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Burkina FasoGrippe aviaire au Burkina : « Si l'on n'arrive pas à contrôler cette maladie, c'est un véritable drame qui s'apprête à frapper les éleveurs », Anatole Zabre

Le Faso | Burkina Faso | 25/01/2022 | Lire l'article original

Depuis la conférence conjointe du ministre en charge des ressources animales et halieutiques et du ministre de la santé annonçant un retour de la grippe aviaire au Burkina, les éleveurs ne savent plus à quel saint se vouer. Si beaucoup estiment que des mesures auraient pu être prises dès le départ pour limiter les dégâts, "le silence coupable" de l'Etat engendrera certainement d'énormes répercussions dans les jours à venir malgré les mesures qui ont été prises. Nous avons tendu notre dictaphone à Anatole Zabre, un juriste de formation qui, par passion, est devenu éleveur à Saaba. Il nous explique les inquiétudes actuelles du secteur avicole. (entretien réalisé avant le coup d'Etat).

Lefaso.net : L'écart entre juriste et aviculteur est assez grand. Comment expliquez-vous cela ?

Anatole Zabre : Comme pour beaucoup d'éleveurs, chez moi c'est une passion. Bien avant de me reconvertir, je faisais déjà de l'élevage mais à petite échelle. J'ai élevé des lapins et des poulets de race locale en même temps que je faisais les cours. Le marché de l'emploi n'étant pas très certain, je me suis dit que ce serait bénéfique pour moi de m'investir dans ce domaine qui me passionne. Cela a coïncidé avec le développement de la filière avicole où il y a eu l'avènement de meilleures pratiques d'élevage qui avaient tendance à se rationaliser.

C'est au regard de cela que j'ai décidé de me lancer véritablement dedans. J'ai commencé d'abord avec les poulets de race locale à plus grande échelle, mais j'ai eu quelques difficultés. Ensuite, j'ai essayé les poulets de race améliorée. Cela ne répondait toujours pas à mes attentes. Après tout cela, j'ai opté pour l'élevage des poulets de chair. J'ai appris aux cotés de mon mentor qui est à Koubri. Ces moments d'apprentissage m'ont beaucoup inspiré et je me suis dit que c'était probablement ce qui allait me réussir. Je m'y suis lancé depuis 2019 et jusqu'à présent j'évolue dans le secteur de l'élevage.

Etes-vous passé par une école de formation en élevage ?

Je n'ai pas été à l'école d'élevage. J'ai appris sur le tas et jusqu'à présent, j'apprends toujours. L'apprentissage en élevage est continu mais il y a eu une première phase où je me suis beaucoup documenté, énormément documenté. Je suis allé aussi vers les producteurs. Le problème de l'aviculture au Burkina Faso c'est que, soit on fait beaucoup de théorie sans allier cela à la pratique. Soit on fait beaucoup de pratique sans allier cela à la théorie. On n'associe pas les deux. Moi, je me suis documenté et j'ai pris les conseils auprès de ceux qui étaient déjà actifs sur le terrain. Aujourd'hui, je peux dire que les connaissances acquises me permettent de mener mon activité sereinement et de les partager avec des techniciens en élevage.

L'actualité du moment est la grippe aviaire qui fait son retour au Burkina. Connaissiez-vous cette maladie ?

Tout bon éleveur est obligé de connaître la grippe aviaire parce que c'est le pire du pire. Lorsqu'elle est présente dans une localité, c'est un évènement très grave pour les aviculteurs.

Votre ferme est-elle touchée par la maladie ?

Chez nous, nous n'avons pas de cas de grippe aviaire. Avant l'avènement de la maladie, nous avons mis en place un système qui limite les interactions microbiologiques entre l'extérieur et nos sites de production. Cela nous permet de contenir la maladie un tant soit peu. Dans la zone non plus, je ne connais aucune ferme qui soit touchée par la grippe aviaire. Mais j'ai eu vent des cas de surmortalité dans les zones de Koubri et dans les périphéries de Ouagadougou.

Quelles sont les précautions à prendre pour éviter la maladie ?

En présence de grippe aviaire ou non, il y a toujours des précautions à prendre quand il s'agit de poulets, l'objectif étant d'éviter de déclencher des maladies telles que la maladie de newcastle, la bronchite infectieuse, le gomboro, etc. Ce sont des maladies qui sont graves mais pour lesquelles il existe un vaccin. La spécificité de la grippe aviaire tient au fait qu'il n'y a pas de vaccin, ce qui fait que lorsqu'elle apparaît, c'est l'hécatombe assurée. Nous nous protégeons donc pour notre propre santé et pour celle de la volaille. Comme précautions que nous prenons par exemple, il ne faut pas entrer dans le bâtiment sans s'être préalablement équipé. Il faut, entre autres, une combinaison, des cache-nez et chaussures spéciaux.

