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Enquête Démographique et de Santé en Guinée (EDSG-III 2005) : Une analyse du volet VIH/SIDA - 31 août 2005

La troisième Enquête Démographique et de Santé en Guinée (EDSG-III), exécutée en 2005 (1er Février au 31 juillet) par la Direction Nationale de la Statistique (DNS) du Ministère du Plan a été réalisée grâce à l’appui financier de l’USAID, la Banque Mondiale (à travers le Projet d’Appui au Programme Multisectoriel de Lutte contre le SIDA), l’UNICEF et l’UNFPA. L’EDSG-III a bénéficié de l’assistance technique du programme mondial des Enquêtes Démographiques et de Santé (Demographic and Health Surveys - MEASURE DHS) de Macro International, dont l'objectif est de collecter, analyser et diffuser des données démographiques portant, en particulier, sur la fécondité, la planification familiale, la santé de la mère et de l'enfant et le VIH.
Pour la première fois en Guinée, elle a inclus dans ses objectifs les tests du VIH et d’anémie chez les sujets éligibles femmes de 15-49 ans et hommes de 15-59 ans pour déterminer la prévalence du VIH et de l’anémie dans la population guinéenne.

N’ayant pas l’autorisation de diffuser les résultats de cette enquête, nous nous contenterons d’analyser l’approche méthodologique de cette enquête dans cet éditorial jusqu’à diffusion officielle des résultats. Ceci pour permettre à la demande de nos nombreux lecteurs d’apprécier les démarches et procédures indispensables pour la réussite d’une EDS.

C’est l’occasion pour moi de remercier Monsieur le Ministre de la santé publique de Guinée (le Professeur Amara CISSE) de m’avoir choisi comme consultant spécialiste VIH auprès du Ministère du plan dans le cadre de cette enquête. Qu’il en soit vivement remercié et encouragé dans son combat perpétuel pour la promotion des jeunes cadres.
Je n’oublie pas non plus ces braves enquêteurs et enquêtrices, les laborantins et laborantines et toute l’équipe d’éxécution et de coordination de l’ESG-III, qui, sous la pluie et le soleil, ont accompli leur mission avec satisfaction pour le développement socio-économique de la Guinée. Je vous dédie cet éditorial.

S’agissant de l’enquête et comme procédure, l’EDSG-III a réalisé un tirage aréolaire, stratifié et à 2 degrés. Au premier degré de sondage, 297 grappes ont été sélectionnées en procédant à un tirage systématique avec probabilité proportionnelle à la taille. La taille étant le nombre de ménages. Un dénombrement des ménages dans chacune de ces grappes a fourni une liste de ménages à partir de laquelle a été tiré au second degré un échantillon de ménages avec un tirage systématique à probabilité égale. Tous les membres de ces ménages ont été identifiés à l’aide d’un questionnaire ménage et chaque femme âgée de 15 à 49 ans que l’on a identifié a été également enquêtée avec un questionnaire individuel femme. Toutes les femmes âgées de 15-49 ans vivant de façon permanente dans les ménages sélectionnés, ou présentes la nuit précédant l’enquête, étaient éligibles pour être enquêtées (environ 8 000 personnes).

De plus, dans un sous échantillon d’un ménage sur deux, un échantillon d’environ 3 500 hommes de 15-59 ans ont également été enquêtés au cours de l’EDSG-III. Dans ce sous échantillon, toutes les femmes et tous les hommes éligibles pour l’enquête individuelle étaient aussi éligibles pour le test du VIH. En outre, dans ce sous échantillon de ménages, toutes les femmes et tous les hommes éligibles pour l’enquête ainsi que tous les enfants de moins de 5 ans étaient éligibles pour le test d’anémie. Enfin, dans ce sous échantillon de ménages, toutes les femmes éligibles pour l’enquête ainsi que tous les enfants de moins de 5 ans étaient éligibles pour être mesurés et pesés afin de déterminer leur état nutritionnel.

