| Population,
santé et développement en milieu tropical
- L’exemple du Gabon
L’application large, depuis la fin de la colonisation,
de mesures médicales simples, peu onéreuses et
très efficientes (vaccination contre des infections létales
ou la correction des carences nutritionnelles) a permis d’obtenir
des résultats parfois spectaculaires, en termes de recul
de la mortalité des enfants et, même, de diminution
des écarts extrêmes. Ces bonifications sanitaires
sont, bien sûr, à mettre au compte du mouvement
combiné des progrès médicaux et de l’amélioration
des conditions socio-économiques générée
par la rente pétrolière. Mais, depuis le milieu
des années 1990, on assiste à une dégradation
objective de la situation socio-économique, globale certes
mais plus significative pour les milieux populaires. La crise
socio-économique (en fait la crise du développement)
a exacerbé une crise sanitaire dont le Gabon peine à
sortir. Le maintien d’un état sanitaire, de manière
relativement artificielle, s’avère instable car
les inégalités tendent rapidement à se
renforcer.
Les phénomènes de ségrégation spatiale
auxquels ces inégalités sociales donnent lieu,
font partie des éléments constitutifs des territoires
socio-sanitaires. Le phénomène peut s’observer
davantage en milieu urbain, où les écarts de morbidité
et de mortalité se creusent en fonction des origines
sociales. En milieu rural en revanche, les situations épidémiologiques
et démographiques demeurent principalement sous la dépendance
de l’environnement local, des « complexes pathogènes
» ainsi que le dirait Maximilien Sorre.
L’exode sanitaire peut alors être considéré
comme une stratégie de survie. Liés aux besoins
de santé ou non, on observe, dans le cas du Gabon, que
les mouvements migratoires internes se font de l’intérieur
du pays vers la côte (Libreville et Port-Gentil) mais
quelquefois aussi vers le sud-est où Franceville et Moanda
forment un pôle important d’activités industrielles.
Seulement, le processus d’urbanisation, à Libreville
comme à Port-Gentil, n’est pas soutenu par une
croissance de richesses (équipements sanitaires, emplois,
services sociaux…) proportionnelle à sa croissance
spatiale et démographique. Cela pose donc des problèmes
d’insertion économique, d’environnement et
de santé publique, chaque fois plus critiques.
- Planifier pour mieux gérer ?
La planification sanitaire consisterait alors à trouver
un équilibre judicieux entre d’une part, l'ensemble
des besoins sanitaires de la population et, d’autre part,
les ressources publiques disponibles. Il s’agit, en fait,
d’atteindre le plus haut niveau de santé compatible
avec le développement économique du pays en réduisant
au mieux les discriminations socio-spatiales. Dans cette optique,
il est évident que le développement socio-économique
sous-entend un développement sanitaire correspondant.
Il vaut mieux, par ailleurs, que les programmes sanitaires n’entrent
pas en concurrence avec le développement économique
mais fassent partie intégrante de toute politique rationnelle
de développement. Il est aussi un principe fondamental
que l’action sanitaire se justifie rarement par des motivations
purement économiques : elle constitue un moyen de sauvegarder
et d’améliorer la santé. Etant l’une
des manifestations les plus importantes du progrès social,
la santé constitue peut-être l’élément
le plus déterminant de la qualité de vie.
Notons, pour terminer, que la mesure des rapports entre programme
d’action sanitaire et développement socio-économique
peut être limitée par l’insuffisance des
statistiques sanitaires. Elles sont parfois si incomplètes
qu’elles ne permettent même pas de calculer les
indicateurs de santé classiques. Dans de telles conditions,
il peut paraître vain d’envisager la mise au point
d’indicateurs plus élaborés et de méthodes
analytiques. L’absence d’information sanitaire fiable
sur une frange importante de la population complique la tâche
des décideurs chargés d’élaborer
des politiques efficaces pour améliorer la santé
des populations. Or, une volonté politique d’encadrement
sanitaire qui ne soit pas fondée sur une information
tangible et quantifiée, génère presque
toujours des « processus de planification boiteux ».
Alain-Rispal MOUBELE, le 26 janvier 2007
alrim11@yahoo.fr
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