|
Dans le cas de la cancérologie, si aujourd'hui, dans le
monde les moyens thérapeutiques permettent de guérir 50% des
cancers, la survie dans notre pays est loin d'atteindre ces
chiffres du fait de la très grande dispersion dans l'accessibilité
et l'administration des soins mais également dans l'inégalité
dans leur qualité selon les structures hospitalières où elles
sont dispensées.
Le fait que les centres anticancéreux (en nombre réduit
dans notre pays) ne puissent prendre en charge tous les cancéreux,
la plupart des établissements de santé traitent les patients
cancéreux.
Ceci se traduit par une grande disparité dans la qualité des
soins, sans aucune coordination entre les praticiens des différentes
spécialités chargés de prendre en charge un patient cancéreux
pour un type particulier de cancer.
Les avancées contre le cancer sont acquises par l'approche
pluridisciplinaire et la mise au point et l'application de
protocoles de traitements standardisés qui ne sont malheureusement
pas toujours appliqués soit parce que l'hôpital prenant en
charge le patient ne dispose pas des médications nécessaires
(antimitotiques essentiellement) ou ne peut en disposer au
moment voulu (le patient ratant des cures fautes de produits
disponibles) soit le plus souvent que le médecin prenant en
charge le patient cancéreux décide tout seul de la conduite
du traitement sans aucune concertation avec les autres spécialistes
concernés par la localisation cancéreuse.
Or la qualité de la prise en charge est corrélée à l'usage
de protocoles bien définis et la pluridisciplinarité est une
nécessité en cancérologie pour assurer aux patients des soins
de qualité et garantir ainsi que les stratégies qui lui sont
proposées sont celles qui lui assurent les meilleures chances
de guérison ou les meilleurs taux de survie.
La concertation pluridisciplinaire doit donc exister dans
toutes les structures de santé où des malades cancéreux reçoivent
des traitements.
Beaucoup de malades se voient proposer des décisions chirurgicales
immédiates sans bilan complet et sans concertation pluridisciplinaire
ou encore sont récusés car considérés comme au dessus de toute
ressource thérapeutique car le médecin traitant n'est pas
un spécialiste de la pathologie cancéreuse dont souffre la
patient ou a des idées préconçues sur la pathologie cancéreuse
en général .
A titre d'exemple nous pouvons citer quelques cas récents
que nous avons eu à prendre en charge dans le service :
- Patiente de 65 ans présentant un cancer du rein avec métastase
pulmonaire est récusée par un chirurgien dans un CHU du
pays.
Après avoir été opérée puis mise sous interféron dans notre
service (en concertation avec le service d'oncologie médicale),
le chirurgien l'ayant récusé maintient son point de vue
et insiste auprès de la famille de la patiente pour considérer
le traitement comme étant de l'acharnement thérapeutique.
- Patiente de 54 ans présentant un cancer de la vésicule
biliaire évident sur l'imagerie et pour lequel on réalise
une simple cholécystectomie (dans un CHU) sans reprise chirurgicale
bien que le compte-rendu anatomo-pathologique retrouve un
cancer invasif et adressée à notre service plus d'une année
après la première intervention, à un stade où tout geste
d'exérèse est irréalisable.
|
- Patients présentants des cancers digestifs avec métastases
hépatiques opérables mais récusés et adressés en oncologie
médicale pour un traitement palliatif.
L'annonce du diagnostic de cancer est une épreuve que beaucoup
de médecins essayent de fuir la laissant à un autre collègue.
Il en est de même de certains gestes chirurgicaux majeurs
:
- Patients présentants un cancer du bas rectum et orientés
d'un service de médecine pour une amputation abdomino-périnéale
sans qu'on ait évoqué avec les patients la possibilité d'une
colostomie définitive.
- Patiente opérée à deux reprises (lithiase rénale puis
cancer du colon avec métastases hépatiques) se présentant
dans notre service avec une lettre d'orientation pour le
traitement des métastases hépatiques sans qu'à aucun moment
on ait évoqué avec elle un quelconque geste chirurgical
sur le foie.
Propositions :
- Créer un ''Comité Cancer'' dans chaque établissement traitant
des patients cancéreux, reliés à un centre anticancéreux
de référence.
- Etablir une fiche de traitement pour chaque patient dont
le dossier à été étudié au ''Comité Cancer'' et sur laquelle
devra être expliciter le déroulement dans le temps des différents
traitements.
Cette fiche devra suivre le malade dans les différents services
hospitaliers où il est pris en charge.
L'objectif de fiche est d'attester que chaque patient atteint
de cancer aura une prise en charge qui a été préalablement
discutée de façon pluridisciplinaire dans le cadre d'un
comité pluridisciplinaire en cancérologie.
- Les protocoles de traitement doivent être basés sur les
"Standards, Options et Recommandations" (SOR) en cancérologie
qui sont disponibles pour la plupart des localisations cancéreuses.
- Tout praticien qui prend en charge des patients cancéreux
a le devoir de le faire au sein d'une équipe pluridisciplinaire.
- Les établissements de santé traitant les patients cancéreux
étant répartis sur tout le territoire national (dont la
superficie est très grande), en l'absence d'équipe multidisciplinaire,
le thérapeute qui prend en charge un patient cancéreux devrait
jumelé son service avec un centre anticancéreux ou
un CHU de référence en vue d'inclure son patient dans un
comité cancer et le faire bénéficier du traitement le plus
adéquat.
L'utilisation de l'outil Internet et de l'Intranet trouve
ici toute leur dimension et devront accompagner l'évolution
de ce dispositif de soins.
Professeur Larbi ABID le 1 mars 2003
abid@santemaghreb.com
|