Trois questionnaires ont été utilisés au cours de l’EDSG-III : le Questionnaire Ménage, le Questionnaire Femme et le Questionnaire Homme.
L’objectif principal de ces questionnaires était d’identifier les femmes et les hommes éligibles pour des interviews individuelles en recueillant des informations de base sur les caractéristiques socio-démographiques, y compris l’age, le sexe, l’éducation, les liens de parenté etc. Ces questionnaires ont aussi permis de collecter des informations sur les caractéristiques du ménage, telles que la principale source d’eau de boisson, le type de toilette, le type de matériau du sol du logement, la possession de certains bien durables, la possession et l’utilisation de moustiquaires et le type de sel utilisé dans le ménage. Ces questionnaires ont également été utilisés pour enregistrer les personnes éligibles pour les mesures anthropométriques (poids et taille) et les tests d’hémoglobine et du VIH.
Toutes les procédures de collecte de l’EDSG-III, y compris les procédures des tests d’anémie et du VIH, ont été pré-testées du 16 novembre au 26 novembre 2004.

En ce qui concerne l’enquête principale, la DNS (Direction Nationale de la Statistique) a recruté une centaine de personnes pour la formation d’agents enquêtrices et enquêteurs, et 11 ont reçu la formation de laborantins (chargés de faire les prélèvements sanguins). La formation d’enquêteurs a duré quatre semaines et celle des laborantins une semaine.
À l’issue de la formation, 40 enquêtrices, 10 enquêteurs et 10 laborantins ont été retenus. Ces agents de terrain étaient repartis en 10 équipes composées chacune d’un chef d’équipe, quatre enquêtrices, un enquêteur et un laborantin.
La collecte des données a démarré le 1er février 2005 par la couverture des zones de Conakry, ce qui a permis d’assurer un suivi rapproché des équipes avant qu’elles ne continuent dans les zones éloignées. Ensuite les équipes ont été déployées dans leurs zones respectives de travail (les 7 régions administratives de la Guinée). La collecte des informations et des échantillons de sang prélevés sur papier buvard s’est achevée la troisième semaine du mois de juin 2005.

La saisie des données sur micro-ordinateur a débuté juste après le démarrage de l'enquête sur le terrain. Les données ont été saisies en utilisant CSPro, un logiciel développé conjointement par le Bureau du Recensement des États-Unis, le Programme DHS et le Serpro S.A. La saisie et la vérification de la cohérence interne des réponses se sont achevées en juillet 2005.
Dans un ménage sur deux, les femmes de 15-49 ans, les hommes de 15-59 ans et les enfants de moins de 5 ans étaient éligibles pour le test d’anémie. En outre, ces femmes et ces hommes étaient éligibles pour le test du VIH. Les protocoles pour les tests de l’anémie et du VIH ont été approuvés par le Comité d’Éthique d’ORC Macro à Calverton et par le Comité National d’Éthique en Guinée.

Le test du VIH était effectué dans le sous échantillon de ménages sélectionnés pour l’enquête homme. Les prélèvements de sang étaient effectués sur papier buvard (confetiss) auprès de tous les hommes et toutes les femmes éligibles de ces ménages qui acceptaient volontairement de se soumettre au test. Le protocole pour dépister le VIH est basé sur le protocole « anonyme et lié » développé par le projet DHS (Demographic and Health Surveys) et approuvé par le Comité d’Éthique d’ORC Macro. Selon ce protocole, aucun nom ou autre caractéristique individuelle ou géographique permettant d’identifier un individu ne peut être lié à l’échantillon du sang. Le Comité National d’Éthique en Guinée a également a approuvé le protocole « anonyme et lié » spécifique pour l’EDSG-III. Étant donné que les tests du VIH sont strictement anonymes, il n’était pas possible et ne sera pas possible d’informer les enquêtés des résultats de leur test. Pour les personnes éligibles de l’enquête, qu’elles aient accepté ou non d’être testées pour le VIH, un coupon leur était fourni pour obtenir, si elles le souhaitaient, les conseils et un test gratuit auprès d’un Centre de Dépistage Volontaire (CDV).

