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A l'heure où tout le corps médical se
trouve sous les feux de l'actualité, contraint par la misère des
temps à négocier âprement sa dignité, il n'est jusqu'au rang le
plus élevé d'entre eux, celui des professeurs, qui ne soit concerné
par cette situation, brisant ainsi une réserve et une immunité de
plusieurs dizaines d'années qui n'a pu résister aux coups de boutoir
de la nécessité historique et de ses incessants réaménagements sociaux,
dans cette transition qui n'en finit pas d'exiger son tribut de
drames et de malheurs. Il semble que le poids des contraintes internes
de toutes sortes, conjugué à une conjoncture internationale défavorable,
avec son lot de frustrations et de désillusions, aient fini par
avoir raison des vertus ancestrales de ce peuple, au premier rang
desquelles la générosité, la patience et la courtoisie. Ce qui était
respecté et honoré hier est aujourd'hui conspué et foulé aux pieds
par une opinion publique excédée et amère, et aux yeux de laquelle
plus rien ne trouve grâce. Ce témoignage n'a pour seule ambition
que de mieux faire connaître un corps avec ses mérites s'il y a
lieu, ses convictions peut-être et ses petites angoisses sûrement.
I - L'environnement général : grandeur et décadence
Tout abord d'une question aussi complexe, du fait de ses multiples
aspects, dimensions et implications, ne saurait faire l'économie
de la double perspective, dans le temps et l'espace, du contexte
général dans lequel elle s'insère.
I -1- L'évolution historique
Durant la période coloniale, la population "indigène", constituée
essentiellement de ruraux et de montagnards, était contrainte
à une économie de subsistance, basée essentiellement sur une agriculture
de type traditionnel et archaïque, totalement démunie face aux
calamités naturelles et aux caprices du destin, quand elle n'était
pas tout simplement maintenue en état de servage et inféodée par
l'ordre colonial. Une minorité de citadins, sans qualifications
généralement, était exploitée et vivotait misérablement au gré
de petits boulots astreignants et mal rémunérés, sans garantie
aucune. Dans ce contexte, les médecins et les universitaires se
comptaient sur les doigts d'une main. Généralement issus de l'infime
minorité que représentait la petite bourgeoisie citadine, quelquefois
même enfants d'auxiliaires de l'administration coloniale, ils
étaient souvent des hommes remarquables et de grand mérite par
leur détermination et leurs qualités intellectuelles. Leur rôle
dans l'éveil de la conscience nationale est indiscutable, et ils
fourniront, du reste, l'essentiel de la classe politique nationaliste
du pays. A l'indépendance, pour ce qui était de la médecine universitaire
comme pour la science et la technologie de façon générale, on
était encore sous l'entière dépendance de la coopération technique.
Comme toute chose rare et précieuse, le prestige et l'aura de
ces professions étaient à son apogée. Avec l'enseignement obligatoire
et sa généralisation, on est passé d'un système de formation universitaire
de type élitiste, très formé, sur le modèle de celui dont on avait
hérité, à un autre qui ouvrait l'accès au plus grand nombre. L'objectif
était d'atteindre l'algérianisation de l'université ; il sera
atteint vers la fin des années 1970, avec en prime le maintien
d'une qualité de formation honorable. Après une courte phase de
stagnation, le processus a amorcé sa phase descendante sur le
plan qualitatif, car le système ployait désormais sous des contraintes
de toutes sortes, au premier rang desquelles :
1. Des flux d'étudiants disproportionnés et non maîtrisables,
outrepassant les capacités structurelles, pédagogiques, logistiques
et sociales ;
2. un encadrement magistral de qualité nettement insuffisant,
en tout cas très en deçà de la demande et des exigences, du
fait de l'exil et de la fuite des cerveaux, de la désaffection
et de la démobilisation des cadres dont le pouvoir d'achat a
été laminé par la paupérisation qui a touché les classes moyennes
;
3. la faillite de la maintenance et de la gestion du parc immobilier
universitaire avec vétusté des structures conduisant à leur
fermeture de fait ;
4. le sous-encadrement administratif (en effectifs, qualifications
et motivations) avec disqualification du service public ;
5. la contestation du respect de la hiérarchie et de la discipline,
avec disparition de la notion même de maître, en tant qu'autorité
scientifique et morale ;
6. le recul inquiétant de la culture et des traditions universitaires
avec désaffection pour le savoir, l'ascèse intellectuelle, le
mérite académique et la valeur scientifique. Non seulement ces
contraintes n'ont pas été levées, mais elles ont atteint une
telle acuité et revêtu une telle ampleur que la situation en
devient presque ingérable.
I -2- Le champ institutionnel
Le champ institutionnel actuel est supposé amorcer la transition,
décisive et irréversible, vers la démocratie authentique et l'Etat
de droit ainsi que l'ouverture à la mondialisation et à l'économie
de marché, mais également une perméabilité à la culture universelle
et une disponibilité à la communication et aux échanges de toutes
sortes.
En fait, cette ouverture, frileuse, est actuellement entravée
par le centralisme étatique et la lourdeur des procédures bureaucratiques,
sans compter la persistance de vieux réflexes issus de l'unicité
de pensée, et souffre encore des séquelles de l'économie dirigée
et protégée. Cela ne doit pas pour autant faire mésestimer le
risque de basculer dans l'excès inverse avec libéralisation tous
azimuts à outrance, voire sauvage.
