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Au cours de la 2ème quinzaine du mois de janvier dernier,
la plupart des quotidiens nationaux ont rapporté ce qui a
été appelé « l’affaire des fœtus
d’El Achir ». El Achir commune mitoyenne de la ville
de Bord Bou Arreridj, connue pour ses brochettes d’agneau
à la braise et aussi pour la magnifique clinique privée
« El Chiffa », clinique multidisciplinaire qui assure
également les urgences, ce qui est assez rare dans le secteur
privé.
Ainsi au courant du mois de janvier et selon la presse les services
de police et de gendarmerie auraient découvert plusieurs
fœtus enterrés près d’un cimetière.
L’enquête qui a suivi cette découverte a permis
de remonter vers la clinique « El Chiffa » d’El
Achir où des avortements thérapeutiques ont eu lieu
de manière tout à fait légale mais où
le produit de la conception (embryon, fœtus ?) n’a pas
suivi une filière réglementaire : incinération
ou enterrement avec enregistrement à l’état
civil.
La première remarque que l’on peut faire, c’est
qu’à aucun moment les journalistes qui ont rapportés
ces faits n’ont fait la distinction entre embryon et fœtus
bien qu’ils aient parlé de corps dont le poids variait
de quelques dizaines de grammes à un kilogramme. L’avortement
thérapeutique ne se conçoit que durant le premier
trimestre de la grossesse et on est alors en face d’un embryon
et non d’un fœtus. A moins qu’outre le cas d’avortement
thérapeutique, il y ait eu également des avortements
spontanés et des accouchements de mort-nés durant
le 2ème et 3ème trimestre de la grossesse. La législation
vis-à-vis d’un embryon et d’un fœtus n’est
en principe pas la même. Un embryon peut-il être inscrit
à l’état civil ?
La deuxième remarque concerne les us et coutumes de la
société arabo-musulmane qui considère que tout
corps humain décédé ou partie de corps humain
doivent être enterrés. Faire la distinction entre un
embryon et un fœtus n’est pas évident pour un
citoyen, à fortiori lorsqu’il s’agit des parents.
L’incinération n’est pratiquement jamais acceptée
et cela est également valable pour les parties de corps qu’un
chirurgien est amené à amputer. L’exemple le
plus fréquent est celui des gangrènes des membres
inférieurs d’origine diabétique et/ou vasculaire.
Si certains patients et leurs familles sont sous le choc de l’amputation
très difficile à accepter et oublient le membre amputé,
d’autres demandent à récupérer le membre
amputé afin de l’enterrer. Cet acte (amputation de
membre) est réalisé dans pratiquement tous les établissements
hospitaliers (public ou privé) disposant d’une équipe
chirurgicale. Est-ce que tous ces établissements disposent
d’un incinérateur ? Dans les cas où la famille
refuse l’incinération, qui procède à
l’enterrement du membre ? La famille ? L’équipe
hospitalière ? Que prévoit la loi ?
Dans certaines structures hospitalières ne disposant pas
d’incinérateur (ou lors d’une panne de celui-ci)
des membres amputés ont été enterrés
dans des terrains attenants à l’hôpital. Dans
d’autres cas c’est la famille qui a pris sur elle de
prendre le membre amputé pour l’enterrer. Une famille
a-t-elle le droit de se déplacer avec une partie de corps
humain ? De l’enterrer ? Le lieu de l’enterrement est-il
toujours un cimetière (surtout dans les campagnes) ? Si demain
un chien vient à déterrer un os humain ne va-t-on
pas nous retrouver devant des enquêtes judiciaires avec tout
ce que cela comporte comme hypothèses avant d’arriver
à la vérité ? Dans l’affaire d’El
Achir, les premières hypothèses ont été
l’avortement clandestin, les médecins charlatans etc.…
La tutelle (ministère de la santé) est interpellée
pour mettre en place les différentes procédures à
appliquer devant pareilles situations tant pour se prémunir
sur le plan législatif mais également sur le plan
sanitaire (prévention des infections).
Nous suggérons au ministère d’effectuer une
enquête rétrospective pour l’année 2006
sur le devenir de tous les produits de conception (embryons, fœtus,
mort-nés) et les parties de corps humains amputées
dans les hôpitaux et cliniques privées.
par Larbi Abid le 5 février 2007 |