Pour accomplir les prélèvements sanguins auprès des personnes éligibles, chaque équipe de terrain comprenait un laborantin spécialement chargé des prélèvements. Ces laborantins avaient reçu une formation spéciale sur tous les aspects des protocoles des tests d’anémie et du VIH. D’abord, pour chaque personne éligible, le technicien cherchait à obtenir son consentement éclairé après lui avoir expliqué les procédures de prélèvement, la confidentialité et l’anonymat du test. À ce moment, un coupon de référence lui était remis pour chercher les conseils et test gratuits auprès d’un CDV. Pour les femmes et les hommes qui acceptaient d’être testés, le laborantin, en respectant toutes les précautions d’hygiène recommandées, prélevait des gouttes de sang sur un papier filtre. Dans la plupart des cas, les gouttes de sang étaient obtenues de la même piqûre au doigt que pour l’anémie. Une étiquette contenant un code barre était collée sur chaque papier filtre contenant du sang. Une deuxième étiquette avec le même code barre était collée sur le Questionnaire Ménage sur la ligne correspondant au consentement de la personne éligible. Un troisième étiquette, toujours avec le même code barre, était collée sur la fiche de transmission. Les gouttes de sang sur papier filtre étaient séchées pendant 24 heures au minimum, dans une boîte de séchage avec des dessiccateurs absorbants l’humidité. Le lendemain, chaque échantillon séché était placé dans un petit sac en plastique imperméable et à fermeture hermétique. Pour la conservation des prélèvements, des dessiccateurs et un indicateur d’humidité étaient placés dans le petit sac. Les sacs en plastique individuels étaient ainsi conservés secs jusqu’à leur acheminement régulier au Laboratoire National de Référence à Conakry pour être enregistrés et analysés.

Le test des anticorps anti-VIH et la restitution des résultats étaient effectués par le Laboratoire National de Référence (LNR) à Conakry. Le LNR est le laboratoire de référence en Guinée ; il est régulièrement soumis à un contrôle de qualité interne rigoureux, ainsi qu’à un contrôle de qualité externe. Concernant le contrôle de qualité externe, le LNR participe à l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSAPPS). Pour ce qui concerne les procédures de test au laboratoire, les gouttes de sang séchées sur papier filtre étaient perforées à l’aide d’une poinçonneuse. Le poinçon coupé mesurait approximativement 6 mm de diamètre, et était ensuite plongé dans 150 micro litres de solution PBS pour extraction et recomposition du sang entier. Ensuite le LNR a analysé les échantillons extraits selon un algorithme.

Nous donnons dans le tableau ci-dessous le plan d’action et échéancier des activités de dépistage VIH au LNR.

Plan d'action des activités au LNR au mois de juillet
Activités Echéances prévues Observations

Numérotation des tubes à hémolyse et des tubes Nunc
Et constitution des aliquotes

18 juillet

Achevé le 19 juillet

Extraction des échantillons

18 au 22 juillet

Achevé le 21 juillet

Scannage des échantillons

18 juillet

Achevé le 18 juillet

Analyses au 1er test (Vironostika)

22 au 26 juillet

Achevé le 27 juillet

Analyses au 2ème test (Enzygnost)

23 au 27 juillet

Achevé le 28 juillet

Western Blot
(test de confirmation)

28 au 30 juillet

Achevé le 2 août

Validation , interprétation et Disponibilité de tous les résultats

1er Août

Achevé le 2 août

Au total 6962 échantillons ont été traités et analysés au LNR au cours de L’EDSG-III (2005).

Le tableau ci-dessous indique la spécification des tests utilisés au cours de l’EDSG-III (2005).

Spécification des tests utilisés au cours de l’EDSG-III (2005)
Nom du test Nb de tests par Kit Garantie de demie/vie
et température de conservation
Type HIV Type d’antigène Longueur d’onde Coût/test
US $ et EURO

VIRONOSTIKA HIV UNI-FORM II PLUS O (Biomérieux BV)

576

12 mois/2-8°

HIV 1+2
O
Recombinant proteins, synthétic peptides 450/620 nm 0,46 EURO

ENZYGNOST ANTI-HIV ½ PLUS (Dade Behring AG)

10 x 96

12 mois/2-8°

HIV 1+2 Recombinants protein 450/620 nm 0,75 US$

HIV BLOT 2.2
(Genelabs Diagnostics)

36

15 mois/2-8°

HIV1
HIV2
Viral lysate + synthétic peptide NA 10,97 US$

La procédure ci-dessous a été appliquée après la collecte sur le terrain de sang total sur papier filtre :

  • Réception et enregistrement des échantillons collectés au LNR
  • Scannage des échantillons
  • Photocopie des codes à barre et transmission au service informatique
  • Numérotation des tubes NUNC et aliquotes
  • Extraction des échantillons
  • Aliquote des échantillons
  • ELISA
    • Elisa 1 (VIRONOSTIKA)
    • ELISA 2 (ENZYGNOST)
  • Western Blot (WB)
  • Transcription et interprétation des résultats

