| Après une longue tournée à l’intérieur de la Guinée profonde, je me suis arrêté à Mamou où le Dr Robert CAMARA, MPH est le Directeur Régional de la Santé. Expert en santé publique ce cadre guinéen est l’un des meilleurs DRS du pays. Il a une seule ambition : promouvoir la santé publique dans sa circonscription. Un promotionnaire (C’est pas pour cela qu’il est meilleur) très aimable qui écrit tout et reçoit tous les étrangers du Ministère de la santé de passage pour la Guinée profonde. Car Mamou est une ville carrefour. Ce qui est impressionnant chez lui c’est le constat tout azimut qu’il fait souvent de la situation sanitaire. Très véridique et bon Kissien (originaire de guinée forestière), sa charmante épouse met toujours au feu 2 marmites : une pour la famille et une pour les étrangers de passage à Mamou. En effet, Mamou est une région administrative de Guinée située à 268 Km à l’Est de Conakry. Elle couvre une superficie de 16 814 Km2 et comprend 3 préfectures : Pita, Dalaba et Mamou.
La région fait partie des grands ensembles de la moyenne Guinée dont elle constitue la partie méridionale et en épouse les caractéristiques physiques, économiques, sociales et culturelles. Le climat est foutanien de type tropical modifié par l’altitude. En 2007, cette région comptait 827 523 habitants soit une densité moyenne de 49 habitants au Km2. Cette région à cause de sa situation géographique est une véritable mosaïque d’ethnies à très large dominance peuhle. Il y a dans cette région presque toutes les activités économiques sauf l’industrie. Bien que l’agriculture et l’élevage se pratiquent, les activités de commerce sont plus dominantes.
Intéressons nous à l’aspect santé de cette région. La vaccination de routine a été renforcée. Pour toute la région, 33101 enfants étaient attendus pour l’année 2007 et 26 427 enfants ont été vaccinés soit 80% d’atteinte de couverture vaccinale. Le tableau ci-dessous donne le nombre d’enfants vaccinés par antigène et par préfecture en 2007 ;
Tableau 1 : Nombre d’enfants vaccinés par antigène et par préfecture en 2007
| |
Antigène |
| BCG |
DTCI |
DTC3 |
VAR. |
VAA |
HEPB |
| Préfecture |
Mamou |
11316 |
12947 |
12355 |
10895 |
10895 |
12064 |
| Dalaba |
5642 |
5526 |
5806 |
4943 |
4943 |
5669 |
| Pita |
9469 |
9185 |
9252 |
9015 |
9015 |
9170 |
| Région |
26427 |
27628 |
27413 |
24853 |
24853 |
26903 |
Source : DRS de Mamou
La couverture par antigène varie entre 67% et 97% selon les préfectures. La préfecture de Mamou présente les meilleurs résultats de la région avec des couvertures allant de 101% à 85%. Selon le DRS et pour éviter les écarts il faut doter les centres de santé de personnel qualifié suffisant et renforcer la supervision des agents sur le terrain.
Dans le domaine de la CPN (Consultation Prénatale) le taux est de 65% dans la région. Le tableau ci-dessous montre que l’utilisation de la CPN reste encore faible et pourrait avoir des conséquences négatives sur l’état de santé des femmes enceintes.
|
Rubriques |
| Population cible |
1ère CPN |
% |
3 CPN dont 1 au 9ème Mois |
% |
Grossesses référées |
% |
| Préfectures |
Mamou |
14355 |
10250 |
71 |
9892 |
69 |
92 |
0,94 |
| Dalaba |
8295 |
4989 |
60 |
3330 |
40 |
43 |
1,2 |
| Pita |
14590 |
8805 |
60 |
8760 |
60 |
96 |
1,09 |
| Région |
37240 |
24044 |
65 |
21982 |
59 |
232 |
1,05 |
A l’analyse, l’insuffisance du personnel féminin dans les centres de santé ruraux et l’insuffisance de stratégies avancées dans la majorité des centres pourraient expliquer ce déficit de consultation prénatale dans le système. D’ailleurs, 65% seulement des femmes attendues consultent dans les structures de base. Parmi les femmes qui font leur première visite, 86% reçoivent leur première dose de vaccin antitétanique. Dans toutes les préfectures, ce pourcentage varie entre 80% et 91%.
La relance des activités de vaccination en faveur des femmes en âge de procréer à large échelle reste une stratégie indispensable pour réduire les cas de tétanos maternel et néonatal.
