| La
mobilisation face au fléau est une réalité au Burkina Faso et en
Afrique La recherche intensive menée notamment par l'industrie pharmaceutique
a engendré ces dernières années la découverte d'antirétroviraux
très efficaces qui ont transformé l'évolution de la maladie, même
si l'on ne peut pas encore parler de guérison. Les médicaments actuellement
disponibles agissent sur deux enzymes indispensables à la réplication
du VIH: la transcriptase inverse et les inhibiteurs de la protéase
(ces derniers sont actifs sur les cellules infectées de manière
chronique, à l'inverse des inhibiteurs de la transcriptase inverse).
Les ARV vont être très certainement de plus en
plus accessibles (chose souhaitée) avec des schémas thérapeutiques
divers et un approvisionnement aussi diversifié. La crainte d'une
diffusion anarchique de ces thérapies via des circuits informels
d'approvisionnement reste très justifiée. Le manque et le mauvais
état des structures sanitaires nécessaires à la prise en charge
des patients, les incertitudes sur les capacités d'observance thérapeutique
des malades et le risque d'émergence de résistances virales en cas
de mauvais suivi des traitements font tout à fait partie du décor
sanitaire actuel ou à venir.
Tout en s'accordant sur le fait que l'adhésion
du patient est un élément clé de l'efficacité et de la bonne tolérance
du traitement, les prestataires de soins reconnaissent que le caractère
chronique de la pathologie SIDA, la complexité des thérapeutiques
et les effets indésirables fréquents des produits nuisent au respect
du traitement, et donc à son efficacité globale.
Au moment ou tous les acteurs de la lutte contre
le SIDA sont focalisés sur la formation du personnel, l'accessibilité
financière aux ARV et aux tests de séropositivité, très peu de dispositions
semblent prises pour protéger de l'utilisation anarchique des médicaments
à peine sortis des laboratoires. Avons nous suffisamment réfléchi
au suivi rigoureux des patients et au monitorage clinique et biologique
de la sensibilité des souches de VIH aux ARV ?
Le passé des luttes contre les fléaux sanitaires
est riche en enseignement dont nous ne saurions nous passer, comme
nous avons pu le voir avec les résistances aux antipaludiques, aux
insecticides, l'inefficacité chronique des vaccins anti-paludiques
en phase d'essai à large échelle…
Nous sommes face à un problème particulièrement
complexe, dans lequel interviennent des acteurs, des intérêts de
nature et d'origine très diverses, et qui exige une approche globale
et multidisciplinaire. Nous devons essayer d'explorer les besoins
et, pourquoi pas, d'inventer pour la distribution des ARV des solutions
qui permettront aux scientifiques de chercher, aux industriels de
produire et aux patients de se soigner, d'une manière durable.
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