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Une revue du rapport pauvreté et santé en Guinée (1er mars 2006)

PAUVRETE ET SANTE (1ère Partie)

L’Enquête Intégrée de Base pour l’Evaluation de la Pauvreté (EIBEP) constitue la seconde enquête du genre réalisée dans notre pays après l’Enquête Intégrale Budget-Consommation (EIBC) exécutée en 1994-1995. Elle est exécutée par la Direction Nationale de la statistique du Ministère du Plan.
L’EIBEP fournit des informations détaillées sur tous les aspects de niveau de vie des ménages (caractéristiques socio-démographiques, éducation, santé, emploi et utilisation du temps dans le ménage, logement, consommation, revenus, activités agricoles, emploi indépendants non agricoles, avoir des ménages).
Notre article s’intéresse au volet pauvreté et santé. Car, en parcourant le questionnaire de l’EIBEP on remarque qu’il fournit des informations détaillées sur l’état sanitaire de la population au cours des 4 dernières semaines ayant précédé l’enquête, l’utilisation des services de santé (type de personnel consulté, genre et statut de l’établissement sanitaire fréquenté, satisfaction pour les prestations) et la santé de la reproduction (soins prénatals, soins préventifs, soins post-natals et qualité des prestations de services de santé et la pauvreté.

Le taux de morbidité c’est-à-dire la proportion de personnes ayant souffert de maladie ou de blessure au cours des 4 dernières semaines ayant précédé l’enquête est l’indicateur principal. C’est ainsi que l’EIBEP a permis d’estimer à 2.509.307 personnes, le nombre total d’individus ayant souffert d’une maladie ou d’une blessure au cours des quatre dernières semaines ayant précédé l’interview, soit 29,4% de la population totale.
Dans le cadre du ménage, le groupe socio-économique du chef de ménage est un indicateur important de l’incidence de la maladie. Selon qu’on soit indépendant agriculteur de produits d’exportation ou agriculteur de subsistance, l’incidence varie respectivement de 46,3% à 31,2%.
La maladie a une incidence sur l’activité économique. Pour l’ensemble du pays, le nombre de jours d’inactivité au cours des 4 dernières semaines, suite à une maladie ou une blessure, s’élèverait à 14 jours en moyenne, tan disque le nombre médian de jours d’inactivité s’élève lui à 4.

Le nombre moyen de jours d’inactivité s’écarte peu de cette moyenne nationale pour les régions naturelles et les régions administratives. Concernant l’âge, on note que les personnes de 50 ans et plus ont enregistré plus de 20 jours d’inactivité en moyenne.

Les principales maladies citées par la population portent sur la fièvre et/ou le paludisme (43,3 %) et les maux de ventre (15,6 %). La prévalence de la diarrhée et du rhumatisme représente 5 % respectivement. Dans le cadre de la fréquentation des services de santé, on remarque qu’au niveau de l’ensemble du pays, seulement 18,6 % de la population ayant souffert de maladie ou de blessure ont déclaré avoir consulté un personnel du corps médical, paramédical ou un guérisseur. Ce taux est légèrement supérieur à celui enregistré lors de l’EIBC (14,2 %).

Le taux de consultation est plus élevé au niveau des individus de sexe féminin que ceux de sexe masculin : 19,7 % et 17,3 %, respectivement.

Selon le milieu de résidence, la proportion d’individus ayant été en consultation au cours des 4 dernières semaines est de 17 % à Conakry, 18,7 % en milieu rural et 20 % au niveau des autres centres urbains.

Au niveau régional, les taux de consultation les plus faibles sont enregistrés en Moyenne Guinée (près de 16 %) et en Haute Guinée (15,1 %). Le même constat avait été fait lors de l’EIBC bien que les taux aient quelque peu augmenté. A cette époque les taux dans ces régions étaient respectivement de 11,6 % et 9,7 %.

Examinés sous l’angle du groupe socio-économique du chef de ménage, les taux les plus bas sont enregistrés au niveau des individus dont les chefs de ménage sont des indépendants agriculteurs de subsistance (12 %).