A défaut de cela, il faudrait déclasser une partie de vos habits et chaussures que vous utiliserez pour rentrer dans le bâtiment et dès que vous sortez vous les retirez. Il faut aussi éviter de transporter des poulets d'une ferme à une autre lorsque vous avez des cas avérés de maladie. Chez nous par exemple, dès votre arrivée, vous êtes obligés de passer par les pédiluves. Vous devez vous laver les mains avec un désinfectant et les personnes étrangères n'ont pas accès aux bâtiments. En sus, nous produisons et nous abattons les poulets sur notre site pour éviter de les exposer aux maladies. En effet, vous pouvez avoir des animaux sains. Mais le fait de les abattre dans un lieu où les poulets des quatre coins du monde sont tués avec le même couteau, lavés dans la même eau et déposés sur la même table, vous courez certainement le risque de livrer des poulets qui portent en eux les germes de la grippe aviaire. Tout cela constitue des mécanismes que nous avons mis en place dans l'objectif d'éviter de nous exposer et d'exposer les autres aux maladies.

Est-ce-que l'avènement de la grippe aviaire a porté un coup à votre chiffre d'affaires ?

Aujourd'hui, avec l'avènement de la grippe aviaire, je ne parle pas seulement pour moi mais cela vaut aussi pour les autres aviculteurs, notre chiffre d'affaires prend forcément un coup. Premièrement, vous perdez la confiance de vos consommateurs. Deuxièmement, vous prenez les risques de contamination. Troisièmement vous risquez de tout perdre. Normalement, à cette période, l'on devrait avoir un certain nombre de commandes de poulets pour les mariages, les baptêmes, les présentations de vœux, etc. Mais avec la grippe aviaire, tout le monde se rabat sur autre chose. Ce que les gens craignent c'est d'avoir la maladie. Pourtant cette maladie se transmet à l'homme dans des cas extrêmement rares. En effet de 2001 à l'heure où je vous parle, la grippe aviaire a atteint moins de 2 000 personnes dans le monde.

Pourtant nous sommes à plus de 100 millions de volaille abattue. Par ailleurs, la grippe aviaire ne se transmet pas d'homme à homme mais de l'animal à l'homme. Ce qui veut dire que pour être contaminé par la maladie, il faut un contact étroit, permanent et régulier avec les animaux malades. Malheureusement, les consommateurs l'ignorent, ce qui fait qu'ils baignent dans la psychose. Inévitablement cela porte un coup aux affaires. A notre niveau nous ne sommes pas encore arrivés à ce stade parce que les consommateurs savent que nous travaillons avec une certaine qualité. Les gens n'ont pas peur d'acheter le poulet et cela est dû à la confiance qu'ils ont. Contrairement à d'autres, ils peuvent se dire que la viande qui leur sera vendue est contaminée. Ce sont des pensées tout à fait justifiées parce qu'à leurs places nous aurions surement réagi pareillement et se sont des réalités avec lesquelles il faut faire.

Le ministre en charge des ressources animales a effectué une sortie pour demander aux éleveurs de prendre leurs précautions. Que pensez-vous de cette sortie et des mesures qui ont été prises ?

Nous avons pris connaissance de ces mesures vu qu'elles nous concernent directement. Malheureusement, nous aviculteurs, sommes restés sur notre soif. La première difficulté est que la déclaration de l'Etat sur la présence de la maladie a été faite tardivement. Le ministre disait que depuis décembre, il y avait déjà des suspicions de grippe aviaire et que deux foyers étaient atteints. Il n'y a pas eu de communication pour informer les éleveurs afin qu'ils prennent leurs précautions. C'est dix jours après, quand 42 foyers pour être précis ont été touchés que la conférence de presse a été tenue pour informer les éleveurs de l'existence de la maladie.

