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Il est encore présent dans certains services
ou dans le cœur d’hommes ou de femmes du corps sanitaire
algérien. J’en veux pour preuve le comportement de
ce professeur de chirurgie présent et actif dans son service
dès 7h du matin et très tard le soir; celui de ce
surveillant médical de l’hôpital Mustapha qui
est, à lui seul, un service social. Je voudrais citer aussi
ce service de médecine interne où le malade consultant
ou hospitalisé est réellement roi; où cette
dame du service de nettoyage qui ne cesse de me demander des nouvelles
d’un petit malade traité pour malformation handicapante.
Voilà un monsieur hospitalisé, au
départ, pour trois jours mais qu’on a oublié
pendant 37 jours !
A ceux qui allongeaient la liste d’attente, on devait sûrement
dire: «Nous manquons de place».
Que penser du comportement de ce «professeur»
qui confine cette fillette de 8 ans dans une salle de son service
pendant 30 jours pour dire, par la suite, à son père:
«personne ne pourra traiter votre enfant en Algérie,
essayez de vous débrouiller une prise en charge à
l’étranger» ?
C’est bien en Algérie qu’elle fut traitée,
mais en clinique privée.
Qui croirait qu’un professeur, à la
faculté de médecine, très estimé par
ses pairs, très respecté par ses élèves,
présent et à jeun à un rendez-vous pour un
acte médical prévu à 10 heures du matin, a
dû attendre en vain jusqu’à 16h:45 avant de regagner
son foyer ? Il n’avait eu droit qu’à être
accompagné vers un lit avec un matelas nu !
Beaucoup de ses collègues s’en sont indignés
et lui ont manifesté leur sympathie alors qu’il était
pris en charge dans le secteur privé.
Une jeune gynécologue voulait s’établir
à l’intérieur du pays.
Elle dut se replier sur Alger pour ne pas se plier à certaines
pratiques inhumaines érigées en règle dans
ce service où elle était affectée.
Les hôpitaux seraient inhumains par la faute
des autorités de tutelle ou de l’administration ! Excuse
absurde et surtout accusation scandaleuse. Il y a certes quelques
insuffisances de moyens mais le budget de la santé est loin
de faire figure de parent pauvre dans la politique financière
de notre gouvernement et les équipements fournis à
nos hôpitaux répondent à beaucoup de besoins
même si, parfois, ils semblent être réservés
à une clientèle sélective.
La salle d’attente d’un service hospitalier
affichait bien en vue que le professeur X, responsable du service,
recevait les parents de malades, sur leur demande, tous les jours
à partir de telle heure. Son successeur a commencé
par retirer ce panneau. On se distingue comme on peut !
Il m’a été rapporté
qu’un chef de service se distinguait en affichant sur la porte
de son bureau qu’il ne recevait personne au CHU.
J’arrête ici cette énumération
pour donner l’illusion qu’il s’agit de faits isolés.
Il n’en est malheureusement rien.
La désinvolture médicale a pris un caractère
endémique qu’il ne suffit pas de réprouver,
il faut lui trouver des remèdes.
Ces remèdes sont en nous, médecins, et dans notre
manière d’harmoniser nos systèmes de santé.
Face à son malade, le médecin traite
la maladie et soigne l’homme. Ce sont deux volets indissociables.
Le traitement peut être difficile car il fait appel à
de larges connaissances et aux progrès de la technologie.
Il nécessite un long apprentissage. Une parole, un geste,
un regard suffisent pour soigner l’homme: ils doivent intervenir
spontanément.
N’oublions pas que chaque médecin a une dette de reconnaissance
envers tous les malades de la terre; n’avons-nous pas appris
notre métier grâce à eux qui ont offert leurs
corps à des multitudes de yeux et de mains pour l’observation,
l’auscultation, la palpation, l’exploration externe
et interne? Ils n’ont opposé aucun caractère
confidentiel à ceux qui ont voulu éplucher leurs dossiers.
Il y a ainsi un lien affectif pré établi qui conditionne
la qualité de la relation médecin-malade. Mais cet
aspect compassionnel n’est pas enseigné, la formation
médicale étant restée purement organicienne.
Il faut garder ce souci compassionnel dans la conception de notre
système de soins. A l’appétit purement mercantile
de certains praticiens du secteur privé, il faut offrir au
malade l’alternative du secteur public. Quand celui-ci se
déshumanise, il faut offrir au malade l’alternative
du secteur privé. Quel qu’en soit le prix si l’on
veut respecter ce droit à la santé que nous confère
la constitution.
Si la santé a un coût, le bien-être moral du
malade n’a pas de prix.
Pr. Mohamed Aboulola - 8 février 2005
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