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Dr Laopan Jean Paré, président de l’ordre des pharmaciens du Burkina : « Si on devait rejeter les ordonnances irrégulières, on n’allait soigner personne » - 28/02/2013 - Le Faso - Burkina FasoEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Système de garde des officines pharmaceutiques privées, les conditions d'exercice de la profession des pharmaciens, les missions dévolues à l'ordre des pharmaciens… sont entre autres sujets abordés dans cet entretien que nous a accordés Dr Laopan Jean Paré, président de l'ordre des pharmaciens du Burkina, également président de l'inter-ordre des pharmaciens d'Afrique.

Présentez-nous l'ordre des pharmaciens du Burkina ?
L'ordre des pharmaciens est une institution, un auxiliaire de l'administration burkinabè, précisément du département de la santé. Il regroupe tous les pharmaciens exerçant la profession pharmaceutique au Burkina. Il est créé par décret depuis les années 2000, puis par loi en juin 2012. Au terme de cette loi, l'Etat burkinabè confie à l'ordre des pharmaciens des missions qui sont essentiellement de veiller au bon exercice de cette profession, au respect des éléments d'exercice qui sont la bonne moralité et de permettre à chaque membre d'exercer cette profession dans le respect strict de la déontologie pharmaceutique. Une autre mission capitale est de veiller à la compétence des pharmaciens dans l'exercice de leur profession, pour être sûr que les services dispensés à la population sont de bonne qualité.

Quelles sont les conditions d'exercice de la profession de pharmacien ?
Pour exercer cette profession, il faut avoir le diplôme d'Etat de docteur en pharmacie et être inscrit au tableau de l'ordre des pharmaciens.

Dans quelles conditions l'ordre peut-il sanctionner un pharmacien ?
En confiant à l'ordre les missions suscitées, l'Etat lui permet de sanctionner le pharmacien qui manque à son devoir. Et, c'est très important d'autant plus que ce sont des éléments qui nous permettent de faire la différence avec les autres associations telles que le syndicat. L'ordre fonctionne avec des chambres de discipline pour juger les pharmaciens fautifs, qui enfreignent au code de déontologie. Il peut être dénoncé par le ministre de la santé, le gouverneur, le maire etc. Suite à une plainte l'ordre régional se constitue en une sorte de tribunal pour juger de l'affaire et sanctionner s'il y a lieu.

Un patient peut porter plainte contre un pharmacien qui aurait failli, dites-vous, quelle est la procédure à suivre dans ce cas ?
Il formule sa plainte auprès de l'ordre régional ; le président de la région reçoit la plainte et engage la procédure tout comme les procédures judiciaires : le pharmacien concerné est entendu et un rapport est adressé au conseil régional qui décide au vu de ce rapport d'arrêter la procédure ou de poursuivre. Dans ce cas le conseil régional se constitue en chambre de discipline dirigée par un magistrat de profession et l'affaire est jugée suivant la procédure judiciaire. Le verdict est rendu et le pharmacien sanctionné, s'il ya sanction, peut faire recours au conseil national.

Vous parliez du monopole pharmaceutique, à quoi cela renvoie exactement ?
Le médicament est un produit de santé, très sensible dont la manipulation est confiée au spécialiste qui est le pharmacien ; d'où le monopole pharmaceutique qui relève de la loi. Le code de santé publique, la loi consacre le monopole pharmaceutique, c'est-à-dire que l'exercice de la profession de pharmacie, la manipulation du médicament, la fabrication du médicament sont réservés aux pharmaciens.

A combien estime-t-on le nombre de pharmaciens au Burkina aujourd'hui ?
Nous sommes aujourd'hui autour de 590 pharmaciens au Burkina inscrits au tableau de l'ordre des pharmaciens. Mais ces 590 membres sont répartis en fonction des branches d'activités. Nous avons la branche d'activité de l'enseignement (les universités, la recherche scientifique) ; la branche des pharmaciens hospitaliers qui travaillent dans les hôpitaux et qui accompagnent les services cliniques et qui font partie des équipes de soin, des équipes médicales. La branche d'activité des pharmaciens de laboratoires d'analyses médicales. Nous avons des pharmaciens des pharmacies hospitalières. Ce qui suppose que dans nos hôpitaux, dans nos cliniques, dans nos polycliniques, il y a la pharmacie dite hospitalière. La mission première de la pharmacie hospitalière d'un hôpital ou d'une clinique, c'est de subvenir aux besoins de traitement des patients qui y sont soignés. Par exemple les malades qui viennent à l'hôpital Yalgado aujourd'hui devraient automatiquement avoir gain de cause avec la pharmacie hospitalière au sein de l'hôpital. Vous avez votre malade qui a besoin d'une ampoule de Valium, ce n'est pas normal qu'on vous fasse une ordonnance et vous dire d'aller chercher ce produit dans une pharmacie à l'extérieur de l'hôpital. Ce produit devrait se trouver dans la pharmacie hospitalière. Les patients ne devraient pas sortir de l'hôpital pour aller faire une queue quelconque, courir de pharmacie en pharmacie pour chercher tel ou tel produit. Tout devait être servi sur place dans la pharmacie hospitalière de l'hôpital. Les médicaments devraient y être disponibles.

