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Système
alimentaire et risques sanitaires
L'Organisation Mondiale de la Santé estime
que 60% des 56 millions de décès annuels viennent
de maladies chroniques (cardio-vasculaires, diabètes, cancers).
Les causes ? L'hypertension, l'hypercholestérolémie,
une trop faible consommation de fruits et légumes, l'obésité,
la sédentarité et le tabagisme, affirme l’OMS
dans son rapport de 2002 . Celui-ci souligne que cinq de ces facteurs
de risque sont liés à l'alimentation. De ce qui précède,
on en viendrait à la conclusion logique que la « mal
bouffe » tue. Et pas seulement en Occident où le nombre
d'obèses a explosé (il a triplé en l'espace
de vingt ans aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne) ; le phénomène
s’étend aux pays sous développés du monde
tropical, y compris au sein des couches les plus défavorisées.
Selon Libération, rapportant les propos de Jane Voûte,
présidente de la Fédération mondiale des maladies
cardio-vasculaires, « les maladies cardio-vasculaires font
17 millions de morts chaque année, dont 80% dans le tiers-monde.
20% des enfants de Pékin sont obèses. Les conséquences
sanitaires d'une alimentation déséquilibrée
sont devenues un problème planétaire ».
L'OMS prévoit que, dans les seize ans à
venir, la mortalité provoquée par ces maladies dans
les pays pauvres sera plus importante que les maladies infectieuses.
Aussi, recommande t-elle d’y limiter la consommation de sucres,
de sel, de graisses, et de consommer davantage de fruits et légumes.
Cette perspective n’est pas de nature à rassurer les
lobbies agro-industriels oeuvrant dans l’alimentaire.
En effet, au delà des escarmouches et des
tirs croisés entre l’OMS et les industries agroalimentaires
euro-américaines, soutenues parfois par des pays du Sud producteurs
de sucre, de viande ou de lait, subsistent de gros enjeux financiers.
Et au delà des enjeux financiers et des manœuvres plus
ou moins abouties de certaines ONG pour lutter contre la «
mal bouffe », il existe de réels enjeux sanitaires
planétaires auxquels les pays moins développés
ne semblent pas être préparés à faire
face.
Sans vouloir établir une relation de cause
à effet entre l’alimentation des Gabonais et leur état
de santé, cela conduirait à un déterminisme
alimentaire sans intelligence, je propose que des études
médicales et sanitaires intègrent dans leurs démarches
une lecture analytique des habitudes alimentaires des populations,
pour tenter d’en mesurer les risques du point de vue nutritionnel
et donc sanitaire. En d’autres termes, plutôt que d’affirmer
: « dis-moi ce que tu manges, je te dirais de quoi tu souffres
» ; je préfère la proposition suivante : «
dis-moi ce que tu manges et comment tu le manges, je te dirai ce
que tu risques ».
Pauvreté et malnutrition : un cercle
vicieux aux incidences sanitaires graves
La précarité des revenus poussent
de nombreux foyers gabonais vers une consommation bon marché,
parfois au détriment de leur santé. Le foisonnement
des commerces alimentaires informels dans les principales villes
gabonaises a malheureusement ouvert la voie à une multiplication
des problèmes d'insalubrité et d'insécurité
sanitaire, insoupçonnés par certains vendeurs et inconnus
de la plupart des consommateurs. Rares, en effet, sont des personnes
qui font réellement attention à ce qu’ils mettent
dans leur assiette. Ici, on mange pour subsister. Parfois, on se
"bétonne" la panse pour un jour, voire plus. Pourtant,
la malnutrition augmente le risque de décès prématuré
: elle augmente de 50% l’indice de gravité des maladies,
et réduit de 10% l’aptitude à apprendre et jusqu’à
20% la productivité des adultes.
Dans bien de cas, la prise des repas est irrégulière
et les menus rarement équilibrés. Ce déséquilibre
alimentaire se traduit par l’émergence et le développement
des pathologies de suralimentation et de carence. L’augmentation
du nombre des cas de ces maladies dans les formations sanitaires
est là pour le confirmer. L’obésité,
le diabète, l’hypertension, l’artériosclérose
sont autant de maladies diagnostiquées chez les patients
adultes, mais qui sont liées à des régimes
caractérisés par des apports élevés
de calories. Une étude réalisée en 1983 par
le Professeur Kombila, citée par R. Ondo, montrait déjà
que 16% de la population gabonaise était obèse. La
moyenne d’âge des malades, sans distinction de sexe,
se situait selon cette étude entre 40 et 45 ans. Cette population
vit surtout en milieu urbain où l’incidence de l’hypertension
artérielle est la plus élevée.
Selon les données du Service des statistiques
du Ministère de la santé, soumises à une analyse
que j’ai réalisée récemment dans le cadre
de mes études doctorales, la malnutrition représentait
près de 2% des principales affections infanto-juvéniles
diagnostiquées dans les structures de soins publiques et
para-publiques au cours de l’année 1999. Ce taux varie
fortement selon le milieu : 2,8% dans le Woleu-Ntem ; 4,6% dans
l’Ogooué-Ivindo et 5,9% dans l’Estuaire. Une
enquête réalisée en 1984 dans la localité
de Lébamba que cite encore Ondo, révèle que
« 10% des enquêtés étaient dans la zone
de malnutrition modérée et 4% dans la zone grave »
et confirme ainsi que cette réalité carentielle dans
l’assiette du Gabonais est aussi et d’abord rurale.
Pauvreté, malnutrition et morbidité
forment donc un cercle vicieux en Afrique tropicale. La pauvreté
engendre la malnutrition ; celle-ci, spécialement chez les
jeunes enfants, contribue à réduire la productivité
future, puisqu’elle entrave gravement la santé et donc
le développement des individus. L’avenir du pays en
dépend !
Alain-Rispal MOUBELE, le 9 octobre 2006
alrim11@yahoo.fr |