L'importance de l'administration dans la définition, la délimitation,
la mise en place et la fixation du cadre institutionnel est cruciale.
Par administration, nous entendons un ensemble d'instances, de
dispositions, de pratiques et de valeur, attachées au système
dont elles relèvent et qui les englobe. Du fait de l'autorité
formelle dont elle est investie, de la nature de ses prérogatives
et attributions, de ses missions et objectifs, mais surtout du
conservatisme qui caractérise son mode de fonctionnement, elle
a une tendance naturelle à surinvestir ses positions. Ce qui la
rend assez stéréotypée dans ses modalités d'expression et souvent
assez excessive dans sa procédure, rigide et sans souplesse adoptive
et cela quelles que soient les qualités et la valeur des acteurs
du système eux-mêmes, en l'occurrence les administrateurs, dont
la compétence et le professionnalisme sont généralement indiscutables.
De plus, ce système comme tout système par essence impersonnel,
anonyme, sans état d'âme, sert de courroie de transmission au
pouvoir exécutif dont il instruit, éclaire, prépare les décisions
et dont il veillera par la suite au suivi de l'application. Il
possède également un pouvoir de nomination, de contrôle, de régulation,
voire de répression, etc. Bien installé dans sa logique confortable
qui est de tendre à toujours plus de pouvoir pour de moins en
moins de contrôle, il répugne à rendre des comptes ou à motiver
ses décisions, surtout aux instances représentatives quelles qu'elles
soient, syndicats, associations, commissions consultatives ou
même assemblées élues des collectivités locales.
Au bout de cette logique, la tentation autoritariste n'est pas
loin avec centralisme, dirigisme, bannissement du débat contradictoire
et de la concertation, etc. Sa vocation naturelle est de s'imposer
d'autorité, puisqu'il est l'émanation du pouvoir exécutif, qui
l'a investi pour ne pas dire instrumentalisé, ne s'inclinant que
devant le pouvoir judiciaire et tendant à assujettir tout autre
pouvoir, technique, scientifique, médical ou culturel.
A fortiori quand il est dopé par le pouvoir politique qui renforce
ses prérogatives et l'absout par anticipation de fautes éventuelles
et que l'argument d'autorité est érigé en règle de conduite prévalente,
qu'il est fait un usage immodéré du pouvoir discrétionnaire et
que la procédure est assujettie à des intérêts étroits. Une autre
expression de cet état d'esprit est le fait de tout considérer
à l'aune de la rentabilité, de la logique financière et comptable,
de la stricte commercialité, qui prennent le pas sur tout le reste
(les considérations techniques, sociales, humaines et morales),
véritable "diktat mercantiliste" de ceux qui veulent tout pondérer,
tout vendre et monnayer.
1-3- La réalité sociale actuelle
D'abord et avant tout, il convient de souligner l'absence de
maîtrise du dossier de la démographie, tant dans son ampleur que
sa structure, dans un pays où la quasi-totalité des recettes proviennent
des hydrocarbures, alors que la production nationale pour ce qui
relève de l'industrie lourde est minime et qu'elle tend vers zéro
pour ce qui est de l'industrie de pointe.
De plus, l'essentiel de nos besoins, surtout les médicaments,
dérivés, assimilés et appareillages médicaux, les produits alimentaires
de première nécessité, les appareillages techniques et pièces
de maintenance ainsi que tous les équipements lourds proviennent
de l'étranger. Du reste, la dévalorisation constante du dinar
et l'inflation des prix qui l'est tout autant constituent des
indicateurs édifiants. Le résultat en est cette extension inquiétante
de la misère, cette érosion du pouvoir d'achat du plus grand nombre
et ces pans entiers de la population qui passent chaque année
sous le seuil de la pauvreté.
Par ailleurs, tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Nous
ne parlerons pas du sempiternel problème du logement et de l'habitat
précaire avec le spectacle désolant de ces bidonvilles qui étalent
leurs taudis de misère dans les banlieues de nos agglomérations
urbaines. Nous n'insisterons pas sur le problème sécuritaire en
relation avec le terrorisme et le grand banditisme, de même que
nous évoquerons simplement l'extension de la corruption, du régionalisme
et du népotisme qui gagnent tous les secteurs de l'Etat jusque
et y compris les corps constitués, et qui représentent autant
de plaies sur la face du corps social. Et que dire de la hausse
qui atteint la cote d'alarme, de toutes les courbes, qu'il s'agisse
de criminalité, homocidalité, suicidalité, délinquance routière,
violence dans les stades et dans la rue, pléthore et malaise au
sein de la population carcérale, prostitution, toxicomanie, chômage,
oisiveté et désœuvrement, etc.
Ce qui nous amène à la régression catastrophique des activités
artistiques et culturelles. Le cinéma et le théâtre, florissants
dans les années 1970, n'en finissent pas de péricliter et ne sont
plus qu'une pâle ombre de ce qu'ils étaient, alors que tous les
grands noms de la création artistique et culturelle ont choisi
le chemin de l'exil. Le livre bien que de mauvaise qualité et
très cher, se fait rare, alors que les ouvrages techniques et
scientifiques, d'importation pour leur quasi-totalité, demeurent
hors de portée. Pour finir, nous allons aborder sommairement un
phénomène dérivé de la contrebande, le trabendo qui n'en finit
pas de se généraliser et qui est en passe de s'imposer comme une
véritable institution parallèle. La désignation générique, bien
que de consonance hispanique, est, au même titre que la pratique
elle-même, en fait une invention nationale. Je crois qu'on peut,
sans risque de se tromper, affirmer que le trabendo et le raï
sont les deux créations majeures du génie populaire algérien,
bien que représentant deux valeurs en contrepoint polaire l'une
de l'autre, la première négative et la seconde positive et connaissant
des fortunes différentes.
