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à partir d’hôpitaux et d’anciennes structures de l’assistance médicale
gratuite (AMG), le secteur sanitaire devenait, en janvier 1973,
la base d’une naissante pyramide des soins. Après plus de trois
décennies de développement forcené, la pyramide a beaucoup évolué.
Dix centres hospitalo-universitaires, un nouveau
parc d’une centaine d’hôpitaux et d’établissements hospitaliers
spécialisés, des milliers de polycliniques, de centres de santé
et de salles de soins venaient s’ajouter au préexistant.
Cette tendance exponentielle fragilisait la stabilité de l’assise.
En dépit du code communal qui dispose dans l’un de ses articles,
du délestage du centre de santé et de la salle de soins à la collectivité
communale, le département de la santé gère encore simultanément,
salles de soins et services de médecine nucléaire de pointe.
La hiérarchie des soins est assurément à restructurer
à l’effet de conforter cette belle oeuvre, que sont les services
de santé publique. On définissait alors, le secteur sanitaire par
son territoire de compétence et par la nature de sa composante infrastructurelle.
L’individu, sujet potentiel de veille et de promotion sanitaire,
se confondait sans péjoration aucune, au contenu. Mimétisme topographique
ou irrésistible attirance bureaucratique, nous ne saurions le dire,
confinent l’organisation sanitaire dans un immobilisme serein.
La santé ne saurait s’accommoder de frontières
physiques ou sociologiques imposées par un découpage administratif,
qui n’est enfin de compte que virtuel. Il s’est trouvé des praticiens
qui renvoyaient des consultants à leur secteur sanitaire de résidence
ou de rattachement supposé. Le technicien s’érigeait en bureaucrate,
non pas dans l’intention de nuire, mais par candide conviction que
la sectorisation était bien établie. Une carte sanitaire certes
documentée, annonçait de généreuses intentions.
Le souci majeur du promoteur de soins, devrait d’abord, viser la
collectivité humaine en cernant d’abord ses contours géo-sociologiques,
ses besoins ressentis et ses besoins exprimés. La simulation de
situations permet d’anticiper des projections sur l’avenir.
La prévision statistique
C’est précisément là où devrait s’enclencher la
prévision statistique, générée par la consignation, la collecte,
la consolidation et la validation de l’information sanitaire. Instrumentalisée
par la normalisation de ses supports documentaires, cette information
autorise les décideurs à prendre les mesures les plus rationnelles
et les moins aléatoires. En tout cas, celles qui résisteraient à
la critique analytique adossée aux canons scientifiques.
Avons-nous défini la cellule de base de la construction
pyramidale, comme le ferait prosaïquement le maçon pour construire
son mur ? En ce qui concerne le secteur de la santé, ce moellon
ne serait ni le sous-secteur sanitaire, ni la commune, encore moins
la daïra. Ce serait le bassin de population couvert par un territoire
géographique et non pas administratif, comme on pourrait le croire,
qu’on appellerait : District sanitaire. Ce district sanitaire, à
l’instar de celui de l’Office National des Statistiques (O.N.S),
pourrait intéresser 5.000 habitants au Sud, 10.000 habitants dans
les Hauts plateaux et jusqu’à 20.000 habitants sur le littoral et
les grandes métropoles du Nord.
Il est bien entendu que les grosses agglomérations
urbaines du Sud et de Hauts plateaux seraient normalisées comme
celles du Nord. Il serait tenu compte de l’espace géographique et
des rayons d’action à parcourir, aussi bien par l’usager que par
le praticien. Le praticien désigne ici, l’agent de santé dans l’acceptation
la plus large du terme. Les besoins dans ce cas, ne seraient plus
exprimés en nombre de lits ou de centres de santé ou autres infrastructures,
mais en moyens humains et techniques à harmoniser avec l’objet du
service attendu.
Les équipements et moyens d’investigation et interventionnels seraient
dans ce cas, fonction des pathologies prévalentes et des populations
vulnérables préalablement ciblées : maladies émergentes et maladies
réémergentes, femmes enceintes, nouveau-nés, enfance, personnes
des 3ème et 4ème âges. Les sources éventuelles de
nuisance identifiées, seront obligatoirement visualisées, par une
cartographie prospective à chaque fois réactualisée.
