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Le guide de la médecine et de la santé au Gabon

Janvier 2007 - Editorial du docteur Alain-Rispal MOUBELE

Docteur Alain-Rispal MOUBELEPopulation, santé et développement en milieu tropical

 

  • L’exemple du Gabon

    L’application large, depuis la fin de la colonisation, de mesures médicales simples, peu onéreuses et très efficientes (vaccination contre des infections létales ou la correction des carences nutritionnelles) a permis d’obtenir des résultats parfois spectaculaires, en termes de recul de la mortalité des enfants et, même, de diminution des écarts extrêmes. Ces bonifications sanitaires sont, bien sûr, à mettre au compte du mouvement combiné des progrès médicaux et de l’amélioration des conditions socio-économiques générée par la rente pétrolière. Mais, depuis le milieu des années 1990, on assiste à une dégradation objective de la situation socio-économique, globale certes mais plus significative pour les milieux populaires. La crise socio-économique (en fait la crise du développement) a exacerbé une crise sanitaire dont le Gabon peine à sortir. Le maintien d’un état sanitaire, de manière relativement artificielle, s’avère instable car les inégalités tendent rapidement à se renforcer.

    Les phénomènes de ségrégation spatiale auxquels ces inégalités sociales donnent lieu, font partie des éléments constitutifs des territoires socio-sanitaires. Le phénomène peut s’observer davantage en milieu urbain, où les écarts de morbidité et de mortalité se creusent en fonction des origines sociales. En milieu rural en revanche, les situations épidémiologiques et démographiques demeurent principalement sous la dépendance de l’environnement local, des « complexes pathogènes » ainsi que le dirait Maximilien Sorre.

    L’exode sanitaire peut alors être considéré comme une stratégie de survie. Liés aux besoins de santé ou non, on observe, dans le cas du Gabon, que les mouvements migratoires internes se font de l’intérieur du pays vers la côte (Libreville et Port-Gentil) mais quelquefois aussi vers le sud-est où Franceville et Moanda forment un pôle important d’activités industrielles. Seulement, le processus d’urbanisation, à Libreville comme à Port-Gentil, n’est pas soutenu par une croissance de richesses (équipements sanitaires, emplois, services sociaux…) proportionnelle à sa croissance spatiale et démographique. Cela pose donc des problèmes d’insertion économique, d’environnement et de santé publique, chaque fois plus critiques.

  • Planifier pour mieux gérer ?

    La planification sanitaire consisterait alors à trouver un équilibre judicieux entre d’une part, l'ensemble des besoins sanitaires de la population et, d’autre part, les ressources publiques disponibles. Il s’agit, en fait, d’atteindre le plus haut niveau de santé compatible avec le développement économique du pays en réduisant au mieux les discriminations socio-spatiales. Dans cette optique, il est évident que le développement socio-économique sous-entend un développement sanitaire correspondant. Il vaut mieux, par ailleurs, que les programmes sanitaires n’entrent pas en concurrence avec le développement économique mais fassent partie intégrante de toute politique rationnelle de développement. Il est aussi un principe fondamental que l’action sanitaire se justifie rarement par des motivations purement économiques : elle constitue un moyen de sauvegarder et d’améliorer la santé. Etant l’une des manifestations les plus importantes du progrès social, la santé constitue peut-être l’élément le plus déterminant de la qualité de vie.

    Notons, pour terminer, que la mesure des rapports entre programme d’action sanitaire et développement socio-économique peut être limitée par l’insuffisance des statistiques sanitaires. Elles sont parfois si incomplètes qu’elles ne permettent même pas de calculer les indicateurs de santé classiques. Dans de telles conditions, il peut paraître vain d’envisager la mise au point d’indicateurs plus élaborés et de méthodes analytiques. L’absence d’information sanitaire fiable sur une frange importante de la population complique la tâche des décideurs chargés d’élaborer des politiques efficaces pour améliorer la santé des populations. Or, une volonté politique d’encadrement sanitaire qui ne soit pas fondée sur une information tangible et quantifiée, génère presque toujours des « processus de planification boiteux ».

 

Alain-Rispal MOUBELE, le 26 janvier 2007
alrim11@yahoo.fr


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