L'un a pu s'exporter grâce au talent de ses novateurs, l'autre
dépendant au contraire de l'importation clandestine, a pu prospérer
localement outre-mesure et a encore, vraisemblablement, de beaux
jours devant lui. Quoi qu'il en soit, le trabendo en tant que
pratique, repose sur les critères suivants :
1. Le caractère licite de la fraude fiscale, érigée en principe
de gestion ;
2. le recours à des circuits clandestins d 'approvisionnement
et d'écoulement ;
3. l'absence d'une comptabilité transparente et l'évitement
du recours à des procédés d'encaissement ou de paiement de type
bancaire, a fortiori étatique, en d'autres termes primauté au
paiement en liquide, de main à main,
4. une régulation du marché soumise entièrement à la loi de
l'offre et de la demande, du marchandage et du consentement
mutuel (compromis de vente officieux) avec prégnance de la parole
donnée ;
5. le mépris et l'évitement systématique de la production nationale
;
6. le recours privilégie à la contrefaçon de produit dit "Taiwan"),
7. l'absence d'engagement de garantie et de service après-vente.
Le trabendo n'est pas seulement une pratique avec ses réseaux
et ses rouages, ses complicités à tous les niveaux, qui est
en train d'infiltrer l'économie nationale, mais il tend de plus
en plus à s'imposer comme une véritable culture avec son système
de valeurs, à la limite de l'anticivisme, gagnant progressivement
tous les volets de la vie de la nation. Véritable mutation sociale
née de l'accumulation quantitative de modifications des mentalités
individuelles qui à l'échelle collective a engendré un véritable
saut qualitatif, il repose sur un système de valeurs qui, pour
l'essentiel, s'appuie sur les assertions suivantes :
1. La désaffection de l'Etat et de la chose publique ;
2. le refus de l'autorité et la remise en question de l'ordre
social établi ;
3. le primat de l'individualisme sur l'esprit communautaire
;
4. le parti pris délibéré de transgression systématique des
dispositions légales et réglementaires en vigueur ;
5. la primauté du spéculatif et du mercantile sur le productif,
qu'il s'agisse de production de biens ou de prestation de service
;
6. l'attrait du gain facile ;
7. la disqualification des valeurs, mérites et compétences
nationales ;
8. la négation des attentes du prochain et la minoration des
droits de l'usager.
Depuis et ainsi qu'il est fait état communément et régulièrement
dans la presse, on est passé du trabendo du passeur de cabas
à celui du "passeur" de container dans ce qui est si bien nommé
"import-import".
Pour finir, nous citerons pour mémoire le trabendo de certains
petits artisans-réparateurs, la plupart du temps sans qualification,
caractérisé par une piètre qualité du travail, sans garantie,
avec sur-facturation quand il n'y a pas substitution et vol
de pièces. Au terme de cette cursive mise au point, il convient
d'insister sur le déclin du mérite scientifique et des valeurs
intellectuelles, contrecoup inévitable du triomphe des valeurs
matérielles, de la réussite sociale d'apparat, de l'affairisme
débridé et du primat hégémonique du politique qui exerce une
domination sans concession sur tout le reste. Le résultat en
est le périclitement du prestige attaché à la profession médicale,
y compris de rang magistral, tandis qu'un phénomène social inédit,
"made in Algeria", après s'être imposé dans le commerce et l'économie,
est en train de gagner tous les autres secteurs, l'université
et la médecine y compris. C'est ainsi que l'on y voit certains
représentants finir par céder à la tentation, succomber à de
telles pratiques et s'adonner le plus allègrement du
monde à la contrebande de valeurs humanistes. C'est dire si
le mal est profond !
II - L'environnement scientifique : entre mythes et
réalités :
Les principaux repères fixés, nous pouvons aborder à présent le
corps du sujet, en l'occurrence la fonction de praticien - chercheur
hospitalo-universitaire de rang professoral, dans ses aspects les
plus déterminants, celui du cursus studiorum et celui des missions,
prérogatives et responsabilités et de leurs aires de compétence
respectives, non sans avoir auparavant éclairé les aspects liés
à la motivation.
II - 1 - Fonction sociale et motivations :
La psychologie du travail, pour définir une fonction, se réfère
fondamentalement à l'activité professionnelle, à travers l'analyse
du poste de travail, pour en définir le contenu concret. La psychotechnique,
qui en est dérivée, se préoccupe surtout de l'adéquation des aptitudes
du sujet et de son profil de formation avec les exigences du poste.
L'ergonomie, qui étudie les systèmes hommes-machines, vise surtout
à l'amélioration des conditions matérielles et du confort du sujet
dans le but d'optimiser le rendement. La psychosociologie des
entreprise s'intéresse surtout aux conditions environnementales
(caractéristiques physico-chimiques, nuisances et pénibilités),
aux relations formelles et informelles, au mode de gestion de
l'autorité, à la circulation de l'information et aux motivations.