La normalisation et la mise à niveau (formation) seront les instruments
privilégiés de la dynamique active de gestion des programmes, du
bassin de population ainsi cerné. La rationalisation et la maîtrise
des coûts induiront plus de gestes économiquement rentables. Les
indicateurs de performances souvent biaisés, se réfèrent pratiquement
peu ou pas à des situations antérieures ou à un dénominateur commun
institutionnellement arrêté. Le dénombrement annuel de la population-cible
par estimation, demeurera le seul référent évaluatif et correctif
de l’acte de santé. La formule coût-bénéfice achoppera toute négociation
pour l’allocation de ressources.
La cellule médicale intervenante, une unité
de mesure
Les ressources financières ainsi allouées, ne seraient
plus proportionnelles à la masse volumique ou numérique de l’infrastructure
et des effectifs, mais aux résultats obtenus en matières de prestations
médico-sanitaires développées. La réduction de la morbidité et de
la mortalité, matérialisée par des tendances dégressives, conforterait
le planificateur dans sa quête de pertinence.
Chaque district se doterait d’une monographie dont il arrêtera lui-même
les intrants. Il établira annuellement son plan directeur de prévisions
de réduction des indices pathologiques locaux préalablement calculés.
L’étude analytique et continue des indicateurs sanitaires serait
le tableau de bord, dont les clignotants pourraient alterner situations
déviantes et situations favorables.
La courbe de poids générale des enfants du district,
serait un bon indicateur de l’état staturo-pondéral de la population
infantile. L’opérateur médical ou autre n’en serait que satisfait,
l’auto-évaluation est plus digeste que l’évaluation administrative.
Cette dernière, de nature coercitive le plus souvent, conduirait
aux leurres.
L’unité de mesure des besoins en ressources humaines,
s’exprimerait en cellule médicale intervenante, constituée d’un
médecin, d’un infirmier et d’une infirmière accoucheuse, à défaut
de sage-femme. Ce triptyque aurait à charge, une tranche de population
de 1.000 hab. au Sud, 1.500 hab. dans les Hauts plateaux et 2.000
hab. au Nord. Les moyens de mobilité seront considérés comme l’instrument
nécessaire et obligatoire à l’accomplissement des tâches.
Il ne serait plus question de présence expectative dans l’attente
de demandes en soins, mais de programme actif de veille sanitaire,
de soins fixes et itinérants. Ces derniers sont assimilés à tort
aux soins à domicile. Les soins à domicile ne devraient guère dépasser
le cadre du nursing pour les malades dits : lourds. Cet avant-poste
proximal, proche de la genèse morbide, éviterait ainsi l’installation
durable de la maladie, se développant à son propre compte.
La chronicité de l’état pathologique conduit souvent,
à une prise en charge ultérieure onéreuse et aléatoire. D’aucuns
diront que cette vision idéaliste à la limite de l’utopie, nécessiterait
énormément de moyens. Il existe de par le monde, dans des pays riches
notamment, des pratiques à la portée de pays pauvres dont ces derniers
ne mesurent pas, la plénitude de son efficience.
L’hôpital cantonal de Genève l’un des fleurons
de la médecine Occidentale, dispose d’une unité mobile de dépistage
du risque cardio-vasculaire, rattachée à son service d’épidémiologie.
Abritée dans un clino-mobile, elle s’installe sur les places publiques
pour proposer à la population vulnérable, un paquet de gestes simples
: une prise de tension, un cliché thoracique, une évaluation pondérale
et un exercice de spiromètre. Le personnel se limite à un médecin
et à deux aides soignants. Dès que le facteur de risque est objectivé,
le sujet est muni d’une carte qui le ferait accéder directement,
en cas d’urgence, à l’unité de réanimation cardiaque.
L’approche préventive génère des gains substantiels dans la durée,
les coûts humains et financiers de la prise en charge médicale.
Le praticien ne serait plus comptable de la gestion de la structure
de santé, mais de l’état de santé de la population confiée à ses
soins.
