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Cher lecteur, après une longue absence indépendante
de notre volonté, nous abordons dans cet éditorial
un sujet d’actualité : il s’agit de l’excision
des jeunes filles.
D’un point de vue historique, l’excision est une tradition
séculaire en Afrique. Elle serait apparue en Afrique il y
a 3000 ans. C’est une pratique néfaste pour la santé
des mères et des enfants. En Guinée, la volonté
politique du gouvernement de lutter contre la pratique de l’excision
s’est manifestée par l’adoption et la promulgation
de la Loi L/10/An/2000 portant sur la santé de la Reproduction
qui protège l’intégrité physique de la
femme. Cette loi prévoit également des dispositions
pénales à l’encontre de tous ceux qui la transgressent.
Dans l’ignorance et le conservatisme, les motivations évoquées
très souvent par la population pour soumettre les jeunes
filles à cette pratique néfaste, sont entre autres
: la préservation de la virginité, le contrôle
de la sexualité de la femme, la religion (bien que pratiquée
par les musulmans, les chrétiens et les animistes).
Plusieurs formes d’excision existent en Guinée :
l’ablation du clitoris (clitoridectomie), l’ablation
du clitoris et d’une partie des petites lèvres (Excision)
et l’ablation du clitoris, des grandes et petites lèvres
avec suture du sexe (Infibulation). Nul doute que les conséquences
immédiates et à long terme de cette pratique sur la
santé de la mère et de l’enfant varient selon
le type et la gravité de l’intervention. D’ailleurs
l’EDSG-III (2005) montre que dans environ 29% des cas d’excision,
des filles avaient eu, au moins une complication et 13% en avait
eu, au moins deux après une excision et les complications
ont été plus fréquentes quand l’excision
a été pratiquée dans sa forme sévère.
C’est ainsi que, quand il y a eu fermeture du vagin, 49% des
filles développent une complication du genre saignement excessif,
difficulté à uriner ou une rétention d’urine
(37%), gonflement dans la zone génitale (9%) ou un problème
de cicatrisation (8% des cas).
Ce constat accablant est fait au moment où un groupe de
volontaire a crée depuis 1984 le Cellule de coordination
sur les pratiques Traditionnelles Affectant la Santé des
Femmes et des Enfants (CPTAFE). Cette organisation, il faut le reconnaître
mène de nombreuses activités pour lutter contre la
pratique de l’excision dans notre pays. Entre autres activités,
il y a la formation des matrones ainsi que des ateliers de sensibilisation
des fonctionnaires et autres personnes concernées. Mais,
les croyances dominent sur l’évidence scientifique
car, la prévalence de l’excision selon le type d’excision
subi par les femmes en Guinée montre que pour 86% des cas,
l’excision consiste à enlever des parties de chair.
La proportion de femmes excisées à un âge relativement
tardif diminue néanmoins des générations anciennes
aux plus récentes passant de 34% à 45-49 ans à
27% à 20-24 ans. Par contre, la grande majorité des
femmes (89%) ont été excisées par des praticiennes
traditionnelles. Malgré ce risque, seulement 10% des femmes
sont excisées par un professionnel de la santé. C’est
surtout les formes sévères (partie de chair enlevées
et fermeture du vagin) qui sont plus fréquemment pratiquées
par les praticiennes traditionnelles (90 et 89%) selon l’EDSG-III
(2005). Les professionnels de santé ne pratiquent que l’entaille/pas
de chair enlevée (34%).
En cernant l’opinion des femmes, on remarque que 90% des
femmes sont malheureusement favorables au maintien de cette pratique
néfaste pour leur santé. Pour elles, c’est une
nécessité religieuse qui a pour avantage de préserver
la virginité de la femme. L’excision apporterait pour
certains hommes une meilleure hygiène à la femme et
une meilleure chance de mariage et réduirait même les
problèmes de santé. Même si c’est parmi
les femmes de niveau secondaire ou plus que l’on observe la
plus forte proportion de femmes favorables à la disparition
de cette pratique (48% des femmes), la fin de la pratique de l’excision
n’est pas pour demain dans notre pays. La sensibilisation,
renforcée par l’application stricte de la loi le garant
de la réussite d’une lutte contre cette pratique néfaste
pour la santé de la reproduction et le bien être conjugal
de la femme.
Conakry, le le 29 août 2007
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé Tropicale en Guinée
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