La pharmacie hospitalière doit être fonctionnelle et prendre en charge tous les malades qui arrivent pour des traitements d'urgence. Maintenant, un malade qui séjourne à l'hôpital et s'il y a du mieux et que le médecin lui fait une ordonnance de traitement ambulatoire, ça veut dire qu'il peut rentrer chez lui et continuer à se traiter, c'est cette ordonnance qui doit être honorée dans les pharmacies de ville. C'est comme ça que les choses devraient se passer.

Revenons aux autres branches de pharmaciens, en plus des pharmaciens sus-cités, vous avez des pharmaciens qui sont dans des établissements de préparation de médicaments. Pour les produits de la pharmacopée traditionnelle, nous avons aujourd'hui trois à quatre établissements de préparation créés par des pharmaciens et qui emploient d'autres pharmaciens pour chercher aujourd'hui les médicaments essentiellement à partir de nos plantes médicinales et nous en avons à ce jour une vingtaine de médicaments trouvés par ces confrères et ces produits sont homologués et mis sur le marché.

Il y a deux autres catégories de pharmaciens à savoir les pharmaciens d'officines et ceux des établissements répartiteurs grossistes. Les pharmaciens d'officine sont les titulaires des officines, les pharmaciens assistants et les pharmaciens remplaçants. Quant aux pharmaciens des établissements grossistes ce sont tous les pharmaciens qui y travaillent.

De combien de pharmacies d'officine dispose le Burkina aujourd'hui ?
Sur l'étendue du territoire national, nous avons autour de 200 pharmacies ouvertes, dont 119 à Ouagadougou, une quarantaine à Bobo et le reste dans les autres villes. Mais, ces dernières années, nous avons noté un engouement pour l'installation des pharmacies dans les chefs lieux des provinces et les villes moyennes. A titre d'exemple, si vous prenez les alentours de Ouagadougou, toutes les villes et les gros villages ont des pharmacies. Si vous prenez l'axe Ouagadougou-Bobo, Zaktouli a une pharmacie tout comme Tanghin-Dassouri, Kokologo est en instance d'ouverture. Cela se comprend parce que ces dernières années on compte en moyenne 25 pharmaciens qui sortent chaque année de l'université de Ouagadougou.

Est-ce à dire que les conditions d'ouverture ont été assouplies ?
Je dirai d'emblée que les conditions d'ouverture sont les mêmes. Elles sont plus compliquées pour le cas des grandes villes comme Ouaga et Bobo. Aujourd'hui, comme nous voulons encourager l'installation des officines pharmaceutiques en provinces, donc on ne va pas encore serrer les conditions. Les conditions sont assez souples parce qu'il n'y a pas de concurrence sur place.
Pour ouvrir une officine, tout d'abord, il faut être pharmacien inscrit à l'ordre des pharmaciens avec trois années d'expérience au moins. Une demande est adressée au ministre de la santé comportant des avis des autorités sanitaires et administratives et bien sûr l'avis de l'ordre des pharmaciens. Cette demande sera appréciée suivant les critères tels la population, la viabilisation et la voirie du site géographique, la distance entre les pharmacies etc.…
Par an, il y a en moyenne cinq pharmacies qui ouvrent dans la ville de Ouagadougou. En 1996, il y avait 49 pharmacies à Ouaga, aujourd'hui, on a 119. Ce n'est pas l'augmentation de la population le problème mais les sites d'habitations. Par exemple, on ne peut pas installer une pharmacie en zone non-lotie parce qu'il n'y a pas de voirie, pas de viabilisation. C'est difficile d'installer une pharmacie dans ces zones même si ces populations ont aussi besoin de médicaments.
Ce sont des difficultés que nous connaissons bien. Mais, il faut assurer la qualité des médicaments qui doivent être donnés aux patients. Si vous implantez une pharmacie dans des conditions précaires, on ne pourra pas assurer pour les populations des médicaments de qualité.