En personnalisant ce binôme médecin-usager, l’opérateur
s’appropriera l’acte de santé qui jusqu’alors était, un fait institutionnel.
Il ne dirait plus : j’ai pratiqué tant d’accouchements, mais, j’ai
aidé à mettre au monde tant de nouveau-nés.
Sa mission ne s’arrêterait plus à l’acte obstétrical en lui-même,
mais à son prolongement, le nouveau-né qui est déjà un être humain
objet de futurs soucis.
Le dépistage : un axe de travail
Le dépistage rendu aisé par les moyens modernes
d’investigation biologique (kits, bandelettes, analyseurs) devrait
être considéré dorénavant, comme un axe de travail, au même titre
que les autres. Contrairement à la prescription médicale induite
par une consultation individuelle, l’acte de dépistage relèverait
stratégiquement de l’institution.
Un aide-soignant sans compétence particulière, muni de bandelettes
chimiques, avec l’objectif de dépister le diabète, débusquerait
plus de cas qu’une équipe multidisciplinaire pratiquant "à l’aveugle".
Il en est de même de l’insuffisance rénale chronique que de l’hypertension
artérielle. Pour cette dernière, le médecin n’a rien cédé au paramédical
dans la mesure des chiffres tensionnels.
On remarquera que les jeunes médecins, prennent
souvent la précaution de mettre le stéthoscope autour du cou. Manière
comme une autre d’affirmer son statut. Aux Etats-Unis et dans d’autres
pays développés, le tensiomètre et le stéthoscope sont les attributs
usuels de l’infirmière. Ce constat n’est point une digression, en
droite ligne avec le propos, il nous interpelle sur un état d’esprit
bien ancré. Cette propension à nous démarquer du subalterne pour
ne pas s’y confondre, relève de crispation sociétale. L’exécution
de l’acte de santé, ne peut être que coéquipière.
La strate supérieure, envisageable serait la circonscription
sanitaire, regroupant 2 à plusieurs districts. Elle intéresserait
une population de 20 à 30.000 hab. au Sud, de 30. à 60.000 hab.
dans les Hauts plateaux et de 60. à 120.000 hab. au Nord.
Rapporté à la population générale, le nombre des districts avoisinerait
les 2.000 et celui des circonscriptions sanitaires les 450. Centres
opérationnels, ces dernières entités devraient être dotées de larges
pouvoirs décisionnels, se référant de moins en moins au " centre
", pour prendre toute mesure de sauvegarde ou de promotion sanitaire
dans leur aire de compétence.
En parallèle, l’hôpital serait restitué à ses missions premières
: Soins, cure hospitalière et formation. Il n’aurait plus d’appendices
extérieurs, à l’exception d’un service de consultations externes.
L’établissement qu’on avait appelé à tort, hôpital
de daïra pour couvrir plusieurs communes, pas forcément de la même
circonscription administrative pourrait s’appeler hôpital général
et comporter 4 à 6 spécialités de base : médecine interne, pédiatrie,
gynéco-obstétrique, chirurgie générale, ophtalmologie et oto-rhino-laryngologie
éventuellement. L’établissement hospitalier des wilayas issues des
deux dernières réorganisations territoriales, conserverait son statut
d’hôpital territorial, et comprendrait les 6 spécialités déjà citées,
avec cependant l’adjonction d’un service de chirurgie traumatologique
et de rééducation fonctionnelle et un service de médecine légale.
L’établissement hospitalier qui n’a pas été élevé au rang de C.H.U
dans les 13 wilayas antérieures à 1974, serait érigé en centre hospitalier
régional composé de 10 à 12 services spécialisés, dont ceux de psychiatrie
et de gériatrie. Un laboratoire d’anatomie pathologique et un service
d’imagerie médicale spécialisée, chapeauteront l’ensemble.
Une antenne décentralisée, de l’Institut National de la Santé Publique,
serait érigée en poste sentinelle de veille sanitaire proche des
gisements du processus morbide.
Réadaptation du système
Le centre hospitalier régional peut être le prolongement
territorial fonctionnel des établissements hautement spécialisés,
dans l’oncologie, l’hématologie ou la neurologie. Il répondrait
grossièrement à l’emprise de 3 à 4 ensembles démographiques d’une
région sanitaire, qu’il faudrait créer.