Pour sa part, la psychologie sociale définit une fonction sociale
en termes de rôles (missions dévolues, prérogatives, responsabilités,
exercice de l'autorité), de statuts (le positionnement social,
les caractéristiques et les modalités d'intégration au sein de
l'économie sociale générale) et enfin, de stéréotype
(la représentation que s'en fait l'imaginaire social ou le regard
que porte le corps social sur elle). Pour traiter de la fonction
sociale du professeur en médecine, nous allons nous inspirer librement
de toutes les orientations des disciplines précitées. Mais auparavant,
nous allons évoquer brièvement le problème de la motivation. En
effet, celle-ci s'avère déterminante au double plan du choix de
la carrière et de la satisfaction des besoins, tendances et intérêts.
De façon générale, on désigne par motivation, l'ensemble des
facteurs dynamiques qui déterminent la conduite d'un individu.
De façon plus précise, cette désignation se réfère à tout état
de tension affective (besoin, tendance, désir, sentiment) à l'origine
d'un comportement orienté vers un but satisfaisant. La motivation,
grâce à la mobilisation du dynamisme de l'individu, permet le
déclenchement, l'organisation, l'orientation et l'entretien du
comportement motivé. Cette mobilisation persiste jusqu'à la réduction
de l'état de tension initial. L'espèce humaine, comparativement
aux autres, dispose d'un équipement neuro-biologique très sophistiqué,
d'une organisation sociale très élaborée et de facultés de symbolisation
et d'abstraction très performantes qui lui permettent l'accès
à la culture. Ce qui explique la complexité des conduites humaines,
généralement inconscientes.
En fait, bien qu'il y ait une grande importance de la fonction
symbolique et imageante et une prépondérance du contrôle cognitif,
c'est surtout la dimension sociale qui est la plus prégnante :
le besoin de contacts sociaux revêt chez l'homme sa forme la plus
achevée et la plus diversifiée. Dans sa recherche de relations
sociales qui satisfont un besoin de considération personnelle,
c'est toujours le même besoin d'affiliation qui est à l'œuvre
et qui est une appétition pour les relations affectives à autrui.
Dans le même ordre d'idées, en 1954, avec sa théorie des besoins,
A. Maslow, montre que l'homme cherche à satisfaire un certain
nombre de besoins étagés de façon hiérarchique et qui évoluent
au fur et à mesure de leur satisfaction. Les besoins du niveau
le plus bas de la hiérarchie doivent être satisfaits, au moins
partiellement, avant que ceux du niveau supérieur ne deviennent
à leur tour des sources de motivation suffisantes. Conformément
à sa représentation pyramidale, on retrouve du bas vers le haut
:
1. Les besoins physiologiques (faim, soif, etc.),
2. le besoin de sécurité et de protection pour le sujet et
ses proches,
3. le besoin d'appartenance et d'amour, de caractère affectif,
vise, à travers les relations inter humaines, l'intégration
communautaire (être accepté et aimé) et la sécurité que confère
le groupe,
4. le besoin d'estime et de reconnaissance ou besoins "égoistiques"
vise à la satisfaction du moi (réussite, prestige, égards et
considération),
5. les besoins cognitifs : besoin de connaître, de comprendre
et d'explorer,
6. les besoins esthétiques : le penchant ou la fascination
par l'ordre, la symétrie, l'harmonie et la beauté,
7. le besoin d'accomplissement ou d'actualisation de soi :
c'est la réalisation de la "vocation", en concordance avec les
aspirations authentiques, l'actualisation des potentialités
virtuelles et l'épanouissement de la personnalité dans son ensemble.
II-2- Formation et cursus universitaire :
Les études en médecine sont les plus longues de toutes dans tous
les pays du monde. Dans notre pays, s'ajoute une contrainte supplémentaire
de taille : l'accès est des plus difficiles et des plus sélectifs
et n'y sont admis que ceux qui obtiennent les meilleures moyennes
au bac scientifique. Quoi qu'il en soit, la graduation dure pas
moins de 7 années et il s'agit d'un enseignement modulaire intégré
avec un contrôle continu des connaissances, et un contenu de formation
très étendu et très dense, varié, souvent ardu et difficile, devant
couvrir l'étendue des connaissances en la matière, de façon à
préparer le futur médecin à affronter la plupart des pathologies
qu'il aura à rencontrer et la plupart des situations cliniques
pour lesquelles il aura à prendre une décision médicale. Le cycle
gradué achevé après soutenance de quatre mémoires de fin de stage
(médecine, chirurgie, obstétrique et pédiatrie), il doit passer
un concours très sélectif portant sur l'ensemble des matières
(biologie, chirurgie, médecine) pour pouvoir accéder au résidanat,
filière unique pour la spécialisation médicale, et qui dure de
4 à 5 ans, sanctionné par un examen national de fin de première
post-graduation, le DEMS.
Pour accéder à la carrière hospitalo-universitaire, il devra
passer le concours de maître-assistant comportant une épreuve
écrite, une épreuve pratique et une épreuve de titres et travaux.
Débutera alors la deuxième post-graduation. Il devra ensuite,
au terme de six années en moyenne, préparer et soutenir une thèse
de doctorat en sciences médicales (avec épreuve pédagogique) qui
lui permettra de passer le concours d'accès au grade de Docent
(premier palier du rang magistral) qui comporte une épreuve écrite,
une épreuve pratique et une épreuve de titres et travaux. Au bout
de quatre années, il est autorisé après avoir soigné, enseigné,
fait de la recherche et publié des travaux scientifiques, à passer
le concours de professeur en médecine. Une fois professeur titulaire,
il devra attendre qu'un poste de chef de service se libère pour
y postuler, généralement à plusieurs, en passant un concours qui
devra retenir le meilleur et le plus méritant des candidats. En
somme pour un professeur-chef de service, le cursus global est
de bac + 20 années, jalonné de pas moins de 5 concours.