On note une évolution quantitative remarquable des officines pharmaceutiques, mais la qualité a-t-elle suivi ?
La qualité du service, c'est notre souci premier. Je vous ai dit tantôt que l'une des missions de l'ordre, c'est de veiller à la compétence d'abord des professionnels. Nous ne veillons pas sur la compétence des pharmaciens pour leurs beaux yeux mais nous veillons sur leurs compétences pour qu'il y ait la qualité dans les soins et le service qu'ils assurent à la population.
Avant d'exercer le pharmacien a eu une formation initiale qui a été sanctionnée par un diplôme d'Etat de docteur en pharmacie. En complément à cela, nous exigeons à ce qu'il y ait des formations continues, soit sur initiative de l'ordre des pharmaciens, soit sur initiative des partenaires financiers, soit sur initiative du ministère de la santé, soit sur initiative individuelle du pharmacien. Mais, au finish, par an le pharmacien doit suivre des formations continues parce que la science évolue. Vous avez vu avec la technologie.
Aujourd'hui quand le malade se présente au comptoir, il vérifie si ce que le pharmacien lui dit correspond aux informations qu'il a récoltées sur Internet. Ce qui fait que nous sommes permanemment mis à rude épreuve. Si le pharmacien ne fait pas de la formation continue, il est vite dépassé. Pourtant, il ne faut pas que vous soyez dépassé devant votre patient parce qu'il compte sur vous. Si vous donnez des informations très pertinentes et à la limite, si vous arrivez à lui réciter ce qu'il a lu sur les sites Internet, là il a confiance en vous. Mais si vous titubez devant lui ou si vous hésitez ; il s'en ira sans la moindre confiance en vous.

Pour revenir à votre question, qu'est-ce qu'on fait pour améliorer la qualité, je dirai que c'est la formation continue et les contrôles. La direction générale de la pharmacie et du médicament a une structure d'inspection qui passe de façon inopinée dans les pharmacies pour voir comment elles fonctionnent dans tous les aspects (attitude des auxiliaires, la présentation générale, la conservation des produits, présence de certains documents essentiels dont le pharmacien doit disposer…). Ça entre dans le cadre de l'amélioration de la prestation dans les pharmacies. S'il y a des choses hors norme, l'inspection va vous le signaler. Si ça doit aller à la chambre de discipline, ça y va.
Ce n'est pas que les pharmaciens qui doivent faire de la formation continue, il y a aussi les auxiliaires des pharmacies. Des ateliers et séminaires de formation sont organisés à leur intention et les pharmaciens employeurs sont tenus de prendre les dispositions nécessaires pour les faire suivre ces formations (au moins deux fois par an).

Un pharmacien peut-il prescrire une ordonnance ou remettre en cause une ordonnance prescrite par un médecin ?
L'ordonnance médicale est un document juridique très important. S'il y a un problème, c'est cette ordonnance qui sert de pièce principale. C'est pour dire que la valeur juridique de l'ordonnance est très importante de telle sorte qu'il y a des règles de rédactions de l'ordonnance avec le nom du prescripteur bien lisible avec ses coordonnées de telle sorte que quand le pharmacien prend cette ordonnance et il estime qu'il y a une irrégularité, par exemple deux produits qui peuvent avoir des effets incompatibles dans l'organisme de la personne qui va les consommer, il entre en contact avec ce prescripteur. Celui-ci peut demander à ce qu'on lui renvoie l'ordonnance ou s'expliquer sur son choix de prescrire ces différents produits. Si le pharmacien ne le signale pas et que les effets secondaires provoquent un handicap chez le malade le pharmacien répondra de son acte Le pharmacien ne prescrit pas, le pharmacien honore l'ordonnance.

Si un patient se présente devant le pharmacien avec une ordonnance sans cachet par exemple, le pharmacien doit-il rejeter cette ordonnance ?
Les normes de l'OMS recommandent un médecin pour 10 000 habitants. Dans notre pays, nous sommes loin de cette norme, hors la population a besoin de soins. Alors, on est obligé de faire des dérogations. Ces dérogations nous emmènent à accepter des ordonnances prescrites par des infirmiers et des sages-femmes qui dans la norme ne sont pas autorisés à le faire. Mais, c'est la réalité du terrain. Du même coup, il y a beaucoup d'ordonnances irrégulières. Si on devait rejeter les ordonnances irrégulières, on n'allait soigner personne. C'est le patient qui en souffrirait et c'est pour le même patient que nous sommes tous là. Faut-il pénaliser les patients pour un manque de cachet ? Parce que lorsque vous allez lui dire qu'il n'y a pas de cachet, retournez voir le prescripteur, il va vous dire clairement : mon malade est en train de mourir. Vous allez faire quoi ? Ce sont des questions pratiques que nous vivons tous les jours.

