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Une revue du rapport pauvreté et santé en Guinée (1er mars 2006)

PAUVRETE ET SANTE (2ème Partie, suite et fin)

Au cours de l’EIBEP (Enquête Intégrée de Base Pour l’Evaluation de la Pauvreté), et dans le cadre du contrôle des naissances, près de 6 % seulement des femmes en âge de procréation ( ou leur partenaire) . Les taux d’utilisation les plus élevés de méthodes contraceptives sont enregistrés en Guinée Forestière (9,2 %) et à Conakry (8,2 %) tandis qu’en Moyenne Guinée on ne compte que 2,1 % d’utilisation. Dans cette région, la prévalence contraceptive a malgré tout connu une nette amélioration par rapport à l’EIBC où le niveau n’était que de 0,7 %.

La pratique de la contraception est très faible à Mamou (1,6 %) par rapport aux autres régions administratives.
Selon le groupe socio-économique du chef de ménage , les femmes dont le chef de ménage est un salarié du secteur privé (12 %) et qui appartiennent à des ménages dont le chef est un indépendant du secteur formel (10,1 %) enregistrent les taux les plus élevés de contraception.

Par contre, les indépendants du secteur agricole (agriculteurs et éleveurs) ont des taux inférieurs à la moyenne nationale. Ainsi, les femmes dont le chef de ménage se réclame indépendant éleveur n’utiliseraient pas du tout une méthode contraceptive et celle des ménages relevant d’un indépendant agricole de produits d’exportation n’enregistraient que 0,9 % comme taux d’utilisation des méthodes contraceptives.

L’utilisation de méthodes de contrôle de naissance est fortement corrélée avec le niveau d’instruction de la femme : 4,4 % pour les femmes sans instruction contre 5,4 % pour celles qui ont un niveau d’instruction du primaire, 11,9 % pour les femmes ayant un niveau du secondaire 1er Cycle de l’enseignement général, 21,4 % pour celle qui ont un niveau secondaire 2ème cycle et 25,9 % pour le niveau de l’enseignement technique ou professionnel. Le niveau d’utilisation chez les femmes qui ont atteint l’université se situe à 16 %.

Du point de vue de la situation matrimoniale de la femme, on constate que le taux d’utilisation de méthode de contrôle de naissance est plus élevé au niveau des femmes en rupture d’union. Ainsi, les divorcées :séparées (14,5 %) et veuves (8,6 %) enregistrent des taux nettement supérieurs à la moyenne nationale. Chez les mariées, on constate un taux légèrement plus élevé au niveau des femmes monogames (6,1 %) par rapport à celles vivant dans un ménage polygamique (4,3 %).

En dehors de la continence périodique (29,2 %), la pilule est le moyen moderne le plus utilisé par les femmes ou leurs partenaires. Près d’une femme sur quatre utilise les injections (19,1 %) et 12,1 % des femmes ou leurs partenaires emploient le condom.

L’utilisation des méthodes modernes (pilule, dispositif intra-utérin, injection, préservatif et stérilisation) a connu une forte augmentation par rapport à ce qu’elle était lors de l’EIBC. Sa part dans l’utilisation totale est passée de 29,4 % en 1994 à près de 60 % en 2002.

La stérilisation est pratiquée par 2,3 % des femmes (ou leur partenaire). Il s’agit principalement de la stérilisation de la stérilisation féminine (1,9 %).

La pilule est utilisée par les femmes pratiquement à tous les âges alors que Les condoms sont employés surtout par les femmes jeunes (moins de 30 ans).
La stérilisation féminine quant à elle est faite par les femmes qui sont à la Fin de leur vie génésique (45-49 ans).

Quant aux méthodes dites traditionnelles constituées essentiellement de la continence périodique (29,2 %), elles ont été citées par près d’une femme sur trois (32,1 % au total). Les autres méthodes traditionnelles (utilisation de décoction, de talismans, de ficelles attachées de la hanche etc.) intéressent 8,5 % des femmes.
Les questions posées aux femmes qui n’utilisent pas de méthodes contraceptives font ressortir que 18,3 % d’entre elles n’avaient pas atteint le nombre d’enfants désirés pour expliquer leur attitude.

La religion constitue le second facteur de non utilisation de méthodes de contraception (13,6 %) des femmes . Plus d’une femme sur dix (12 %) a indiqué qu’elle
n’était au courant d’aucune méthode de contrôle de naissance. Pour 4,3 % des femmes, elles n’utilisent pas une méthode contraceptive parce que leur conjoint s’oppose.

Des questions portant sur l’accouchement (lieu et le type de personnel ayant assisté) et sur le suivi de l’enfant après la naissance (soins postnatals, allaitement, alimentation de complément et sevrage) ont été posées au sujet de tous les enfants de moins de 5 ans. Ces questions étaient adressées aux mères ou au membre du ménage ayant la charge de l’enfant.

Plus de la moitié des accouchements a eu lieu au domicile de la mère (58,9 %). Dans les régions naturelles de la Moyenne Guinée et de la Haute Guinée, les proportions sont particulièrement élevées (respectivement 79,8 % et 74,1 %).