Dans le cadre de l’accouchement, les femmes choisissent plusieurs itinéraires pour recevoir le produit de leur grossesse. Parmi les lieux d’accouchement on peut citer : les maternités des hôpitaux, les centres de santé, les postes de santé, les domiciles des accoucheuses villageoises, les domiciles des agents de santé qualifié, les domiciles des accoucheuses traditionnelles. Le choix des lieux d’accouchement pourrait dépendre de plusieurs facteurs dont entre autres, les bonnes conditions d’accueil, la compétence, l’empathie, les considérations socioculturelles etc. Pour nous permettre de bien cerner cette situation, les données sur les accouchements ont été recueillies dans les rapports d’activités des structures de santé pour le compte de l’année 2007, toutefois une étude socio anthropologique de cet état de fait apporterait une meilleure explication des itinéraires des femmes et de leurs parents.
Répartition des accouchements selon le lieu de réalisation
|
Indicateurs |
| Nbre Accouchement
CS |
Nbre Accouchement Hôpitaux |
Nbre Accouchement
AV |
NNés Vivants
CS |
NNés Vivants Hôpitaux |
NNés Vivants
AV |
Morts Nés
CS |
Morts Nés
HOP |
Morts nés
AV |
| Lieux |
Mamou |
730 |
786 |
559 |
708 |
651 |
515 |
21 |
92 |
6 |
| Dalaba |
513 |
376 |
577 |
503 |
348 |
565 |
10 |
31 |
11 |
| Pita |
1096 |
462 |
1386 |
1080 |
428 |
1350 |
14 |
47 |
7 |
| Région |
2339 |
1624 |
2522 |
2291 |
1427 |
2430 |
45 |
170 |
24 |
A l’analyse il y a 6485 accouchements enregistrés dans les structures de santé. Parmi ces accouchements, il y a 36% qui se réalisent dans les centres de santé, 25% dans les hôpitaux et 39% dans les mains des accoucheuses villageoises. Il faut retenir que ces pourcentages montrent que 61% des accouchements se réalisent dans les structures de santé lorsqu’on additionne les chiffres des centres de santé et les hôpitaux.
S’agissant des enfants nés, le pourcentage varie entre 88% et 97% de naissances vivantes. En s’intéressant aux cas de morts nés enregistrés, on se rend compte que le nombre notifié ne correspond pas aux chiffres qui sont dans les rapports, car il y a une sous notification des cas de décès à tous les niveaux… Il est nécessaire de faire une analyse plus approfondie du nombre de décès dans les hôpitaux et les centres de santé pour mieux comprendre ces données enregistrées.
Les décès maternels dans la région restent très peu évalués dans la communauté de la région et ne sont comptabilisés que dans les structures sanitaires (centres de santé et surtout les hôpitaux). Ce déficit de notification des cas de décès fait que l’ampleur de la question de décès maternel reste peu connue au regard des nombres de cas notifiés. Bien que la notification des cas de décès maternel faible, il faut à tout prix éviter la mort d’une femme. Le contenu social d’un décès maternel dans nos communautés reste important et sa signification selon les communautés change d’une zone à l’autre.
Il est important d’accroître la formation à tous les niveaux où se font les accouchements.
Dans cette région sanitaire, la situation des césariennes est la suivante :
Situation des césariennes et des décès maternels dans les hôpitaux de la région de Mamou
|
Indicateurs |
| Nombre de cas de Césariennes |
Nombre de cas de décès maternels |
Nombre de cas de dépôt de corps |
| Lieux |
Mamou |
237 |
15 |
2 |
| Dalaba |
46 |
5 |
0 |
| Pita |
145 |
7 |
0 |
| Région |
428 |
27 |
2 |
Le nombre de décès représente 6% des cas de Césariennes ? Néanmoins la question de référence et de contre référence reste une préoccupation pour les autorités sanitaires de Mamou (Manque d’utilisation de l’ordinogramme, l’éloignement de certaines localités des hôpitaux de référence, coût difficilement abordable des prestations de référence, insuffisance de contre référence). La DRS a désigné des personnes responsables de référence et contre référence, renforcé la supervision et mis en place les outils de gestion.
La surveillance épidémiologique des maladies à potentiel épidémique est une tache courante de la DRS. Mais, le taux de détection de la lèpre et de la tuberculose reste encore faible.