Les tests utilisés au cours de l’EDS dépistent les trois groupes de souche du VIH : M(Majeur), O (outlier) et N (ni M ni O). Le groupe majeur (M) est encore divisé en plusieurs sous types, ainsi que de l’association de deux sous types ou davantage, connus sous le nom de formes recombinantes circulantes (CRF). Un sous type est défini comme possédant un génome qui lui est propre à 25% au moins. Onze sous type ont été identifiés qui sont chacun désignés par une lettre (sou-types A ou C etc.). Lorsque ces sous-types se mélangent (par exemple au moment où un individu est infecté par deux sous-types de VIH différents) et que la combinaison génétique qui en résulte se fixe dans le milieu, elle est appelée CRF. Jusqu’ici 13 CRF ont été identifiées. S’il n’y a que certains sous-types dans certaines régions du monde, tous les sous-types se rencontrent en Afrique ainsi que plusieurs CRF. Le sous-type C est le plus rependu et représente 50% de toutes les nouvelles infections. Le sous-type A est le deuxième variant le plus courant du VIH1. Ce sous type représente 80% des infections en Afrique occidentale, dont la Guinée fait partie.
C’est ainsi que, l’algorithme développé et validé a été conçu pour faire face à la grande diversité génétique du VIH en Guinée et de son impact sur le sérodiagnostic.

Trois tests différents sont combinés dans le cadre du diagnostic sérologique du VIH au cours de l’EDSG-III (2005) : ELISA 1 (Vironostika) ; ELISA 2 (Enzygnost) et HIV BLOT.

ELISA 1 : Vironostika HIV Uniform II Plus O (Biomerieux BV) Microelisa system.
Il s’agit d’un test ELISA de type sandwich à une phase, de troisième génération, très sensible avec comme antigène des protéines recombinants et des peptides synthétiques détectant le VIH1 (Groupe M, N et O) et le VIH2. Les barrettes microlisa chacune avec 8 cupules recouvertes d’un mélange d’antigène p24 de VIH-1, gp160 de VIH-1, et env de VIH-2 (AUSIO Sistema de Elevacion S.L 592-603). Chaque cupule contient une sphère en forme de perle, qui contient un mélange lyophilisé de p24 de VIH-1, gp160 de VIH-1, peptide ANT70 de VIH-1, peptide env de VIH-2 (acides aminés 592-603) marqué à l’HRP et lyophilisé. La sensibilité de ce test dans le diagnostic des échantillons réactifs au VIH est de 100% et sa spécificité de 99,92%)
Tout échantillon présentant une densité optique (DO-échantillon) < valeur seuil, est rendu négatif et tout échantillon ayant une DO = à la valeur seuil (DO = VS) est rendu positif.
Les échantillons dépistés positifs en ELISA1 (Vironostika) sont ensuite analysés à l’aide d’un second ELISA (ELISA2 : Enzygnost Anti-HIV1/2 Plus de Dade Behring AG).

ELISA 2 : Enzygnost anti-HIV1/2 plus de Dade Behring AG.
Plaque de microtitration recouverte d’un pool de proteine VIH (env) recombinantes (E.coli). les protéines représentent les domaines immunoréactifs des proteines virales suivantes : gp41 (VIH-1), gp41 (VIH-1 sous type O) gp36 (VIH-2). La sensibilité de ce test est de 100% et sa spécificité de 99,3 à 100%. en test initial et de 99,99% en retest.
Ce deuxième test ELISA2 (test de compétition) est utilisé en deuxième intention car hautement spécifique du VIH1 et du VIH2. Les types d’antigène utilisé comme support dans ce test sont des protéines recombinantes. L’exploitation des résultats est effectuée automatiquement.

Selon les critères du test Enzygnost les échantillons sont classés comme suit :

  1. Échantillon < valeur seuil -10 % ≈ négatif
  2. Échantillon > valeur seuil ≈ positif
  3. Valeur seuil -10 % ≤ Échantillon ≤ valeur seuil ≈ douteux

