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Pr Rabiou Cisse, Radiologue : "La radiologie est un maillon incontournable de la médecine" - 15/05/2006 - Le pays - Burkina FasoEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Du 20 au 20 février 2006, tout ce que l'espace francophone compte comme radiologues s'est retrouvé à Ouagadougou au Burkina pour le 7e congrès de la Société de radiologie d'Afrique noire francophone (SRANF). Outre les décisions prises, l'organe dirigeant de la structure a été renouvelé. Sa direction a été confiée au Burkina en la personne du Professeur agrégé de radiodiagnostic et d'imagerie médicale, Rabiou Cissé. Nous avons rencontré ce chef du service de radiologie du Centre hospitalo-universitaire Yalgado Ouédraogo et également président de la Société burkinabè de radiologie (SOBURAD). Les conclusions du congrès de la SRANF, la situation de la radiologie au Burkina ont été essentiellement les questions abordées avec le Pr Cissé dans cet entretien qu'il nous a accordé le 27 avril.

"Votre Santé" : En termes plus simples qu'est-ce que la radiologie, l'imagerie médicale ?
Pr Rabiou Cissé : La radiologie est une science médicale qui utilise des rayons X à des fins diagnostiques et thérapeutiques. La fin diagnostique signifie l'utilisation des radios éléments pour voir la maladie ou la lésion dans le corps. C'est dans ce sens qu'est réalisée par exemple une radiographie pulmonaire pour voir une pneumonie ou une radiographie d'une jambe pour voir une fracture. La fin thérapeutique signifie l'utilisation des mêmes éléments pour détruire certaines cellules cancéreuses d'où d'ailleurs la notion de radiothérapie. Il faut ajouter aussi que la radiologie est partie de la découverte des rayons X par Roëtgen en 1895. Depuis l'avènement de l'échographie, du scanner et de l'IRM (NDLR : Imagerie par résonance magnétique), on ne parle plus en terme de radiologie mais d'imagerie médicale.

Quel est l'état des lieux de votre discipline au Burkina ?
La discipline n'est pas très bien connue. C'est un maillon de la chaîne diagnostic en médecine. En termes de ressources humaines, nous sommes aujourd'hui une quinzaine de radiologues au Burkina pour 14 millions d'habitants. Sur ce total, il y a deux qui sont à la retraite, deux travaillent pour leurs propres comptes. Les autres radiologues sont dans le public et ont des vacations dans le privé. La plupart a été formé en Côte d'Ivoire, en Europe.
Il n'y a pas que les radiologues pour faire fonctionner un service de radiologie, il y a aussi les manipulateurs c'est-à-dire les infirmiers qui font de la radiographie que l'on appelle manipulateurs électro-radio ou encore techniciens supérieurs de radiologie. Ils sont formés, pour la plupart, à l'Ecole nationale de santé publique (ENSP) où je donne des cours. Il y en a qui ont été formés en Europe, à Cuba; ils sont aujourd'hui plus d'une centaine au Burkina et sont aussi regroupés en association. Mais retenez qu'il s'agisse des radiologues ou des manipulateurs, ils sont en nombre insuffisant. Nous attendons une quinzaine de radiologues qui sont actuellement en formation et vont rentrer dans deux ans au maximum portant le nombre des praticiens à une trentaine. Nous sommes optimistes parce que le nombre va croissant.

Sur le plan matériel, des 45 provinces il n'y a qu'une vingtaine qui dispose d'une structure sanitaire abritant un appareil de radio de base. Concernant l'échographie, on n'a pas une situation exacte du matériel eu égard par exemple aux dons des ONG. Le problème qui se pose est qu'il ne suffit pas de disposer d'un appareil mais il faut aussi avoir un technicien, un manipulateur pour le faire fonctionner. Il faut dire qu'il n’y a pas assez de tables de radiologie qu'il s'agisse de la radiologie conventionnelle ou de la radiologie spécialisée.
Concernant la scanographie, nous avons eu un second scanner 4 barrettes à l'hôpital Yalgado dont nous pouvons être fiers parce qu'il n'y en a pas beaucoup de ce type dans la sous-région. Quant à l'imagerie, elle est inexistante.

