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Un environnement socio-économique précaire,
un environnement institutionnel rigide, un imaginaire social en
mal d'inspiration, une opinion publique amère et désabusée, des
obligations socioprofessionnelles éprouvantes, une reconnaissance
sociale frustrante, des exigences existentielles plus qu'accaparantes,
tel est le lot du professeur en médecine dans ce pays.
Quant aux limitations structurelles se surajoutent des contraintes
conjoncturelles, du fait généralement de décisions partielles et
partiales, aux objectifs étriqués et de portée limitée, la situation
se complique à souhait.
Les mesures qui en découlent, prises quelquefois en dépit du bon
sens, peuvent même aller à l'encontre des intérêts de l'institution
elle-même. Les dossiers brûlants constituant le contentieux avec
les tutelles sont relativement nombreux et d'importance variable.
Trois d'entre eux sont particulièrement intéressants, du fait précisément
de leur importance, mais également de l'attitude déconcertante de
l'administration à leur égard.
1- Le statut des personnels hospitalo-universitaire
De façon générale, un statut particulier comme son nom l'indique,
"particularise", c'est-à-dire qu'il souligne une place à part au
sein d'un ensemble, tout en insistant sur des caractéristiques particulières,
mais sans en rien renier l'appartenance à l'ensemble duquel il reste
solidaire, en l'occurrence le statut général de la Fonction publique.
Un statut spécifique, par définition, "spécifie", c'est-à-dire qu'il
caractérise en propre ou singularise et démarque par rapport à un
ensemble, celui de la Fonction publique, en soulignant l'autonomie
fondée sur la spécificité. Il se fait généralement sous forme d'une
loi.
Or, les hospitalo-universitaires, y compris ceux du plus haut rang,
sont régis par un statut particulier qui ne correspond à rien et
ne leur consent que des droits subalternes et inconsistants. Ces
derniers ne répondent ni à leur niveau de formation, ni à leur niveau
de qualification, ni à l'importance sociale de la fonction ou au
prestige attaché à la profession. C'est pourquoi ils revendiquent
un statut spécifique de l'enseignant chercheur hospitalo-universitaire
sous forme de loi, seul à même de pouvoir leur garantir un positionnement
catégoriel, un régime indemnitaire et une retraite, avantageux et
à la mesure de leur labeur, de leur mérite et des services rendus.
L'autre alternative possible serait de les assimiler aux cadres
supérieurs de l'Etat et de les intégrer réellement et effectivement
dans les catégories hors échelle de la Fonction publique, avec tous
les avantages y afférents dont la nomination par décret, comme cela
se passe un peu partout de par le monde jusque et y compris chez
nos voisins immédiats.
Cette procédure serait moins lourde que la précédente, et il suffirait
d'un rajout dans la nomenclature des fonctions y ouvrant droit,
par voie réglementaire. Un décret suffirait amplement. Tous les
arguments qu'on peut y opposer, notamment le devoir de réserve,
le devoir de subordination, l'enquête préalable de moralité, la
contribution à la consolidation de la souveraineté nationale, etc.
ne constituent aucunement des obstacles.
En fait, dans la réalité on assiste à une curieuse opération, à
la limite du tour de passe-passe et dont seuls les Algériens ont
le secret. On feint d'emboîter le pas à une disposition de la loi
d'orientation sur l'université qui consacre le professeur au sommet
de la hiérarchie sociale, mais cela ne dépasse pas le niveau de
la profession de foi. Ils ont certes été extraits de l'échelle de
la Fonction publique, mais sans être intégrés dans les catégories
supérieures (de la Al à la G). Leur positionnement catégoriel est
en fait purement fictif et ne correspond qu'à un positionnement
indiciaire virtuel, en l'occurrence 1280 pour le professeur. Alors
qu'un responsable de la Fonction publique, en séance officielle,
parlait d'aménager la catégorie de réserve de la République, la
catégorie G pour eux, on a réévalué en catimini les catégories hors
échelle pour les surélever et les mettre hors de portée du misérable
positionnement indiciaire du professeur qui se retrouve en fait
très en-deçà du seuil liminal de ces dernières, dans un "no man's
land" statutaire, précaire et indéfinissable, ne présentant aucune
garantie ni assurance.
