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Enquête - Médicaments Essentiels Génériques : La santé peut-elle coûter aussi moins cher ? - 24/09/2006 - L'Observateur - Burkina FasoEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Depuis une bonne dizaine d’années, les génériques font partie du quotidien des Burkinabé qui fréquentent les centres de santé. Ce type de médicament, dont on dit tant de bien, semble avoir le vent en poupe dans une population sans cesse visitée par la maladie et financièrement démunie. S’il en est ainsi, c’est sans doute parce que ce remède tente d’allier faible coût et efficacité. Qu’en est-il vraiment ? La santé peut-elle vraiment coûter si peu ? Le monde serait-il devenu subitement philanthrope au point de démocratiser la bonne santé ?

Depuis 1978, l’OMS recommandait aux pays en voie de développement la mise en œuvre d’une politique nationale pharmaceutique faisant une large place aux médicaments essentiels génériques (MEG) ; lesquels médicaments allieraient efficacité et faible coût. La dévaluation du franc CFA faisant, la plupart des pays d’Afrique francophone ont pris des mesures pour favoriser l’accès de leur population à ces fameux MEG. C’est la révolution de la santé pour tous. L’assertion « La santé coûte cher » est en passe d’être démentie.

Le générique se définit comme étant la copie d’un médicament original (appelé médicament princeps) qui ne bénéficie plus d’une exclusivité commerciale. Comme on le sait, à la découverte d’un produit (plus précisément d’un principe actif ou molécule active), le laboratoire ayant fait la découverte dépose un brevet qui lui octroie le droit exclusif de produire et de vendre le nouveau cachet pendant une période allant de 10 à 20 ans. Ce n’est qu’à l’échéance de cette période qu’il perdra ses droits sur le produit qui tombe de ce fait dans le domaine public. Alors seulement, le principe actif peut être produit et vendu par d’autres laboratoires : c’est le médicament générique.
C’est donc une stricte copie d’un médicament existant sur le marché (une spécialité) et dont le brevet de protection est déchu. Les médicaments génériques peuvent être dénommés de deux manières : DCI (dénomination commune internationale) + nom du laboratoire (ex : Allopurinol Bayer®) ; nom de fantaisie suivie de « Gé » (ex : Algoced Gé = générique du Di-Antalvic). La distinction entre deux appellations est purement d’ordre économique. Le nom du générique relève donc du bon vouloir du fabricant.

De bonnes copies à défaut d’être conformes
Cependant, n’est pas générique qui veut, mais qui peut. En effet, par stricte copie, il faut savoir que la spécialité (médicament princeps) et son générique sont composés du même principe actif (la molécule qui confère au médicament son pouvoir de guérir) en qualité et en quantité égale, et sont de la même forme pharmaceutique.
Un générique n’est donc en aucun cas une contrefaçon. En théorie, la posologie, les indications et contre-indications, les effets secondaires et les garanties de sécurité sont les mêmes pour les deux types de médicament. Cela est garanti par les tests de bioéquivalences (tests qui démontrent que le générique et son médicament de référence délivrent le principe actif de la même manière dans l’organisme) et d’autres analyses dont est l’objet tout médicament générique qu’un laboratoire souhaite mettre sur le marché. En France par exemple, c’est l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) qui s’occupe de donner les A.M.M. (Autorisation de Mise sur le Marché).

Le générique est loin d’être un sous-produit. Comme l’affirment certains experts en galénique et en pharmacocinétique, des génériques sont plutôt bien conçus et réalisés par rapport aux produits de référence dont la formule, mise au point il y a 25 ans, n’a pas bénéficié de la technologie de pointe d’aujourd’hui. En tout état de cause, à défaut d’être des copies conformes, les génériques sont, dans la plupart des cas, de bonnes copies.

