| Nous
abordons l’année 2005 ! Et comme l’année
2004, l’année 2005 cherchera à résoudre
toujours le même problème en Afrique : le manque
de ressources entraînant une pauvreté sans qualificatif.
Un manque de ressources paralysant plusieurs domaines, plusieurs
entreprises personnelles et collectives. On sait que les ressources
existent en Afrique.
Le problème : C’est comment mobiliser ces ressources ?
Nos Etats ne disposant pas toujours de fonds nécessaires
à la couverture de l’ensemble des investissements utiles,
il faut dès lors trouver les moyens d’attirer les investisseurs
locaux et étrangers à la réalisation de cette
tache. C’est à dire faire en sorte que les bailleurs
de fonds financent les investissements. Cela suppose le développement
des instruments de garantie. C’est pourquoi les bons ne sont
attractifs que s’ils sont garantis par une organisation comme
le FMI ou la Banque mondiale. Les conditionnalités de ces
organismes ? Bien venu au blocage ! Ils s’en fichent
d’ailleurs si ce blocage a un impact négatif dans certains
domaines sensibles de la vie de nos nations.
Bonne et Heureuse année !
Bonne et heureuse année à nos braves
infirmières ! Que ferions-nous sans elle ?
Un professeur disait : ‘’Le métier d’infirmière
est l’un des arts les plus difficiles. La compassion peut
nous motiver, mais seule la connaissance nous donne les moyens de
travailler’’ (Mary Adélaïde Nutting, Premier
professeur de soins infirmier 1925 ).
Aujourd’hui, les infirmières constituent le groupe
de professionnel de la santé le plus nombreux. L’OMS
estime qu’elles sont, avec les Sages femmes, plus de 9 millions
dans 141 pays. Leur rôle est essentiel. Une revue (The Atlantic
Monthly) Compare leur travail au ’’tissage d’une
tapisserie faite de soin, de connaissance qui joue un rôle
déterminant dans le rétablissement du patient’’.
En effet, les soins infirmiers sont selon la définition d’une
encyclopédie ‘’le processus par le quel une infirmière
aide un patient à se rétablir d’une maladie
ou d’une blessure, ou à retrouver une indépendance
aussi grande que possible’’ ().
Dans cette définition, il faudrait comprendre au-delà
d’une simple vérification de tension ou de pouls, que
l’infirmière ‘’se préoccupe davantage
de la réaction globale du patient à la maladie que
de la maladie elle-même, elle s’efforce de limiter la
douleur physique, de soulager la souffrance mentale et, lorsque
c’est possible, d’éviter les complications’’().
Nous savons tous que c’est le médecin qui décide
des soins à donner, mais c’est l’infirmière
qui s’occupe du patient. Pour accomplir cette lourde tache,
nos infirmières ont besoin de connaissances professionnelles
de plus en plus complexes. Ne les oublions pas car, elles sont citées
toujours en dernière position par nous les médecins.
Elles complètent toujours la liste des auteurs dans les articles
scientifiques, même si elles sont l’initiatrice de la
recherche. Elles ont le désir d’étudier et ont
la capacité de comprendre ce qu’on étudie. Elles
sont l’épine dorsale du système de soins. Elles
ont droit aujourd’hui à une qualification et spécialisations
professionnelles, surtout en Afrique.
‘’Les infirmières compétentes
ont des choses à apprendre même aux médecins.
Celles qui travaillent dans des services spécialisés
comme les unités de soins intensifs comptent parmi les membres
les mieux formés du personnel hospitalier. Quand j’étais
interne, ce sont les infirmières qui m’ont appris à
mettre un cathéter et à régler un aspirateur,
elles aussi qui m’ont indiqué les médicaments
à éviter ‘’(Docteur Sandeep Jauhar,
du New York Presbyterian Hospital). Ce médecin, lui au moins,
il est reconnaissant.
Une infirmière qui conteste l’avis d’un médecin
dans nos hôpitaux ? Cela comporte un haut risque !
Il y a des médecins qui prennent mal les suggestions émises
par des personnes qu’ils considèrent comme leurs subordonnés.
‘’Une infirmière doit être courageuse.
Elle est tout d’abord légalement responsable des éventuels
dommages causés par les médicaments qu’elle
administre et les actes qu’elle réalise. Elle doit
être capable de refuser d’exécuter un ordre donné
par un médecin si elle estime qu’elle n’est pas
habilitée à le faire ou si elle pense que l’ordre
est erroné.’’(Réveillez-vous ! Novembre
2000)
En tout cas, sans les infirmières, les séjours à
l’hôpital seraient plus éprouvants, voire impossibles.
Félicitations, du courage et Bonne et Heureuse année,
chères infirmières!
Bonne et Heureuse année aussi à nos
chercheurs.
Des africains chercheurs et au service de l’Afrique ?
Nul n’ignore que la science et la technologie sont de puissants
outils de développement de toute nation. L’importance
de l’accélération des découvertes faites
dans les différentes branches de la science offre aujourd’hui
d’exceptionnelles possibilités à l’homme
pour maîtriser la nature et satisfaire ses besoins. Est-ce
que cette observation est générale ?
En tout cas, entre le tiers monde et les puissances, le fossé
s’élargit tous les jours davantage. La recherche scientifique
dans le tiers monde notamment dans sa partie africaine, est à
la recherche d’une personnalité, car en fait dans cette
affaire il ne faut compter que sur soit même. Mais divers
problèmes liés à la structure et au fonctionnement,
aux ressources institutionnelles, matérielles, humaines et
financières viennent perturber l’élan de la
plupart des chercheurs africains.