De telles pratiques illustrent de façon caricaturale l'effraction
du trabendo dans tous les secteurs de la vie nationale et tous les
rouages de l'administration. Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle,
un professeur en médecine est statutairement plus proche d'un agent
de service que d'un cadre supérieur de la nation, la différence
majeure avec celui-là se situant essentiellement au niveau des rémunérations
du fait de l'écart, notable il est vrai, entre les régimes indemnitaires.
Du reste, le fait qu'on ait été contraint d'hypertrophier outre
mesure les indemnités prouve, s'il s'en fallait, l'indigence relative
du salaire de base, découlant pour l'essentiel du positionnement
catégoriel, pardon du positionnement indiciaire.
2- L'activité complémentaire
Dans nombre de pays, aussi bien parmi les plus nantis que les autres,
l'Etat outre qu'il assure des salaires plus que satisfaisants aux
professeurs en médecine, leur accorde en sus le droit d'exercer
à titre privé et lucratif, dans le cadre d'un plein temps aménagé.
Cela s'est fait dans le but évident de retenir dans le service public
les meilleures compétences qui, sans cela, seraient tentées d'aller
négocier leurs services dans le privé, autrement plus attractif
et rémunérateur !
Dans notre pays dès 1989, on avait demandé avec l'activité complémentaire,
la possibilité pour les professeurs d'exercer dans le secteur libéral,
au-delà des heures légales de travail, du fait de l'indigence des
salaires servis à cette catégorie de praticiens d'élite. Ce ne fut
pas chose aisée, mais on a pu quand même bénéficier de mesures dérogatoires,
par voie légale.
Néanmoins, deux innovations majeures ont été introduites. D'abord,
le bénéfice de cette mesure était étendu aux autres corps de praticiens,
mais surtout, il ne s'agissait plus d'une véritable activité complémentaire,
bien que la désignation soit maintenue, mais d'un authentique plein
temps aménagé. C'est d'ailleurs pour cela qu'on avait demandé une
prime de "non-clientèle" pour les praticiens qui s'y abstenaient
et donc exerçaient deux après-midi de plus que les autres.
Quoi qu'il en soit, un décret exécutif dont on avait eu vent de
la teneur dès janvier 2002 alors qu'il ne sera promulgué qu'en août
2002, en introduisant une clause supplémentaire, limite le champ
d'application de la loi.
En effet, le fameux article 4 bis stipule que "l'activité
complémentaire est incompatible avec la chefferie de service ou
d'unité", c'est-à-dire qu'on ne permettait plus aux professeurs,
chefs de service, ce qu'on permettait aux autres. En d'autres termes
ceux qui étaient les uniques bénéficiaires sous des cieux plus cléments,
en étaient ici les uniques exclus.
Après accord bilatéral sur une position de compromis conciliant
les dispositions légales et réglementaires, les mesures consenties
aux praticiens concernés et surtout les exigences de la tutelle
relatives à la continuité du service public, ainsi qu'à l'exercice
plein et entier de la responsabilité et des prérogatives de ces
postes supérieurs, on avait convenu de la possibilité pour les professeurs-chefs
de service de pouvoir exercer à titre privé, 2 fois par semaine
comme les y autorise la loi, mais au-delà des heures légales, de
travail, c'est-à-dire après 16 h.
Depuis, on n'a pas trouvé mieux que de se rétracter et de renier
un engagement officiel pris devant une commission mixte, administrative
et représentative. Au lieu de recourir à cet argument d'autorité
de la pire espèce et à la coercition que cela suppose, il aurait
été plus avisé de mettre en place un système de mesures incitatives
autrement plus attractives et persuasives. D'autant que cela aurait
été décidé semble-t-il, du fait qu'une infime minorité de confrères,
tous grades et corps confondus et particulièrement à l'intérieur
du pays, s'adonnerait à des pratiques indignes et condamnables.