En Guinée Forestière 13 % des accouchements se font au domicile de l’agent de santé ou de l’accoucheuse contre 6,5 % au niveau national .

Les enfants nés dans une établissement sanitaire représentent environ le tiers (34,1 %) . C’est dans les régions de la Moyenne Guinée (18,4 %) et de la Haute Guinée (21,5 %) que les femmes accouchent moins dans une formation sanitaire.
Même à Conakry, on compte une femme sur quatre (25,1 %) qui n’accouche pas dans un établissement sanitaire.

En zone rurale, seulement 23,1 % des accouchements se font dans une formation sanitaire soit environ 3 fois moins que dans les centres urbains de l’intérieur (65 %).

Au niveau national, plus du tiers des accouchements (39 %) sont faits avec l’assistance des accoucheuses traditionnelles Les sages femmes interviennent pour un peu plus d’un quart (27,4 %) et les médecins assistent seulement 36 % des accouchement. Moins d’un accouchement sur dix (7,6 %) est assuré par une accoucheuse formée.

Moins de 4 % des accouchements sont assurés par des médecins. A Conakry, la proportion des accouchements assistés par ce personnel médical est nettement supérieure à celles des autres régions naturelles.

La Guinée Forestière compte la plus grande proportion d’accouchements assistés par des accoucheuses formées. En Haute Guinée par contre, plus de la moitié des accouchements (57,4 %) se fait avec l’assistance d’une accoucheuse traditionnelle.

Peu d’accouchements au niveau national (4 %) ont lieu sans assistance. Dans la région naturelle de la Moyenne Guinée, on compte 10,6 % d’accouchements non assistés. Chez les femmes dont le chef de ménage est un indépendant agriculteur producteur de cultures d’exportation ou un indépendant du secteur informel, les proportions d’accouchement qui se font sans aucune assistance sont respectivement de 20,6 % et 14,5 %.

S’agissant du suivi de l’enfant après la naissance, on note que dans l’ensemble, plus de 7 enfants sur dix (72,6 %) ont reçu des soins post-natals au cours des douze derniers mois. Les plus jeunes enfants (moins de 3 ans) semblent avoir été mieux suivis que leurs aînés. Ainsi, les proportions passent d’environ 75 % pour les enfants de moins de 3 ans à seulement 67 % pour les enfants de 4 ans et plus.

On ne note pas de différence significative en examinant les enfants du point de vue du sexe (73,3 % pour les garçons contre 71,9 % pour les filles).

Les enfants qui relèvent de ménages dont le chef est salarié du secteur public ou du secteur privé, indépendant du secteur informel ou formel ont été plus suivis après la naissance que ceux des autres groupes socioéconomiques. Les proportions pour ces enfants tournent autour de 90 % contre seulement 44,7 % pour les enfants des indépendants agriculteurs producteurs de cultures d’exportation .

Quel que soit l’âge de l’enfant ou le sexe, les enfants des centres urbains reçoivent davantage de soins post-natals que ceux du milieu rural. La proportion d’enfants ayant reçu des soins post-natals au cours des 12 derniers mois n’est que de 67,8 % en milieu rural contre 88 % au niveau des centres urbains de l’intérieur du pays et près de 89 % Conakry. Par rapport à l’EIBC, le niveau s’est nettement amélioré. Les données correspondantes de cette enquête indiquaient 31 % en milieu rural, 61 % dans les centres urbains de l’intérieur et seulement 57 % à Conakry.


Quant à la proportion d’enfants âgés de moins de 5 ans ayant été allaités, près de 98 % des enfants ont bénéficié de l’allaitement maternel. Cette proportion ne varie pratiquement pas quel que soit le sexe de l’enfant. D’une façon générale, quelle que soit la variable d’analyse considérée, la proportion d’enfants ayant été allaités est très importante et dépasse 96 %. Seuls les enfants nés de mères ayant atteint un niveau d’instruction universitaire ou plus ont une proportion inférieure à 90 %.

L’âge moyen au sevrage est de 23,5 mois pour l’ensemble du pays et l’âge médian est de 24 mois.

Au niveau des régions naturelles, on note que les enfants de la Guinée Forestière (20,9 mois) et ceux de Conakry (21,6 mois) sont en moyenne sevrés plus tôt que ceux des autres régions.

Les femmes du milieu rural allaitent plus longtemps leurs enfants que ceux des centres urbains.

Plus le niveau d’instruction de la mère est élevé, plus la durée moyenne de l’allaitement est courte. Ainsi, les femmes non scolarisées et celles qui n’ont atteint que le niveau du primaire allaitent pendant plus de 23 mois alors que celles qui ont atteint ou dépassé le secondaire allaitent au plus 20 mois.

On ne note pratiquement pas de différence en prenant en compte le sexe de l’enfant (23,6 mois pour garçons et 23,3 mois pour les filles). Les femmes qui vivent dans des ménages dirigés par un agriculteur ou un éleveur allaitent plus longtemps leur enfants que ceux des autres groupes socioéconomiques.

