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Février 2007 - Editorial du Docteur Soliou BADAROU

Les piqueurs sauvages !

Progressivement et sans inquiétude, le phénomène dit « des piqueurs sauvages » prend de l’ampleur dans notre pays surtout en milieu rural. En réalité de quoi s’agit-il ?

Ce sont des hommes ou des femmes en général sans qualification qui sont soit des anciens secouristes ou des aides soignants formés sur le tas, ou ayant travaillé auprès des agents de santé, parfois des aventuriers à la recherche du gain facile, qui avec une sacoche bourrée de médicaments (en général des injectables) passent de maison en maison dans les hameaux les plus reculés à motos pour prodiguer des soins aux populations. Ils administrent divers produits d’origine inconnu : antibiotique, antalgique antipyrétiques etc. pose même des actes de petite chirurgie. Moyennant par exemple une somme de 300 francs CFA, le pauvre paysan a droit à une injection.

Pas de souci pour la continuité des soins : le tout dépend de la poche de son client. Pour ce dernier c’est un ouf de soulagement car il n’a plus besoin de se déplacer pour aller au centre de santé, il pouvait se faire soigner chez lui, il offre même toutes les garanties de protection à ce dernier afin qu’il ne soit pas dénoncé. Les conséquences de ce phénomène sont énormes, elles ont pour noms : résistance aux antibiotiques, faible fréquentation des centres, complications diverses, recours tardif aux centres de soins, sous notification de certaines maladies sous surveillance voire décès pour ne citer que celles là.

Face à ce phénomène, les collègues ne sont évidemment pas restés les bras croisés. Mais combien d’entre eux ne se sont ils pas retrouvé parfois entre le marteau du politique qui se refuse de les appuyer dans cette lutte et l’enclume de la population inconsciente des risques de ce phénomène qu’elle applaudit plutôt.

Dans un pays comme le Bénin, où d’énormes efforts sont faits tant sur le plan de la construction des infrastructures sanitaires, de l’équipement en personnel, en matériel et de la mise en place des services à base communautaire, je pense qu’il urge de bouter ce phénomène hors de nos contrées. Certes des efforts restent à faire pour améliorer l’accessibilité à toutes et à tous, mais je voudrais me faire le porte parole de cette couche de la population inconsciente des risques pour en appeler au secours de tous ceux qui peuvent contribuer à endiguer ce phénomène : personnels de santé qui ne doivent pas baisser les bras, politiques qui doivent soutenir la lutte car seuls les biens portant peuvent militer à vos cotés, autorités de tout ordre et toutes les bonnes volontés.

Je n’ai certainement pas la solution, mais une contribution de toutes et de tous (béninoi (ses) de l’intérieur et de l’extérieur, amis du Bénin) à travers des propositions concrètes seraient les bienvenues, car c’est de la santé d’un de nos parents qu’il s’agit : si aujourd’hui ce n’est pas vous, demain ce sera un des vôtres qui sera la victime.


Parakou, le 5 février 2007 Docteur Soliou BADAROU
solbis1@yahoo.fr
/ solbis1@mail2world.com

 


 

 
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