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Lutte contre le Sida : le VIH à l’épreuve de la pharmacopée - 14/09/2009 - L'Observateur - Burkina FasoEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Un virus redoutable qui a ébranlé le monde dès son apparition du fait de l’absence de traitement efficace. Jusqu’à une date récente, être porteur de ce mal était un véritable cauchemar. Mais, de plus en plus, cette pathologie est acceptée et considérée comme les autres, avec les Antirétroviraux (ARV) qui prolongent la vie du patient.

Avant l’avènement des ARV, les malades avaient surtout recours à la médecine traditionnelle. "Et même avec ces ARV, l’engouement pour les substances naturelles augmente toujours", indique le Dr Kadidia Dagba Djierro, directrice de la médecine et de la pharmacopée traditionnelle.

Un contexte favorable

Mais il existe une collaboration étroite entre les deux types de médecine au Burkina Faso liée, selon le Dr Djierro, à un climat national favorable du fait de l’engagement des premiers responsables du pays avec l’adoption d’une politique nationale et des textes réglementaires, la prise en compte de la médecine traditionnelle dans les engagements du chef de l’Etat.

L’environnement international est aussi favorable au recours à d’autres formes de traitement du VIH avec "la Déclaration de Lusaka qui fait de 2001-2010 la décennie de la médecine traditionnelle, l’institution d’une journée africaine consacrée à cette pratique et certaines résolutions de l’OMS".

Dès lors que les politiques donnent leur caution, le travail devient plus aisé. Ainsi, selon le Dr Joseph B. Sia, au moment où il était directeur de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles, le Pr Jean-Baptiste Nikièma et son équipe ont sillonné le pays pour identifier les tradipraticiens qui disposent de remèdes contre le Sida en vue d’une collaboration.

Ceux-ci, précise le Dr Djierro, font l’objet de suivi et d’encadrement et, chaque année, des sorties de terrain sont initiées pour les rencontrer en vue de recadrer certaines choses et mettre à leur disposition les nouvelles données.

Le centre médical Saint-Camille est l’exemple type de la collaboration et de l’encadrement de la pharmacopée traditionnelle par la médecine moderne. Le Dr Joseph B. Sia y travaille et s’occupe des personnes vivant avec le VIH (PV-VIH). Depuis 2000, un accord a été signé entre cette structure sanitaire et le ministère de la Santé pour instituer une étude de l’action des plantes sur le VIH.

Actuellement, confie le Dr Sia, nous avons des recettes à base de plantes qui peuvent contribuer à la prise en charge des séropositifs n’ayant pas une immunité dépressive sévère, c’est-à-dire les PV-VIH qui sont au stade 2 ou 3 de l’OMS avec un taux de CD4 inférieur à 250.

Au départ, Saint-Camille était envahi de malades (1 500 à 1 600 personnes) parce qu’il n’y avait pas beaucoup de structures de prise en charge. A ce jour, le Dr Sia gère 63 PV-VIH qui sont bien portantes. "Le nombre était de 70, mais 4 sont décédées et 3 ont été mises sous ARV, non pas qu’elles sont mal en point mais parce que le virus a pris le dessus avec une baisse considérable des CD4".

A en croire le spécialiste du VIH, tous ces patients sont suivis exclusivement avec des plantes médicinales. Avant le démarrage du traitement, ils en sont informés et signent même un consentement éclairé. Les produits des tradipraticiens qui sont expérimentés à Saint-Camille ont trois effets :

  • ils agissent sur les affections opportunistes ;
  • ils retardent l’évolution du virus en favorisant l’augmentation des CD4 ;
  • ils ont un effet direct sur le virus lui-même.

Sur ce dernier point, le "Monsieur Sida" de Saint-Camille a souligné que lesdits médicaments sont soupçonnés d’avoir le pouvoir de "tuer le virus", mais que cela nécessite des moyens plus sophistiqués pour le vérifier. En attendant, les deux premiers effets ci-dessus cités ne souffrent d’aucune discussion parce qu’ils ont fait l’objet d’essai thérapeutique et que les malades sont satisfaits du traitement.

Tibo Jean-Marie Compaoré exerce dans la pharmacopée depuis plusieurs années. Il a connu les vertus des plantes aux côtés de son défunt père. "Du vivant du vieux, explique-t-il, il m’avait parlé d’une maladie de notre génération qui ressemble au Sida. Quand j’ai hérité de lui et ai commencé à traiter les malades, j’ai eu la chance de rencontrer le Dr Mahamoudou Compaoré, directeur général de la pharmacie, des médicaments et du laboratoire (DGPML).

Grâce à lui, j’ai participé à des rencontres internationales à Bamako. De retour du Mali, je me suis informé suffisamment sur le Sida. Par la suite, j’ai été à Harare, au Zimbabwe, pour un séminaire sur l’évaluation de la médecine traditionnelle". Tibo Jean-Marie Compaoré adopte une démarche scientifique dans ses soins.

