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En novembre 1989, j'étais invité à un Séminaire
de Politique Générale de Financement du Secteur de la Santé au Maghreb,
organisé par l'Institut de Développement Economique (IDE) de la
Banque Mondiale à Casablanca au Maroc. Lors d'une discussion avec
mes collègues marocains, je leur ai fait part de ma surprise (le
mot est faible) de voir des mères de famille mendier devant l'entrée
des officines de pharmacie privée en présentant des ordonnances
où les médicaments principaux ont été cochés par le pharmacien.
J'étais, à l'époque, fier de dire, qu'en Algérie, la médecine est
gratuite et que le citoyen algérien recevait ses médicaments à la
pharmacie même de l'hôpital et qu'il n'avait pas à débourser un
centime. Avec l'économie de marché, la mondialisation, ce temps
est bien loin et les rues de nos différentes villes sont parsemées
de mendiants (hommes et femmes) accompagnés d'enfants malades présentant
des ordonnances ou des boites vides de médicaments.
Le développement humain et la lutte contre la pauvreté sont étroitement
liés aux échanges internationaux de bien et de personnes. Le secteur
de la santé est affecté par ces mouvements. Les médicaments essentiels
dont 1/3 de la population mondiale et plus de 50 % de la population
africaine n'a pas accès fait peser la menace que représentent les
médicaments contrefaits et les médications traditionnelles qui sont
achetés à même le sol dans les marchés africains et asiatiques.
Si l'on achète ces médicaments, c'est
qu'ils sont moins chers.
La non disponibilité des médicaments essentiels dans les pays en
voie de développement pose avec acuité le problème du médicament
générique qui doit remplir les mêmes critères de qualité,
d'efficacité et de sécurité que le médicament original ou "princeps".
Le principal avantage du générique est bien sur son coût, en moyenne
de 30 % inférieur à celui de l'original. Les trois critères qui
le définissent sont : même composition
chimique, nom différent et moins cher.
Les médicaments génériques devraient être largement utilisés dans
nos hôpitaux car les hôpitaux d'une manière générale et les CHU
en particulier utilisent les nouvelles molécules, médicaments très
innovants et par conséquent très chers. Les économies réalisées
sur les uns devraient permettre d'acheter et donc de fournir les
autres aux patients. En Algérie où les hôpitaux doivent s'approvisionner
d'abord auprès de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux (PCH), la généralisation
des génériques est, en principe, facile. Cependant, la non disponibilité
fréquente des médicaments non injectables dans nos hôpitaux fait
que c'est le patient qui s'acquitte de la note de médicaments, même
lorsqu'il est hospitalisé, en achetant en pharmacie privée tout
ce qui manque à l'hôpital et de ce fait, la part du générique dans
la consommation médicamenteuse même à l'hôpital fait intervenir
le médecin, le pharmacien et le patient mais également le médicament
lui-même :
- Le médecin
Il ignore souvent le nom des molécules (car il n'est pas ou peu
enseigné pendant les études médicales). Si le médecin connaît plusieurs
centaines de médicaments, le changement des noms et de marque peut
être déstabilisant. La prescription sous D.C.I., corollaire du développement
des génériques, est donc rendue plus difficile. De surcroît, le
médecin a souvent une forte loyauté à la marque, et aux laboratoires
qu'il sait être innovants. Le retrait de certains médicaments du
marché par le ministère de la santé après une circulation de plusieurs
mois n'est pas fait pour arranger les choses, de même que l'expérience
hospitalière qui a montré l'absence d'efficacité (lorsque ce n'est
pas la toxicité ou l'instabilité chimique) de certaines molécules
importées d'Asie (exemple du Valium et même du sérum salé il y a
quelques années).
- Le pharmacien
Absence d'incitation à la prescription générique (tant chez les
médecins que chez les pharmaciens). Hostilité traditionnelle d'une
partie de l'industrie pharmaceutique. Pour surmonter cela, le pharmacien
devrait pouvoir de lui-même remplacer un produit princeps par un
produit générique moins cher ; sa marge bénéficiaire ne devant pas
en pâtir pour cela.
- Le patient
Certains patients (les plus instruits généralement ou les patients
porteurs de maladies chroniques) montrent beaucoup de réticence
à l'égard du médicament générique : mauvaise qualité, produit au
rabais, .… "Le médicament générique doit être conforme en teneur
et en quantité au médicament d'origine dont il est le substitut",
- Le médicament
Certains médicaments sont trop dispendieux à produire ou représentent
un trop faible marché pour intéresser les fabricants de produits
génériques. De même une grande partie des médicaments d'origine
sont protégés, il n'existe pas encore de copies génériques.
Ces tendances doivent absolument changer dans nos
pays économiquement faibles comme cela est en train de se faire
dans beaucoup de pays développés comme en Allemagne et aux Etats-Unis
où l'on note une érosion très nette de l'attachement à la marque.
La moyenne européenne s'établit autour de 15 % et atteint près de
40 % en Allemagne et aux Etats-Unis. Les gens à faible revenu, comme
les personnes âgées, vivent parfois des dilemmes. Lorsque le médicament
prescrit est trop cher, ils préfèrent s'en passer. L'une des plus
belles victoires du médicament générique a été celle du gouvernement
Sud-Africain contre les 39 laboratoires pharmaceutiques à propos
de la tri-thérapie du SIDA en 2000. A quand une victoire identique
pour les nouvelles molécules antimitotiques dont ne peuvent bénéficier
les cancéreux des pays en voie de développement ?
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