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Le guide de la médecine et de la santé au Gabon

Octobre 2006 - Editorial du docteur Alain-Rispal MOUBELE

Docteur Alain-Rispal MOUBELESystème alimentaire et risques sanitaires

L'Organisation Mondiale de la Santé estime que 60% des 56 millions de décès annuels viennent de maladies chroniques (cardio-vasculaires, diabètes, cancers). Les causes ? L'hypertension, l'hypercholestérolémie, une trop faible consommation de fruits et légumes, l'obésité, la sédentarité et le tabagisme, affirme l’OMS dans son rapport de 2002 . Celui-ci souligne que cinq de ces facteurs de risque sont liés à l'alimentation. De ce qui précède, on en viendrait à la conclusion logique que la « mal bouffe » tue. Et pas seulement en Occident où le nombre d'obèses a explosé (il a triplé en l'espace de vingt ans aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne) ; le phénomène s’étend aux pays sous développés du monde tropical, y compris au sein des couches les plus défavorisées. Selon Libération, rapportant les propos de Jane Voûte, présidente de la Fédération mondiale des maladies cardio-vasculaires, « les maladies cardio-vasculaires font 17 millions de morts chaque année, dont 80% dans le tiers-monde. 20% des enfants de Pékin sont obèses. Les conséquences sanitaires d'une alimentation déséquilibrée sont devenues un problème planétaire ».

L'OMS prévoit que, dans les seize ans à venir, la mortalité provoquée par ces maladies dans les pays pauvres sera plus importante que les maladies infectieuses. Aussi, recommande t-elle d’y limiter la consommation de sucres, de sel, de graisses, et de consommer davantage de fruits et légumes. Cette perspective n’est pas de nature à rassurer les lobbies agro-industriels oeuvrant dans l’alimentaire.

En effet, au delà des escarmouches et des tirs croisés entre l’OMS et les industries agroalimentaires euro-américaines, soutenues parfois par des pays du Sud producteurs de sucre, de viande ou de lait, subsistent de gros enjeux financiers. Et au delà des enjeux financiers et des manœuvres plus ou moins abouties de certaines ONG pour lutter contre la « mal bouffe », il existe de réels enjeux sanitaires planétaires auxquels les pays moins développés ne semblent pas être préparés à faire face.

Sans vouloir établir une relation de cause à effet entre l’alimentation des Gabonais et leur état de santé, cela conduirait à un déterminisme alimentaire sans intelligence, je propose que des études médicales et sanitaires intègrent dans leurs démarches une lecture analytique des habitudes alimentaires des populations, pour tenter d’en mesurer les risques du point de vue nutritionnel et donc sanitaire. En d’autres termes, plutôt que d’affirmer : « dis-moi ce que tu manges, je te dirais de quoi tu souffres » ; je préfère la proposition suivante : « dis-moi ce que tu manges et comment tu le manges, je te dirai ce que tu risques ».

Pauvreté et malnutrition : un cercle vicieux aux incidences sanitaires graves

La précarité des revenus poussent de nombreux foyers gabonais vers une consommation bon marché, parfois au détriment de leur santé. Le foisonnement des commerces alimentaires informels dans les principales villes gabonaises a malheureusement ouvert la voie à une multiplication des problèmes d'insalubrité et d'insécurité sanitaire, insoupçonnés par certains vendeurs et inconnus de la plupart des consommateurs. Rares, en effet, sont des personnes qui font réellement attention à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Ici, on mange pour subsister. Parfois, on se "bétonne" la panse pour un jour, voire plus. Pourtant, la malnutrition augmente le risque de décès prématuré : elle augmente de 50% l’indice de gravité des maladies, et réduit de 10% l’aptitude à apprendre et jusqu’à 20% la productivité des adultes.

Dans bien de cas, la prise des repas est irrégulière et les menus rarement équilibrés. Ce déséquilibre alimentaire se traduit par l’émergence et le développement des pathologies de suralimentation et de carence. L’augmentation du nombre des cas de ces maladies dans les formations sanitaires est là pour le confirmer. L’obésité, le diabète, l’hypertension, l’artériosclérose sont autant de maladies diagnostiquées chez les patients adultes, mais qui sont liées à des régimes caractérisés par des apports élevés de calories. Une étude réalisée en 1983 par le Professeur Kombila, citée par R. Ondo, montrait déjà que 16% de la population gabonaise était obèse. La moyenne d’âge des malades, sans distinction de sexe, se situait selon cette étude entre 40 et 45 ans. Cette population vit surtout en milieu urbain où l’incidence de l’hypertension artérielle est la plus élevée.

Selon les données du Service des statistiques du Ministère de la santé, soumises à une analyse que j’ai réalisée récemment dans le cadre de mes études doctorales, la malnutrition représentait près de 2% des principales affections infanto-juvéniles diagnostiquées dans les structures de soins publiques et para-publiques au cours de l’année 1999. Ce taux varie fortement selon le milieu : 2,8% dans le Woleu-Ntem ; 4,6% dans l’Ogooué-Ivindo et 5,9% dans l’Estuaire. Une enquête réalisée en 1984 dans la localité de Lébamba que cite encore Ondo, révèle que « 10% des enquêtés étaient dans la zone de malnutrition modérée et 4% dans la zone grave » et confirme ainsi que cette réalité carentielle dans l’assiette du Gabonais est aussi et d’abord rurale.

Pauvreté, malnutrition et morbidité forment donc un cercle vicieux en Afrique tropicale. La pauvreté engendre la malnutrition ; celle-ci, spécialement chez les jeunes enfants, contribue à réduire la productivité future, puisqu’elle entrave gravement la santé et donc le développement des individus. L’avenir du pays en dépend !

Alain-Rispal MOUBELE, le 9 octobre 2006
alrim11@yahoo.fr


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