend pas compte qu’il s’est
blessé ou brûlé le pied. Les complications neurologiques
du diabète sont aussi responsables de déformations et de destruction
de certains os du pied. La déformation la plus grave et la plus typique
est le pied de Charcot.
Douleurs dans les jambes ou aux pieds à la marche ou à l’effort
sont les signes de l’atteinte vasculaire. Celle-ci est due à
des lésions au niveau de la paroi des veines et des artères,
mais aussi à l’existence de dépôts de graisse.
Le pied est froid, cyanosé, les ongles sont épais. A un stade
avancé, apparaît une ischémie à l’origine
de gangrène au niveau des orteils et de nécrose au niveau
des talons. A ces deux facteurs, neurologique et vasculaire, s’ajoute
l’infection. L’infection qui complique les lésions, est
favorisée par l’immunodépression du diabétique.
Une infection sévère s’observe dans 15 à 20%
des pieds diabétiques.
L’importance de la prévention
La prévention est la principale arme contre les complications du
pied du diabétique. Le dépistage doit être pratiqué
systématiquement à chaque consultation de suivi et lors du
bilan annuel de retentissement du diabète, et ce, chez tout patient
de plus de 40 ans et/ou ayant plus de dix années d’évolution
du diabète.
La prévention repose également sur l’éducation
du patient. Il est important de faire prendre conscience au patient du risque
majoré des traumatismes mineurs. Ces traumatismes doivent être
évités, en particulier le port de chaussures mal adaptées,
l’utilisation de lames ou d’objets coupants (lames de rasage,
coupe-ongles, râpes…), de bouillottes ou de produits chimiques
(talc, corricides, déodorants…). Le patient doit examiner ses
pieds quotidiennement, avec si nécessaire l’aide d’un
miroir ou d’une tierce personne, pour déceler et rapidement
traiter les petites lésions (plaies, durillons, fissures…)
qu’il pourrait ne pas ressentir en raison de la neuropathie.
D’autres conseils de prévention sont donnés au patient
concernant le lavage quotidien des pieds et leur séchage, le port
de chaussettes adaptées, le recours aux crèmes nourrissantes
quand la peau est sèche, la lutte contre la formation de kératose
par l’utilisation d’une pierre ponce, etc.
56% des diabétiques présentent des déformations du
pied. Celles-ci sont à l’origine de troubles statiques, lesquels
en modifiant les points de pression entraînent des hyperkératoses
ou callosités, qui vont se transformer en ulcères. L’utilisation
de semelles et de chaussures orthopédiques permet de mieux répartir
les pressions et par conséquent de prévenir les ulcères.
Selon certaines études, en cas de mal perforant, on observe des récidives
dans seulement 25% des cas, quand le patient porte des chaussures orthopédiques,
contre 80%, quand il porte des chaussures normales.
Neïla RHAIM
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l'article original : http://www.lapresse.tn/archives/archives250605/societe/partons.html