« ...C’est vraiment un soulagement pour la poche »
Au-delà de ces avantages pharmaceutiques, le médicament générique est économiquement avantageux pour le consommateur par rapport aux spécialités. Il est 70 à 90% moins coûteux que l’original. Dans une des officines de la place, où nous nous somme rendu pour en savoir plus sur ce médicament, une cliente nous à fait cette déclaration : « Pour soigner l’hypertension, mon médecin me prescrivait un produit qui coûtait 15 000 FCFA. J’ai été très contente, le mois passé, quand il m’a dit qu’il m’a trouvé un générique en remplacement du coûteux produit... C’est vraiment un soulagement pour la poche ».
L’enquête prioritaire de 1998 au Burkina Faso a chiffré à 6 300 FCFA par personne et par an les dépenses de santé en moyenne dans l’ensemble du pays (Banque Mondiale 2003). Ce montant, rapporté au revenu moyen annuel par habitant, nous permet de comprendre aisément comment ce type de médicament apporte un soulagement tant pour les institutions que pour les familles et les individus. Comme son prix est moins élevé, le remboursement coûte moins cher à l’assureur et à l’assuré pour ceux qui le sont. Cela permet de faire des économies non négligeables.

Imaginez un bon de pharmacie émis par l’Etat ou une société pour ses travailleurs. Une économie pourrait être faite sur chaque médicament princeps remplacé par un générique. La plupart des bons ne couvrant pas le montant total de l’ordonnance (80% du montant est en règle générale supporté), l’employé y gagnera aussi, car sa part de contribution aux frais de pharmacie sera moindre. Le budget familial se porte mieux avec les génériques. Même l’ouvrier sur son chantier n’est plus obligé d’endurer à longueur de journée ses migraines et autres douleurs musculaires. Les génériques sont désormais à sa portée dans la majorité des officines.
Eu égard à la précarité financière que vivent les populations, l’essor des médicaments génériques, efficaces et moins coûteux, ne devrait pas être mitigé ou timide. Et pourtant, le générique n’est pas consommé à la hauteur des attentes. A en croire Mme Tianhoun Nathalie, pharmacienne dans une officine du centre-ville, la consommation des génériques est très « timide ».

Il est plus simple d’écrire Bactrim que Cotrimoxazole
Une des explications à ce fait serait leur non-prescription par les médecins et infirmiers. Sandrine Zongo, infirmière d’Etat en fonction dans une clinique à Pissy, reconnaît qu’elle n’a pas le réflexe de prescrire des génériques, car elle a une certaine « habitude » des spécialités. Certains médecins, formés il y a de cela 20 ans et plus, ne sont pas eux aussi, habitués aux génériques notamment à sa dénomination commune internationale (DCI), qui consiste à désigner le médicament par l’appellation de son principe actif, le vrai nom du médicament, pourrait-on dire donc.
« Nous savons évidemment que les génériques coûtent moins cher à nos patients, ajoute Sandrine Zongo, malheureusement, par habitude, nous trouvons plus simple d’écrire Bactrim® à la place de cotrimoxazole et plutôt que de dire Albendazole, il est plus aisé de prononcer Zentel®. Mais cette vieille habitude disparaîtra, soyez-en sûr ».

En plus des médecins, il est autorisé aux pharmaciens de faire des propositions de génériques aux patients. Mais ceux-ci, de façon automatique, ne s’octroient pas le droit de remplacer les spécialités en génériques sans l’accord du client, qui est d’ailleurs rarement informé de l’existence d’un générique correspondant à son médicament original prescrit par son médecin.
Le droit de substitution est pourtant reconnu aux pharmaciens. Ils ne l’ont pas dans le cas où le toubib met explicitement son « veto » sur un produit princeps qu’il prescrit ; il inscrit alors « non substituable » devant le produit. En fait, si les médecins auraient la volonté de faire la part belle aux génériques, ils seraient souvent "victimes" du « harcèlement » (certains parlent de collusion financière pour fourguer les spécialités aux patients) des délégués médicaux, qui font à outrance la propagande des médicaments princeps.

