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Selon les données de la campagne lancée par le
"Ruban Blanc" en 1999, chaque minute dans le monde, 380 femmes deviennent
enceintes, parmi lesquelles 190 ont des grossesses non planifiées,
110 développent des complications liées à la grossesse, 40 ont des
avortements à risque et 1 femme meurt.
Des données récentes montrent que les taux de mortalité maternelle
vont en moyenne de 600 décès pour 100 000 naissances vivantes dans
les pays moins développés à environ 10 décès pour 100 000 naissances
dans les régions développés.
Plus de la moitié des 7,7 millions de décès annuels de l'enfance
surviennent pendant la période néonatale ; parmi eux, 2/3 ont lieu
au cours de la première semaine de vie.
La morbidité et la mortalité maternelle et néonatale constituent
donc, de nos jours, un problème aigu de santé publique qui mérite
une attention particulière dans les pays en développent et particulièrement
en Afrique.
C'est dans ce cadre que l'initiative de maternité sans risque est
née de la conférence internationale de 1987 qui s'est tenue à Nairobi
au Kenya, pour répondre sous forme de politique internationale au
taux élevé de mortalité maternelle dans les pays en développement.
La Guinée à l'instar des autres pays africains
paye un lourd tribu devant ce fléau avec 528 décès maternels sur
100 000 naissances vivantes (EDS1999). En 1992, un programme national
de maternité sans risque a vu le jour et a pour but de réduire la
mortalité maternelle et la mortalité néonatale de 40% d'ici à l'an
2010.
Mais dans quel environnement évolue ce programme
?
- Avec les niveaux actuels de fécondité, les Guinéennes donneront
naissance, en moyenne à 5,5 enfants durant leur vie féconde. Ces
niveaux de fécondité varient fortement en fonction du milieu de
résidence. Globalement, les femmes urbaines (4,4 enfants) ont,
en moyenne, près de 2 enfants de moins que celles du milieu rural
(6,1). Les niveaux de fécondité diminuent fortement avec l'augmentation
du niveau d'instruction.
- A l'age de 17 ans, plus d'une adolescente sur trois a déjà,
au moins, un enfant ou est enceinte pour la première fois. Cette
fécondité précoce est nettement plus importante chez les adolescentes
vivant en milieu rural et chez celles n'ayant pas fréquenté l'école
(46% dans les deux cas).
- Les Guinéens restent très attachés à une descendance nombreuse
: la taille idéale de la famille est de 5,9 enfants pour les femmes
en union et de 8,5 enfants pour les hommes en union.
- Malgré une connaissance relative des méthodes contraceptives,
l'utilisation de la contraception reste assez faible : seulement
4% des femmes en union et 9% des hommes en union utiliseraient
une méthode moderne de contraception.
- La planification familiale se heurte à des problèmes de communication
dans le couple. Seulement 12% des femmes discutent fréquemment
avec leur mari.
- La santé de la mère et de l'enfant est une préoccupation en
guinée. En effet, plus des deux tiers des naissances (71%) font
l'objet de consultations prénatales auprès des professionnels
de la santé. Dans 68% des cas, les mères ont reçu, au moins, une
injection antitétanique pendant la grossesse. Ce pendant 29% des
naissances n'ont pas du tout été protégées contre le tétanos néonatal.
Avant 1999, plus des deux tiers (70%) des naissances ont eu lieu
à la maison. Dans 8% des cas, les naissances se sont déroulées
sans aucune assistance, une naissance sur 5 (20%) a bénéficié
de l'assistance d'une accoucheuse traditionnelle et 35% de l'assistance
d'un professionnel de santé. Dans 8% des cas, les naissances se
sont déroulées sans aucune assistance.
- Selon le carnet de vaccination ou les déclarations des mères,
moins 'un enfant de 12-23 mois sur cinq (32%) a reçu toutes les
vaccinations du PEV à savoir BCG, trois doses de polio et DTCoq,
et la Rougeole. A l'inverse, 21% des enfants n'ont reçu aucune
vaccination.
- Par rapport aux maladies des enfants et traitements, un enfant
de moins de cinq an sur cinq a eu, au moins, une épisode diarrhéique
au cours des deux semaines. Seulement un enfant sur huit de moins
de 4 mois est exclusivement allaité au sein. Environ un enfant
guinéen de moins de 5 ans sur quatre souffre d'un retard de croissance.
- La quasi totalité des femmes de 15-49 ans sont excisées.
Devant ce tableau, et dans le but d'améliorer l'état de santé de
la mère et de l'enfant, le programme national de maternité sans
risque doit dans une stratégie globale tenir compte des problèmes
identifiés et reposant sur une approche multisectorielle susceptible
d'être efficace.
Si des progrès sensibles ont été enregistrés dans les domaines de
la santé maternelle et infantile, en particulier, au niveau des
consultations prénatales, de la vaccination antitétanique des femmes
enceintes et de l'assistance à l'accouchement. Cependant, en dépit
de cette amélioration, des efforts importants doivent être déployés
en direction de certains groupes de population notamment les populations
rurales et/ou sans instruction, ce la dans le domaine de la planification
familiale, de la santé de la mère et de l'enfant et de la lutte
contre les IST/SIDA.
Le succès du programme passera forcement par :
- Un renforcement de la campagne de sensibilisation par des programmes
d'IEC adaptés aux spécificités des populations
- Une sensibilisation des mères sur les avantages des consultations
prénatales, des accouchements assistés par des professionnels
de la santé et de la vaccination complète de leurs enfants avant
un an
- L'amélioration du niveau de connaissance de la population sur
les moyens de prévention des IST/SIDA
- L'éducation de la population en général et des femmes en particulier
dans les domaines de la santé, de la sexualité et de la parenté
responsable.
Conakry, le 2 septembre 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée.
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