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La levée d'un tabou
: la transplantation d'organes à partir greffons cadavériques
A la fin du mois de novembre , un événement médical
et social important a eu lieu à Constantine : il s'agit de la première
greffe rénale à partir d'un donneur cadavérique.
Cette transplantation, réalisée par l'équipe du docteur BENDJABALLAH
a eu lieu à la clinique de néphro-urologie et de transplantation
rénale. Elle a été suivie quelques jours plus tard par une seconde
transplantation toujours à partir d'un greffon cadavérique.
Le 9 décembre, le professeur HARTANI du service d'ophtalmologie
du CHU Mustapha d'Alger réalise également deux greffes de cornée,
intervention qui ne peut se concevoir qu'à partir d'un donneur cadavérique.
Ces différents transplantation n'ont pu avoir lieu que grâce à
l'arrêté ministériel n° 30 et 34 du 19 novembre 2002 qui fixent
les conditions et critères permettant la constatation médicale et
légale du décès et la possibilité de prélever des organes à partir
du cadavre en vue de leur transplantation.
Il s'agit là d'un événement médical et social important
dans notre pays puisque, en matière de greffe de cornée, et jusqu'en
1985 cet acte était réalisé en Algérie mais les prélèvements se
faisaient dans la discrétion pour ne pas dire dans la clandestinité.
A partir de cette date si quelques greffes de cornée ont été effectuées,
elles ne l'ont été qu'à titre exceptionnel en utilisant des greffons
importés.
Pour les autres cas, les patients devaient se déplacer à l'étranger
pour y effectuer cette intervention tout en sachant que la pénurie
d'organes se pose également à l'étranger et que le coût de cette
intervention est nettement plus élevé que si elle était réalisée
localement.
Concernant la greffe rénale, la demande est très importante comme
on peut le constater à travers le nombre d'insuffisants rénaux en
hémodialyse.
Quelques transplantions rénales à partir de donneurs vivants sont
réalisées à Alger, Constantine et peut être à Oran mais cette intervention
n'est pas réalisée de manière régulière et à plusieurs reprises
elle est à l'arrêt. Chacun de nous se souvient du scandale des patients
algériens qui allaient se faire greffer un rein dans des cliniques
privées de certains pays du Moyen-Orient sans aucun suivi médical,
sans sécurité quant à la qualité du greffon et qui dans la majorité
des cas ont développé un rejet.
Ces événements montrent l'acuité du problème et la
nécessité de mettre en place dans notre pays un programme de transplantation
d'organes.
L'actuel ministre de la santé, de part sa spécialité (anesthésie-réanimation)
a pris à bras le corps ce problème (il a d'ailleurs été un des instigateurs
de la première transplantation rénale effectuée à Constantine à
partir de donneur vivant en 1987).
La transplantation d'organe, de par la vulnérabilité des patients
qu'elle concerne et la complexité des questions qu'elle soulève
quand à l'origine des greffons utilisés doit être analyser non seulement
dans sa dimension médicale mais également dans sa dimension sociale.
En effet, le prélèvement post-mortem est assimilé dans le subconscient
collectif comme une mutilation, une atteinte à la dignité de la
personne décédée, non seulement dans notre pays mais également dans
beaucoup d'autres où la transplantation avec donneur cadavérique
est déjà bien implantée.
Il existe également des pays où la transplantation ne se conçoit
qu'à partir de donneurs vivants (Asie et plus particulièrement Japon).
Pourquoi ne pas se contenter alors des donneurs vivants ?
Outre la pénurie de donneurs vivants, la transplantation à donneur
vivant pose le problème essentiel d'exposer le donneur aux risques
d'une intervention parfois lourde (rein et surtout foie).
Que greffe-t-on ?
Dans le domaine des organes, le rein, le foie, l'intestin, le pancréas,
les poumons, le cœur, les valves cardiaques, les vaisseaux, les
os, la cornée, la peau.
Dans notre pays les besoins sont très important en matière de
greffe de rein et de cornée.
En excluant la greffe de moelle osseuse qui n'est pas l'objet de
notre propos, nous ne pensons pas qu'il faille accorder la même
importance aux autres organes tel que le foie par exemple.
En effet pour le rein le nombre d'insuffisants rénaux et tel qu'il
n'y même pas la possibilité d'effectuer pour chaque dialysé le nombre
suffisant de dialyse par semaine.
Il en est de même de la greffe de cornée vu le nombre de patients
atteints de cécité qui auraient pu recouvrir la vue grâce à une
greffe.
La troisième indication de transplantation de par le nombre de
cas à travers le monde est représentée par la greffe de foie.
Il s'agit d'une technique chirurgicale qui s'adresse aux patients
atteints d'une hépatopathie aiguë ou chronique irréversible (cirrhose
biliaire primitive, post-hépatique, affections métaboliques,
hépatite virale fulminate voire même affections néoplasiques).
S'il existe certes des cas en Algérie pour lesquelles une indication
de greffe hépatique se pose, nous pensons quand même que leur nombre
ne justifie pas à l'heure actuelle un investissement qui doit plutôt
s'adresser à la mise en place d'unités d'exérèse hépatique majeure
qui semble être le parent pauvre de la chirurgie viscérale dans
notre pays non par insuffisance technique des chirurgiens mais plutôt
par insuffisance de moyens (échographie per-opératoire, cavitron,
laboratoire performant etc. .) des services chirurgicaux effectuant
ce type de chirurgie.
Est-ce que tout décédé est un donneur potentiel d'organes ?
la réponse varie selon qu'il s'agisse de cornée ou d'un viscère
(rein, foie, poumon, pancréas, cœur) où le don d'organe n'est possible
qu'en cas de mort cérébrale, état particulier qui est loin d'être
la règle.
Est-ce que tout établissement hospitalier peut d'effectuer des
prélèvement d'organe ?
Il faut que l'établissement hospitalier en question dispose des
moyens d'assurer une ventilation mécanique et une fonction hémodynamique
à tout patient en état de mort cérébrale ce qui est loin d'être
le cas de tout les hôpitaux algériens.
A l'aube de l'année 2003 qui semble coïncider en matière de santé
publique avec un certain nombre de réformes (dont la réforme hospitalière),
nous souhaiterions la mise en place : d'un comité national des greffes
d'organes, de tissus, de moelle osseuse et de cellules chargé :
- de recenser dans les hôpitaux HU, les EHS et les hôpitaux dotés
de service de réanimation, les morts encéphaliques
- de recenser les donneurs potentiels d'organes et de tissus
- d'organiser les prélèvements de cornée dans les hôpitaux
- de mettre en place des banques de tissus
- d'élaborer les outils législatifs permettant de réaliser
cette activité
- d'élaborer un manuel d'organisation et de fonctionnement
des prélèvements (règles de bonne pratique pour la réalisation
de cet acte, traçabilité)
- de lancer une journée nationale annuelle de réflexion sur le
don d'organe
- de faire une évaluation régulière de l'activité de greffes
des différentes équipes médicales habilitées.
Professeur Larbi ABID le 10 décembre 2002
abid@santemaghreb.com
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