En fait, ce n'est pas parce qu'une poignée de praticiens indélicats
que la corporation a toujours reniés s'adonne au trabendo qui a
fini par gagner malheureusement la médecine, après avoir prospéré
partout ailleurs, qu'il "faut mettre tout le monde dans le même
sac", jeter le discrédit sur une honorable corporation et priver
de nombreux praticiens de la possibilité d'améliorer honnêtement
leur standing social, tout en rendant service à la population et
en desserrant l'étau autour du service public.
3- Les statuts des établissements de santé
Jusqu'alors, tous les établissements sanitaires de l'Algérois et
tous leurs services, de Zéralda à Aïn Taya, de même que ceux des
autres villes sièges de facultés de médecine, étaient des structures
hospitalo-universitaires. L'offre pédagogique en terrains de formation
ne suffisait déjà pas à contenir les flux considérables d'étudiants
car la démographie estudiantine ne cessait de croître de façon préoccupante.
Le système en place n'arrivait que difficilement à s'acquitter de
sa mission. Au moment où il était attendu un renforcement du dispositif
hospitalo-universitaire, notamment à Alger, avec augmentation des
capacités d'accueil pédagogiques et du taux d'encadrement, ce fut
tout simplement l'inverse qui se produisit. A
l'initiative unilatérale du ministère de la Santé, dans le secret
et l'opacité totale, l'année 1997 vit la promulgation des décrets
portant statuts des établissements de santé.
On s'aperçut très vite que ces textes méconnaissaient le caractère
éminemment social des structures de santé auxquelles étaient dévolus
de plus en plus des objectifs de réadaptation sociale et ne tenaient
pas compte de la spécificité de la médecine de façon générale et
de celle de l'activité hospitalo-universitaire de façon particulière.
A titre d'exemple, l'évaluation d'une activité génératrice pour
l'essentiel d'effets qualitatifs et de valeurs immatérielles à l'aune
des règles de la stricte commercialité en vigueur dans le secteur
productif et économique relève de l'aberration conceptuelle. De
plus, une démarche qui se focaliserait sur les voies et moyens d'une
politique en perdant de vue ses objectifs et, partant, ferait prévaloir
l'assistance logistique et son contrôle sur la finalité institutionnelle
à laquelle elle devait demeurer assujettie en l'occurrence, la prévention,
le soin curatif, la réadaptation sociale, la formation et la recherche,
relevait, pour le moins, de l'effet pervers latéral. Quoi qu'il
en soit, à la faveur de la restructuration qui y figurait en annexe,
ce furent pas moins d'une centaine de services de l'Algérois qui
passèrent à la trappe ou, pour être plus précis, se trouvèrent déclassés,
rétrogradés et dépouillés officiellement de leurs attributs et finalités
universitaires.
Ainsi, dans les missions et objectifs qui leur étaient dévolus
ne figuraient plus ni la formation médicale, graduée et post-graduée,
ni la recherche. Ils pouvaient tout au plus passer des conventions
avec des organismes de formation, dans le cadre de contrats résiliables
à tempérament. Les budgets et les nomenclatures des médicaments
étaient autrement moins avantageux que dans les CHU alors que pour
les équipements et les opérations planifiées, les procédures étaient
compliquées à souhait, autrement plus que pour les CHU. En l'état
actuel des choses dans notre pays, la santé publique est une mission
de service public, au même titre que la formation universitaire
et vice-versa. Il appartient donc aux deux départements ministériels
concernés de se concerter pour accorder la carte sanitaire à la
carte universitaire et l'inverse.
