La maternité Lalla Meryem du CHU Ibn
Rochd ouvrira ses portes demain pour sensibiliser la population, surtout
la femme, sur la tragédie de la mortalité maternelle et néonatale.
Chaque visiteur découvrira des explications, des conseils de prévention
et la possibilité de dialoguer avec les professionnels de la santé.
L'objectif de cette journée est de sensibiliser les femmes à
l'importance d'un suivi de la grossesse et de l'accouchement dans un centre
médicalisé.
Toute la journée, les chefs de services de la maternité et
de l'hôpital d'enfants se relayeront pour exposer leurs points de
vue sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le taux
élevé de la mortalité maternelle et néonatale.
En effet, on ne relève aucun déclin sensible des taux de mortalité
maternelle et prénatale dans notre pays.
Ces spécialistes ont précisé lors d'une conférence
de presse, organisée au CHU Ibn Rochd mardi dernier pour annoncer
cette journée, qu'au Maroc, en moyenne 4 femmes meurent chaque jour
pendant la grossesse ou l'accouchement, un chiffre deux à trois fois
plus élevé que dans certains pays arabes et 20 fois plus élevé
qu'en Occident.
Selon la dernière enquête nationale sur la santé de
la population, le taux de mortalité maternelle avoisine 227 décès
pour 100,000 accouchements. En milieu urbain, ce taux se situe à
125 décès pour 100.000 accouchements, contre 307 pour 100.000
en milieu rural. Le taux de mortalité néonatale est de 19,70%,
et post-néonatale est de 16,90%.
La majorité des décès surviennent parce qu'on ne consulte
pas. En effet, les intervenants ont déclaré que le taux global
de consultation prénatale est de seulement 42%. Plus grave : les
enquêtes suggèrent que 50% seulement des accouchements ont
lieu dans une structure sanitaire. Les décès sont plus fréquents
en milieu rural. Les statistiques ont montré que 2 décès
sur 3 concernent des femmes ayant plus de trois enfants et vivant en campagne.
Ces décès résultent d'infections, d'hémorragies
et d'avortements pratiqués dans de mauvaises conditions : autant
de situations dont pourraient tout à fait venir à bout des
agents sanitaires possédant des compétences en obstétrique.
D'ailleurs, il n'est même pas nécessaire de disposer de matériels
de pointe ou de médicaments coûteux pour prendre en charge
ces complications, pas plus que pour pratiquer une césarienne.
Le problème fondamental réside dans l'absence de soins, leur
inaccessibilité ou leur médiocre qualité. Les risques
liés à la grossesse peuvent être considérablement
réduits si la femme est en bonne santé et bien nourrie avant
d'être enceinte, si elle se fait examiner au moins pendant chaque
grossesse par un agent de santé compétent et si une personne
qualifiée (médecin, infirmière ou sage-femme) l'assiste
pendant l'accouchement.
Il est, donc, grand temps qu'une action sociale de grande envergure soit
entreprise pour réduire le taux de mortalité maternelle.
L'action menée par les spécialistes de la maternité
Lalla Meryem est certes d'une grande importance dans la mesure où
ils sont les mieux placés pour identifier les problèmes et
définir les solutions. Mais faire reculer la mortalité maternelle
nécessite l'engagement de toutes les potentialités du pays.
Il faut investir et surtout se concentrer sur le droit des femmes à
bénéficier des soins de santé maternelle les plus élémentaires.
En effet, la réduction de la mortalité maternelle demande
un engagement ferme et la contribution de divers partenaires.
Les gouvernements, les organisations non gouvernementales (notamment les
groupements féminins et les organismes de planification familiale),
et organismes publics et privés devraient mettre en commun leurs
forces et s'allier pour promouvoir une maternité sans risques.
Sensibiliser les femmes à travers des campagnes nationales de longue
durée et mettre à leur disposition des centres de planification
familiale de qualité peut être également très
utile.
6448 consultations en 2004
L'activité de la maternité a connu une augmentation significative
en 2004 (+0.63%). Le réaménagement des structures sanitaires,
la création de la réanimation maternité et néonatale,
les réunions de sensibilisation des responsables et la formation
du personnel aux techniques de communication sont autant de facteurs ayant
contribué au développement de l'activité.
Par ailleurs, la récente restructuration de la maternité en
quatre services a permis d'améliorer sa capacité d'accueil.
La maternité compte aujourd'hui 150 lits, permettant de réaliser
en moyenne 24 accouchements par jour.
Les actions de l'information menées par le CHU Ibn Rochd et les associations
locales au cours de ces deux dernières années, ont largement
contribué à l'augmentation du taux des consultations qui est
passé de 5100 en 2003 à 6448 consultations en 2004, (+ 26.43%
enregistrant une variation de 26.43%).
Ceci, combiné à la qualité du suivi réalisé
par les gynécologues obstétriciens et les pédiatres
du CHU, a permis une baisse du taux global de mortalité –33.21%.
Le taux de mortalité infantile a connu, lui, la plus forte régression,
-51.19% par rapport à 2003.
Souad Ghazi
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l'article original : http://www.lematin.ma/mailing/article.asp?an=&id=soc&ida=49810