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Mutilations génitales féminines : trois après l’engagement des coutumiers et religieux, la pratique persiste

Le Faso | Burkina Faso | 28/05/2012 | Lire l'article original

Le 18 mai de chaque année, le Burkina célèbre la journée national de lutte contre la pratique de l’excision. C’est la ville de Léo dans la province de la Sissili qui a abrité les manifestations en différé le 26 mai 2012 sous le thème : « Leaders coutumiers et religieux, renforçons nos engagements de 2009 pour l’atteinte de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines ». Occasion d’évaluer le chemin parcouru, cette célébration offre aussi l’occasion de rechercher des stratégies efficaces en vue de son éradication effective de cette pratique.

Selon l’étude évaluative des actions du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE) sur la période de 1990 à 2005, le taux de prévalence national est de 49,5% pour les femmes. Si la région du Centre-Ouest enregistre un taux global de 31, 92% à la même période, la province de la Sissili détient le taux le plus élevé de la région, soit 58,80. C’est d’ailleurs l’une des raisons qu ont motivé le choix de Léo pour abriter les manifestations cette année.

Les leaders coutumiers et religieux constituent des courroies très importantes dans la diffusion du message dans la perspective d’un changement de comportement. Le 25 mai 2009 à Kaya, ces leaders s’engageaient devant le chef de l’Etat burkinabè à contribuer à la promotion de l’élimination de la pratique de l’excision. Ils avaient pris l’engagement d’œuvrer à l’éradication de cette pratique néfaste dans leurs communautés et villages respectifs. Trois ans après, l’heure est au bilan. Ces engagements se sont traduits par les déclarations d’abandon de la pratique de l’excision dans 198 villages en 2011. En 2012, c’est déjà 29 villages de la région du plateau central qui ont juré de na plus exciser leurs filles. Le choix du thème : « Leaders coutumiers et religieux, renforçons nos engagements de 2009 pour l’atteinte de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines » se justifie donc par le rôle et la place importante qu’occupent les coutumiers et religieux dans notre pays.

Des efforts ont été faits depuis l’engagement des coutumiers et religieux, des victoires obtenus, mais « l’arbre ne doit pas cacher la forêt : l’excision est toujours une réalité au Burkina et nous ne devons pas baisser les bras », a martelé la ministre de l’action sociale et de la solidarité nationale, Clémence Traoré/Somé.

Les statistiques enregistrées par le CNLPE entre 2009-2011 font état de 21 exciseuses arrêtées, 210 auteurs et complices condamnées. Au cours de la seule année 2011, 100 filles ont été excisées, 07 exciseuses/exciseurs interpellés et 60 complices condamnés. Pour 2012, le SP/CNLPE a déjà enregistré un cas d’excision mortelle. Des 05 filles excisées, 04 sont décédées. « Ces données témoignent de la persistance de cette pratique malgré les multiples efforts déployés par les acteurs. Cette situation préoccupante nous interpelle sur la nécessité de redoubler d’ardeur dans la promotion de l’élimination de cette pratique au Burkina », lance la ministre de l’action sociale et de la solidarité nationale.

Elle a, d’ailleurs une fois de plus, appelé les « leaders administratifs, politiques, coutumiers et religieux, partenaires au développement à s’investir à travers leurs activités et la mobilisation des ressources nécessaires à l’atteinte de la tolérance zéro ». Appel entendu à écouter le message de parrains (coutumiers et religieux) : « Au nom du Seigneur, au nom de Dieu, au nom d’Allah, au nom de la terre : parents, exciseurs et exciseuses, arrêtez s’il vous plait », a imploré leur représentant.

Le défi de la tolérance zéro aux Mutilations génitales féminines passera par une vigilance plus accrue et des efforts renouvelés aussi bien par les autorités que les structures travaillant à la base. Elles ont sans doute besoin de plus de soutien pour mener à bien leurs activités. En guise d’encouragement, des organisations de la société civile ont reçu des attestations de reconnaissance pour leurs efforts dans la lutte contre ce fléau.

« Promouvoir la santé sexuelle de la reproduction et le bien-être des filles et des femmes n’est pas un vain investissement, c’est une question de droits humains et de justice sociale, gage d’un développement humain durable », a estimé Rosalie Bassolet, représentant la première dame Chantal Compaoré, la présidente d’honneur du conseil national de la lutte contre la pratique de l’excision. Puis, elle a exhorté tous à redoubler de vigilance, à travailler sans désemparer afin de toujours anticiper sur toute action qui est de nature à porter atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de la femme.

Cette célébration a connu une forte mobilisation de la population de Léo. Entre autres invités très remarqués à Léo, les caravaniers de l’association Jeunesse unie pour l’éradication de l’excision (JEUNEE). La cérémonie a pris fin par le témoignage de deux femmes victimes des conséquences de l’excision, des témoignages très poignants et pathétiques qui ont donné des frissons à l’assistance.

Moussa Diallo

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