II - 3 - Pratique de la médecine universitaire :
Le concept "hospitalo-universitaire", d'essence française, a
été reformulé dans son acceptation actuelle en 1958, avec les
réformes des CHU. Il consiste en un accolement de deux adjectifs,
hospitalier et universitaire, pour traduire la spécificité de
ces personnels qui en fait des hospitaliers parmi les universitaires
et des universitaires parmi les hospitaliers. En fait, il ne s'applique
pas qu'aux praticiens, mais également à des structures et par
extension à un champ institutionnel qui est le cadre normatif
définissant la dynamique organisationnelle et fonctionnelle, servant
de fondement à l'exercice de pratiques spécifiques.
Un établissement est dit hospitalo-universitaire, en l'occurrence
le CHU, lorsqu'on y prodigue des soins de haut niveau ou qu'on
y accueille les cas les plus compliqués ou les plus rares, voire
totalement inédits. Mais également et en même temps, on doit y
dispenser un enseignement de qualité devant assurer une formation
graduée et post-graduée préparant aux concours hospitalo-universitaires
qui donnent accès aux grades et aux fonctions les plus élevées.
De la même façon, on doit parallèlement y pratiquer de la recherche,
qu'elle soit fondamentale, appliquée ou opérationnelle, sans quoi
l'on s'exposerait à l'exclusion de la source vivante et sans cesse
renouvelée du savoir.
L'université à laquelle se rattachent de façon organique les
pratiques hospitalo-universitaires et de laquelle se réclament
les praticiens hospitalo-universitaires, est le haut lieu de la
production, de la reproduction et de la diffusion du savoir. Pendant
qu'on soigne, qu'on enseigne et qu'on forme, on fait également
de la recherche, ne serait-ce que par l'obligation d'approfondissent
du cas et d'épuisement intégral de sa problématique avec référence
constante au cadre conceptuel déjà organisé et validé, mais également
du fait de la nécessité de la mise en forme rédactionnelle du
cas, la plus exhaustive, systématique et élaborée possible et
de l'annotation constante et régulière des données de l'évolution
et de la réponse aux traitements avec possibilités de généralisation
de la procédure à des séries entières de patients et l'aboutissement,
dans un contexte propice, à la production scientifique (communications,
publications, mémoires, thèses, etc.).
C'est cette triple finalité qui est autant d'objectifs généraux
et qui définit le mieux le concept hospitalo-universitaire par
l'intentionnalité de son contenu et de sa signification. Ce n'est
qu'à ce prix qu'on peut assurer et garantir la mise à niveau et
l'actualisation constante des connaissances, des compétences et
des performances des praticiens, et la mise à la disposition de
l'étudiant et du patient des dernières acquisitions, à l'un pour
parfaire sa formation, à l'autre pour recouvrir et consolider
sa santé. Par ailleurs, il est d'usage ces derniers temps, particulièrement
chez nous, de distinguer, pour les opposer, les établissements
de santé publique et les établissements universitaires. Si c'est
pour affirmer que dans les premiers, on n'y fait que de la santé
publique, alors que dans les seconds, on y fait outre de la santé
publique, de la formation et de la recherche, cette assertion
est valable.
A contrario, si l'on ose prétendre que dans les structures universitaires,
on ne fait pas de la santé publique (mais une médecine, assujettie
à une autre finalité), cette assertion n'est plus fondée. D'abord
parce que c'est le lieu de formation de ceux qui prendront en
charge la santé publique, étant entendu, comme le dit l'adage,
que nul ne peut mener quelqu'un plus loin qu'il n'a jamais été
lui-même, c'est-à-dire enseigner quelque chose qu'il ne maîtrise
pas parfaitement, essentiellement par la pratique répétitive,
bien évidemment ! Car c'est bien l'institution hospitalo-universitaire
qui assure et garantit le renouvellement des générations médicales
et le maintien de la couverture médicale de la population dans
les proportions requises. De plus, la conception, l'élaboration
et la mise en ordre planifiée des politiques de santé publique
et des programmes qui en découlent, de même que l'initiation,
la conduite et le traitement de la recherche opérationnelle qui
leur est associée, sont menés tant au niveau central que décentralisé
par des compétences nationales qui sont généralement des hospitalo-universitaires
du plus haut rang.