Ensuite, il leur échoit de définir leurs objectifs réciproques
et communs, sur la base de données objectives, fondées notamment
sur les besoins effectifs de soins et de formation médicale, en
tenant compte de la disponibilité des moyens requis et de la possibilité
de leur adéquation ou de leur adaptation. Ces préalables sont nécessaires
à l'élaboration de leur politique, laquelle leur permettra d'arrêter
les programmes d'action respectifs et communs. Il ne leur restera
plus alors qu'à nous consentir les moyens de cette politique et
de ces programmes. En d'autres termes, si les services déclassés
relevant d'EHS et SS (structures de santé publique), doivent continuer
à assurer de fait une activité hospitalo-universitaire comme ils
n'ont du reste jamais cessé de le faire, ils doivent être rétablis
dans leurs droits, c'est-à-dire que leur caractère universitaire
doit être statutairement consacré, de façon à leur permettre le
bénéfice de tous les moyens et avantages nécessaires à la réalisation
de leurs missions et objectifs. En un mot, ils doivent être alignés
sur le CHU, sans quoi on pérenniserait une inégalité de fait qui
se traduit par un traitement discriminatoire à l'encontre des membres
du corps hospitalo-universitaire, selon qu'ils relèvent d'un CHU
ou d'une structure de santé publique ayant passé une convention
avec l'université. Quand on pense que près de la moitié des effectifs
de praticiens hospitalo-universitaires, notamment du plus haut rang,
est concernée de fait par cette situation, on comprend toute la
mesure de la crise.
A l'issue de cette revue critique, on retient un statut des plus
médiocres, une mystification par une certaine administration qui
recourt le plus allègrement du monde aux pratiques trabendistes
et une menace réelle sur la seule concession qui leur ait été consentie.
Cette dernière est la seule à pouvoir leur garantir un standing
décent, eu égard à la dépréciation continuelle du dinar et à l'inflation
endiablée. Du reste, pour la plupart d'entre eux, elle ne représente
qu'une "poire pour la soif" et une solution extrême à laquelle ils
ne recourront que contraints par la nécessité. Pourtant, les solutions
doivent exister !
A ce propos si l'on sollicitait directement le peuple, par voie
référendaire pour qu'il se prononçât sur les places respectives
de la médecine et de l'université au sein de notre société, car
il s'agit bien de véritables débats de société, l'on serait étonné
de la réponse à cette simple question : quelle santé et quelle université
pour nos enfants et quels moyens faut-il leur consentir ?
Par ailleurs, il est évident qu'il faut encourager et promouvoir
la production scientifique et la recherche, par l'émancipation des
initiatives privées, l'encouragement de la création de fondations
de recherche ainsi que l'instauration de prix et de distinctions,
en y impliquant au besoin l'industrie pharmaceutique.
Tout comme il convient également de valoriser le scientifique,
le médical, le pédagogique et l'académique, selon les domaines concernés,
par rapport à l'administration et pour ce qui se rapporte à ces
domaines. De même qu'il y a lieu de développer l'ouverture tous
azimuts dans le domaine des échanges et de la coopération, seule
garantie d'accès à l'universalité du savoir et de la culture. En
prenant soin au préalable de veiller à la valorisation statutaire
de la fonction sociale, à la mise en place de mesures incitatives
et de rémunérations décentes en adéquation avec le coût réel de
la vie et tenant compte de l'inflation. Car l'argent existe, et
il suffit d'aller le prendre là où il est. Un bon système de collectes
d'impôts (dispositif et procédures) juste et équitable, devrait
permettre de mieux lutter contre la fraude et l'évasion fiscales
et d'éponger toutes les sur liquidités de l'économie informelle
qui sans cela seraient au mieux thésaurisées, au pire transférées
ailleurs.
N.B. : Cet édito est une partie d'un article
que le professeur TEDJIZA a fait paraître sur le quotidien " El
Watan " et que l'internaute pourra lire sur ce site : "Défense
et illustration du professorat en médecine"
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