|
Nombre de systèmes de santé africains traversent
une période de crise.
Comparativement à d'autres régions du monde, c'est en Afrique que
l'espérance de vie est la plus basse, que les taux de mortalité
infantile sont les plus hauts, et que la croissance démographique
prévue est la plus importante (Rapport sur la santé mondiale: Organisation
mondiale de la santé, 2001; ONUSIDA: Programme commun des Nations
Unies sur le VIH/SIDA, 2001; et Pauvreté et fossé numérique: Banque
mondiale, 2001.). Malgré les améliorations notables de la santé
en Afrique au cours des dernières décennies, ces progrès ont été
inégaux et incomplets. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est
que dans plusieurs pays les gains du passé sont en train de se transformer
en reculs. Nous assistons non pas à une amélioration, mais à une
détérioration de plusieurs indicateurs de la santé telle la moralité
maternelle et infantile, l'accessibilité aux soins de qualité pour
les plus démunis.
Les réponses à cette crise doivent bénéficier de l'éclairage
sur les erreurs commises.
a) La majorité des investissements pour la recherche
en santé dans le monde ne visent pas à répondre aux besoins des
pays à faible et à moyen revenu. Seulement 10% des investissements
pour la recherche en général dans le monde portent sur 90% des problèmes
de santé (Global Forum for Health Research. Monitoring the Financial
Flows of Health Research. Genève, Global Forum for Health Research,
2001. p.ix.);
b)La majorité des pays pauvres d'Afrique ne bénéficient
de la recherche que trop souvent dans un cadre de la promotion d'intérêts
économiques externes. La recherche en santé ne déroge pas à la règle
et est actuellement comparable à un état de convulsion nerveuse
ne menant à aucune activité utile. La raison ? Un grand nombre de
projets ne sont ni achevés, ni diffusés, ni utilisés pour améliorer
la planification et la gestion de l'offre de soins;
c) Les quelques rares chercheurs se retrouvent
souvent isolés avec aucune autre ouverture sur le monde que celle
autorisée par leurs institutions administratives. Les écrans hiérarchiques
entre ces institutions et les jeunes chercheurs, la considération
insuffisante accordée à l'utilisation des ressources humaines africaines
avec comme corollaire la pratique privilégiée du recours systématique
à l'assistance technique des pays industrialisés annihilent souvent
les capacités d'initiative des jeunes chercheurs africains;
d) Enfin, les milieux de la recherche en Afrique
subsaharienne connaissent une profonde crise d'identité doublée
d'un isolement de plus en plus grand face aux progrès fulgurants
de la science et des techniques dans le reste du monde.
Un changement de perspective est nécessaire de
la part tant des chercheurs que des décideurs politiques.
Un grand effort maintenant peut faire une énorme différence
Un cadre politique responsable qui assure la paix
et la stabilité nationale sous-tend tout le développement scientifique
et technologique. Sans la tranquillité, la recherche en santé comme
investissement à long terme est impossible à soutenir. Les dirigeants
africains et leurs homologues internationaux devraient mettre le
développement humain à l'avant-scène du processus politique et à
transformer la diversité existante en solidarité. Des recherches
moins stéréotypées, plus approfondies et originales sont nécessaires
de toute urgence dans plusieurs domaines, notamment pour savoir
pourquoi les systèmes de santé sont inefficaces et comment on peut
les aider à opérer de façon rentable. Un effort important et soutenu
pour utiliser la recherche disponible afin de renforcer les systèmes
de santé, et produire des connaissances nouvelles au sujet de problèmes
de santé pressants et pertinents, aura des effets immédiats et à
long terme sur la santé des populations d'Afrique.
|