Pour clore ce paragraphe, il convient de préciser que pour un
professeur en médecine, appartenir au service public, c'est d'abord
et avant tout avoir l'insigne honneur de servir, non pas tant
un système ou un gouvernement, mais un corps social, celui du
plus grand nombre : des nécessiteux, des indigents des petits
gens et des laissés-pour-compte. Car on ne peut servir une entité
abstraite, état ou service public, sans d'abord s'occuper de la
réalité humaine et sociale à laquelle elle renvoie, étant entendu
que la médecine, toute médecine, qu'elle soit universitaire ou
autre, est à la fois scientifique, humaine et sociale. Pour un
professeur en médecine, se consacrer au service public, c'est
mettre sa valeur, sa compétence et son expérience au service des
autres, tout en renonçant du même coup aux attraits et avantages
de l'exercice libéral intégral. A considérer le parcours semé
d'embûches qui attend le postulant au professorat en médecine
et la complexité des tâches et responsabilités qui l'attendent
tout autant, il y a déjà de quoi désarmer la meilleure volonté
et dissuader les plus enthousiastes. Quand on y ajoute la faiblesse
des avantages et gains escomptés, persister dans une telle entreprise,
en l'état actuel des choses, relèverait d'un manque de pragmatisme
social et d'un attachement quasi morbide à un rêve d'enfant. D'autant
que toute votre époque vous tourne le dos, que le professorat
en médecine n'est plus une valeur consacrée par le groupe social
et qu'on n'a même plus les possibilités de trouver satisfaction
dans son travail.
III - Les motifs de la crise ou Les raisins de la
colère
Un environnement socio-économique précaire, un environnement institutionnel
rigide, un imaginaire social en mal d'inspiration, une opinion publique
amère et désabusée, des obligations socioprofessionnelles éprouvantes,
une reconnaissance sociale frustrante, des exigences existentielles
plus qu'accaparantes, tel est le lot du professeur en médecine dans
ce pays. Quant aux limitations structurelles se surajoutent des
contraintes conjoncturelles, du fait généralement de décisions partielles
et partiales, aux objectifs étriqués et de portée limitée, la situation
se complique à souhait. Les mesures qui en découlent, prises quelquefois
en dépit du bon sens, peuvent même aller à l'encontre des intérêts
de l'institution elle-même. Les dossiers brûlants constituant le
contentieux avec les tutelles sont relativement nombreux et d'importance
variable. Trois d'entre eux sont particulièrement intéressants,
du fait précisément de leur importance, mais également de l'attitude
déconcertante de l'administration à leur égard.
III -1- Le statut des personnels hospitalo-universitaire
De façon générale, un statut particulier comme son nom l'indique,
"particularise", c'est-à-dire qu'il souligne une place à part
au sein d'un ensemble, tout en insistant sur des caractéristiques
particulières, mais sans en rien renier l'appartenance à l'ensemble
duquel il reste solidaire, en l'occurrence le statut général de
la Fonction publique. Un statut spécifique, par définition, "spécifie",
c'est-à-dire qu'il caractérise en propre ou singularise et démarque
par rapport à un ensemble, celui de la Fonction publique, en soulignant
l'autonomie fondée sur la spécificité. Il se fait généralement
sous forme d'une loi. Or, les hospitalo-universitaires, y compris
ceux du plus haut rang, sont régis par un statut particulier qui
ne correspond à rien et ne leur consent que des droits subalternes
et inconsistants. Ces derniers ne répondent ni à leur niveau de
formation, ni à leur niveau de qualification, ni à l'importance
sociale de la fonction ou au prestige attaché à la profession.
C'est pourquoi ils revendiquent un statut spécifique de l'enseignant
chercheur hospitalo-universitaire sous forme de loi, seul à même
de pouvoir leur garantir un positionnement catégoriel, un régime
indemnitaire et une retraite, avantageux et à la mesure de leur
labeur, de leur mérite et des services rendus.
L'autre alternative possible serait de les assimiler aux cadres
supérieurs de l'Etat et de les intégrer réellement et effectivement
dans les catégories hors échelle de la Fonction publique, avec
tous les avantages y afférents dont la nomination par décret,
comme cela se passe un peu partout de par le monde jusque et y
compris chez nos voisins immédiats. Cette procédure serait moins
lourde que la précédente, et il suffirait d'un rajout dans la
nomenclature des fonctions y ouvrant droit, par voie réglementaire.
Un décret suffirait amplement. Tous les arguments qu'on peut y
opposer, notamment le devoir de réserve, le devoir de subordination,
l'enquête préalable de moralité, la contribution à la consolidation
de la souveraineté nationale, etc. ne constituent aucunement des
obstacles.
En fait, dans la réalité on assiste à une curieuse opération,
à la limite du tour de passe-passe et dont seuls les Algériens
ont le secret. On feint d'emboîter le pas à une disposition de
la loi d'orientation sur l'université qui consacre le professeur
au sommet de la hiérarchie sociale, mais cela ne dépasse pas le
niveau de la profession de foi. Ils ont certes été extraits de
l'échelle de la Fonction publique, mais sans être intégrés dans
les catégories supérieures (de la Al à la G). Leur positionnement
catégoriel est en fait purement fictif et ne correspond qu'à un
positionnement indiciaire virtuel, en l'occurrence 1280 pour le
professeur. Alors qu'un responsable de la Fonction publique, en
séance officielle, parlait d'aménager la catégorie de réserve
de la République, la catégorie G pour eux, on a réévalué en catimini
les catégories hors échelle pour les surélever et les mettre hors
de portée du misérable positionnement indiciaire du professeur
qui se retrouve en fait très en-deçà du seuil liminal de ces dernières,
dans un "no man's land" statutaire, précaire et indéfinissable,
ne présentant aucune garantie ni assurance.