Les échantillons trouvés dans la zone grise ou supérieurs à cette zone grise doivent être re-testés.
Si un échantillon trouvé initialement douteux donne des valeurs inférieures à la zone grise dans le re-test, le considéré comme négatif selon les critères du test.
Si les deux valeurs du re-test sont de nouveau trouvées dans la zone grise ou supérieures à la zone grise, l’échantillon doit être considéré comme de nouveau positif.
Tous les échantillons douteux ou réactifs à l’Enzygnost (ELISA2) sont confirmés au HIV BLOT 2.2 (Genelab Diagnostic) à base de viral lysate + synthetic peptide HIV1 et HIV2.
Tous les échantillons discordants après répétition de ELISA1 et ELISA2 sont analysés au HIV BLOT 2.2.
Les échantillons négatifs au HIV BLOT 2.2 sont considérés comme définitivement négatifs.
Les échantillons positifs au HIV BLOT 2.2 sont considérés comme définitivement positifs.
Les échantillons positifs à ELISA1, positifs à ELISA2 et positifs après répétition de ELISA1 et de ELISA2 mais négatifs au HIV BLOT sont considérés comme indéterminés.

Un programme en CSPro, spécialement conçu selon l’algorithme retenu, était fourni au LNR pour la saisie des résultats des tests. Au fur et à mesure des entrées, ce programme procédait à un comptage automatique de toutes les entrées (nombre de prélèvements testés, nombre de positifs et de négatifs selon les différents kits utilisés). Toutes les deux semaines environ, les responsables du LNR fournissaient à la DNS et à ORC Macro les résultats agrégés de ces comptages de façon à ce que les responsables de l’enquête puissent suivre le déroulement des tests et déceler d’éventuelles anomalies.

Concernant la restitution des résultats, chaque prélèvement de sang transféré au LNR était identifié uniquement par un code barre, et seul ce code était saisi dans le fichier CSPro avec les résultats des tests. Ce fichier confidentiel est resté sous la responsabilité de LNR jusqu’à la fin de l’enquête. Lorsque le fichier de données de l’EDSG-III (basé à la DNS) a été apuré et que les facteurs de pondération ont été calculés, un fichier de données contenant uniquement les facteurs de pondération, le sexe, l’âge, la région de résidence et le code d’identification des enquêtés a été préparé et comparé au fichier du LNR pour vérifier la cohérence des deux bases de données. Ces deux fichiers ont alors été fusionnés pour calculer les résultas préliminaires sur la prévalence du VIH par âge, sexe et région de résidence (Boké, Conakry, Faranah, Kankan, Kindia, Labé, Mamou, N’zérékoré).

Nous pensons avoir ainsi passez en revue la procédure dans ses grandes lignes de l’EDSG-III.
Avant de faire une analyse générale du volet VIH, il serait intéressant de montrer la structure générale du rapport attendu de l’EDSG-III.

  1. Liste des tableaux et graphiques
  2. Liste des Acronymes
  3. Introduction
  4. Réalisation de l’enquête
    • Echantillonnage
    • Questionnaires
    • Formation et collecte de données
    • Traitement des données
    • Tests de l’hémoglobine et du VIH
  5. Résultats : Enquête Ménage et Enquêtes individuelles
    • Couverture de l’échantillon
    • Caractéristiques socio-démographiques des enquêtés
    • Fécondité
    • Utilisation de la contraception
    • Désir d’enfants supplémentaires
    • Soins prénatal et assistance à l’accouchement
    • Vaccination des enfants
    • Traitement des maladies de l’enfance
    • Allaitement et alimentation de complément
    • Etat nutritionnel des enfants
    • Test d’anémie
    • Mortalité des enfants
    • Connaissance du VIH/SIDA
    • Utilisation de condom
    • Excision
  6. Résultat des tests de dépistage du VIH
    • Taux de couverture du test VIH
    • Taux de séroprévalence du VIH