Avez-vous des locaux adaptés pour abriter les différents appareils ?
Les locaux des appareils de radio ont des normes de radioprotection qu'il faut respecter. Il y a des appareils qui émettent des rayons X contre lesquels il faut protéger les techniciens et les malades. C'est la raison pour laquelle on parle par exemple de mur plombé. Mais il y a de petits problèmes à ce niveau et chacun essaie de loger son appareil comme bon lui semble. C'est le ministère de la Santé qui doit normalement veiller au respect des normes.

L'IRM est inexistante au Burkina ; comment faites-vous pour les cas nécessitant une IRM ?
Notre politique est de réussir au maximum avec notre matériel de base. Si on pense qu'il faut nécessairement l'IRM comme la plupart du temps pour les lésions du cerveau, nous suggérons au médecin traitant d'envoyer le patient dans un pays où il y a l'IRM comme par exemple dans les pays maghrébins, l'Afrique du Sud ou dans ceux européens. Pour le moment, il n'y a pas d'IRM en Afrique de l'Ouest. Il y a des patients qui arrivent à aller faire l'IRM dans ces pays et les images nous reviennent.

Ces patients sont-ils évacués aux frais de l'Etat ?
Nous suggérons l'évacuation et les médecins montent les dossiers. Mais il y a tellement d'évacuations sanitaires que le ministère de la Santé épuise rapidement le budget y afférent.

Quelles sont les difficultés auxquelles les radiologues du Burkina sont confrontés ?
Nos problèmes sont multiples. Du point de vue des ressources humaines, elles sont insuffisantes comme je vous l'ai dit tantôt. Nous proposons qu'il y ait des bourses pour que les radiologues, les médecins généralistes aillent se former. Concernant les appareils, nous proposons que toutes les structures sanitaires soient équipées d'un minimum de tables conventionnelles parce que chaque Burkinabè a droit devant une toux avec fièvre de faire une radio pulmonaire. La radiologie est un maillon incontournable de la médecine parce que nous voyons au-delà des mains comme on le dit couramment. On a beau examiner le malade, si nous ne l'avons pas mis dans nos machines on ne peut pas voir la lésion. Tout Burkinabè a droit à la radio. Pour cela, il faut élargir les plateaux techniques.

Après les appareils, il y a la maintenance comme la plupart des machines. Il y a deux ans nous avons rompu à Yalgado avec la maintenance préventive et mis en place celle curative. Nous n'attendons plus qu'il y ait une panne avant d'intervenir. La maintenance curative est coûteuse mais elle est indispensable car on gagne en réalité. De plus en plus, on forme des biomédicaux ou techniciens de maintenance des appareils. La formation est spécifique car il y a plusieurs marques d'appareils.

Le problème de la radioprotection se pose également. La radioprotection passe par la construction des locaux qui respectent les normes, la sensibilisation des utilisateurs des appareils sur leurs effets nocifs sur l'organisme. Le coût des actes de radiologie constitue également un problème. L'idéal est d'avoir une sécurité sociale puisque tout le monde a droit aux soins. Il y a aussi le problème du contrôle de qualité c'est-à-dire adopter une technique qui irradie moins les patients.

Le dernier problème est la formation continue. Une fois que les radiologues ou les manipulateurs commencent à travailler, ils manquent de moyens pour se remettre en cause, se mettre au parfum des choses. Pour cela, il faut avoir les moyens de participer par exemple aux congrès, aux conférences internationaux. Voilà en gros la situation.