Ce n’est pas toujours "même chose"
A entendre ces derniers, les spécialités assurent la qualité et l’efficacité. Selon certains d’entre eux, la chaîne de fabrication des génériques n’est pas sûre. Et pour cause : le principal intérêt de ces laboratoires « génériques » n’est pas seulement l’efficacité du produit, mais plutôt la rentabilité. Comment contredire une telle assertion si l’on sait que le marché des génériques est large et sa demande très forte ? Les "génériqueurs" se contenteraient, pour la plupart d’entre eux, de faire des tests de bioéquivalence. Pourtant, deux médicaments bioéquivalents ne sont pas strictement identiques. Il est effectivement prouvé que les génériques ne passent plus par toutes les phases de test et d’élaboration d’une nouvelle molécule active.

Pour mettre un générique sur le marché, il leur suffirait de l’administrer à des volontaires sains (12 à 24 personnes) et de pratiquer sur eux des tests sanguins, d’urines, etc., pour ensuite comparer les données recueillies à celles du médicament princeps. Sont considérés comme résultats acceptables ceux avec une marge de plus ou moins 20% (+/-20%) par rapport aux données de la spécialité. D’où leur méfiance envers notamment les produits ayant une marge thérapeutique étroite, c’est-à-dire ceux qui ont un faible écart entre la dose thérapeutique et celle nocive.
Parce que deux génériques ne sont pas forcément bioéquivalents entre eux (la bioéquivalence est seulement exigée avec la spécialité), prescrire un générique à un malade peut occasionner des risques. Pour une seule spécialité, le pharmacien peut se retrouver avec cinq (5) produits génériques à proposer au client. Le patient devra s’assurer de trouver toujours ce générique et non un autre, car il est déconseillé de changer un générique par un autre, pour la raison évoquée plus haut.

Cette pléthore de génériques pour une même spécialité est un inconvénient pour ce type de médicament. Comment faire en effet un choix entre cinq produits qui sont censés produire les mêmes effets ? En plus de cela, les excipients non actifs comme la couleur, les parfums et les arômes peuvent varier de la spécialité aux génériques. Ces excipients, pourtant, peuvent nécessiter des précautions d’emploi pour certaines catégories de patients. C’est pourquoi il est évident que le générique peut posséder des effets indésirables ou requérir des précautions d’emploi qui lui sont propres.
Il est aussi prouvé que l’effet placebo d’un médicament (son facteur psychique qui contribue à son efficience) peut être dû au goût et/ou à la couleur de celui-ci. Ainsi, d’un médicament de spécialité à son générique, cet effet peut varier. L’efficacité clinique de certains génériques peut être déclarée différente de celle du produit princeps pour ce motif. Sans oublier que le malade peut être conditionné psychologiquement s’il n’est pas convaincu qu’un générique vaut bien une spécialité.

« ...Si l’offre est trop alléchante, même l’ hyène se méfie »
Pour illustrer le manque de rigueur lors de la fabrication du générique, il suffit de vous référer à la notice de certains de ces produits. Si celle-ci n’est pas mal traduite, elle ne comporte pas assez d’éléments justifiant le dosage du principe actif. Prenez l’exemple d’EFFERALGAN® 500 mg, spécialité à base de Paracétamol (DCI) fabriquée par UPSA ; comparez-le avec PARACETAMOL (un de ses génériques en circulation) fabriqué par Strides installé à Bangalore (Inde).
Tandis que la notice UPSA détaille la composition qualitative avec les excipients en présence dans son produit, Strides dont la notice, en anglais, serait, selon les spécialistes, mal traduite en français, se contente de préciser le principe actif utilisé dans son médicament. Sans exagération, on peut en déduire qu’il est dangereux pour un patient allergique à un quelconque excipient de prendre ce générique. Il a fort probablement été fabriqué avec un excipient, mais lequel ? Mystère et boule de gomme !

Il existe des médicaments contenant purement l’unique principe actif qui fait le médicament, donc sans excipient ; si c’était le cas, Strides gagnerait à le signaler dans une notice adaptée à la langue des pays dans lesquels il compte écouler sa production. Outre cela, il y a enfin le conditionnement parfois inadapté du générique, qui le discrédite. Dans les pharmacies de la place, le paracétamol, produit phare de la clientèle, est vendue par plaquette et même par dose dans les établissements sanitaires et les dépôts pharmaceutiques.
Ainsi, le client prend avec lui des produits avec comme seule protection le conditionnement primaire (plaquette et film plastique). Le conditionnement secondaire, étant pour le lot, n’est pas remis au client qui prend quelques doses. Il est pourtant d’usage que le fabricant inscrive des informations importantes concernant le médicament sur le conditionnement secondaire. Avec le générique, le client est privé de ces informations capitales pour la bonne utilisation du médicament.

