Il s'agit notamment de l'absence
d'appropriation du rôle et de la responsabilité des communautés;
de la perception du monitorage non pas comme un outil d'auto-évaluation
mais comme un moyen de sanction;l'insuffisance de dialogue entre les
prestataires et les communautés; le relâchement de la supervision
à tous les niveaux du système sanitaire et la faiblesse dans la capacité
de gestion des données de surveillance épidémiologique.
Il faut reconnaître, que ce constat se fait dans un environnement
socio-démographique et économique peu favorable à une réussite
de programme de soins de santé primaires.
En effet, les projections indiquent que si le taux de croissance annuel
3,1% se maintient, la population guinéenne sera de 10,6 millions à
l'horizon 2010. Le taux d'alphabétisation est faible et variable selon
les zones (40 et 50%). Cette situation influe sur négativement sur
l'adoption de comportement favorables à la santé et le véhicule de
message IEC par écrit.
Les pratiques et comportements liés aux moeurs, coutumes et attitudes
des populations, ne sont pas favorables à la santé. C'est ainsi que,
sur le plan économique, les pertes dues à la malnutrition d'ici
l'an 2010 sont évaluées à plus de 627 millions de dollars.
D'autre part, les conditions d'habitat sont globalement
précaires, car ne répondant pas aux normes d'hygiène. Les
problèmes liés à l'approvisionnement en eau se posent en terme de
déficit, de qualité et d'accessibilité financière.
Le taux d'inaccessibilité à l'eau potable est de 52% en zone
rurale et 75% en zone urbaine (RGPH); il y a une mauvaise gestion
des déchets (ménagers, hospitaliers et industriels) qui pose d'énormes
problèmes de santé liés à la pollution de l'environnement; les latrines
ne sont pas suffisamment vulgarisées en milieu rural, ce qui constitue
un terrain de prédilection pour l'éclosion des maladies diarrhéiques;
l'écosystème est perturbé à cause de la dégradation de l'environnement
qui est favorisé par les feux de brousse, l'agriculture extensive,
la déforestation.
Le cadre institutionnel actuel du ministère de
la santé ne permet pas d'assurer l'efficacité des structures de
service de santé.
Les points de rattachement des Directions centrales, l'ancrage institutionnel
de certains projets et programmes, les pouvoirs de tutelle vis à
vis des établissements publics administratifs (EPA), la superposition
des fonctions de direction et d'inspection, sont des obstacles de
réussite de la mise en oeuvre de la politique nationale de
santé.
L'analyse de la situation des ressources humaines
met en relief de sérieux problèmes de gestion et d'importants déséquilibres
quantitatifs qualitatifs et de distribution.
Dans le domaine des infrastructures et de l'équipement, avec les
efforts fournis par le Gouvernement,on dénombre actuellement 370
Centres de santé et 402 postes de santé fonctionnels, soit un ratio
moyen de 1 centre de santé pour 20 564 habitants, avec une fluctuation
très importante entre les régions. Malgré ces efforts , la couverture
sanitaire n'est pas encore optimale.
En outre certaines infrastructures construites au début du programme
des soins de santé primaires ne répondent plus aux normes
requises pour la prise en charge des patients. Il n'existe pas de
système performant de maintenance des infrastructures et des équipements.
En conséquence, la fonctionnalité, la durée de
vie des infrastructures et des équipements sont généralement réduites
conduisant au "perpétuel recommencement".
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La liste des produits pharmaceutiques à été revue
en l'an 2000 mais reste encore non appliquée. La liste des médicaments
essentiels génériques en vigueur ne prend pas en compte les besoins
des hôpitaux en général et plus particulièrement des CHU.
Cette situation contribue à l'inflation des coûts de prestation
pour les malades.
La part du budget de l'état alloué au ministère
de la santé publique est, en termes réels, en baisse depuis 1997.
De plus le taux de décaissement de ce budget est faible, en moyenne
60% au cours des dernières années, ce qui rend encore plus aléatoire
le fonctionnement des services de santé.
Malgré les dispositions de la politique sanitaire, la verticalité
de la majorité des programmes de lutte contre les maladies constitue
un obstacle à une planification intégrée et décentralisée. Elle
favorise une approche centralisée et provoque une interférence de
leurs activités avec celle des services déconcentrés
par manque de coordination.
Le cycle de planification consiste à préparer des
plans d'action opérationnels (PAO) avec des objectifs à court terme,
généralement incohérents ne répondant pas à une vision sectorielle
globale à long terme.
Le système d'information sanitaire est orienté fondamentalement
vers le secteur public. En plus la coordination du circuit, l'intégration
et la synthèse de l'information sont difficiles à cause de la multiplicité
des sous systèmes.
Alors, si cette 13ème revue annuelle des soins
de santé primaires à fait des recommandations allant dans le sens
de l'extension de la couverture géo-sanitaire, du fonctionnement
des structures sanitaires, nous dirons que les grands défis à relever
par le système de santé de la Guinée sont entre autres:
- la pérennisation des acquis par un engagement à tous les
niveaux incluant le financement et la décentralisation réelle du
système
- l'accès équitable aux soins et aux services de santé
- l'amélioration de la qualité des soins et des services avec l'observance
de standards internationalement reconnus et socialement acceptés
- le contrôle du paludisme et des maladies émergentes et réémergentes,
notamment les IST/SIDA et la Tuberculose, qui exige la mobilisation
de chacun
- la disponibilité régulière des produits pharmaceutiques afin de
prendre en charge les cas de maladies.
Pour cela , la Guinée dispose de beaucoup d'opportunités
: Une volonté politique manifeste du Gouvernement pour améliorer
la santé de la population, laquelle se traduit par l'inscription
de la santé parmi les secteurs prioritaires de la politique nationale
de développement; la superposition de l'organisation du système
de santé avec le découpage administratif favorable à la décentralisation
et, de ce fait, à une meilleure intégration de la santé dans le
processus de développement; la décentralisation de l'administration
territoriale crée un contexte favorable aux actions intersectorielles
au niveau périphérique; le pays dispose d'un nombre important de
cadres formés en santé publique capables de piloter le système de
santé; le programme de remise de la dette par les bailleurs de fonds
est un atout majeur pour la mobilisation des ressources financières
additionnelles en faveur du secteur de la santé.
Conakry le 14 Novembre 2002
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.
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