Ces ensembles démographiques ne seraient pas tenus d’appartenir
à la même entité administrative. Il serait impératif de bannir à
jamais, le gigantisme clinique de la carte hospitalière à revisiter.
Les staffs médicaux constitués d’équipes multidisciplinaires placées
sous l’autorité de doyens seraient mis en position d’activité compte
tenu, de paramètres épidémiologiques préétablis.
Un hôpital ne vaudra que par ses équipes intégrées
et de haute qualification professionnelle écourtant le séjour en
milieu hospitalier. L’hospitalisme archaïque du siècle dernier,
n’aurait plus de justification. Les populations citadines pourraient
avantageusement bénéficier de prestations de l’hôpital de jour,
qu’il faut d’ores et déjà développer.
Il nous a été donné d’apprendre, la création prochaine de cinq (5)
antennes régionales de l’Institut Pasteur d’Algérie. Ce rêve longtemps
caressé, mettrait à la disposition des compétences médicales de
l’intérieur, des moyens référentiels d’investigation biologique
et rapprocherait les services sanitaires des sources d’approvisionnement
en vaccins, sérums et autres produits. Serait-ce le premier jalon
d’une régionalisation longtemps espérée et dont les contours et
les contenus restent à déterminer ?
Il est admis par tous que la région sanitaire
ne confine pas, obligatoirement dans un substrat administratif.
Elle ne pourrait répondre qu’à un ensemble de moyens déjà réunis,
de compétences disponibles et de prédisposition avérée à jouer ce
rôle fédérateur.
Le concept désuet de "wilaya fatia" a fait son temps. Les centres
hospitalo-universitaires, déchargés de cette chape de soins de premier
et de second recours, réadapteront sans nul doute, leurs capacités
installées aux services tertiaires, à la formation et à la recherche
appliquée. Il n’en demeure pas moins que le "généralisme" de ces
établissements, serait à long terme, supplanté par les cliniques
universitaires hautement spécialisées, répondant à une spécialité
ou à la demande de soins de franges vulnérables de la population.
L’on est en droit présentement, de se demander
: quels seraient les supports réglementaires et organiques de cette
refondation pyramidale ? Ne dit-on pas que la fonction crée l’organe
? A ce titre, les organigrammes qu’il faille inventer, seraient
de la base au sommet en harmonie fonctionnelle. Ce qui n’est malheureusement
pas, le cas aujourd’hui.
Au risque de nous répéter, l’acte de santé ne
peut être que fédéré. L’existence de directions centrales séparées
a, à notre sens, montré ses limites.
Jalouses parfois de leurs prérogatives, elles se "tireront dans
les pattes" pour peu, que leurs responsables ne mettent pas l’intérêt
de l’institution, à l’abri d’étroites considérations de prééminence
ou de chauvinisme étriqué.
Le regroupement de celles-ci sous l’autorité de trois départements,
serait plus à même de répondre au déroulement des programmes. Les
intitulés devraient renseigner sur les missions institutionnelles.
A titre illustratif, les démembrements de cette administration centrale
pourraient s’intituler comme suit :
- Département de la santé et des soins médicaux
- Département de la population et de la famille
- Département des moyens de soutien
Cet organigramme, peut par cascade se retrouver du sommet à la
base, représentée par le service territorial déconcentré. Il serait
loisible d’arrêter à l’intérieur de chaque département, autant de
directions, de services ou de bureaux que nécessaire.
Ce projet de configuration sanitaire, dont la prétention ne pourrait
être que contributive, rappelle toutefois, que la carte sanitaire
élaborée à l’orée des années 80, n’avait pas encore les moyens de
sa politique.
Après une expérience vieille de plus de 30 ans, le pays qui entre
temps, a fait du chemin, peut se doter d’un système de soins à même
de le hisser, au rang des nations avancées.
Ces nations qui font de leur organisation sanitaire, un objet de
fierté. Cuba ce petit pays insulaire, en est l’exemple, où l’on
pourrait aisément s’inscrire.
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