Analyse générale Prévalence et VIH/SIDA

  • Le sida est aujourd’hui l’un des problèmes majeurs de santé publique dans les pays africains. L’EDSG-III a inclus une série de questions sur la connaissance du VIH/sida, les modes de transmission et de prévention du VIH et sur les comportements.
  • L’utilisation du condom, particulièrement en situation de rapports sexuels à haut risque, est l’un des moyens efficaces pour éviter la propagation du VIH/sida. Aux hommes et aux femmes sexuellement actifs, on a donc posé des questions sur l’utilisation du condom au cours des 12 derniers mois avant l’enquête. Les résultats préliminaires mettent en exergue des comportements différentiels dans l’utilisation du condom lors des derniers rapports sexuels aussi bien chez les femmes que chez les hommes, et particulièrement lorsque le partenaire est non cohabitant.
  • En Guinée comme dans d’autres pays, la sensibilisation au VIH/SIDA est élevée : la majorité des adultes de 15-49 ans savent qu’une utilisation correcte et systématique du préservatif peut prévenir la transmission sexuelle du VIH. Mais en général, la sensibilisation au VIH/SIDA et les connaissances sur le sujet reste faible dans les zones rurales et parmi les femmes. Dans des lieux, même si les niveaux de connaissance sont les mèmes, l’expérience montre que les femmes montrent des niveaux très faibles d’utilisation de préservatif. Ce qui indique d’après certains analystes qu’un grand nombre d’entre elles ne sont pas en mesure de négocier des rapports sexuels à moindre risque avec leurs partenaires masculins. Le fossé sexospécifique demeure bien large.
  • En général , ceux qui ne savent pas lire ont moins de chance d’utiliser un préservatif au cours d’un rapport sexuel occasionnel que leurs compatriotes qui ont été scolarisés au-delà de l’école secondaire. Les habitants des campagnes ont moins de chance que leurs paires des villes d’utiliser un préservatif avec des partenaires occasionnels.
  • Si les actions ciblées contribuent à faire augmenter le taux d’utilisation des préservatifs, des enquêtes rappellent que les actions contre le VIH doivent atteindre la population générale si l’on veut maîtriser l’épidémie et le garder à un faible niveau.
  • Certaines enquêtes au sud du Sahara ne cernent pas spécifiquement l’homosexualité. Mais, il est certain que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ont également des rapports avec des femmes -facettes jusqu’ici cachées de l’épidémie.
  • Comme mentionné plus haut, l’EDSG-III 2005 a inclus le test du VIH dans la moitié des ménages sélectionnés. Toutes les femmes et tous les hommes éligibles pour l’enquête individuelle dans ce sous-échantillon étaient sollicités pour donner quelques gouttes de sang pour le test du VIH. Selon les recommandations de l’ONUSIDA, pour faciliter la comparaison entre les femmes et les hommes, les résultats sont limités aux âges de 15-49 ans pour les deux sexes. Une analyse plus détaillée, y compris pour les hommes de 50-59 ans, sera réalisée dans le rapport final de l’EDSG-III.
  • En tout cas, une estimation précise de la prévalence de VIH est nécessaire pour évaluer l’ampleur de l’épidémie en Guinée et pour suivre la progression de l’épidémie au cours du temps. Les données des sites sentinelles de surveillance épidémiologique, provenant des femmes enceintes qui viennent pour les consultations prénatales et l’enquête sur la séroprévalence réalisée en 2001(ESSIDAGUI 2001), ont jusque là été les principales sources d’informations sur la prévalence du VIH en Guinée.
  • Les données provenant des sites sentinelles sont d’une grande valeur parce qu’elles peuvent être disponibles de façon assez régulière, et elles sont moins coûteuses à collecter que celles d’une enquête nationale représentative de la population générale. Toutefois, les données de ces sites de surveillance présentent plusieurs insuffisances importantes. L’insuffisance majeure est principalement liée au fait que les femmes enceintes ne sont pas représentatives de la population générale en âge reproductif (Slutkin et al 1988). Le plus évident c’est que les niveaux de la prévalence de VIH varient entre les femmes et les hommes, et les hommes ne sont évidemment pas représentés dans les données provenant des sites sentinelles. De plus, le niveau de prévalence est généralement plus élevé chez les femmes enceintes que chez les femmes dans la population générale car parmi les femmes non enceintes il y a les femmes non actives sexuellement, et donc peu exposées au VIH. Les niveaux de prévalence varient aussi avec l’âge. Les femmes qui se rendent dans les services de soins prénatals peuvent avoir une distribution d’âge qui est différente par rapport à celle des femmes dans la population générale. Enfin, la couverture géographique pourrait présenter une autre source de biais inhérente dans les données des sites de surveillance, dans la mesure où les données proviennent d’un nombre limité des sites sentinelles qui se trouvent le plus souvent dans les zones urbaines ou semi urbaines-- là où la prévalence du VIH est la plus élevée.
  • Avec l’inclusion du test du VIH dans l’EDSG-III, la Guinée est l’un des premiers pays d’Afrique subsaharienne à enrichir sa base d’information sur le VIH avec des données d’une enquête nationale, représentative de la population générale. Pour la première fois, le pays dispose d’une mesure directe de la prévalence du VIH au lieu d’une estimation dérivée d’un modèle basé sur les données des sites sentinelles et ajustées avec certains paramètres. L’ONUSIDA et l’OMS recommandent que les résultats d’une enquête nationale représentative soient exploités pour calibrer les résultats de la surveillance régulière (UNAIDS/WHO Working Group on Global HIV/AIDS and STI Surveillance, 2000). Il est donc conseillé que la séroprévalence de l’EDSG-III soit analysée de très près et qu’elle soit utilisée pour raffiner la série des paramètres qui sont intégrés dans le modèle d’estimation de la prévalence à partir des données des sites sentinelles.