Ajouté à ces critiques, le prix particulièrement bas du générique, loin de susciter l’engouement se révèle être pour ce produits un handicap. Si l’on explique la faiblesse de son prix par l’absence de frais de recherche pour les laboratoires "génériqueurs", certains ont en tête l’adage selon lequel « Si l’offre est trop alléchante, même l’hyène se méfie ».

Il est d’usage qu’on baisse le prix d’un produit qui n’a pas la « cote » sur le marché afin de lui assurer une promotion. Voilà un raisonnement qui amène certaines personnes, surtout celles qui peuvent se payer le luxe (au propre comme au figuré) de le mépriser, à délaisser le générique. Mais, se demande Lazare Bancé, directeur général de la CAMEG, "faut-il acheter plus cher simplement parce qu’on a les moyens ?" (voir interview ci-dessous).
La vérité, c’est qu’elles doutent, de son efficacité. « Pendant mon stage dans les officines, il nous arrivait souvent de proposer du générique à des clients, mais ceux-ci refusaient de le prendre », dit François Ouédraogo, étudiant en 4e année de pharmacie à l’université de Ouagadougou. C’est aussi l’avis de Mme Tianhoun : « Certains nous disent tout de go que les génériques n’ont pas d’effet sur eux », dit-elle.

Cette affirmation du client est-elle due à une absence d’effet placebo du générique, à un sous-dosage du principe actif de celui-ci, à une accoutumance aux spécialités, à une réelle inefficacité de ce type de produit ou à un simple conditionnement psychologique ? Notre interlocutrice dans l’officine, qui se réjouissait pour sa poche, concluait ainsi ses propos : "Je ne reprends la spécialité que quand ma crise d’hypertension devient persistante". Que retenir d’une telle déclaration ? Le générique n’est donc, pour elle, qu’un calmant moins coûteux, une solution palliative à ses grosses dépenses de santé, mais pas le vrai remède.
La CAMEG (Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques), depuis 1994, date de sa création, est la principale source d’approvisionnement en génériques dans notre pays avec ce slogan bien connu dans le paysage publicitaire burkinabè : "Même chose (spécialité et générique NDLR), mais pas même prix". Selon Mme Tianhoun, « Nous nous approvisionnons auprès de la CAMEG, mais pour ce qui est des génériques de marque, ce sont des services pharmaceutiques privés qui nous livrent ».

Les génériques de marque sont des médicaments génériques produits par les mêmes firmes pharmaceutiques d’où provient (souvent) le principe actif « génériqué ». Par exemple, l’allopurinol (DCI), commercialisé par Glaxo-wellcome en spécialité sous le nom de ZYLORIC (traitement contre la goutte et l’hyperuricémie), est maintenant disponible sous plus de cinq (05) formes génériques. L’usine Glaxo-wellcome a lui-même produit un générique du nom d’ALLOPURINOL BIOGARAN®. Ce dernier produit est un générique qui bénéficie de l’expérience de la firme Glaxo-wellcome, à qui appartenait le brevet de la molécule.
C’est donc un générique de marque. De ce fait, comparé aux autres génériques du produit ZYLORIC, fabriqués par d’autres maisons "génériqueurs", le générique de marque de la firme Glaxo-wellcome est plus fiable. Aucune défaillance n’ayant existé avec la spécialité qu’elle produisait, son générique aussi a un grand crédit. Cette stratégie des laboratoires dont les produits tombent dans le domaine public est très répandue. C’est donc dire qu’il y a des génériques de marque en circulation au même titre que les autres génériques.

