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Docteur Etienne Mokondji Mobé, directeur des Pharmacies : « L'une des faiblesses de notre direction, et la plus déplorable, est l'absence d'un comité d'homologation des médicaments » - 19/07/2007 - Les dépêches de Brazzaville - Congo-BrazzavilleEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Récemment nommé au poste de directeur des Pharmacies, des laboratoires et du médicament du Congo, le docteur Etienne Mokondji Mobé, a exprimé auprès des Dépêches de Brazzaville, son ambition de mettre en place les fondamentaux d'une direction des pharmacies digne de ce nom. Il a également confié quelques unes de ses suggestions pour garantir une meilleure circulation et distribution du médicament au Congo.

Les Dépêches de Brazzaville. Dans quel état avez-vous trouvé la direction en charge du médicament ?

Etienne Mokondji Mobé. Mon constat est simple : cette direction, créée en 1978, est restée pratiquement en l'état. Elle n'a enregistré aucune réforme de fond et n'a pas rempli comme il se doit son rôle. Les résultats des études, menées séparément avec l'appui de l'OCEAC et l'OMS sur le fonctionnement des directions des Pharmacies au sein de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC), illustrent ce constat : les législations pharmaceutiques des pays de la CEMAC sont caduques, non adaptées aux exigences de notre époque ; les autorités chargées de la réglementation pharmaceutique, à savoir les directeurs des Pharmacies, ne sont pas encore opérationnelles ; le manque de moyens ne permet pas aux directions des Pharmacies de jouer pleinement leur rôle ; l'environnement de la pharmacie en Afrique centrale, et plus particulièrement dans la zone CEMAC, ne peut favoriser un développement harmonieux des politiques pharmaceutiques.

D.B. Que pouvez-vous améliorer ?

E.M.M. Il est nécessaire de tout mettre en œuvre pour une harmonisation des politiques pharmaceutiques du Cameroun, du Congo, du Gabon, du Tchad, du Centrafrique et de la Guinée-Equatoriale. Nous nous y atelons. Et cela exige un travail de fond. La première réunion des ministres de la Santé de la CEMAC tenue à Libreville (Gabon) a préconisé des solutions à tous ces problèmes. Il est question de voir comment on peut, à partir des spécificités de chaque pays, trouver un mode de fonctionnement capable de garantir les intérêts de toutes les parties.

D.B. En attendant, il faut des solutions au niveau national où le secteur pharmaceutique est en difficultés. Avez-vous une proposition ?

E.M.M. L'une des faiblesses de notre direction, et la plus déplorable, est l'absence d'un comité d'homologation des médicaments. Et pourtant c'est l'un des fondamentaux d'une direction des Pharmacies, un cadre permettant aux experts d'apprécier la fiabilité des médicaments proposés à la population. Ce comité est le garant de la santé publique en matière de vente de médicaments. Or depuis 1978, le directeur des pharmacies était la seule personne qui apposait sa signature sur le document autorisant la commercialisation des produits pharmaceutiques dans notre pays. Loin de moi l'intention d'accomplir cette tâche tout seul. C'est une grande responsabilité qui doit être partagée en vue de garantir la santé publique.

D.B. Le comité d'homologation des médicaments est-il déjà opérationnel ?

E.M.M. Nous avons été obligés de mettre en place une commission d'homologation interne au sein de la direction des pharmacies. Cependant pour plus d'efficacité, le gouvernement a l'obligation de mettre en place un comité d'homologation national. Nous allons proposer au gouvernement un texte y relatif. Par ailleurs, on ne peut mettre en place un comité d'homologation des médicaments sans disposer d'un laboratoire de contrôle de qualité des médicaments. Le laboratoire de contrôle de qualité permet aux experts d'apprécier la fiabilité d'un médicament. C'est un outil de dissuasion pour les fabricants de produits contrefaits. Nous avons fait des propositions relatives à l'acquisition d'un laboratoire de contrôle de qualité au gouvernement. Des contacts sont pris avec quelques industriels et l'OMS, en vue de la livraison de ce matériel dans un bref délai. Le gouvernement y tient.

D.B. N'avez-vous pas des préoccupations en ce qui concerne le personnel ?

E.M.M. Une direction des Pharmacies a sans cesse besoin des apports nouveaux. Ses cadres doivent être formés régulièrement pour qu'ils soient en mesure de faire face aux nouveaux défis et garantir la santé publique. Or tel n'est pas le cas avec notre direction. La plupart des pharmaciens de notre direction ne se sont pas recyclés depuis plusieurs années. Ils ont réellement besoin d'un recyclage. Cette question a été évoquée lors des réunions des directeurs des pharmacies tenues à Yaoundé et à Brazzaville. Ils ont décidé de la création d'une faculté de pharmacie sous-régionale. Nos actions visent aussi à la création d'un environnement propice à l'exercice du métier de pharmacien. L'arrivée d'Emilienne Raoul à la tête du ministère de la Santé et sa volonté de donner une nouvelle impulsion à ce secteur de la santé, nous rassurent...

D.B. La ministre est une dame qui aime la rigueur

E.M.M. J'apprécie la rigueur. La ministre a pris la décision selon laquelle tous les médicaments dispensés par nos centres de santé doivent passer par la Congolaise des médicaments essentiels et génériques (COMEG). Car la promotion des médicaments génériques est actuellement à la mode. Le Congo soutient aussi cette approche qui permet à la population de s'approvisionner en médicaments de qualité à des prix à la portée de toutes les bourses. Mais peut-on promouvoir les produits génériques s'il existe encore dans nos pays des lois interdisant aux pharmaciens de déconditionner et de substituer les médicaments ? Nous avons par ailleurs proposé aux responsables politiques, une nouvelle loi en la matière. Il leur appartient de l'examiner et de la promulguer pour permettre aux différentes couches de la population d'avoir accès à des médicaments génériques. L'idéal est que cette loi soit promulguée dans une brève échéance.

D.B. Quelles sont vos relations avec les opérateurs économiques du secteur pharmaceutique ?

E.M.M. Nous tenons à avoir de bons rapports avec eux. C'est vraiment vital pour le développement de ce secteur. Nous allons faire de notre mieux pour que tous les partenaires évoluant dans le secteur de la pharmacie soient en harmonie avec la politique gouvernementale. Nous avons à cet effet instauré les consultations régulières, un moyen pouvant nous permettre d'atteindre cet objectif. Leurs préoccupations et propositions pertinentes seront toujours prises en compte par la direction des Pharmacies.

Propos recueillis par Quentin Loubou

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