Situation des cas de dépistage de la tuberculose pulmonaire durant l’année 2007
|
Paramètres |
| Frottis positifs
Nouveaux Cas |
Frottis positifs
Rechutes |
Frottis positifs
Echecs |
Frottis positifs
RAI |
Total |
Frottis négatifs
< 15 ans |
Frottis négatifs
> 15 ans |
TBC extrapulmonaire |
Total |
| Lieux |
Mamou |
103 |
5 |
1 |
5 |
114 |
0 |
28 |
22 |
137 |
| Dalaba |
25 |
0 |
1 |
0 |
26 |
0 |
0 |
4 |
30 |
| Pita |
78 |
1 |
2 |
0 |
81 |
1 |
9 |
15 |
106 |
| Régions |
206 |
6 |
4 |
5 |
221 |
1 |
37 |
41 |
273 |
Si des efforts sont faits pour identifier des cas suspects, il faut cependant noter que les capacités techniques des agents restent à améliorer selon la DRS. Car sur les 1232 cas suspects orientés dans les centres de traitement, seulement 210 cas sont TPM+ soit 17% de positivité. Les hôpitaux représentent les 60 à 70% des pourvoyeurs de cas suspects de TBC. La prise en charge de la co-infection TBC/VIH est une préoccupation dans la région.
La lèpre reste encore une maladie endémique dans certaines localités de la région. La prévalence calculée au deuxième semestre 2007 est de 0,81 pour 10 000 habitants alors que le taux de détection est de 3,33 pour 100 000 habitants. On n’enregistre pas de cas de TNN. 10 cas de PFA on été détecté ; 16 cas de rougeoles avec 3 décès ont été signalés en 2007 ; la fréquence des diarrhées sanglantes est de 3291 avec un seul décès en 2007. Aucun cas de choléra n’a été enregistré en 2007. Le paludisme et incident avec 77170 cas et 23 décès ; 3 cas de fièvre jaune ont été dépistés en 2007.
La fréquence absolue des cas d’IST selon l’approche syndromique dans les préfectures de Mamou
|
Indicateurs |
| Nombre de cas |
Fréquence |
| Type de syndrome |
Ecoulement vaginal |
2120 |
48,6% |
| Douleurs abdominale |
1116 |
26% |
| Ecoulement urétral |
800 |
18% |
| Ulcère génital |
105 |
2,4% |
| Autres IST |
218 |
5% |
| Total de cas |
4359 |
100% |
Source : rapport SNIGS
Dans la région de Mamou, un programme de prise en charge des IST/VIH/SIDA a été mis en place depuis juin 2003.
Les tableaux ci-dessous montrent la physionomie de cette prise en charge dans la région.
Situation du dépistage diagnostic du VIH/SIDA 2003-2007
|
Années |
| 2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007 |
Total |
| Nombre de cas |
139 |
255 |
286 |
467 |
438 |
1585 |
| VIH positifs |
55 |
141 |
136 |
200 |
139 |
671 |
| % |
40 |
55 |
48 |
43 |
32 |
42 |
Source : Rapport CDV
Situation du dépistage volontaire du VIH/SIDA 2003-2007
|
Années |
| 2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007 |
Total |
| Nombre de cas |
72 |
361 |
760 |
1252 |
1201 |
3646 |
| VIH positifs |
19 |
69 |
136 |
151 |
149 |
524 |
| % |
26 |
19 |
18 |
12 |
12 |
14 |
Source : rapport CDV
Situation du dépistage volontaire et diagnostic du VIH/SIDA 2003-2007
|
Années |
| 2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007 |
Total |
| Dépistage volontaire |
72 |
361 |
760 |
1252 |
1201 |
3646 |
| Dépistage diagnostic |
139 |
255 |
286 |
467 |
438 |
1585 |
| Total |
211 |
616 |
1046 |
1719 |
1639 |
5231 |
Source : rapport CDV
Certaines suggestions de la DRS sont les suivantes :
- Assurer la formation des médecins hospitaliers pour la prescription des ARV
- Appui à l’observance du traitement
- Suivi à domicile
- Augmenter le nombre de sites de dépistage
- Contrôle de qualité des tests de dépistage
- Passage à l’échelle : 150 à 250 patients sous traitement ARV et le dépistage de 2136 à 4000 cas de dépistage.
L’utilisation des services de la région est représentée dans le tableau ci-dessous
|
Rubriques |
| Population cible attendue |
Population cible touchée |
Nombre de contact par an et par habitant |
| Préfectures |
Mamou |
318996 |
62091 |
0,19 |
| Dalaba |
184298 |
46162 |
0,25 |
| Pita |
324229 |
85151 |
0,26 |
| Région |
827523 |
193404 |
0,23 |
La répartition des cas de décès par service en 2007 est la suivante :
- Gynécologie-obstétrique = 15
- Chirurgie = 10
- Médecine = 25
- Pédiatrie = 27
- Urgences = 80, soit au total 157 décès hospitaliers
Dans le souci de mieux cerner ces décès, la DRS de Mamou en collaboration avec les cadres des hôpitaux décide de faire régulièrement des audits de décès surtout dans les services de maternité et de pédiatrie.
(A suivre)
Conakry, le 2 août 2008
Dr Kaba KOUROUMA
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