Il est pourtant rare que la CAMEG propose cette catégorie à ses détaillants. Est-ce parce que le coût de ces génériques de marque dépasse celui des génériques simples ? C’est fort probable. Par exemple, l’Apranol, un médicament générique de marque produit par Pharmat inc à base d’amodiaquine et distribué par Pharma plus au Burkina, est vendu en pharmacie à 750 FCFA contre 400 FCFA, le prix de Prosol, fabriqué par Gracure pharmaceutical et distribué par la CAMEG.
De là à penser que la centrale d’achat privilégie avant tout le bas prix, il n’y a qu’un pas que certains ont vite fait de franchir, mais ce serait lui faire un mauvais procès, car il s’agit d’abord de rendre la santé accessible à tous.
Le générique est produit par deux types de structures dans le monde. Il y a les sociétés appelées génériqueurs comme Rambaxy (Inde) et Teva (Israël). Ces unités sont le plus souvent implantées dans les pays en voie de développement. A côté de celles-ci il y a les firmes pharmaceutiques comme Sanofi Aventis et UPSA. Ces unités sont dans les pays développés avec souvent des succursales à travers le monde.

Face à cette dualité, une centrale d’achat comme la CAMEG se doit de faire un choix idéal pour le client. La procédure utilisée par cette centrale d’achat pour le choix de ses fournisseurs à été fortement inspirée de celle des marchés publics avec cependant quelques particularités. Elle se déroule en deux étapes : l’étape de présélection des fournisseurs et celle de la commande. A l’heure actuelle, la CAMEG a près de 80 fournisseurs présélectionnés et environ 500 produits génériques sur sa liste de fourniture.
A chaque fournisseur il est demandé un exemplaire des produits à livrer. Ce n’est qu’après qu’on a approuvé ces échantillons que la commande intégrale est lancée au fournisseur. Celui-ci est retenu pour trois ans et régulièrement contrôlé durant son contrat avec la CAMEG. Avec toutes ces dispositions, osons croire que cette centrale d’achat des médicaments génériques nous apporte ce qu’il y a de mieux dans le monde pour nos maux et la santé de nos poches.

« ...Le générique, on peut le dire, est un exemple de démocratisation de la bonne santé »
Mais quoi qu’on puisse en dire, le médicament essentiel générique constitue l’avenir de la pharmacie et de la santé du monde. Beaucoup d’enjeux, tant économiques, technologiques, sanitaires que politiques y sont en effet liés. Le marché du générique bénéficie d’un contexte favorable : selon le laboratoire américain Mylan Laboratories, le marché total des génériques atteindrait 73 milliards de dollars en 2010.
Selon UBS Warburg, qui s’appuie sur la progression fulgurante du marché du générique entre la fin des années 90 et l’année 2001, la substitution génériques/produits de marque devrait être plus rapide. Le courtier envisage un chiffre d’affaires total pour l’industrie générique de 72 milliards dès 2006 (source : latribune.fr). Un tel potentiel s’explique, car lorsqu’un principe actif devient généricable, il en va désormais de même pour ses dérivés. Les principales contraintes qui freinaient la production à grande échelle des génériques sont sur le point de tomber.

Grâce à la politique soutenue des pays du tiers monde, certaines molécules, avant même l’expiration de leurs brevets, sont désormais "généricables". C’est le cas par exemple, des antirétroviraux. En effet, les pays du tiers monde, par diverses négociations et pressions auprès des grandes firmes pharmaceutiques et de l’OMC, obtiennent chaque année des levées des brevets de certaines molécules de la tri-thérapie, la santé ne devant pas être soumise à la seule loi du marché. Partant de là, certains pays du tiers monde ou émergents comme le Brésil, l’Inde, le Bangladesh ont vu leurs sociétés pharmaceutiques décoller.
Les spécialistes s’accordent globalement sur les pertes que l’industrie pharmaceutique va enregistrer en raison de la perte de brevets : environ 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel sur les cinq prochaines années. Mais, cela ne l’empêche pas de soutenir le développement de ce marché, la production des génériques de marque constituant un apport stabilisant pour ces laboratoires qui perdent l’exclusivité sur leurs molécules.
C’est donc dire qu’il s’annonce une bataille à l’issue de laquelle, le client devrait sortir gagnant. En effet, les laboratoires mettent chaque année sur le marché une variété de génériques qui proposent des traitements adaptés à chaque patient.