  • Quant au taux de couverture de prélèvement pour le test VIH, dans l’ensemble, plus de 9 personnes éligibles sur 10 ont été testées pour le VIH.
  • Le taux de prévalence globale du VIH en Guinée qui sera prochainement diffusé donnera une bonne image de la situation globale de l’épidémie. C’est un peu une photographie du VIH/SIDA.
  • Dans les pays qui connaissent une épidémie généralisée comme la Guinée, on a l’habitude de fonder cette image principalement sur les tests effectués de manière anonyme chez les femmes en consultation prénatale (comme dans ESSIDAGUI 2001) a défaut d’une enquête à large échelle comme l’EDSG-III (2005). Mais comme on l’a dit plus haut, l’insuffisance majeure de fonder la prévalence du VIH sur les résultats des tests anonymes effectués chez les femmes en consultation prénatale est principalement liée à la non représentativité de la population générale dans cet échantillon.
  • Devant un résultat de séroprévalence, 3 scénarios peuvent s’adapter à la situation guinéenne :
    • La vaste majorité des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourraient avoir été infectée entre 5 et 10 ans auparavant et les nouvelles infections récentes être rares.
    • La majorité des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourraient avoir été infectée récemment (c’est à dire au cours des deux dernières années).
    • On peut envisager que le taux de prévalence du VIH est resté stable en Guinée suggérant que les nouvelles infections se produisent à un rythme régulier. Mais il est possible que tel ne soit pas le cas. La Guinée pourrait connaître des taux plus élevés de mortalité due au SIDA (lorsque les personnes infectées approximativement dix ans auparavant décèdent en grand nombre) et une augmentation de nouvelles infections.
  • Si on ne peut pas occulter la présence de nouvelles infections dans certaines tranches d’age les plus touchées, on peut penser que les nouvelles infections semblent maintenant se produire parmi les épouses et les partenaires sexuels des hommes qui ont été infectés il y a plusieurs années déjà.
  • Si on considère que le niveau d’infection continue à grimper chez les femmes plus âgées et diminue chez les femmes moins âgées, le grand défi sera de maintenir et de consolider ce succès provisoire chez les jeunes femmes.
  • Dans certains pays, les profils de croissance plus menaçants portent ombrage aux taux relativement faibles de prévalence du VIH chez l’adulte , comme au Sénégal (moins de 1%) et au Mali (1,7%) (source :ONUSIDA 200). En dépit de ces progrès il reste bien du chemin à faire. La vaste majorité des sujets n’ont pas contracté le virus. Leur permettre de rester exempts d’infection constitue un défi colossal, la protection des jeunes étant la priorité.
  • On constate généralement que deux fois plus de jeunes femmes que d’homme sont infectées par le VIH. Ce phénomène semble du à plusieurs facteurs : les femmes et les jeunes filles font souvent l’objet de discrimination quant à leur accès à l’éducation, à l’emploi , au crédit, à la terre et à l’héritage Etant donné la tendance à la baisse de nos économies qui gonfle les rangs des pauvres, les rapports avec les hommes (occasionnels ou officialisés par le mariage) peuvent constituer des occasions vitales d’obtenir la sécurité financière ou de satisfaire des aspiration matérielles. Généralement ce sont des hommes plus âgés qui sont le mieux à offrir cette sécurité (généralement après la paye de fin de mois). Mais dans les provinces ou localités (zones minières, ville-carrefour, frontières ) où le VIH est très rependu ils risquent davantage d’avoir été infecté par le VIH. L’association de la dépendance et de la subordination fait qu’il est parfois très difficile pour les jeunes filles et les femmes d’exiger des rapports sexuels protégés (même avec leur mari) ou de mettre fin à des relations comportant un risque d’infection. Des études ont montré que les jeunes femmes ont tendance à épouser des hommes plus âgés qu’elle de plusieurs années (une artiste de la place en Guinée encourage ce type de mariage) et que leur risque augmente si l’homme à trois ou quatre ans de plus qu’elle. De plus les jeunes femmes et les jeunes filles sont plus vulnérables à l’infection d’un point de vue biologique (le col de l’utérus est plus sensible aux lésions) contribue à expliquer les grandes différences de prévalence du VIH entre les filles et les garçons de 15 à 19 ans.
  • Dans les pays a épidémie généralisée, la transmission du VIH par voie intraveineuse et la prostitution constituent les facteurs de risque d’explosion du VIH chez les jeunes. Dans ce cas même si les efforts ciblés (action envers les prostituées) susceptibles de protéger les populations du VIH/SIDA sont importants et efficaces sur le plan coût, ils ne peuvent, à eux seuls, stopper l’épidémie. Il est vital que les ripostes au SIDA soient élargies aussi à la population générale. Le dépistage est une action prioritaire car, la majorité des séropositifs en Afrique ne connaissent pas leur statut.
  • La concentration de grands nombres de jeunes dans des prisons ou des centres pour jeunes délinquants surpeuplés, souvent marqués par une abondance de drogue et une absence d’information sur le VIH, de seringues propres et de préservatifs, constitue un terrain fertile pour la propagation rapide du VIH parmi les détenus et, lorsqu’ils sont libérés, dans la population générale.
  • Dans certains pays de l’Afrique, on peut dire que l’épidémie généralisée est à son début. Car c’est maintenant qu’un nombre croissant de personnes qui ont contracté le VIH au cours des années écoulées tombent malades. Sans prise en charge thérapeutique adéquate, les décès dus au SIDa devraient continuer à augmenter. L’impact de l’épidémie sur ces sociétés se fera sentir dans les prochaines années.
  • Comme le montre certains pays (Ouganda, Afrique du Sud, Zambie etc.) les actions qui engagent et traitent les jeunes en priorité sont toujours payantes. Le cours de l’épidémie dans l’avenir en Afrique sera fonction de la capacité des pays à protéger partout les jeunes de l’épidémie et de ces conséquences. Donc l’optimisme est permis.

