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A l'instar de ce qui se passe dans la quasi totalité des
pays africains, l'accès aux soins de santé même primaires
est encore limité à la ville et aux salariés d'un certain
niveau, faute de politique sociale vraie.
En effet, tous les actes médicaux ainsi que les médicaments
dans les structures sanitaires publiques sont devenus payants,
au non de la participation de la population, alors que ceux-ci
étaient gratuits pour les plus démunis. Cependant, compte
tenu du sous-développement de notre pays, la grande majorité
de la population est paysanne, non salariée.
Pour la plupart de ceux qui sont salariés, les salaires sont
très bas et suffisent à peine à la subsistance alimentaire
quotidienne.
En Côte d'Ivoire, malgré les efforts qui ont été faits pour
la construction de structures sanitaires décentralisées, les
soins restent peu accessibles à la grande majorité de la population
qui a alors fréquemment recours : au mieux à l'automédication,
au pire aux médications traditionnelles, souvent efficaces
mais non contrôlées.
Par ailleurs, les structures sanitaires publiques, surtout
les grands centres tels que les CHU (CHU de Treichville, CHU
de Cocody, CHU de Yopougon et CHU de Bouaké) et les CHR (Centre
hospitaliers régionaux n'existent que de nom, tant les infrastructures
y sont désuètes, la démotivation du personnel soignant y est
flagrante. Alors, la mauvaise qualité des soins chasse ceux
qui le peuvent vers les cliniques privées. Les cliniques privées
malheureusement n'existent que dans les villes. Elles foisonnent
même dans les grandes villes où les jeunes médecins désireux
de s'installer ont bien compris le vide laissé par la qualité
dégradée et dégradante des structures publiques.
Il y a malheureusement à ceux niveau aussi une anarchie telle
que la qualité des soins n'est pas ce qu'elle devrait être,
essentiellement du fait de concurrence farouche, car, et là
nous revenons à la case départ, peu de gens peuvent se payer
le luxe d'avoir une assurance privée ou de s'offrir directement
des soins privés. Il y a trop de cliniques pour peu de clients
solvables. Le nœud du problème, de notre problème, la clé
de l'amélioration globale de la qualité des soins et de la
qualité de vie des professionnelles de la santé en Côte d'Ivoire
réside dans l'avènement d'un système de sécurité sociale qui
est en gestation depuis plusieurs mois et qui a pris forme
sous le nom d'ASSURANCE MALADIE UNIVERSELLE (AMU).
L'AMU, même si elle n'est qu'en gestation proche de l'accouchement,
est connue de tous les ivoiriens. Il s'agit d'une assurance
qui comme son nom l'indique, concernera pour une fois toute
la population : les salariés du public et du privé et les
non salariés (retraités, paysans, commerçants, artisans,…).
Elle prendra en charge les actes médicaux, les hospitalisations
et les médicaments contrairement à la seule forme de solidarité
sanitaire publique qui existe à l'heure actuelle en Côte d'Ivoire
et qui porte le nom de MUGEF CI (Mutuelle générale des fonctionnaires
de Côte d'Ivoire qui ne couvrait que les frais de médicaments
en officine privée).
Sa caisse sera alimentée par les retenues sur les ventes des
matières premières, les cultures d'exportations (le cacao
dont nous sommes le premier producteur mondial, le café dont
nous sommes le 3ème producteur et autres).
Elle sera alimentée également par une retenue de 6% du salaire
des fonctionnaires et des salariés du privé. La part patronale
de ces 6% est en cours de négociation et sera probablement
de 50%.
Nous, professionnels de la santé, attendons beaucoup de cette
assurance car elle permettra :
- une couverture sociale étendue à tout le monde, ce qui nous
évitera à l'avenir d'assister impuissant à l'agonie de nos
parents malades et venus solliciter nos soins,
- une meilleure qualité de soins, car ce n'est un secret pour
personne que c'est la Sécu qui est a l'origine de la performance
du système sanitaire français,
- une amélioration de la qualité de vie des agents de santé
par la revalorisation de leur traitement,
- la naissance de vraies structures d'enseignement et de recherche
dans nos CHU.
Vivement donc l'AMU en Côte D'Ivoire. Les autorités politiques
ont l'air d'y tenir, puisqu'elle nous a valu récemment la
fusion du Ministère de la Santé et de celui des Affaires Sociales
pour former un Ministère de la Solidarité, de la Santé et
des Affaires sociales auquel est rattaché un Ministère délégué
à la Santé.
Et le porte-feuille de ce ministère géant est détenu par celle
qui a été l'artisan de l'AMU.
Abidjan, le 18 septembre 2002
Docteur Brahima Diarra diarrab@santetropicale.com
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