Les génériques existent sous de nombreuses formes en effet : comprimés, sirops, collyres, injections, gélules, crèmes... Et la population leur accordera plus de crédit si elle est bien informée de tout le processus à l’issue duquel elle a son médicament. Une répartition correcte du rôle de chacun (politique, industrie du médicament, médecin prescripteur, pharmacien) nous semble d’une grande utilité dans le débat sur le rapport coût/efficacité du générique.
Convaincues que les prescriptions des médecins peuvent rester scientifiques tout en s’inscrivant dans une logique économique, les firmes pharmaceutiques pourraient accorder leurs violons pour ne pas dérouter le client par des messages publicitaires purement mercantiles, mais basés sur une vérité scientifique prouvant l’efficacité de leurs produits.

Le générique ne nourrit pas son pharmacien
Une telle chose permettrait aux médecins de prescrire, en fonction de la pathologie diagnostiquée, la molécule (en DCI) la plus adéquate pour le mal, mais non la plus en vue du moment. Ce qui laisse, en revanche, au pharmacien le soin de choisir, entre tous, le produit le moins cher et le plus efficace pour le patient.
Les pharmaciens ne font pas de grosses recettes avec les génériques. Comme le dit si bien Mme Tianhoun, « Il est nettement avantageux pour les pharmacies de vendre des spécialités, car elles ont plus de marge bénéficiaire. » L’Etat devrait donc encourager plus les officines par des subventions adéquates. Alors, la santé qui, c’est bien connu, n’a pas de prix, mais seulement un coût peut-elle coûter aussi moins cher ? Avec le générique, cela s’avère possible.
Cependant, si le principal argument de vente des génériques est le prix, imbattable, si le seul intérêt des génériques est la diminution systématique et sensible des prix du médicament, pourquoi ne pas contraindre les firmes pharmaceutiques à une diminution systématique et sensible des prix de ceux-ci à l’échéance du brevet ? Cela nous éviterait non seulement la tourmente que causent les génériques de marque et les génériques simples, mais aussi des surprises désagréables, chaque firme pharmaceutique étant responsable de son produit dans le monde entier.

Un autre enjeu existe peut-être ! Dans le deal du générique, l’Etat incite, l’industrie développe... mais les consommateurs choisissent-ils vraiment ? Même si des critiques restent à formuler à l’endroit de ce type de médicament, force est de reconnaître que son apport est salutaire pour la population. La volonté politique, de par le monde, lui donne de grands jours et la technologie pharmaceutique ne cesse de croître en précision.
Le générique, on peut le dire, est un exemple de « démocratisation » de la bonne santé. Cela nous change effectivement des promesses et programmes politiques démagogiques du genre « la santé pour tous » d’ici l’an 2000 que l’on entendait dans les années 80 et 90, mais qui semble toujours s’éloigner comme une ligne d’horizon.

Christian Zongo (Stagiaire)

 

Lazare Bancé, Directeur général de la CAMEG : "Faut-il acheter la spécialité parce qu’on a les moyens ?"

Si Lazare Bancé, le directeur général de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG), reconnaît que c’est souvent plus par nécessité (parce qu’ils n’ont pas les moyens) que par réflexe que les patients optent pour le générique, il se demande néanmoins s’il faut acheter plus cher (la spécialité) simplement parce qu’on a les moyens alors que les deux sont une seule et même chose.

Si la molécule est la même, il semble que spécialité et générique, ce ne soit pas vraiment « même chose » contrairement à ce que dit votre slogan fétiche, parce qu’il faut aussi tenir compte du conditionnement du produit, des excipients non actifs, de la présentation, de la chaîne de fabrication même ...
Permettez-moi d’affirmer le contraire. C’est absolument la même chose, car ce qui me paraît important, c’est sans conteste le principe actif qui agit sur la cause de la maladie. Il faut savoir que pour des raisons de marketing auxquelles l’industrie pharmaceutique n’échappe pas, le conditionnement, la présentation du produit pour une entreprise quelle qu’elle soit a pris une grande importance. De ce fait, le coût du contenant rivalise avec celui du contenu.
Si pour les pays développés, un tel choix est compréhensible, pour un pays comme le nôtre, la survie du patient est la seule préoccupation que nous avons. Cela dit, il y a des mesures d’accompagnement qui ont été mises en œuvre au niveau des centres de santé afin de pallier le handicap de la présentation, comme les explications qui sont données au malade quant à l’administration et à l’utilisation des médicaments.