Une personne bien portante peut-elle d'elle-même aller faire une radiographie sans être passée par un médecin vu que vous avez dit plus haut que chaque Burkinabè a droit à une radiographie ?
En disant que chaque Burkinabè a droit à une radiographie, je veux dire que si l'on respecte les règles un malade doit aller voir un médecin pour lui exposer ce dont il souffre : mal de genou, de ventre, toux, fièvre, etc. Le médecin l'examine et détermine la nature du mal. Il arrive que le médecin dise que son examen clinique n'est pas suffisant et veut faire d'autres examens dont par exemple une radiographie. En ce moment, il délivre une ordonnance de radiographie communément appelée bulletin au patient qui vient nous voir. Nous sommes orientés par le bulletin sur la base duquel les clichés sont faits. Il faut éviter que les malades se présentent d'eux-mêmes pour demander une radiographie. C'est vrai que nous sommes avant tout des médecins généralistes et pouvons à ce titre examiner un malade et lui faire la radio qui convient. Mais nous ne pouvons pas tout faire.

Quels sont les objectifs de la Société burkinabè de radiologie (SOBURAD) ?
On a créé la SOBURAD en 2001 parce que l'on a constaté que la discipline était méconnue et on voulait la faire connaître, inciter les jeunes à s'y intéresser. Quelqu'un a dit que le radiologue est le médecin des médecins. La société a été créée avec pour objectifs de dynamiser la discipline, de créer un cadre de concertation des radiologues, d'animer la vie scientifique, de constituer une référence nationale pour toute question relative à l'utilisation des rayons X.

En cinq ans d'existence ces objectifs ont-ils été atteints ?
Les objectifs ont été atteints partiellement parce que l'on a pu regrouper la quinzaine de radiologues actifs, l'on a essayé d'élaborer un code de bonne conduite, d'harmoniser autant que faire se peut les prix. On a essayé également de sensibiliser les jeunes avec les premières et deuxièmes journées de radiologie. A l'heure où je vous parle, je connais plus de vingt étudiants en médecine qui ne jurent que par la radiologie. Quelque part on est quand même assez satisfait parce que l'on sent que les gens connaissent la discipline, les jeunes s'y intéressent. Elle est révolue l'époque où on disait de faire attention aux rayons, que la radio rend stérile, etc. Les appareils sont de moins en moins irradiants.
Nous avons en projet l'intégration du code de bonne conduite dans le Code de santé.

Le Burkina a abrité du 20 au 23 février dernier le 7e congrès de la Société de radiologie d'Afrique noire francophone (SRANF). Quelles ont été les grandes conclusions ?
Avant de faire cas des conclusions, il faut dire que les principaux thèmes du congrès ont été l'imagerie de la mère et de l'enfant, l'imagerie des hémoglobinopathies et l'imagerie des infections. Il y a eu plus de deux cents participants, une vingtaine de conférences de haut niveau, plus de quatre vingt communications, etc. Au finish, il y a eu des décisions comme la dynamisation de la SRANF. Jusque-là la société fonctionne comme une structure de concertation ne s'occupant que de la paperasse. Il a été proposé de la dynamiser et sa présidence a été confiée au Burkina. Et avant d'accepter de prendre la présidence de la SRANF, j'ai dit qu'il faut regrouper en un lieu les membres du bureau et c'est pourquoi le bureau de la SOBURAD est en même temps celui de la SRANF. Une autre décision prise est de trouver des astuces pour organiser désormais les congrès sur fonds propres à partir par exemple des cotisations des membres. Pour résumer, les grandes décisions portent essentiellement sur la dynamisation de la SRANF sur les plans organisationnel et financier.

Quels sont vos projets en tant que président de la SRANF ?
Ce que je vais faire c'est ce que je viens d'évoquer en termes de propositions. En dehors de ce que j'ai dit ci-haut, j'ai proposé que des moyens soient donnés aux enseignants de rang A des autres pays francophones pour qu'ils puissent aller donner des cours dans les centres de formation en radiologie de la Côte d'Ivoire et du Cameroun et même au-delà de l'Afrique comme par exemple en Asie, en Europe. En gros, le mandat sera placé sous le signe de la visibilité et de la vivacité de la SRANF.

Propos recueillis par Séni DABO

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