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Juin 2001 - Editorial du docteur Pascal Talani

Faire reculer le paludisme par l'information, l'éducation et la communication

Selon l'OMS, le paludisme tue plus d'un million de personnes par an, soit environ 3.000 par jour.
Au Congo, le paludisme constitue la première cause de consultation dans les centres de santé, et de mortalité.
Les mesures curatives et préventives contre cette endémie existent.
Le mouvement mondial "faire reculer le paludisme " prônée par l'OMS en partenariat avec le PNUD, l'UNICEF et la Banque mondiale préconise aussi la promotion des activités d'information, de communication, d'éducation (IEC), à l'endroit de la communauté.
Il s'agit d'impliquer les populations à participer pleinement à la planification des activités de lutte antipaludique.
Certes, cette participation n'est pas acquise aussitôt, mais tout progrès dans ce sens dépend en partie de la relation et du capital de confiance qui existent entre les agents de santé et la communauté.
La communauté, considérée jusque là comme un récepteur passif doit se transformer en un émetteur actif prêt à s'impliquer dans la lutte contre le paludisme.

Jusqu'à ce jour, de nombreux professionnels de la santé relèguent l'information sanitaire au second plan au profit de l'acte médical considéré très valorisant. Ils oublient cet adage qui a franchi les temps et l'espace, et qui à notre avis ne sera pas démenti par les millénaires à venir " mieux vaut prévenir que guérir ".

L'information sanitaire est souvent dispensée dans nos centres de santé par les agents subalternes peu ou pas formés aux techniques de communication.
Leur tâche se limite à la prise en charge du malade par le traitement.
Ils ne se soucient guère du rôle catalyseur de l'information sanitaire dans la promotion de la santé.
L'environnement immédiat dans lequel vivent les malades ne les préoccupe pas. L'acte médical ou paramédical ne s'accompagne pas toujours des conseils préventifs simples, tels que l'obligation de dormir sous une moustiquaire, la destruction des gîtes à moustiques à domicile…

Cependant, dans certains centres de santé où la communication en santé est prise en compte et élevée au rang d'activité permanente, l'agent de santé chargé de l'IEC après une séance d'information s'interroge parfois sur les résultats attendus, car il y a certes ceux qui écoutent, ne perçoivent pas le message et ne réagissent pas.

En second lieu, il y a ceux qui écoutent et pensent avoir compris le message, mais dans la pratique agissent contrairement aux enseignements reçus.
Ceux là dénaturent l'information sanitaire, désorientent la communauté et s'érigent parfois en groupes de pression.

Le dernier cas de figure s'illustre par des personnes qui vraiment écoutent et comprennent le message, tentent vainement de le mettre en pratique et échouent pour des raisons diverses.

Afin de surmonter ces problèmes, une communication effective entre les différents acteurs de terrain s'avère utile.
Il s'agit de promouvoir un dialogue constructif entre les membres de la communauté, les professionnels et les non professionnels de santé représentés par les secteurs connexes.
Le but recherché est double : tout d'abord réussir à élever les capacités d'initiative et d'action des différentes composantes de la communauté, de les auto-responsabiliser dans la prise en charge de leur santé en collaboration étroite avec l'agent de santé.
Ce dernier doit se placer dans une dynamique nouvelle de confiance avec la population.
Il doit être à leur écoute, connaître ce qui leur préoccupe, établir les besoins qu'elle considère comme prioritaires.

L'expérience congolaise montre que les populations organisées en comité de santé sont capables de prendre en charge de manière présomptive toute fièvre par un traitement adéquat avec une dose correcte d'antipaludique.
La médecine préventive n'est plus seule l'apanage des "hommes en blouse blanche ", les membres actifs de la communauté tels que les enseignants, les agriculteurs, les professionnels des médias peuvent par leur vocation y jouer un rôle actif.
Ils peuvent servir de relais à la mobilisation sociale dans la lutte contre le paludisme.

Néanmoins, l'IEC pour être efficace doit être fermement soutenue par une politique de santé qui facilite l'instauration d'un cadre institutionnel et d'appui économique et légal.
Ce cadre permet de créer un environnement dans lequel, les membres de la communauté et les secteurs connexes peuvent exercer leur droit de participer à la planification et à la mise en œuvre des activités antipaludiques. L'organisation régulière à l'échelon national et régional des séminaires-ateliers en l'IEC est vivement recommandée.
Il faut en effet aux prestataires de soins et aux membres actifs de la communauté acquis au changement, une formation aux techniques de communication et aux méthodes participatives.
La stratégie du traitement présomptif en dépend.

En Afrique et plus particulièrement au Congo, les actions curatives orientées vers le traitement du paludisme restent illusoires et temporelles.
Il ne nous reste qu'à recourir à des actions socioculturelles simples par le biais de l'IEC pour faire reculer le paludisme.

Brazzaville, le 31 mai 2001.

Docteur Pascal TALANI
talanip@yahoo.fr

 

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