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Si la crise n’est pas encore déclarée au secteur
des médicaments, le malaise est bien réel. La production
nationale a du mal à suivre le vertigineux élan de
l’importation. Les producteurs algériens estiment que
l’ouverture brutale du marché, les lenteurs administratives
et le manque de régulation plombent le secteur.
Le marché du médicament traverse
une zone de turbulences. " Beaucoup de producteurs se voient
obligés de mettre la clef sous le paillasson ". L’affirmation
émane du docteur Malik Ait Saïd, porte parole de l’Union
nationale des producteurs algériens (UNOP). Le marché
est dominé par l’importation, la production nationale
n’y représente que 30% et seulement 10% de médicaments
essentiels sont fabriqués dans notre pays. L’UNOP précise,
à ce propos, que cela ne tient guère à un manque
de capacité mais de moyens. " Nous pouvons produire
jusqu’à 4000 formes de médicaments enregistrées.
Nous pourrons ainsi répondre jusqu’à 70% des
besoins du marché. Mais on en fabrique seulement 500, faute
de moyens et d’appui ", indique, dépité,
M. Ait Saïd. Les opérateurs algériens sont aujourd’hui
désappointés du fait que le ministère de tutelle
a ouvert le marché juste après avoir " forcé
" les importateurs à investir pour pouvoir continuer
à exercer. Alors qu’ils s’attendaient à
ce que le département de la santé allonge la liste
des 128 médicaments interdits à l’importation
afin d’encourager la production locale, ils ont été
surpris de voir le ministère procéder à l’ouverture
totale du marché.
" Nous sommes aujourd’hui à
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sans y être.
L’Algérie a fait toutes les concessions nécessaires
dans le marché du médicaments avant même d’adhérer
à l’Organisation ", estime M. Ait Saïd. Du
coup, les opérateurs qui avaient investi de grandes sommes
pour créer leurs propres unités de production font
face à la concurrence féroce des géants internationaux.
Ils se disent floués, estimant que le revirement dans la
politique de développement de l’industrie pharmaceutique
est un signe d’instabilité.
" Imaginez un grand laboratoire européen
qui traite avec un petit opérateur algérien à
qui on oblige d’investir. Celui-ci joue le jeu, le laboratoire,
lui, n’en a cure. Après avoir fait ses investissements,
l’Etat ouvre le marché. Du coup le laboratoire change
d’avis sur l’opérateur, lui disant qu’il
a perdu trop d’argent et qu’il ne veut plus travailler
avec lui ", explique M. Nabil Mellah, directeur général
des laboratoires Mérinal. Les opérateurs regrettent
surtout d’avoir été mis devant le fait accompli
sans consultation préalable. Mais il faut dire qu’il
n’y a également aucune concertation entre les opérateurs
eux-mêmes. Preuve en est, presque tous les producteurs fabriquent
les mêmes médicaments. De l’avis même des
professionnels du secteur, il y a assez d’Amoxicilline et
de Paracétamol pour couvrir le marché européen.
" Ceci est également lié au fait que le ministère
de la Santé a enregistré les dossiers des opérateurs
sans les prévenir qu’il y avait des projets similaires.
On s’est retrouvés à fabriquer
la même chose parce que nous n’avons aucune base de
données ".", nous explique M. Ait Saïd, ajoutant
que les conditions dans lesquels travaille la sous direction d’enregistrement
du ministère de la Santé sont tels qu’il ne
faut pas les blâmer. Le patron de Mérinal, lui, n’y
va pas avec le dos de la cuillère avec les services d’enregistrement.
Il se plaint surtout des lenteurs administratives. " Dans la
mesure où les pouvoirs publics nous imposent d’avoir
au moins 3 lots de validation pour pouvoir enregistrer notre médicament
et avec tous les retards que connaît cette opération,
les médicaments sont souvent périmés une fois
prêts à la vente. Nous avons du incinérer beaucoup
de médicaments à cause de ce problème ",
déplore M. Mellah. Il ajoute au chapelet de ses récriminations
le fait que le ministère réclame aux producteurs nationaux
une structure de prix détaillée alors les produits
importés déposent simplement le prix sortie d’usine.
Notre interlocuteur estime, en somme, que la production locale est
soumise à de la répression sans incitation aucune.
Incohérence dans la fixation des
tarifs des médicaments : la pagaille des prix
L’Algérien dépense, en moyenne,
l’équivalent de 34 dollars par an en produits pharmaceutiques.
Une tendance qui est appelée à évoluer tant
les prix des médicaments deviennent incontrôlables
et que la facture d’importation ne cesse d’évoluer.
Les prix des médicaments en Algérie
ne semblent répondre à aucune logique. Les tarifs
sont fixés de façon aléatoire par le fabricant
ou l’importateur. Il y a bien un Comité des prix mis
en place par le ministère de la Santé mais il n’y
a aucune grille des tarifs et pas de paramètres permettant
d’estimer les produits pharmaceutiques à leur juste
valeur. Résultat : les génériques sont plus
chers que les princeps, les produits à grandes doses sont
moins chers que les mêmes à faible dose et la facture
d’importation atteint des sommes mirobolantes parfois injustifiées.