Nous attendons les résultats définitifs de l’EDSG-III (2005) pour apprécier l’ampleur de l’épidémie en Guinée et les actions entreprises depuis le début de l’épidémie.

Références

Slutkin, Gary, James Chin, Daniel Tarantola, Jonathon Mann. 1988. Sentinel surveillance for HIV infection: A method to monitor HIV infection trends in population groups. Geneva: World Health Organization.

UNAIDS/WHO Working Group on Global HIV/AIDS and STI Surveillance. 2000. Second generation surveillance for HIV: The next decade. WHO/CDC/CSR/EDC2000.5, UNAIDS/00.03E.

UNAIDS Reference Group on Estimates, Modelling and Projections. 2004. Responding to surveillance: Methods and software to produce HIV/AIDS estimates in the era of population-based prevalence surveys. Report of a meeting of the UNAIDS Reference Group for “Estimates, Modelling and Projections” held in Glion, May 10-11, 2004.

World Health Organisation and UNAIDS. 2003. Reconciling antenatal clinic-based surveillance and population-based survey estimates of HIV prevalence in sub-Saharan Africa. Geneva : WHO.

ONUSIDA/OMS, Le point sur l’épidémie du SIDA en 2002. ONUSIDA/02.46F (version française, décembre 2002) ISBN 92-9173-254-0.


Pour tous renseignements concernant l’EDSG-III, contacter :

La Direction Nationale de la Statistique (DNS)
BP 221, Conakry, Guinée
Téléphone : (224) 41-45-67/41-38-36
Fax : (224) 41-30-59
E-mail : dnstat@biasy.net - bnr-stat@biasy.net

Concernant le programme MEASURE DHS, des renseignements peuvent être obtenus auprès de :

Macro International
11785 Beltsville Drive, Suite 300
Calverton, MD 20705 USA
Téléphone : (1) 301-572-0200
Fax : (1) 301-572-0999
E-mail : reports@orcmacro.com
Internet : http://www.measuredhs.com

Conakry, le 23 Août 2005
Dr Kaba KOUROUMA
Consultant National Spécialiste VIH /EDSG-III (2005)
Ambassadeur santé tropicale/Guinée

 

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