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Notre attachement à l'initiative "faire reculer le paludisme" se
justifie par le défi lancé a toutes les communautés et à tous les
niveaux. Cette initiative entend réduire de moitié les décès dus
au paludisme dans le monde d'ici 2010 en aidant les communautés
à prendre des mesures efficaces et durables contre la maladie. Il
est incontestable que la réussite de cette action aboutira à la
réduction de la pauvreté et à la promotion du développement socio-économique
des pays touchés par le paludisme. Elle engagera dans cette lutte
les gouvernements, les agences de développement, les organisations
commerciales, les associations professionnelles, les sociétés civiles,
les groupes de recherche et les médias. Mais, pour atteindre ses
objectifs, il est important de connaître l'environnement dans lequel
l'initiative "Faire Reculer le Paludisme de moitié d'ici 2010" évoluera
en Guinée :
Le paludisme représente la principale cause de consultation dans
les formations sanitaires. Il occupe le premier rang des pathologies
courantes dans les districts sanitaires du pays et le nombre moyen
de crises par enfant de moins de 5 axes est de 5 à 8 crises par
an ;
Le taux d'utilisation des moustiquaires imprégnées d'insecticide
en 2000 par les enfants de moins de 5 ans était inférieur à 1
% contre un taux d'utilisation de 3 % pour les femmes enceintes
en 2001 ;
La chimioprophylaxie à la chloroquine des femmes enceintes enregistrait
un bon résultat dans les centres de santé avec un taux de 70 %
;
Environ 30 % de toutes les consultations externes sont liés au
paludisme. Parmi les enfants de moins de 5 ans, le paludisme représente
35 % de toutes les consultations. Quant aux femmes enceintes,
elles représentent 15 % ; le paludisme représente environ 30 %
des motifs d'hospitalisation. En général, près de la moitié (46,76
%) des hospitalisations chez les moins de 5 ans est due au paludisme
;
Plus de 25 % des décès enregistrés chez les enfants guinéens
de moins de 5 ans dans les hôpitaux sont dus au paludisme ; la
prise en charge des cas simples de paludisme se fait officiellement
dans les centres de santé, tandis que les cas graves sont pris
en charge dans les formations hospitalières. La prise en charge
des cas au niveau communautaire n'est pas encore structurée malgré
le fait l'automédication occupe une place non négligeable chez
les mères des enfants malades.
La décentralisation du système de santé en Guinée est un acquis
et la plupart des Directeurs Préfectoraux de Santé ont une formation
adaptée de santé publique dans la lutte contre les maladies. Mais,
le manque de moyen matériel est un frein à la mise en oeuvre de
I'ambitieuse et pertinente politique de santé de la Guinée.
Malgré les efforts fournis pat le gouvernement et l'administration
sanitaire, l'intégration du secteur privé dans les actions de
prévention et de santé publique en général se heurte à des difficultés.
Les services ne peuvent compter que sur l'aide extérieure et les
maigres subventions difficilement décaissables de I'Etat.
Il existe un Ministère de la Décentralisation en Guinée et le
découpage administratif du pays pourra aider à la collaboration
intersectorielle. Par exemple : le Ministère de la sauté n'a eu
aucun problème pour rendre multisectorielle la lutte contre le
VIH/SIDA. Mais, la multiplication des petits projets dans le pays
par les partenaires au développement rend difficile les concertations
et une coordination harmonieuse des activités. Le plus souvent
on assiste à la naissance des projets dans des projets.
Il existe officiellement 8 langues nationales en Guinée. Les
langues les plus parlées sont entre autres le sosso, maninka,
kpèlè, toma, kissi, pular. Les messages et l'implication des communautés
doit tenir compte de cette disparité.
La médecine traditionnelle est beaucoup sollicitée par la population
à cause des faibles moyens pour faire face à des soins modernes.
Les tabous et les préjugés sont à prendre en compte.
On remarque que dans la plupart des programmes d'intervention
contre le paludisme (pas seulement en Guinée), le ciblage des
enfants et des femmes enceintes. Certes que ces populations sont
les plus vulnérables. Mais, il est aussi important de se pencher
sur le cas des formes graves du paludisme de l'adulte car les
critères de paludisme grave de l'enfant de l'OMS sont toujours
appliqués aux adultes en Guinée, alors qu'une étude concluante
de Guiguemde Tr. et coll. (Laboratoire de Parasitologie-Entomologie,
Centre Muraz/Bobo Dioulasso/Burkina Faso) montre que sur 6551
adultes hospitalisés durant 10 mois (mars à décembre 2000), 280
avaient un diagnostic présomptif de paludisme ; 106 cas ont été
confirmés, soit un taux d'erreur de 62 %. Seuls 33 cas répondaient
aux critères de paludisme grave soit une prévalence de 0.5 %.
Cette observation incite à définir les critères du paludisme grave
chez l'adulte, comme cela à déjà été fait chez l'enfant.
- La susceptibilité au paludisme dans les groupes ethniques
est différente. Afin d'identifier les facteurs de différence
de susceptibilité entre deux groupes ethniques vivant au Mali
(Dogons et Peuls), une étude avec 5 passages transversaux et
3 surveillances longitudinales dans 4 villages du Sahel malien
où vivent les Dogons et Peuls a montré, que. le nombre de cas
cliniques de paludisme est plus élevé chez les Dogons que chez
les Peuls. Au plan hématologique, le taux d'hémoglobine "C"
était plus élevé chez les Dogons que chez les peuls et, au plan
immunologique, les taux d'IgG et d'IgE anti-palustres étaient
plus élevés chez les Peuls que chez les Dogons. Il semblerait
donc qu'un facteur immunogénétique présent cher les Peuls puisse
expliquer cette différence de susceptibilité au paludisme comparativement
aux Dogons (Dolo A et coll., Département d'Epidémiologie des
Affections Parasitaires, Faculté de Médecine et de Pharmacie
, Bamako, Mali).