Les structures sanitaires publiques sont plus fréquentées que celles privées. Cette affirmation est valable pour chacun des deux sexes. En effet, 65,7 % des consultations ont eu lieu dans des établissements publics. Les femmes les sollicitent plus que les hommes (67,2 % contre 63,8 %). La distribution des dernières consultations selon le lieu où la consultation a été faite. Plus de la moitié des consultations ont eu lieu dans un poste de santé ou un centre de santé (57,2 %). Les centres de santé, à eux seuls, ont assuré 27,5 % des consultations.

Une pratique courante qui avait déjà été constatée lors de l’EIBC est la consultation à domicile (domicile de la personne qui consulte ou domicile du patient).

Dans l’ensemble, 25,5 % des consultations sont effectués à domicile. Les hôpitaux (régionaux, préfectoraux ou ceux des centres miniers) ne totalisent que 17,2 %. Les consultations qui ont eu lieu dans une clinique, un dispensaire ou une pharmacie représentent 9,3 % de l’ensemble des consultations.

S’agissant du type de personnel consulté, Le tableau ci-dessous montre la Répartition (%) des consultations selon la personne qui a été consultée par source (résultats de 2 enquêtes et de deux périodes).

EIBEP (2002-2003)

EIBC (1994-1995)

 

  • Médecin : 29,3%
  • Infirmier : 38,0%
  • Pharmacien : 3,0%
  • Sage-femme : 1,8%
  • Aide de santé : 7,4%
  • Accoucheuse formée : 0,1%
  • Accoucheuse non formée : 0,0%
  • Guérisseur/Marabout : 18,8%
  • Autre : 0,9%

Source : EIBEP (2002-2003)-EIBC (1994-1995)/DNS/MP

 

  • Médecin : 35,4
  • Infirmier : 32,2
  • Pharmacien : 0,7
  • Sage-femme : 2,9
  • Aide de santé : 5,9
  • Accoucheuse traditionnelle : 0,8
  • Guérisseur/marabout : 21,1
  • Autre : 0,8
  • Non déclaré : 0,1

La fréquentation des structures sanitaires peut dépendre entre autres de l’accessibilité Cet indicateur est mesuré ici par le temps mis pour se rendre dans la formation sanitaire.

Un ménage est considéré comme ayant accès à une structure sanitaire, en termes de temps, s’il met moins de 30 mn à pieds pour l’atteindre. On remarque selon l’EIBEP, qu’a peine 39 % des ménages ont accès à un service de santé. En dehors de Conakry, seule la région naturelle de la Guinée Forestière a un taux supérieur à 43 %. Dans les autres régions, les taux varient de 37 % en Haute Guinée à 31,6 % en Basse Guinée et seulement 26,2 % en Moyenne Guinée.

Par contre, les régions administratives de Kindia (26,9 %). Labé (26,8 %), Faranah (24,9 % et surtout Mamou (20,9 %) ont les taux d’accès les plus faibles.

Mais globalement, les ménages des centres urbains de l’intérieur (66,7 %) accèdent plus facilement aux services sanitaires que ceux de Conakry (63,7 %). L’écart serait surtout marqué entre les centres urbains de l’intérieur du pays et la zone rurale où seulement 28,4 % des ménages ont accès. Et en général près de 43 % des ménages mettent une heure ou plus pour atteindre un service sanitaire. Cette proportion avoisine 56 % en milieu rural. Dans les centres urbains de l’intérieur, seulement 5,2 % des ménages sont situés à 60 mn ou plus d’établissement sanitaire alors qu’à Conakry, la proportion correspondante est de 10,7.

Le taux de satisfaction à été prospecté au cours de cette enquête pertinente. Dans l’ensemble 46,3 % des personnes enquêtées sont satisfaites des prestations des services de santé. Les personnes les plus satisfaites sont celles de Conakry (54,1 %) et ceux de la Basse Guinée (53,9 %). Dans les régions administratives de Boké, la proportion de personne satisfaites atteint 56,7 % contre 36,4 % à Mamou et seulement 33,8 % à N’Zérékoré.

Du point de vue sexe, il y a plus d’homme satisfaits (47,3 %) que de femmes (45,5 %).

Par ailleurs, le niveau de satisfaction est plus élevé chez les personnes qui se rendent dans les établissement privés (53,8 %) que chez celles qui vont dans le public (42,4 %).

En ce qui concerne les personnes non satisfaites, des question leur ont été posées sur les raisons de non satisfaction. Les raisons les plus importantes citées sont : le coût (42,1 %) et la qualité du traitement (24,9 %). La longue attente et le manque de médicaments sont cités respectivement par 12,8 % et 10,8 % des personnes non satisfaites.