Par ailleurs, nous n'avons pas exactement la localisation des foyers atteints. Tout ce que nous savons c'est que sept régions sont concernées et 42 foyers touchés. Nous ne savons pas si notre volaille est menacée ou pas. Selon les protocoles d'usage, lorsqu'un foyer est atteint, l'Etat doit procéder à l'abattage systématique de tout ce qui est volaille dans un rayon de 10 km autour. Lorsque nous étions à deux cas, c'est cette mesure qui devait tout de suite s'appliquer. Depuis le 13 janvier, nous étions à 42 foyers. Aujourd'hui nous sommes au 20. Combien de foyers sont touchés ? Nous ne le savons pas encore. Si les protocoles doivent s'appliquer, ce serait catastrophique.

Deuxièmement, le ministre dit que c'est seulement les personnes dont les poulets ont été abattus par les services techniques qui seront indemnisés. L'indemnisation ne concernera pas les cas où les poulets seraient morts d'eux-mêmes du fait de la grippe aviaire. Le problème à ce niveau est que si par exemple le cabinet du vétérinaire est situé à 100 km du site, que le vétérinaire effectue le déplacement pour faire le prélèvement et repart pour faire les analyses, le temps qu'il revienne vous dire que vos poulets ont la grippe aviaire, votre cheptel sera déjà mort.

Le résultat est que vous n'obtiendrez pas d'indemnisation parce que vos poulets n'ont pas été abattus par les services techniques. Troisièmement, l'Etat dit pouvoir indemniser à hauteur de moins de 4 milliards de FCFA. Ce montant est dérisoire parce que si on doit indemniser toute ces personnes qui ont perdu de la volaille, des œufs, et toute la chaîne de valeur c'est-à-dire tout ceux qui sont employés de façon directe et indirecte, nous sommes très loin du compte. Concernant les régions qui ont été touchées, si parmi elles il y en a où il y a l'insécurité, est-ce-que les services techniques pourront y intervenir ? Je me demande si la maladie pourra vraiment être contenue, au regard du fiasco de départ et de la rapidité avec laquelle la maladie se répand. Je pense que nous n'avons pas encore un schéma clair de lutte contre la maladie. Les éleveurs en tout cas prendront leurs précautions, mais si derrière, le plan de lutte ne se montre pas efficace, le problème va continuer.

Vous dites avoir pris toutes les précautions pour que votre volaille ne soit pas atteinte, mais est-ce que vous avez peur quand même pour vos poulets ?

Bien sûr. Le problème avec la grippe aviaire est que vous ne pouvez pas protéger votre élevage à 100%. Peut-être à 50%. Peu importe les précautions que vous allez prendre, vous ne pouvez pas enfermer hermétiquement la volaille tout en empêchant ainsi la poussière d'entrer dans les bâtiments. Puisque la maladie se répand aussi par l'effet du vent, on craint toujours. Le mieux c'est de faire ce que l'on peut et prier.

Votre mot de fin…

Nous vous remercions pour l'intérêt porté à ce sujet qui est d'actualité car au-delà de l'aspect abstrait que le citoyen se fait sur la grippe aviaire, ce sont des investissements de toute une vie qui peuvent s'envoler. C'est peut-être des choix de vie qui peuvent se retrouver dans des situations délicates, ce sont beaucoup de personnes liées directement ou indirectement à l'élevage qui peuvent se retrouver au chômage. Les grippes de 2006 et 2015 sont arrivées dans des contextes assez normaux. Celle-là est assez particulière car il y a le problème sécuritaire qui absorbe déjà les fonds de l'Etat. Il y a aussi les problèmes sanitaires avec la maladie a coronavirus et, comme si cela ne suffisait, pas voilà que vient s'ajouter la grippe aviaire. Si l'on n'arrive pas à contrôler cette maladie, c'est un véritable drame humain qui s'apprête à frapper les éleveurs.

L'élevage ce n'est pas seulement le fait d'avoir deux poulets à la maison. Il y a des gens qui ont investi des millions voire des milliards de francs CFA dans cette activité. Si vous avez eu à prendre un prêt pour réaliser votre activité et que la grippe vient décimer votre volaille, humainement vous risquez de ne pas tenir. C'est une situation assez délicate parce que techniquement, nous sommes au chômage et les activités sont paralysées. Je pense que l'Etat gagnerait à revoir sa copie principalement pour ce qui est de la communication afin que les éleveurs ne soient pas étonnés des mesures qui leurs seront appliquées. Il faudrait revoir aussi le barème d'indemnisation pour qu'il n'y ait pas de marginalisé et accompagner les éleveurs pour qu'ils puissent relancer leurs activités. Quant aux éleveurs il faudrait qu'ils confinent leurs oiseaux pour que la maladie soit limitée au maximum.

Erwan Compaoré et Bela Ouédraogo

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