A qui la faute ? Il semble bien que tous les acteurs soient concernés
par la pagaille qui règne dans le marché des médicaments.
Cela commence par le pharmacien qui préfère vendre
un médicament cher afin d’avoir une meilleure marge
bénéficiaire et le malade qui n’y voit pas d’inconvénient
puisqu’il lui sera remboursé. Du coup, les médicaments
à faible coût n’arrivent pas à s’écouler.
Le fabricant ou l’importateur proposent,
de ce fait, des prix relativement élevés au Comité
tenu par le ministère de la Santé. N’ayant établi
aucun paramètre pour fixer les prix, ce comité a la
latitude d’accepter ou de refuser les requêtes des laboratoires
sans aucune justification. " Il arrive souvent qu’on
rejette la demande de fixation de prix pour certains produits alors
qu’il y a beaucoup plus cher sur le marché. Il n’y
a pas de règles à suivre. Nous aimerions, tout au
moins, avoir une grille des prix pour pouvoir comprendre ",
affirme, dépité, M. Malik Ait Saïd, porte-parole
de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (UNOP).
L’exemple du prix du fer (100 mg) est édifiant. Le
princeps fabriqué en Allemagne se vend à 5.3 DA (la
dose) et celui qui est fabriqué en Turquie coûte 44
DA, allant ainsi du simple au quadruple. Pour l’Acébutolol
(200 mg), le ministère de la santé a enregistré
le princeps à 16.20 Da (la dose), en 1996, il valide un générique
italien à 12.31 DA, en 2001, il accepte un générique
fabriqué en Algérie à 10.40 Da et en 2005,
l’on revient à la case de départ puisqu’un
générique français est vendu à 16.34
Da.
C’est ainsi qu’on retrouve dans les
pharmacies des médicaments génériques plus
chers que les princeps. Autre facteur déstabilisent des tarifs
: certains prix de médicaments sont restés bloqués
à cause de la règle qui a cours dans les milieux médicaux
de ne pas demander la revue des tarifs enregistrés avant
une période de cinq années. " Si l’Etat
se sent grugé, il est souverain, il peut toujours intervenir
auprès du laboratoire. Mais il ne veut pas le faire avant
l’expiration des cinq ans ", estime M. Ait Saïd.
La facture des médicaments appelée
à augmenter
Notre interlocuteur regrette, par ailleurs, qu’aucun
représentant du ministère du Travail et de la Sécurité
sociale, plus au fait des médicaments qui coûtent chers
à la Caisse sociale, ne siège au Comité des
prix. Au final, la mise en œuvre du tarif de référence
(appliqué sur 116 produits sur une liste de 4000) ne semble
guère suffisante pour limiter les prix des médicaments.
Pour ce qui est de la facture des médicaments
qui dépasse actuellement le milliard de dollars, les opérateurs
en pharmacie estiment qu’il est impossible de la réduire
notamment avec l’augmentation des naissance et l’allongement
de l’espérance de vie. L’UNOP estime qu’il
y a de grands efforts à faire pour " contrôler
" les dépenses en médicaments. Là aussi,
l’on ne remarque pas beaucoup d’effort ni pour réduire
ni pour contrôler la facture d’importation. Il n’y
a qu’à voir, pour s’en convaincre, l’ordonnance
présidentielle du 15 juillet 2006 pouvant imposer aux importateurs
d’importer des génériques alors qu’ils
peuvent être fabriqués localement.
Maintenant que l’Etat a levé l’interdiction
d’importer les 128 médicaments fabriqués localement,
le marché se retrouve inondé par les mêmes produits.
M. Nabil Mellah, directeur des laboratoires Merinal, précise
qu’il y a beaucoup d’incohérences dans la gestion
du marché. " Nous perdons beaucoup de temps pour la
génériquisation des produits pharmaceutiques à
cause des délais d’enregistrement ", estime-t-il.
Il est impératif également pour les producteurs de
réduire la dépendance aux grands groupes étrangers.
"Il faut un produit local fort et puissant pour ne pas dépendre
de l’humeur des grands laboratoires internationaux ",
assènent-ils.
Interrogé par El Watan, M. Zaouani, responsable
de Biotic, a estimé que la facture d’importation va
connaître une augmentation exponentielle ces prochaines années.
" Elle sera de 2 à 3 fois plus importante. Dans les
quelques années à venir, les besoins en importations
atteindront les 5 à 6 milliards ", affirme-t-il. D’ici
à 2010, l’Algérien devra dépenser, selon
l’UNOP, près de 100 dollars par an en produits pharmaceutiques.
Par Amel Blidi - Journaliste quotidien
‘’ El Watan ‘’ (5 mars 2007)
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