Les politiques et pratiques des bailleurs de fonds viennent encore
aggraver ces problèmes structurels avec, comme résultat,
des études à court terme qui ne laissent pas aux capacités
locales le temps de s’édifier, la prédominance
d’un personnel expatrié dans la plupart des projets
et, à tout le moins, la perception, de la part des récipiendaires
de l’aide étrangère, que les projets répondent
plutôt aux priorités des donateurs qu’à
celles du pays concerné (AIDSCAP/Family Health International).
Cependant, la place dominante qu’occupent les bailleurs de
fonds internationaux dans la recherche en santé en Afrique
découle du manque de financement domestique pour de telles
recherches : beaucoup de gouvernements de ce continent apparaissent
ne pas prendre au sérieux la gravité de certaines
épidémies comme le SIDA et n’ont versé
que des miettes à la recherche.
Pratiquement, toutes les recherches entreprises jusqu’à
présent n’ont été possibles qu’avec
la coopération technique et l’aide extérieure
de la communauté internationale.
C’est pourquoi, Il est temps pour nous les Africains et dans
un monde où la disponibilité des ressources se fait
de plus en plus rare de faire le bon choix des interventions en
matière de recherche. Dès lors, mis à part
le défi immédiat que représente l’identification
des sujets vitaux de recherche, les réponses à leur
apporter effectivement forment un énorme ensemble de défis
qui restent à relever.
Les aspects clés portent entre autre sur des capacités
suffisantes de direction et d’administration pour planifier,
exécuter, surveiller et évaluer les études.
Savoir que globalement et dans un domaine donné, la gestion
des ressources et une question de choix de priorité, d’efficience
et d’efficacité de l’action à financer.
Qu’on puisse par exemple dépenser 32,75 millions de
francs CFA pour augmenter de 5 ans seulement la vie de quelques
patients dont l’age moyen est de 87,6 ans mérite
une analyse approfondie ! Et le rapport de dépendance ?
Car, en terme de santé publique, l’objectif principal
du recours a une action (réduction de la morbi-mortalité)
doit se traduire par un allongement de la durée de vie obtenu
en évitant une pathologie chez un sujet donné. Cet
allongement obtenu de la durée de vie est appelé :
QALY. On estime qu’un traitement ou un examen dont rapport
coût/QALY est > 50 000 dollars (350 KF) en Europe ne présente
pas d’intérêt en terme de santé publique
(UV22, Dr J.J Cabaud).
Pour nous les chercheurs et en matière de
santé publique, la formulation du problème que l’on
désire étudier est très importante avant de
se lancer dans une étude. Il nous faut surtout en cette période
de crise économique, des études dont l’approche
est moins coûteuse et qui permettent surtout de déterminer
l’impact d’une intervention au niveau d’un groupe
de communauté donné. On a besoin de savoir, malgré
les nombreuses interventions, pourquoi le taux d’incidence
du SIDA ou d’autres affections augmentent dans certaines localités
et diminuent dans d’autres. Pour cela et l’expérience
l’a prouvée, il ne faut pas se fier essentiellement
à des indicateurs comme le nombre de séminaires de
formation tenus, le nombre de capotes distribuées ou le nombre
de spectacles tenus etc. Il est important pour nous de voir le bien
fondé de certaines interventions dans ce domaine et surtout
le choix des stratégies ciblées. Choisir des variables
d’étude exploitables et permettant d’évaluer
l’impact de ces interventions. Ce la permettra d’avoir
une vision claire des problèmes que posent les IST/SIDA par
exemple dans un pays, la nature des ressources disponibles, les
facteurs politiques, législatifs et sociaux qui pourraient
influencer le programme.
Si l’ensemble de la population a la même religion ou
appartenance ethnique par rapport à une étude, est-il
utile de collecter cette variable ? De même que si le
revenu réel d’une famille est difficile à mesurer
avec suffisamment de précision, est-il utile de recueillir
cette caractéristique ?
Comment voulez-vous dans une étude rétrospective établir
la fréquence des causes de décès dans une localité
où on n’établit pas de certificats de décès ?
L’utilité, la précision, la fiabilité
et la pertinence des données doivent surtout fournir des
informations qui ont un rapport avec l’objectif de l’étude
et qui permettent d’entreprendre une action bénéfique
pour la santé publique ().
Il n’est pas toujours facile d’obtenir des données
correctes. Vérifiez avant d’entreprendre l’étude
la possibilité d’obtenir des données fiables
est une nécessité incontournable.
Si certains programmes se heurtent à des difficultés
de mobilisation des ressources pour la recherche, c’est parce
qu’ils ne peuvent pas mettre en évidence les succès
des activités précédentes, l’utilisation
optimale des ressources, la rentabilité du programme et surtout
la pertinence des activités programmées. Dans certains
domaines, beaucoup de ressources sont aujourd’hui disponibles.
Essayons de rationaliser leur utilisation et choisissons surtout
des activités pertinentes. Lorsque l’on calcule le
coût d’une activité, certains éléments
ont une plus grande influence sur le coût final que d’autres.
Il est utile d’identifier ces éléments afin
de pouvoir les examiner de plus près, et d’évaluer
le motif de leur planification, leur intérêt, l’existence
d’alternatives moins onéreuses.
Entreprenons des recherches opérationnelles et gérons
rationnellement le peu que nous avons. Le succès de la recherche
en Afrique est à ce prix.
BONNE ET HEUREUSE ANNEE A TOUS !
(Pour des renseignements complémentaires, l’ambassadeur
se tient à votre disposition)
Conakry, le 8 janvier 2005
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée. |