Qu'est-ce justifie le principe de rotation dans les différentes gardes des pharmacies ?
La loi exige en matière de santé le service disponible à tout moment d'où le service de permanence pendant les heures de repos, les jours fériés et les week-ends. On l'appelle aussi le service de garde. Ça fait partie des services d'astreinte. L'ordre des pharmaciens est astreint à organiser un service de garde. C'est la loi qui nous l'impose. Ce service de garde doit être le plus parfait possible. Mais, même si les 119 pharmacies ouvraient 24h/24, nous n'atteindrons pas ce qu'on appelle parfait.

Alors, que faire ?
Le service de garde est assuré dans tous les pays. Aujourd'hui, nous avons 119 pharmacies à Ouaga, et nous prenons la pharmacie comme une entité de garde, nous ne prenons pas le personnel dans la pharmacie comme entité de garde. A l'hôpital, c'est le personnel qui est pris comme entité de garde, dans une officine, ce n'est pas comme ça. Avec les 119 pharmacies, on a fait 5 tableaux de garde hebdomadaires. Chaque groupe hebdomadaire comprend en moyenne 24 à 25 pharmacies. Ça veut dire qu'à chaque moment, vous avez 25 pharmacies en moyenne qui assurent la garde par semaine. Mais, jusque là ça ne suffit pas parce que les gens n'ont pas les besoins en médicaments au même moment. Mais, ça devait suffire si on devait suivre les règles d'utilisation des services de santé.
Je m'explique. A supposer que vous ayez une urgence à une heure très tardive de la nuit. Il faut aller dans un hôpital, une clinique, une polyclinique où vous aurez une consultation avec soins et où les médicaments sont disponibles dans le dépôt MEG ou la pharmacie hospitalière. Mais, on remarque que quand les gens ont des problèmes de santé à des heures tardives, au lieu d'aller dans un centre de santé, ils cherchent une pharmacie. La pharmacie n'est pas la bonne adresse puisque là-bas, il n'y a pas de consultation. La consultation, c'est dans la formation sanitaire.
Le problème est le plus souvent mal posé et on fait un mauvais procès aux pharmaciens en s'attaquant au système de garde. Hors le système de garde n'a rien à voir dans ça. Quand vous partez dans un centre de santé, vous avez votre consultation, vous avez votre traitement d'urgence. Je parlais de la pharmacie hospitalière qui doit résoudre le problème. Le lendemain, en vous libérant, le médecin va vous donner une ordonnance. C'est avec cette ordonnance que vous vous présentez dans une officine. Ce n'est donc pas un problème de garde. C'est peut-être par méconnaissance qu'on a ces problèmes. On a besoin d'éduquer la population à une utilisation correcte des formations sanitaires, leur apprendre à quel moment il faut aller en officine pharmaceutique, qu'est-ce qu'une urgence et où est-ce qu'il faut se présenter.
Quand votre enfant fait du 41°C de fièvre à 1h du matin, de grâce n'allez pas dans une officine. Il y a quelqu'un qui est habilité à faire la consultation, quelqu'un est habilité à faire le traitement, donc n'obligez pas le pharmacien à jouer un rôle qui n'est pas le sien.

Les officines pharmaceutiques sont-elles libres de respecter ou de ne pas respecter le système de garde ?
Non, pour le moment quand l'Etat demande à l'ordre d'organiser la garde, l'ordre l'organise dans le bon sens qu'il peut. Quand vous faites une règle et que vous ne généralisez pas, les gens ne vont pas suivre cette règle. Et si vous ouvrez des portes de dérogation, vous allez vous retrouver dans une pagaille. Donc, il vaut mieux faire appliquer la même règle à tout le monde.
On peut se retrouver devant des cas d'indiscipline. C'est le cas de la pharmacie de l'hôpital Yalgado Ouédraogo. L'ordre n'a jamais donné l'autorisation à la pharmacie de l'hôpital d'ouvrir 24h/24. C'est de l'indiscipline.

