Les os se révoltent lorsqu'ils sont
mal traités
L'ostéoporose est passée ces dernières années
d'un domaine très spécialisé à une préoccupation
partagée par un nombre important de chercheurs et médecins.
Cet intérêt se traduit par le lancement des études épidémiologiques
qui ont montré l'ampleur du problème à l'échelle
internationale. En effet, cette pathologie qui touche une femme sur quatre
représente un véritable problème de santé publique
en raison de sa fréquence et du vieillissement de la population.
Au Maroc, les premiers indices de l'étude épidémiologique
menée actuellement par l'Association marocaine de l'ostéoporose
et les laboratoires Sanofi-Aventis, révèlent que cette pathologie
est bien présente et même fréquente car l'espérance
de vie des femmes marocaines a également augmenté. Elle est
aujourd'hui estimée à 71 ans.
On compte deux millions de femmes de plus de 50 ans. " Les résultats
de ces enquêtes, permettront d'envisager une stratégie diagnostique
et thérapeutique adaptée à notre population permettant
d'aller à l'essentiel : diagnostic précoce et traitement efficace
" a précisé le Pr Najia Hajjaj-Hassouni, Chef du service
de Rhumatologie à Hôpital El Ayachi à Salé, lors
d'une conférence de presse organisée samedi dernier à
Casablanca. Elle a expliqué que l'os, comme tous les tissus de l'organisme,
n'échappe pas au vieillissement. La perte de la masse osseuse, qui
en est la principale manifestation est accélérée justement
après cinquante ans.
Ce qui a permis de suspecter très tôt l'influence hormonale,
et particulièrement œstrogénique, mais aussi de classer
cette pathologie dans le cortège des retombées directes de
la ménopause (les hommes ne sont pas pour autant épargnés).
Les études épidémiologiques ont, en effet, permis d'identifier
ce facteur-risque mais également d'autres facteurs qui sont d'ordre
génétique, nutritionnel et environnemental. Ces risques sont
différemment impliqués selon l'âge et selon l'acquisition
du capital osseux. Certaines personnes construisent leur capital osseux
et d'autres le détruisent.
En effet, chacun de nous construit son capital osseux au cours de l'enfance
et au moment de l'adolescence, c'est-à-dire lors de la croissance
du squelette. Pendant cette période, l'os s'épaissit et acquiert
sa densité maximale. Ce capital restera stable entre 20 et 35 ans
puis diminuera lentement avec l'âge. La perte se fera progressivement
et silencieusement jusqu'à ce que l'os se fragilise. Cette détérioration
du tissu osseux va fatalement entraîner une augmentation des fractures
et d'autres désagréments.
L'expression clinique la plus fréquente de cette maladie est la fracture
: selon plusieurs études, 40% des femmes feront l'expérience
d'au moins une fracture d'ici la fin de leur vie. Ce sont des fractures
qui se produisent spontanément ou à l'occasion d'une chute
qui fait la gravité de la maladie. Elles touchent les cols fémoraux,
les côtes lors d'efforts de la toux, les vertèbres, le poignet
et les mains lors d'une chute banale par exemple. Les statistiques mondiales
affirment que sur quatre personnes âgées qui souffrent d'une
fracture du col, une meurt dans l'année qui suit, une autre est réduite
à l'état grabataire du fait de l'incontinence fécale
et des escarres, et les deux autres s'en sortent plus au moins bien.
La réduction de la qualité de vie pour les personnes atteintes
d'ostéoporose est énorme. Cette pathologie peut causer la
douleur, le défigurement, la diminution de l'estime de soi, l'invalidité
et la perte d'autonomie. Le symptôme le plus fréquent de l'ostéoporose
est la douleur, surtout au niveau de la colonne vertébrale, assez
intense mais calmée par le repos. À ce stade, la maladie est
déjà installée et peut entraîner diverses complications
qui touchent aussi bien à l'aspect physique que psychologique.
Les conséquences sont inesthétiques et surtout fonctionnelles,
car le tassement des vertèbres peut faire perdre jusqu'à 18
cm par rapport à la taille d'adulte. Il est dommage d'attendre l'installation
de l'ostéoporose et de ses complications pour réagir et traiter.
La prévention reste le traitement idéal.
Pour les jeunes, la meilleure défense contre cette maladie reste
la constitution d'os solide qui résistera toute la vie. Le Pr Hajji
recommande un régime alimentaire riche en calcium et en vitamine
D. Elle explique que pour donner aux os leur force et leur solidité,
chaque personne a besoin d'environ 1000 mg de calcium par jour, ce qui vaut
trois pots de yaourt ou quatre verres de lait.
La vitamine D nécessaire à l'absorption du calcium est fabriquée
par notre corps au contact du soleil. La spécialiste recommande une
exposition au soleil à raison de 10 à 15 minutes par jour.
Enfin, l'activité physique aidant à augmenter la solidité
des os et c'est pourquoi elle conseille la pratique d'un sport. Ceci dit,
la stratégie thérapeutique curative n'en trouve pas moins
son intérêt lorsqu'un traitement n'a pas été
proposé, ou en tout cas lorsque la perte osseuse a été
identifiée et quantifiée. Certes, cette maladie est silencieuse
et difficile à déceler cliniquement avant l'apparition des
fractures, mais il existe une technique d'imagerie appelée ostéodensitométrie
qui permet de mesurer avec précision le contenu minéral osseux
des sites les plus exposés aux fractures.
Ce moyen de dépistage précoce est très important puisqu'il
permettra de mettre en route une prise en charge adéquate d'autant
plus qu'il existe une molécule la risédronate ou acide risédronique
qui réduit considérablement les risques de fracture. Le dépistage
de la maladie est, donc, recommandé aux personnes à risque
(ménopausées, antécédents familiaux, prise prolongée
de corticoïde....).
Les campagnes
L'association marocaine de l'ostéoporose en collaboration avec les
laboratoires Sanofi-Aventis mène depuis quelques années plusieurs
campagnes de dépistage de l'ostéoporose. Parmi ces campagnes
figure celle réalisée par le biais d'une machine portable
à ultrason. Une machine qui permet de dépister (et non diagnostiquer)
les patients susceptibles d'être ostéoprotiques, et par conséquent
les conduire à faire d'autres examens complémentaires.
Sur un autre registre, la ligne téléphonique " ACTONOW
" (082001015) animé par des spécialistes a pour objectif
d'informer sur la maladie et ses conséquences et de donner des conseils
pratiques afin d'éviter les fractures chez les patients qui sont
sous traitement. Des symposiums sont organisés régulièrement
pour permettre aux praticiens marocains de faire le point avec leurs homologues
étrangers.
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l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=49737