De telles pratiques illustrent de façon caricaturale l'effraction
du trabendo dans tous les secteurs de la vie nationale et tous
les rouages de l'administration. Quoi qu'il en soit, à l'heure
actuelle, un professeur en médecine est statutairement plus proche
d'un agent de service que d'un cadre supérieur de la nation, la
différence majeure avec celui-là se situant essentiellement au
niveau des rémunérations du fait de l'écart, notable il est vrai,
entre les régimes indemnitaires. Du reste, le fait qu'on ait été
contraint d'hypertrophier outre mesure les indemnités prouve,
s'il s'en fallait, l'indigence relative du salaire de base, découlant
pour l'essentiel du positionnement catégoriel, pardon du positionnement
indiciaire.
III-2- L'activité complémentaire
Dans nombre de pays, aussi bien parmi les plus nantis que les
autres, l'Etat outre qu'il assure des salaires plus que satisfaisants
aux professeurs en médecine, leur accorde en sus le droit d'exercer
à titre privé et lucratif, dans le cadre d'un plein temps aménagé.
Cela s'est fait dans le but évident de retenir dans le service
public les meilleures compétences qui, sans cela, seraient tentées
d'aller négocier leurs services dans le privé, autrement plus
attractif et rémunérateur !
Dans notre pays dès 1989, on avait demandé avec l'activité complémentaire,
la possibilité pour les professeurs d'exercer dans le secteur
libéral, au-delà des heures légales de travail, du fait de l'indigence
des salaires servis à cette catégorie de praticiens d'élite. Ce
ne fut pas chose aisée, mais on a pu quand même bénéficier de
mesures dérogatoires, par voie légale. Néanmoins, deux innovations
majeures ont été introduites. D'abord, le bénéfice de cette mesure
était étendu aux autres corps de praticiens, mais surtout, il
ne s'agissait plus d'une véritable activité complémentaire, bien
que la désignation soit maintenue, mais d'un authentique plein
temps aménagé. C'est d'ailleurs pour cela qu'on avait demandé
une prime de "non-clientèle" pour les praticiens qui s'y abstenaient
et donc exerçaient deux après - midi de plus que les autres. Quoi
qu'il en soit, un décret exécutif dont on avait eu vent de la
teneur dès janvier 2002 alors qu'il ne sera promulgué qu'en août
2002, en introduisant une clause supplémentaire, limite le champ
d'application de la loi. En effet, le fameux article 4 bis stipule
que "l'activité complémentaire est incompatible avec la chefferie
de service ou d'unité", c'est-à-dire qu'on ne permettait plus
aux professeurs, chefs de service, ce qu'on permettait aux autres.
En d'autres termes ceux qui étaient les uniques bénéficiaires
sous des cieux plus cléments, en étaient ici les uniques exclus.
Après accord bilatéral sur une position de compromis conciliant
les dispositions légales et réglementaires, les mesures consenties
aux praticiens concernés et surtout les exigences de la tutelle
relatives à la continuité du service public, ainsi qu'à l'exercice
plein et entier de la responsabilité et des prérogatives de ces
postes supérieurs, on avait convenu de la possibilité pour les
professeurs-chefs de service de pouvoir exercer à titre privé,
2 fois par semaine comme les y autorise la loi, mais au-delà des
heures légales, de travail, c'est-à-dire après 16 h. Depuis, on
n'a pas trouvé mieux que de se rétracter et de renier un engagement
officiel pris devant une commission mixte, administrative et représentative.
Au lieu de recourir à cet argument d'autorité de la pire espèce
et à la coercition que cela suppose, il aurait été plus avisé
de mettre en place un système de mesures incitatives autrement
plus attractives et persuasives. D'autant que cela aurait été
décidé semble-t-il, du fait qu'une infime minorité de confrères,
tous grades et corps confondus et particulièrement à l'intérieur
du pays, s'adonnerait à des pratiques indignes et condamnables.
En fait, ce n'est pas parce qu'une poignée de praticiens indélicats
que la corporation a toujours reniés s'adonne au trabendo qui
a fini par gagner malheureusement la médecine, après avoir prospéré
partout ailleurs, qu'il "faut mettre tout le monde dans le même
sac", jeter le discrédit sur une honorable corporation et priver
de nombreux praticiens de la possibilité d'améliorer honnêtement
leur standing social, tout en rendant service à la population
et en desserrant l'étau autour du service public.
III -3- Les statuts des établissements de santé
Jusqu'alors, tous les établissements sanitaires de l'Algérois
et tous leurs services, de Zéralda à Aïn Taya, de même que ceux
des autres villes sièges de facultés de médecine, étaient des
structures hospitalo-universitaires. L'offre pédagogique en terrains
de formation ne suffisait déjà pas à contenir les flux considérables
d'étudiants car la démographie estudiantine ne cessait de croître
de façon préoccupante. Le système en place n'arrivait que difficilement
à s'acquitter de sa mission. Au moment où il était attendu un
renforcement du dispositif hospitalo-universitaire, notamment
à Alger, avec augmentation des capacités d'accueil pédagogiques
et du taux d'encadrement, ce fut tout simplement l'inverse qui
se produisit. A l'initiative unilatérale du ministère de la Santé,
dans le secret et l'opacité totale, l'année 1997 vit la promulgation
des décrets portant statuts des établissements de santé. On s'aperçut
très vite que ces textes méconnaissaient le caractère éminemment
social des structures de santé auxquelles étaient dévolus de plus
en plus des objectifs de réadaptation sociale et ne tenaient pas
compte de la spécificité de la médecine de façon générale et de
celle de l'activité hospitalo-universitaire de façon particulière.