En plus du lait maternel, il convient de donner à l’enfant à partir du 6ème mois une alimentation de complément en vue de lui assurer une croissance rapide et une meilleure santé. Les données de l’enquête indiquent que dans l’ensemble, près du tiers des enfants de moins de cinq ans (31,5 %) ont commencé à recevoir une alimentation de complément solide ou liquide avant le 6ème mois. Les enfants qui reçoivent des aliments solide ou liquide entre le 6ème et le 8ème mois représentent 44,8 %. Seulement 13,8 % des enfants attendent 12 mois avant de donner à leurs enfants une alimentation de complément.

Pour ce qui est des informations sur l’alimentation de complément selon certaines caractéristiques , au niveau des régions naturelles, les plus fortes proportion d’enfants ayant reçu une alimentation de complément avant 6 mois ont été observées en Moyenne Guinée (38,2 %) et en Guinée Forestière (33,6 %). De même, les régions administratives de Boké (43,7 %), Faranah (38,6 %) et Labé (35,6 %) enregistrent des proportions d’enfants qui reçoivent une alimentation autre que le lait maternel .

Les femmes de Conakry semblent mieux respecter la norme qui veut que l’alimentation solide ou liquide ne soit donnée à l’enfant qu’après le 6ème mois par rapport surtout aux femmes des centres urbains de l’intérieur du pays. Les proportions sont respectivement de 29,5 % et 34,9 %.

Par ailleurs, les enfants nés de mères ayant un niveau d’instruction supérieur (16,7 %) ou du lycée (27,2 %) sont moins nombreux à prendre une alimentation de complément avant l’âge de 6 mois.

L’incidence de la maladie ou de la blessure est plus élevée chez les individus non pauvres que chez ceux pauvres. En effet, elle est de 32,1 % chez les premiers contre 26,6 % chez les seconds. Les très pauvres (24,8 %) se démarquent des pauvres auxquels ils appartiennent.

Quel que soit le niveau de vie du ménage, les femmes subissent plus l’influence de la maladie que les
homme .
L’immobilisation suite à la maladie ou à la blessure ne tient pas non plus compte de la situation de pauvreté des individus. Le nombre moyen de jours d’inactivité chez les pauvres est de 13,8 jours alors que chez les non pauvres il est de 14,1 jours.

Au niveau des régions naturelles, la Haute Guinée (16,5 jours) et la Moyenne Guinée (15,5 jours) se distinguent avec une durée d’inactivité plus élevée chez les pauvres que ceux des autres régions notamment la Basse Guinée et Conakry qui ne comptent qu’un peu plus de 10 jours chacune. Chez les non pauvres par contre, c’est la Basse Guinée qui se détache nettement des autres régions avec un nombre moyen de jours d’inactivité qui avoisine 19 jours.

Sur le plan des régions administratives, les pauvres de Labé (21,2 jours) et Kankan (17,8 jours) restent plus longtemps immobilisés suite à une maladie ou à une blessure que ceux des autres régions alors que chez les non pauvres, Kindia se distingue assez nettement des autres régions avec un nombre moyen de jours d’inactivité de près de 20 jours.

Les pauvres du milieu rural également ont un nombre moyen de jours d’inactivité (14,1) plus grand que celui des autres milieux. Ainsi, à Conakry, les pauvres restent en moyenne 10,3 jours sans mener une activité à la suite d’une maladie ou d’une blessure tandis que dans les autres centres urbains ce nombre est de 11,8 jours.

PRIORITES POUR L’AVENIR

Le Gouvernement guinéen fait certes des efforts pour réduire la pauvreté en Guinée. Notre souci majeur est de développer des stratégies pour la réduction de la pauvreté. De l ‘avis des experts, ce la passe forcement par l’offre de crédit, l’introduction de nouvelles technologie, la recherche de l’emploi, la recherche du travail supplémentaire, le changement de travail et la formation. D’autre part, l’identification et la hiérarchisation des priorités des communautés facilitent l’élaboration de politiques et stratégies de lutte contre la pauvreté et permettent de constater si les priorités des communautés n’ont pas variés par rapport aux consultations précédentes. L’approvisionnement en eau potable, la construction et l’entretien d’infrastructure sanitaires, de routes, d’écoles constituent les principales priorités du développement communautaire en guinée. A celles-ci s’ajoutent de nouvelles priorités notamment, la promotion d’activités productrices génératrices de revenus et l’emploi des jeunes. Parmi les moyens identifiés de lutte contre la pauvreté, il faut ajouter le développement des services sociaux de base, la bonne gouvernance, la lutte contre l’insécurité et la promotion de la femme.

Pour tous renseignements complémentaires, contacter :

La Direction Nationale de la Statistique (DNS)
BP 221, Conakry, Guinée
Téléphone : (224) 41-45-67/41-38-36
Fax : (224) 41-30-59
E-mail : dnstat@biasy.net
bnr-stat@biasy.net
Conakry, 1er Mars 2006

Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur santé tropicale/Guinée

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