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Pr Mandy Kader Konde, Point Focal Oms-Mvp : "Fabriquer un vaccin est très délicat" - 15/06/2006 - Le pays - Burkina FasoEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Pr Mandy Kader Konde, Point Focal Oms-Mvp : "Fabriquer un vaccin est très délicat"

Du 9 au 12 mai 2006 s'est tenu à Bamako au Mali un atelier d'information des communicateurs sur l'introduction du nouveau vaccin anti-méningococcique A. En marge de l'atelier qui avait pour objectif l'élaboration d'un plan de communication pour favoriser les essais cliniques au Mali et en Gambie et plus tard l'introduction à grande échelle du vaccin, nous avons rencontré le Pr Mandy Kader Kondé. Guinéen de nationalité, pédiatre de formation et dispensant également des cours de santé publique, le Pr Kondé est le point focal du Projet vaccins méningite (MVP), maître d'œuvre du développement du nouveau vaccin, au Bureau régional de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l'Afrique basé à Harare au Zimbabwe. Le nouveau vaccin a été au centre de l'entretien.

"Votre Santé" : Présentez-nous le Projet vaccins méningite.
Pr Mandy Kader Kondé : le Projet de vaccins contre la méningite a été initié en 2001. C'est un partenariat de 10 ans entre l'OMS et l'ONG américaine PATH (NDLR : Programme de technologies adaptées en matière de santé). Le but du projet est d'éliminer les épidémies de méningite dans la région subsaharienne. Cela passe par la fabrication d'un vaccin, à le tester et à l'introduire dans les pays.

En quoi consiste votre travail de point focal ?
Il s'agit de la coordination des activités. Fabriquer un vaccin est un travail de longue haleine, délicat, un long processus. Mon travail consiste à collaborer avec PATH pour la production du vaccin et tous les aspects pour qu'avant même l'introduction on tienne compte de toutes les spécifications : le climat, les conditions rustiques dans les pays, la présentation du vaccin, etc. Ma tâche consiste à coordonner les activités par exemple dans la surveillance. Nous avons fait le choix de développer un vaccin monovalent contre un groupe de méningocoques, le A. Il faut donc surveiller pour savoir que c'est toujours ce sérogroupe qui est prévalent. Nous avons une équipe à Ouagadougou dans le Centre pluri-pathologique qui appuie les pays pour avoir cette surveillance renforcée pour nous permettre à tout moment de savoir où est-ce qu'on va. Je coordonne les activités pour l'appui aux autorités nationales de réglementation dans les pays. Ça c'est le renforcement des capacités que le projet envisage pour que ces autorités qui sont familières à la réglementation des médicaments puissent aussi s'occuper de la réglementation des vaccins. Je coordonne les activités sur tout le volet d'introduction du vaccin puisqu'il ne faut pas attendre que le vaccin soit qualifié pour commencer son introduction. Dès à présent, nous avons développé un plan stratégique d'introduction du vaccin (NDLR : 2009-2018) pour permettre aux pays d'avoir un cadre dans lequel ils peuvent eux-mêmes développer leurs plans d'introduction.

Nous coordonnons aussi les activités concernant le volet communication et c'est dans ce cadre que nous sommes au Mali pour voir comment appuyer les communicateurs afin qu'ils aident ce pays et la Gambie qui vont abriter les essais cliniques. Les essais cliniques de phase I ont été lancés en Inde et les résultats ont été satisfaisants ce qui va nous permettre de commencer les essais cliniques de phase II ou d'études du vaccin au Mali et en Gambie. Voilà un ensemble d'activités qui se passent à différents endroits à différents niveaux.

Vous êtes basé à Harare au Zimbabwe, un pays hors de la ceinture africaine de la méningite. Pourquoi avoir choisi comme base un pays qui n'est pas concerné par la méningite ?
Vous avez tout à fait raison. Il n'y a pas assez de cas de méningite à Harare. Mon poste, c'est pour d'abord renforcer mes propres capacités parce que c'est un domaine très pointu de la recherche. La conjugaison d'un nouveau vaccin est une recherche très performante ; il fallait que j'ai moi-même suffisamment des capacités à comprendre le processus pour pouvoir mieux coordonner. Et comme c'est une affaire africaine, il fallait que je quitte le siège de l'OMS à Genève pour aller travailler avec les autres collègues du Bureau régional s'occupant notamment de la surveillance, de la recherche, du vaccin et son introduction. C'est pour cela que je suis depuis septembre 2005 à Harare au Zimbabwe. Mais dès l'année prochaine, il est prévu que je sois avec l'équipe interpays de l'OMS à Ouagadougou. Ça va me ramener à une position centrale dans la ceinture de la méningite.