Des questions relatives aux soins prénatales ont été posées aux femmes âgées de 15 à 49 ans qui ont eu une grossesse au cours des 12 derniers mois. La proportion de femmes de âgées de 13 à 49 ans en grossesse au cours des 12 derniers mois et qui ont reçu des soins prénatales est 75,2 %. Cette proportion s’est améliorée par rapport à son niveau lors de l’EIBC (61,5 %).

Au niveau des régions naturelles, les proportions varient de 61,6 % en Moyenne Guinée à 86,6 % en Guinée Forestière. A Conakry, la presque totalité des femmes en grossesse aurait bénéficié de soins prénatals (97 %). Au niveau des régions administratives, les plus faibles proportion ont été enregistrées à Mamou et à Labé avec respectivement 62,2 % et 65 %.

Les femmes du milieu rural sont moins nombreuses à bénéficier de soins prénatals que celles des centres urbains.

Par rapport à l’âge, on constate que ce sont les femmes les plus âgées (40 ans et plus) qui enregistrent les proportions les plus faibles. Ainsi, pour le groupe d’âges 40-44 ans, six femmes sur dix (63 %) ont été suivies pendant leur grossesse et une femme sur deux (52 %) pour le groupe d’âge 45-49 ans.

La répartition des consultations prénatales selon le lieu de la consultation et le type de personnel consulté est la suivante :

  • Les postes et les centres de santé constituent les principaux établissement sanitaires où se font les consultations prénatales. Ces établissements accueillent près de huit femmes en grossesse sur dix (79,3 % dont 54,6 % pour les seuls centres de santé). L’ensemble des hôpitaux n’accueille que 10 % des femmes. Celles qui se rendent dans les cliniques et cabinets privés sont peu nombreuses (moins de 4 %).
  • Les régions de Faranah (89,6 %) et de Mamou (89,2 %) sont celles où les femmes en grossesse se rendent plus dans les postes ou centres de santé pour le suivi de leur grossesse.
  • En ce qui concerne le type de personnel consulté, on note que 45,1 % des consultations prénatales sont effectuées par des infirmiers, 35,2 % par des sages femmes et 17,1 % seulement par des médecins.
  • A Conakry, les médecins assurent près de 35 % des consultations prénatales contre environ 10 % à N’Zérékoré.

Plusieurs raisons expliquent le fait que certains femmes en grossesse ne se rendent pas dans les formations sanitaires pour le suivi de leurs grossesses.

Au niveau national, le manque de moyens est la principale raison pour laquelle les femmes enceintes ne se rendent pas dans une structure sanitaire pour le suivi de leur grossesse (près de 47 % des femmes enceintes).

Environ une femme sur trois (32,5 %) a affirmé que l’éloignement ou le manque de centre les empêche de consulter un personnel médical durant la grossesse. Près d’une femme sur dix (8,9 %) pense que ce n’est pas nécessaire de consulter un personnel médical durant la grossesse.

Au niveau des régions naturelles, le manque de moyens a surtout été cité par les femmes de la Haute Guinée et celle de la Basse Guinée ont déploré le manque de formations sanitaires. Les proportions sont respectivement de 33,7 % et 32,5 %. La nécessité d’aller en consultation durant la grossesse est moins perçue par les femmes de la Haute Guinée et celles de la Guinée Forestière.

La région administrative de Mamou est celle qui compte la plus forte proportion de femmes qui ont cité le manque de moyens pour justifier le fait qu’elles ne font pas de consultations prénatales (61,2 %). Celles de Labé (44,3 %), Kindia (40,2 %) et Kankan (38,5 %) ont plus évoqué le manque de structures sanitaires.

Du point de vue du groupe socio-économique, on constate que ce sont les femmes appartenant à des ménages dont le chef est indépendant vendeur de produits non alimentaires ou indépendant du secteur informel qui ont le plus fait allusion au manque de moyens. Les proportions sont de 83 % pour les indépendants du secteur informel vendeurs de produits non alimentaires et 64,9 % pour les autres indépendants du secteur informel.

(FIN PREMIERE PARTIE)

SECONDE PARTIE - suite et fin

Conakry, le 1er mars 2006
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé Tropicale en Guinée

 

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