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Très souvent devant les anomalies fréquentes qui entravent
le bon fonctionnement de nos hôpitaux et empêchent la
population de recevoir les soins auxquels elle aspire, les demandeurs
de soins et leurs parents se demandent pourquoi les autorités
ne mettent pas des professionnels à la direction des hôpitaux
(par professionnels, la population sous-entend des membres du corps
médical).
Nous savons très bien que le mal qui ronge
nos hôpitaux est lié en grande partie à une
gestion défaillante, bureaucratique, loin de la réalité
du terrain qu’elle soit menée par un médecin
ou par toute autre personne n’ayant aucune qualification en
matière de gestion. Dans les nombreux corps de métiers
représentés à l’hôpital, les seuls
qui soient bien individualisés sont les spécialités
médicales. Pour le corps paramédical, le personnel
technique et même le personnel de gestion, on considère
qu’il peut y avoir permutation, formation sur le tas etc.
C’est ainsi qu’au jour d’aujourd’hui,
le seul poste de recrutement au niveau des hôpitaux semble
être celui d’agent de sécurité qui ne
demande pratiquement aucune qualification. C’est d’ailleurs
en cette qualité que sont recrutées des personnes
même si elles ont les qualifications nécessaires. A
titre d’exemple, pour occuper un poste de secrétaire
médicale, une jeune femme a été recrutée
en qualité d’agent de sécurité. Après
plusieurs années d’exercice son statut n’a pas
changé et lors des recyclages du personnel de sécurité
auprès des sapeurs pompiers, cette personne est obligée
de quitter son poste de secrétaire médicale pour suivre
la formation prévue pour le corps des agents de sécurité.
Le métier de secrétaire médicale a pratiquement
disparu de nos hôpitaux et ce n’est ni les gestionnaires
des hôpitaux ni la tutelle qui s’en préoccupent
alors que l’on veut mettre en place une gestion basée
sur la réalité des coûts et non plus une gestion
forfaitaire comme c’est le cas depuis l’instauration
de la médecine gratuite.
Une autre personne, d’un certain âge,
recrutée en qualité de femme de ménage, sans
qualification paramédicale mais ayant un bon niveau d’instruction
générale occupe un poste de puéricultrice.
Une autre forme de gestion des pénuries en personnel paramédical
consiste à « déshabiller Pierre pour habiller
Paul » et cela de manière strictement théorique
: Lorsqu’un chef de service harcèle l’administration
pour combler un ou des postes vacants en personnel paramédical,
certains gestionnaires établissent des mutations d’office
pour des infirmiers d’un service médical vers un autre
sans aucune concertation ni avec les chefs de service concernés
ni avec les agents concernés par ces changements. Il est
évident que le chef de service qui perd son personnel s’oppose
à ces décisions et l’on se retrouve à
la case départ mais pour le gestionnaire hospitalier, le
problème est résolu du moins sur le papier puisqu'officiellement
ces infirmiers sont positionnés au niveau où le manque
s’est fait sentir.
Plus grave encore, au niveau du bloc opératoire,
est à l’exception du technicien anesthésiste,
tous les autres postes paramédicaux sont occupés dans
le meilleur des cas par des infirmiers techniciens généraux
de la santé ou des adjoints de la santé, les spécialités
IBODE, instrumentiste... n’existent pas et ne semblent pas
être une préoccupation des décideurs. Ainsi,
dans un bloc opératoire où une salle est fermée
depuis plusieurs mois, par manque de techniciens anesthésistes,
un membre de l’administration suggère de recruter des
jeunes au chômage, à charge pour le corps médical
de leurs donner les rudiments d’anesthésie ! Le lavage
des instruments après chaque intervention chirurgicale peut
être réalisé par des femmes de ménage
analphabètes le plus souvent (n’ayant évidemment
aucune notion de gestion des dispositifs médicaux stériles).
Les postes paramédicaux du bloc opératoire
n’ayant aucune spécificité par rapport aux autres
postes dans des services médicaux d’hospitalisation,
et ne bénéficiant d’aucune valorisation, sont
fuit et c’est à force de persuasion qu’un chef
de service arrive à convaincre un agent paramédical
à exercer au bloc ou pire encore à occuper le poste
de chef de bloc.
La récente réunion à Constantine
des représentants syndicaux de 17 wilayas du pays révèle
l’ampleur du malaise dans lequel se trouve ce corps. Leurs
revendications d’intégration dans les différentes
filières au sein de la faculté de médecine
en générale ne traduit en fait que leur désir
d’une plus grande reconnaissance tant par le corps médical
que par les gestionnaires des structures de santé qui les
considèrent souvent comme interchangeables et remplaçables.
Le corps paramédical, cheville ouvrière
de toute structure de santé, où l’on dénombre
selon le secrétaire général du bureau national
du syndicat algérien des paramédicaux « 19 000
agents à l’échelle nationale alors que les besoins
seraient de 200 000 agents » doit obtenir une plus grande
reconnaissance de la part de la tutelle et surtout être revalorisé
selon les différentes spécialités et les différents
postes occupés.
par Larbi Abid le 5 mars 2007 |