Comment a évolué le marché du générique au Burkina et quelle est votre marge de progression ?
Au cours de ces dix dernières années, nous avons assisté à une explosion du segment du marché des génériques. Parallèlement, le segment du marché des spécialités a continué à se développer à son rythme. Ce qui veut dire que l’introduction des médicaments génériques au Burkina a réintégré dans le circuit des soins de santé des populations qui, très certainement, en étaient exclues à cause du coût prohibitif des médicaments de spécialité.
En clair, ceux qui en ont les moyens s’orientent vers les médicaments de spécialités et ceux qui ont un revenu limité sont soulagés grâce à la disponibilité et à l’accessibilité financière des génériques. Evidemment, la CAMEG a enregistré un développement important puisqu’en 10 ans, elle a multiplié son volume d’activités par 5. Cependant, elle est loin d’avoir épuisé ses réserves. Il reste encore du travail à faire.

A l’évidence, il y a encore malgré tout des réticences à la vulgarisation du générique et ceux qui s’y résolvent, si on vous suit, le font surtout par nécessité (manque de moyens) et non par réflexe. Comment comptez-vous lever ces obstacles ?
C’est possible que ceux qui se mettent au générique, dans leur grande majorité, le fassent par nécessité, c’est le comportement type de l’homo économicus qui, par excellence, a un comportement raisonnable. Cependant, je me pose la question suivante : "Est-ce parce qu’on a les moyens qu’il faut acheter plus cher ?" Je crois que non.
De l’analyse de la consommation des médicaments en Afrique francophone il ressort que nos comportements actuels ont été inspirés du modèle français. En France, les médicaments de spécialité ont la part belle avec, en prime, un régime de sécurité sociale très généreux qui prend pratiquement tout en charge.
In fine, cela a très peu de conséquences sur les finances du malade. Chez nous, au contraire, c’est le malade qui paie. Je pense qu’avec une politique de promotion soutenue et de sensibilisation des populations, nous arriverons à vaincre les dernières réticences, car le potentiel des médicaments génériques reste énorme.

A ce qu’on dit, les médecins auraient quelquefois partie liée avec les firmes pharmaceutiques et les délégués médicaux pour prescrire des spécialités même quand le produit existe en générique. Qu’en savez-vous ?
C’est un mauvais procès qui est fait aux médecins. La réalité est limpide : les délégués médicaux sont dans leur bon droit lorsqu’ils font la promotion des médicaments de spécialité. Ils sont chargés d’informer les médecins des avancées thérapeutiques des nouvelles molécules et des avantages qu’elles pourraient apporter pour vaincre la maladie ; les médecins, de leur côté, font la part des choses, car en dernier ressort, dans leur relation avec le malade, ils savent l’efficacité réelle des médicaments et adaptent leurs prescriptions en conséquence.

Quelles sont les ambitions actuelles, les perspectives d’avenir de la CAMEG ?
Nous venons d’achever d’élaborer notre plan de développement stratégique pour les cinq prochaines années. Il s’agit en priorité de stabiliser les prix des médicaments par une bonne politique d’achat et une politique hardie de maîtrise des charges de fonctionnement. Nous allons également poursuivre lentement mais sûrement notre politique de décentralisation, par la mise en œuvre des chantiers du dépôt régional de Dédougou et de Gaoua ainsi que de la nouvelle plate-forme du dépôt régional de Ouagadougou afin de répondre à la forte demande que nous enregistrons dans les régions du Centre et du Plateau central. Enfin, nous allons continuer de renforcer notre qualité de service afin de doter notre centrale des compétences d’une entreprise moderne qui vit avec son temps.

Propos recueillis par Christian Zongo (Stagiaire)

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