Mais, l'ordre ne peut-il pas prendre des sanctions devant des cas pareils ?
Pour ce cas précis de la « pharmacie de l'hôpital », je précise bien que l'ordre ne lui a jamais accordé une quelconque dérogation de fonctionnement 24h/24. Comme vous le savez cette pharmacie appartenait à l'Etat, gérée par le ministère de la santé. Le Ministère de la santé l'a mise en vente avec un cahier de charges qui est aujourd'hui à la base du comportement de la nouvelle propriétaire. En effet on nous a toujours fait entendre que cette pharmacie a été achetée avec son patrimoine entendez par là avec la clientèle de l'hôpital Yalgado et son fonctionnement continu du temps qu'elle appartenait au ministère. A cela s'ajoutait l'incapacité de la pharmacie hospitalière interne de l'hôpital à satisfaire aux besoins en médicaments des malades hospitalisés ou venant pour des soins à Yalgado.
Tant que la pharmacie hospitalière ne fonctionnera pas correctement le problème de la prise en charge des patients de l'hôpital sera toujours posé ; et une quelconque sanction de fermeture de la pharmacie de l'hôpital pénaliserait plus ces patients. Les propriétaires de cette pharmacie connaissent bien cette faille et l'exploitent, sachant qu'effectivement la population ne comprendrait pas que les pharmaciens puissent l'en empêcher pendant que l'ordre dit qu'il est au service du patient, au service de la santé publique.
Une première solution à ce problème est de ce fait connue : le ministère de la santé doit assurer un approvisionnement et un fonctionnement adéquats à la pharmacie hospitalière interne pour lui permettre de répondre à sa mission première de répondre aux besoins d'urgence des patients de l'hôpital.
Mais, nous disons qu'une structure a toujours une règle de fonctionnement. Si vous n'avez pas de règle claire de fonctionnement, ce sera la pagaille et la pagaille, ça n'arrange rien.

Parlant toujours de sanction, nous avons eu aussi quelques problèmes au départ avec nos textes. Notre code de déontologie qui organisait la tenue de la chambre de discipline était en inadéquation avec le décret de création de l'ordre. Actuellement, notre ordre est créé par loi en juin 2012. Nous sommes en train de mettre les textes réglementaires en place. Et là tout sera maintenant en adéquation. La chambre de discipline sera dirigée par un magistrat, ce qui veut dire que même les vieilles affaires pendantes seront examinées avec professionnalisme.

Un mot sur les médicaments de la rue ?
Un médicament de la rue n'est pas un médicament ou alors, c'est un faux médicament. Une association de produits chimiques n'est pas forcément un médicament. Le médicament, c'est une combinaison à partir d'un ou de plusieurs principes actifs qui peuvent être de structures chimiques et dont le produit fini peut prévenir ou guérir une maladie dans notre organisme et également ce produit fini présente au terme des contrôles un bénéfice nettement supérieur au risque qu'il pourrait engendrer. Voilà un médicament. Il répond donc aux critères de qualité, de sécurité et d'efficacité.
En dehors de cela, un bon médicament au départ qui se retrouve dans la rue et donc mal conservé va subir des réactions chimiques, lesquelles réactions chimiques vont détériorer les produits et provoquer des effets toxiques plutôt que des effets curatifs. Ces faux médicaments de la rue aujourd'hui sont un fléau pour la santé publique puisque.
Ce sont des produits dont on ignore le contenu ; ce sont des produits mal conservés qui deviennent toxiques ; ce sont des produits qui ne contiennent souvent rien. Si vous avez un mal que vous devez soigner en urgence et que vous vous retrouvez en train de prendre un de ces produits ; ça veut dire que non seulement vous ne soignez pas votre mal, mais en plus vous le compliquez. Si vous persistez avec ce traitement, un jour vous serez admis à l'hôpital non pas pour votre maladie de départ, mais pour une complication, laquelle complication va vous amener à dépenser beaucoup plus d'argent, avec beaucoup d'investigation, c'est-à-dire les examens et autres et beaucoup de pathologies même souvent à traiter. Donc, en fait, on ne gagne rien en cela d'autant plus qu'aujourd'hui pour la raison du prix, depuis l'avènement du générique, les médicaments sont devenus moins chers même dans les officines.

Que fait l'ordre pour s e faire comprendre par la population ?
Depuis 2000, l'ordre organise des journées de sensibilisation au mois d'octobre. Ces deux dernières années, nous associons de plus en plus les professionnels de la communication que vous êtes. Nous organisons dans ce sens le prix de la meilleure œuvre journalistique sur les faux médicaments à l'intention de tous les journalistes. Il y a les volets presse écrite, radio et télévision. Nous avons compris que lorsque nous parlons contre les faux médicaments, on pense que nous cherchons à sauver notre gombo. Donc, les gens se refusent à entendre notre message. C'est pourquoi, nous sommes revenus à vous les spécialistes de la communication pour vous dire : voilà un message, faites-le passer. Celui qui le fait passer bien, il est primé.

Propos recueillis par Moussa Diallo

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