A quel stade êtes-vous aujourd'hui dans le développement du vaccin ?
Le vaccin est un vaccin conjugué. Il n'est autre chose que l'ancien vaccin qui est un vaccin polysaccharidique c'est-à-dire que la capsule de la bactérie a été extraite pour développer un vaccin. On a vu que l'inconvénient de ces vaccins polysaccharidiques qui sont des sucres est qu'il faut répéter les vaccinations chaque 2, 3 ans. Une de leurs faiblesses est qu'ils ne sont pas assez immunogènes surtout chez les enfants. Un handicap de ces vaccins est qu'ils ne coupent pas la transmission de la maladie. Par contre, le nouveau vaccin est un vaccin conjugué c'est-à-dire que l'on prend le sucre de la capsule de la bactérie que l'on active et on prend l'anatoxine tétanique (le vaccin du tétanos) qu'on active aussi. Les deux combinés par une technique deviennent comme un filet serré et donnent une nouvelle molécule qui est le vaccin conjugué qui est plus puissant, plus durable et joue sur le portage du germe dans la gorge de chaque individu. Le méningocoque peut exister dans la gorge de tout individu porteur sain et continuer à être transmis. Le nouveau vaccin limite cette transmission. Voilà un certain nombre d'avantages du vaccin conjugué qui a déjà été fabriqué, testé chez les animaux. Les résultats ont été performants en phase I chez des volontaires sains. On a aussi fait des tests en Inde ; on vient d'avoir les premiers résultats qui sont satisfaisants. La tolérance est très bonne, il n'y a pas d'effets secondaires majeurs. Les résultats de cette phase I vont nous permettre de commencer les essais cliniques de phase II chez un nombre d'enfants plus élargi c'est-à-dire 300 au Mali et 300 en Gambie. Après, nous commencerons les essais au sein d'une population beaucoup plus élargie. Nous avons grand espoir que d'ici 2008 nous aurons fini les essais cliniques et commencé la licence et l'homologation du vaccin.

Cela veut-il dire que le vaccin sera disponible en 2008 ?
Fabriquer un vaccin est très délicat. Il y a beaucoup d'exigences internationales et scientifiques notamment les bonnes pratiques cliniques, les bonnes pratiques de fabrication, de laboratoire qui doivent être respectées sans oublier les aspects éthiques, réglementaires. Un vaccin passe en principe par des filières ou un moule qui est long et coûteux. Mais l'un dans l'autre, nous faisons tout pour que ce vaccin soit abordable à un coût de 250 F CFA soit le prix de l'ancien vaccin. 2008 ce sera la fin des essais cliniques. Après, nous comptons en 2009 commencer à vacciner les personnes ciblées dans un pays donné pour voir l'impact du vaccin avant la généralisation dans la ceinture méningitique.

Le vaccin que vous développez est dirigé contre le méningocoque A. Or, il existe d'autres souches comme le B, le C ou le W135. Il est même question de souche X au Niger. Pourquoi donc ce choix ?
Epidémiologiquement, 80% des méningites bactériennes sont dus au méningocoque du groupe A notamment les épidémies. C'est une raison épidémiologique qui nous a guidé. C'est en 2002 que l'on a vu se manifester pour la première fois comme épidémie le W135. Depuis lors, nous surveillons attentivement cette souche dont l'évolution est de 8%. On peut dire qu'elle est contenue d'une certaine façon. L'autre raison est pratique : si une maladie est due principalement à un agent pourquoi ne pas s'appesantir sur celui-ci et c'est ce que nous avons fait.
Nous avons aussi choisi la souche A parce qu'on a une expérience dans le passé. Les Européens ont développé un vaccin monovalent C étant donné que c'est la souche C qui est prévalente chez eux ; le B existe mais il n'y a pas de vaccin. Nous nous sommes aussi dit pourquoi ne pas faire comme eux en développant un vaccin contre une souche qui est la principale cause des épidémies dans nos pays.
La décision a été collégialement prise par les pays, l'OMS, les partenaires. Comme tout choix, il est douloureux et on ne dit pas qu'il va résoudre toutes les questions. Avec lui, nous ciblons la majorité des populations exposées pour réduire le fléau.

A vous entendre, vous n'envisagez pas un vaccin contre une autre quelconque souche !
Si jamais nous finissons avec les épidémies de méningite A, il restera naturellement toutes les autres causes de méningite qui sont dues au HIB (NDLR : Hemophilus influenza de type B), un nom d'une autre bactérie contre lequel il y a un vaccin déjà introduit dans un certain nombre de pays. Vraisemblablement, avec toute l'expérience que l'on va avoir, Serum institute of India limited (SIIL), qui est la société devant produire le vaccin conjugué A, sera en bonne posture de pouvoir fabriquer, pourquoi pas, un vaccin combiné. Il y a la probabilité qu'on ait du A, du W135, du Y ou X.

Le projet s'achève en 2011. Que se passera-t-il si jamais à cette date le vaccin n'est pas encore mis au point ?
Touchons du bois pour qu'il n'en soit pas ainsi. Nous avons beaucoup d'espoir et de références pour dire qu'il n'y a pas de raison que ça ne marche pas. Nous avons les vaccins conjugués du sérogroupe C, la technologie de conjugaison pour laquelle nous avons bénéficié de la générosité des autorités américaines qui ont bien voulu accepter son transfert vers l'Inde. Nous avons beaucoup de confiance pour dire que ça doit marcher. Nous aurions été sceptiques si nous avions à faire à quelque chose de nouveau, à une piste nouvelle où nous n'avons pas d'autres référents, d'autres exemples. Ici on a affaire à une capsule qui n'est pas un micro-organisme vivant ou atténué avec beaucoup de réactions. C'est une particule, une membrane de bactérie qui est différente d'une bactérie entière. C'est la technologie qui amène toute cette conjugaison vers un vaccin puissant, tolérant avec moins d'effets secondaires, de longue durée entraînant une immunité de groupe. Tout cela fait que nous avons beaucoup de raisons d'être plus optimistes que sceptiques.

Propos recueillis à Bamako par Séni DABO

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