A titre d'exemple, l'évaluation d'une activité génératrice pour
l'essentiel d'effets qualitatifs et de valeurs immatérielles à
l'aune des règles de la stricte commercialité en vigueur dans
le secteur productif et économique relève de l'aberration conceptuelle.
De plus, une démarche qui se focaliserait sur les voies et moyens
d'une politique en perdant de vue ses objectifs et, partant, ferait
prévaloir l'assistance logistique et son contrôle sur la finalité
institutionnelle à laquelle elle devait demeurer assujettie en
l'occurrence, la prévention, le soin curatif, la réadaptation
sociale, la formation et la recherche, relevait, pour le moins,
de l'effet pervers latéral. Quoi qu'il en soit, à la faveur de
la restructuration qui y figurait en annexe, ce furent pas moins
d'une centaine de services de l'Algérois qui passèrent à la trappe
ou, pour être plus précis, se trouvèrent déclassés, rétrogradés
et dépouillés officiellement de leurs attributs et finalités universitaires.
Ainsi, dans les missions et objectifs qui leur étaient dévolus
ne figuraient plus ni la formation médicale, graduée et post-graduée,
ni la recherche. Ils pouvaient tout au plus passer des conventions
avec des organismes de formation, dans le cadre de contrats résiliables
à tempérament. Les budgets et les nomenclatures des médicaments
étaient autrement moins avantageux que dans les CHU alors que
pour les équipements et les opérations planifiées, les procédures
étaient compliquées à souhait, autrement plus que pour les CHU.
En l'état actuel des choses dans notre pays, la santé publique
est une mission de service public, au même titre que la formation
universitaire et vice-versa. Il appartient donc aux deux départements
ministériels concernés de se concerter pour accorder la carte
sanitaire à la carte universitaire et l'inverse. Ensuite, il leur
échoit de définir leurs objectifs réciproques et communs, sur
la base de données objectives, fondées notamment sur les besoins
effectifs de soins et de formation médicale, en tenant compte
de la disponibilité des moyens requis et de la possibilité de
leur adéquation ou de leur adaptation. Ces préalables sont nécessaires
à l'élaboration de leur politique, laquelle leur permettra d'arrêter
les programmes d'action respectifs et communs. Il ne leur restera
plus alors qu'à nous consentir les moyens de cette politique et
de ces programmes. En d'autres termes, si les services déclassés
relevant d'EHS et SS (structures de santé publique), doivent continuer
à assurer de fait une activité hospitalo-universitaire comme ils
n'ont du reste jamais cessé de le faire, ils doivent être rétablis
dans leurs droits, c'est-à-dire que leur caractère universitaire
doit être statutairement consacré, de façon à leur permettre le
bénéfice de tous les moyens et avantages nécessaires à la réalisation
de leurs missions et objectifs.
En un mot, ils doivent être alignés sur le CHU, sans quoi on
pérenniserait une inégalité de fait qui se traduit par un traitement
discriminatoire à l'encontre des membres du corps hospitalo-universitaire,
selon qu'ils relèvent d'un CHU ou d'une structure de santé publique
ayant passé une convention avec l'université. Quand on pense que
près de la moitié des effectifs de praticiens hospitalo-universitaires,
notamment du plus haut rang, est concernée de fait par cette situation,
on comprend toute la mesure de la crise. A l'issue de cette revue
critique, on retient un statut des plus médiocres, une mystification
par une certaine administration qui recourt le plus allègrement
du monde aux pratiques trabendistes et une menace réelle sur la
seule concession qui leur ait été consentie. Cette dernière est
la seule à pouvoir leur garantir un standing décent, eu égard
à la dépréciation continuelle du dinar et à l'inflation endiablée.
Du reste, pour la plupart d'entre eux, elle ne représente qu'une
"poire pour la soif" et une solution extrême à laquelle ils ne
recourront que contraints par la nécessité. Pourtant, les solutions
doivent exister ! A ce propos si l'on sollicitait directement
le peuple, par voie référendaire pour qu'il se prononçât sur les
places respectives de la médecine et de l'université au sein de
notre société, car il s'agit bien de véritables débats de société,
l'on serait étonné de la réponse à cette simple question : quelle
santé et quelle université pour nos enfants et quels moyens faut-il
leur consentir ?
Par ailleurs, il est évident qu'il faut encourager et promouvoir
la production scientifique et la recherche, par l'émancipation
des initiatives privées, l'encouragement de la création de fondations
de recherche ainsi que l'instauration de prix et de distinctions,
en y impliquant au besoin l'industrie pharmaceutique. Tout comme
il convient également de valoriser le scientifique, le
médical, le pédagogique et l'académique, selon les domaines concernés,
par rapport à l'administration et pour ce qui se rapporte à ces
domaines. De même qu'il y a lieu de développer l'ouverture tous
azimuts dans le domaine des échanges et de la coopération, seule
garantie d'accès à l'universalité du savoir et de la culture.
En prenant soin au préalable de veiller à la valorisation statutaire
de la fonction sociale, à la mise en place de mesures incitatives
et de rémunérations décentes en adéquation avec le coût réel de
la vie et tenant compte de l'inflation. Car l'argent existe, et
il suffit d'aller le prendre là où il est.
Un bon système de collectes d'impôts (dispositif et procédures)
juste et équitable, devrait permettre de mieux lutter contre la
fraude et l'évasion fiscales et d'éponger toutes les sur liquidités
de l'économie informelle qui sans cela seraient au mieux thésaurisées,
au pire transférées ailleurs.
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