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Pendant
longtemps, les différentes spécialités médicales ont entretenu la
confusion dans le domaine de l'activité médicale d'urgence, arguant
du fait que les patients non programmés peuvent trouver tout naturellement
une solution à leurs problèmes de santé dans le cadre d'une spécialité
médicale ou chirurgicale au sein d'une structure de santé. Partant
de cette idée, les premiers centres d'urgence intra-hospitalière
ont fonctionné comme des unités d'accueil et d'orientation des malades
à travers une gestion à distance par un service de médecine ou de
chirurgie.
Cette conception a été rapidement remise en question
par la confrontation sur le terrain à une nature de problèmes qui
n'avaient pas été auparavant appréhendés avec en particulier une
activité en mode obligatoirement continu et permanent, des patients
nombreux et ayant des problèmes différenciés impliquant la notion
de triage, la prise en charge de malades arrivant en détresse et
en fin de compte une activité diagnostique et thérapeutique intense.
Il apparaît dès lors que l'accueil de l'urgence passe nécessairement
par la mise en place de véritables structures pourvues de moyens
médico-techniques et humains adéquats et dont l'organisation et
le fonctionnement sont adaptés pour répondre 24 heures sur 24 à
des événements non programmés. Cette approche conceptuelle est clairement
établie par R. ASKENASI et P. F. UNGER qui soulignent que : "La
médecine d'urgence est sans doute la seule spécialité définie par
le lieu où elle se pratique. Ses fonctions particulières, les pressions
qu'on y subit, l'imprévisible, l'imprévu et le chaos imminent qui
y règnent façonnent la pratique de ceux qui y consacrent leur temps
mais définit également le contenu de la spécialité. Le service des
urgences est un creuset où se fondent une multitude de problèmes.
Beaucoup ne peuvent être résolus parfaitement. Tous peuvent être
abordés de façon optimale. Y travailler efficacement, c'est utiliser
au maximum la panoplie de ressources médicales, sociales, psychologiques
et administratives qui sont à la disposition de ceux qui les connaissent.
Le spécialiste traditionnel ne voit l'urgence qu'en termes de fonctions
vitales menacées ou de membres détachés du corps. Le véritable "urgentiste"
sait que presque tous les patients qui arrivent au service ont un
besoin qu'il s'agit d'identifier et si possible résoudre".
C'est cela le monde de l'urgence, monde dans lequel on ne connaît
jamais la limite du nombre de patients à traiter et parmi lesquels
il faut reconnaître les vrais problèmes du moment et adopter les
attitudes appropriées.
Tout le monde s'accorde pour dire que les urgences
médico-chirurgicales sont encore accueillies par un personnel sous-médicalisé
dans des locaux inadaptés et sous-équipés. C'est en fait tout ce
qui a trait à l'urgence qui est fondamentalement à remettre en question.
Bien que peu rentables économiquement, les services d'urgences n'en
demeurent pas moins la vitrine de l'institution hospitalière. En
cette période de raréfaction des ressources, les urgences doivent,
malgré tout, constituer pour nous l'une des premières préoccupations,
au même titre que la médecine préventive.
La maîtrise de la prise en charge de problèmes
variés et complexes survenant à tous moments dans un service d'urgence
implique une spécialisation ou au moins une compétence qui ne peut
être obtenue que par une formation spécifique qui doit concerner
toutes les catégories de personnel. Les formules sont multiples
et dépendent du contexte universitaire national. La création du
certificat d'étude spéciales en médecine d'urgence est un signe
très encourageant.
Aujourd'hui, le service des urgences, pour être
une réalité affirmée, doit représenter le lieu où se conjuguent
humanisme et technicité et le terrain électif de médecine pratique
donc d'enseignement. Sous réserve que s'opère l'évolution nécessaire
des mentalités imposée par les mutations en cours comme par les
impératifs économiques, il représente une structure hospitalière
d'avenir. Encore faut-il le doter des potentiels, en particulier
humains, indispensables à une action de qualité.
Ce texte est transmis par le professeur Abid, le
30 avril 2004
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