- Les aspects cliniques et parasitologiques du paludisme ne
sont pas à négliger et varient d'une zone à une autre et d'une
période à une autre. C'est ainsi, que les paramètres comme l'indice
splénique, l'indice splasmodique, l'indice gamétocytique doivent
être exploités afin d'identifier certaines zones d'hyper-endémicité.
- Certaines études montrent que le taux d'infection des moustiques
et la charge oocystique moyenne dans certaines zones d'endémie
palustre sont comparables quelle que soit la tranche d'âge sur
laquelle le moustique se gorge (4 à 9 ans, 10 à 18 ans). Le
taux de portage en oocystes varice en fonction des saisons et
serait plus élevé en saison des pluies. Le portage des gamétocytes
serait élevé pendant la saison pluvieuse. Ce qui veut dire qu'il
existe une variation saisonnière de l'infectivité des gamétocytes
qui doit être prise en compte dans la lutte contre la transmission.
- Des études prouvent, que presque tous les enfants en zone
holo-endémique (Dielmo, Sénégal) ont été infectés au moins une
fois avant l'âge de 2 ans et que P. falciparum était responsable
la primo-infection dans 97 % des cas. Par ailleurs, 38 % des
accès palustres survenant avant l'âge de 6 mois présentaient
des densités parasitaires faibles probablement liées à l'immunité
maternelle transmise passivement Le nombre total d'accès par
enfant variait entre 0 et 20.
- Aussi, des études très concluantes prouvent que l'analyse
de certaines données, telles que : les températures et l'humidité
précédant les précipitations, les hauteurs linimimétriques du
fleuve, les délais moyens entre les phénomènes pluviométriques
et hydrologiques, peuvent permettre de prendre une série de
mesures préventives adéquates visant à prévenir les les épidémies
de paludisme (IEC, dépistage précoce, surveillance épidémiologique,
approvisionnement suffisant en matériels antipaludéens, pulvérisation
intra-domiciliaire). Des inondations augmentent les vecteurs
du complexe Anopheles gambiae. D'ailleurs, sur le plan épidémiologique
Anopheles funestus a été retrouvé après plusieurs années de
disparition dans la vallée du fleuve Sénégal. Ceci a été favorisé
par une bonne pluviométrie, une forte humidité et des températures
élevées entraînant ainsi une augmentation de la transmission.
De même, que la modification de l'écosystème d'un lac peut entraîner
des changements dans l'expression du paludisme en termes d'incidence
et de variation dans la distribution temporelle etc.
Il faut signaler, que depuis la Campagne Mondiale de Lutte contre
le Paludisme (1957 à 1968) jusqu'au sommet des Chefs d'Etat africains
à Abuja (en 2000) différentes politiques et stratégies de lutte
antipaludéenne ont vu le jour. "Roll Back Malaria" ou "Faire Reculer
le Paludisme" vient renforcer certains acquis et corriger certaines
insuffisances. Avec tous les moyens qui seront mobilisés et pour
un succès de l'initiative, une réforme de certains Plans stratégiques
est envisagée. Entre autres stratégies fondamentales des programmes
nationaux et en Guinée, certaines recherches ciblées favorisant
les activités épidémiologiques et opérationnelles doivent être entreprises
:
- Diagnostic et prise en charge des formes graves du paludisme
de l'adulte : aspects épidémiologiques, cliniques et évolutifs
- Etude de la susceptibilité de certains groupes ethniques au
paludisme
- Plan stratégique d'implication du secteur privé dans la lutte
contre la paludisme
- Stratégies de financement à base communautaire de la lutte contre
le paludisme
- Identification environnementale des zones hyper-endémiques et
définition des stratégies d'intervention
- Planification sectorielle des activités du Ministère de l'environnement
et des grands travaux
- Evaluation de la chimiorésistance aux anti-paludiques
- Coordination de l'implication des tradi-thérapeutes dans la
lutte contre le paludisme
- Stratégies de prévention du paludisme en période de troubles
- L'analyse des épidémies palustres survenues au niveau des vallées
des fleuves et de certains cours d'eau
- Etudes des déterminants épidémiologiques de l'infection et de
la morbidité palustre en zone de transmission saisonnière
- Aspects cliniques et parasitologiques de la transmission du
paludisme en Savane
- Variations saisonnières de l'infectivité des porteurs de gamétocytes
en zone d'endémie palustre
- Morbidité palustre en milieu rural. Incidence et expression
clinique du paludisme pendant les 2 premières années de la vie
en zone méso-endémique à transmission saisonnière
- Description du portage asymptomatique de P. falciparum en période
de non-transmission dans une population d'enfants en savane
- L'impact des modifications limnologiques de certains lacs sur
l'épidémie du paludisme
- Etudes cas/témoins des facteurs biologiques et génétiques liés
au paludisme cérébral
- Clairance des parasites chimiorésistants
- Paludisme et complications de la grossesse
- Le paludisme à l'accouchement
- Interaction paludisme - VIH
- Principaux indicateurs du paludisme en Guinée avant l'initiative
"Faire reculer le paludisme"
- Les tests et évaluation d'efficacité thérapeutique
- Impact à court et à long terme des rideaux et moustiquaires
imprégnés d"insecticides
- etc.
Conakry, le 8 février 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée.
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