Au départ, indique-t-il, j’utilisais les plantes qui combattent les virus de façon générale (Zona, hépatite...). "Mes premiers produits ont donné satisfaction. Et un journal a parlé de moi. Ce fut la ruée vers Ziniaré où je résidais. J’étais obligé de m’exiler en Côte d’Ivoire pendant un mois parce que j’étais débordé de sollicitations".

Lorsqu’un malade se présente, le tradipraticien, tout en traitant ses affections opportunistes, l’envoie faire le test du VIH pour avoir une idée claire de son statut sérologique. Si le patient est séropositif et que son taux de CD4 est élevé, il est traité avec des plantes qui sont des remontants, des revitalisants, selon les termes du Dr Djierro.

Jean-Marie Compaoré soutient qu’il soumet ses malades aux examens biologiques qui peuvent l’amener à les référer aux centres médicaux pour la mise sous ARV parce que l’état du patient l’exige. Ousmane Ouédraogo, dit Préfet, est tradipraticien au secteur 10 de Ouagadougou et président de l’Association de Promotion de la Médecine Traditionnelle (APMT). A l’instar de Jean-Marie Compaoré, il a aussi hérité de son père il y a une vingtaine d’années.

Lors des consultations ordinaires, il envoie certains de ses patients qui présentent des signes du zona faire le test du VIH. Dès lors que leur sérologie est positive, ils sont mis sous traitement pendant 1 à 3 mois avec une prise régulière de sang pour suivre l’évolution du virus. Chez l’un ou l’autre des praticiens, la collaboration avec les médecins est systématique. Malheureusement, le traitement n’arrive pas souvent jusqu’au bout puisque beaucoup de PV-VIH disparaissent quelque temps après.

Jean-Marie Compaoré traite en moyenne 70 malades par an mais l’année suivante, sur ce nombre, il y a seulement une dizaine d’anciens patients. "Tous les autres sont des nouveaux cas de VIH".

L’inconstance des PV-VIH ne permet donc pas de tester efficacement certaines plantes. Cela dit, la médecine traditionnelle a des remèdes fiables contre le VIH. L’expérience de Saint-Camille et de certains trandipraticiens le prouve amplement.

Adama Ouédraogo Damiss

Attention aux interactions

L’utilisation concomitante de plantes médicinales et d’ARV est très répandue chez les personnes vivant avec le VIH. Pourtant, "ces plantes sont généralement très riches en groupes chimiques avec des propriétés pharmacologiques variées". Il est fort probable donc, écrit le Pr Innocent Pierre Guissou, que certaines d’entre elles renferment des molécules capables d’accélérer et /ou d’inhiber la résorption, l’élimination, la métabolisation enzymatique des ARV ou la circulation de ces médicaments dans l’organisme, avec comme conséquence une modification significative de la concentration plasmatique de ces médicaments...

Une telle modification, considérée comme une interaction négative, peut être à l’origine d’un échec thérapeutique, de l’apparition d’une chimiorésistance aux ARV ou encore d’un risque de toxicité. Pour prévenir ces risques, une brochure d’information a été éditée par le ministère de la Santé avec les précisions scientifiques sur les effets induits par ces plantes.

Le document est intitulé "Plantes médicinales au Burkina Faso et risque d’interaction négative avec les médicaments antirétroviraux".

Les difficultés des tradipraticiens

Les maladies opportunistes (maladies diarrhéiques, dermatoses, affections respiratoires...) liées au VIH peuvent être traitées par certains tradipraticiens. Malheureusement, beaucoup de patients se présentent à eux dans un état grabataire et peu favorable à une bonne prise en charge. A cela s’ajoute leur irrégularité notoire.

Or, il suffit de rester fidèle au traitement pour recouvrer la santé puisque, dans tous les cas, les praticiens de la médecine traditionnelle travaillent étroitement avec la médecine moderne et que le malade peut être référé en fonction de son état.

Autre difficulté, la raréfaction de certaines plantes. "Il faut souvent voyager loin pour avoir certains produits", indique Ousmane Ouédraogo. D’où la nécessité de protéger la nature pour éviter la destruction du couvert végétal.

L’espoir est permis

Les produits issus des plantes proposés par les tradipraticiens sont transmis à la Direction générale de la pharmacie, des médicaments et du laboratoire (DGPML) et particulièrement suivis par la direction de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles. De ce service, ils sont envoyés à l’université de Ouagadougou pour être étudiés par les chercheurs. Ces substances naturelles sont ensuite mises sous forme galénique et mises à la disposition du centre Saint-Camille qui traite les PV-VIH tout en les suivant à travers les examens biologiques.

Jusque-là, les choses se passent bien ; ce qui amène le Dr Joseph Sia à soutenir que l’espoir est permis. "D’ailleurs, les gens, même en Europe, en ont marre des produits chimiques et s’orientent de plus en plus vers les plantes médicinales. La recherche doit donc être soutenue pour espérer aboutir à une combinaison salvatrice", affirme-t-il.

Le contexte national et international y est favorable, comme l’a souligné la jeune directrice chargée de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles. Toutefois, il y a lieu de se méfier de certains charlatans qui clament sur les ondes surtout, chose pourtant interdite, qu’ils disposent de toutes sortes de remèdes contre les maladies liées au VIH.

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