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Les éditos du docteur Gustave Bobossi-Serengbe
Les conséquences socio-sanitaires des récents conflits armés en Centrafrique (Décembre 2002)

Depuis le coup de force du 25 octobre 2002 à Bangui, la capitale de la Centrafrique et une grande partie de son territoire connaissent des conflits armés aux conséquences sociales et sanitaires graves.

Les assaillants venus de la partie septentrionale du pays ont envahi les quartiers Nord de la capitale et pris en otage des milliers d'habitants qui se sont vus contraints de se déplacer en masses vers les quartiers sud épargnés par ces événements pour les moins meurtriers. Lors de ces déplacements les populations ont été prises en tenaille par les échanges de tirs violents à l'arme lourde et automatique. Le bilan officiel a fait état de plus d'une centaine de morts dont les corps de certains, en nombre non moins important et pétrifiés, gisant au sol et jonchant les rues de la capitale, théâtre d'affrontement entre insurgés et les forces gouvernementales. Des centaines de blessés en majorité des civils, n'ont pas eu la possibilité de se rendre dans les hôpitaux pour recevoir les premiers soins médicaux d'urgence.

Les informations concordantes ont rapporté le viol de mineures et des femmes aux retombées à court et lointaines graves (grossesses non-désirées, choc psychologique, contamination par les infections sexuellement transmissibles comme le SIDA ).

En plus de cela, de nombreux malades pendant cette période n'ont pas pu se rendre dans les hôpitaux pour recevoir les soins adéquats. Les malades initialement hospitalisés ont déserté les principaux hôpitaux de Bangui (Hôpital Communautaire, Hôpital de l'Amitié, C.H.U. et le complexe pédiatrique).et de l'intérieur.

Le manque de couloir de sécurité n'a pas permis aux médecins et autres professionnels de santé de se rendre dans les formations sanitaires pour s'acquitter de leur devoir pendant ces moments difficiles.

Les pluies diluviennes et abondantes de fin de saison à Bangui ont occasionné des inondations dans les nombreux quartiers, ce qui a eu pour conséquence la prolifération excessive des anophèles, vecteurs du paludisme au sein des populations déplacées, estimées à plus de 10.000 personnes qui logeaient dans les lieux publics sans moustiquaires. Actuellement la lutte individuelle à domicile contre ces anophèles à la bombe insecticide a rendu ce produit pratiquement inexistant sur le marché de Bangui. Les populations de Bangui sont restées affamées pendant plusieurs jours par le fait que le marché à bétails était fermé et le blocage des principaux axes routiers entraîne une pénurie des produits alimentaires. Il est à noter que la viande de bœuf constitue sa principale source de protéines animales. Pour les populations des principales villes de l'intérieur du pays, le tableau est similaire.

L'extension des conflits à d'autres villes du pays, a rendu inaccessible les hôpitaux qui sont restés fermés ou parfois pillés. L'abandon de postes par le personnel soignant fuyant les affrontements laisse une population dépourvue de toute possibilité d'accéder aux soins de santé. Cette situation a rendu difficile les ravitaillements des pharmacies des hôpitaux en médicaments essentiels.

Pendant toute la période de crise, les Médecins Sans Frontières et la Croix Rouge sont les deux organismes humanitaires qui se distinguent dans la couverture sanitaire en faveur des populations. Malgré cela, il reste beaucoup d'efforts à faire, car la gravité de la situation nécessite les actions courageuses de ces organisations humanitaires et des responsables sanitaires du pays.

Toutes ces conséquences interpellent les Centrafricains à fournir un effort en vue d'imposer la paix, seule garantie de la sécurité sanitaire de la population. Les organismes internationaux doivent pousser les belligérants à ouvrir des couloirs humanitaires qui pourront porter assistance efficace aux populations sinistrées.

Docteur Gustave BOBOSSI SERENGBE , le 18 décembre 2002 - bobossi@santetropicale.com

 

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