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L'environnement du système de santé de Guinée - 14 novembre 2002

La Politique de santé de Guinée est basée sur le renforcement de la décentralisation.
Au cours de la 13 ème revue annuelle des soins de santé primaires qui a pris fin le 16 janvier 2002 à BOKE (Guinée maritime), les techniciens de notre système de santé après 6 jours ont posé le diagnostic des maux dont souffrent les soins de santé primaires, soubassement du système de santé de Guinée.
Il s'agit notamment de l'absence d'appropriation du rôle et de la responsabilité des communautés; de la perception du monitorage non pas comme un outil d'auto-évaluation mais comme un moyen de sanction;l'insuffisance de dialogue entre les prestataires et les communautés; le relâchement de la supervision à tous les niveaux du système sanitaire et la faiblesse dans la capacité de gestion des données de surveillance épidémiologique.
Il faut reconnaître, que ce constat se fait dans un environnement socio-démographique et économique peu favorable à une réussite de programme de soins de santé primaires.
En effet, les projections indiquent que si le taux de croissance annuel 3,1% se maintient, la population guinéenne sera de 10,6 millions à l'horizon 2010. Le taux d'alphabétisation est faible et variable selon les zones (40 et 50%). Cette situation influe sur négativement sur l'adoption de comportement favorables à la santé et le véhicule de message IEC par écrit.
Les pratiques et comportements liés aux moeurs, coutumes et attitudes des populations, ne sont pas favorables à la santé. C'est ainsi que, sur le plan économique, les pertes dues à la malnutrition d'ici l'an 2010 sont évaluées à plus de 627 millions de dollars.

D'autre part, les conditions d'habitat sont globalement précaires, car ne répondant pas aux normes d'hygiène. Les problèmes liés à l'approvisionnement en eau se posent en terme de déficit, de qualité et d'accessibilité financière.
Le taux d'inaccessibilité à l'eau potable est de 52% en zone rurale et 75% en zone urbaine (RGPH); il y a une mauvaise gestion des déchets (ménagers, hospitaliers et industriels) qui pose d'énormes problèmes de santé liés à la pollution de l'environnement; les latrines ne sont pas suffisamment vulgarisées en milieu rural, ce qui constitue un terrain de prédilection pour l'éclosion des maladies diarrhéiques; l'écosystème est perturbé à cause de la dégradation de l'environnement qui est favorisé par les feux de brousse, l'agriculture extensive, la déforestation.

Le cadre institutionnel actuel du ministère de la santé ne permet pas d'assurer l'efficacité des structures de service de santé.
Les points de rattachement des Directions centrales, l'ancrage institutionnel de certains projets et programmes, les pouvoirs de tutelle vis à vis des établissements publics administratifs (EPA), la superposition des fonctions de direction et d'inspection, sont des obstacles de réussite de la mise en oeuvre de la politique nationale de santé.

L'analyse de la situation des ressources humaines met en relief de sérieux problèmes de gestion et d'importants déséquilibres quantitatifs qualitatifs et de distribution.
Dans le domaine des infrastructures et de l'équipement, avec les efforts fournis par le Gouvernement,on dénombre actuellement 370 Centres de santé et 402 postes de santé fonctionnels, soit un ratio moyen de 1 centre de santé pour 20 564 habitants, avec une fluctuation très importante entre les régions. Malgré ces efforts , la couverture sanitaire n'est pas encore optimale.
En outre certaines infrastructures construites au début du programme des soins de santé primaires ne répondent plus aux normes requises pour la prise en charge des patients. Il n'existe pas de système performant de maintenance des infrastructures et des équipements.

En conséquence, la fonctionnalité, la durée de vie des infrastructures et des équipements sont généralement réduites conduisant au "perpétuel recommencement".

La liste des produits pharmaceutiques à été revue en l'an 2000 mais reste encore non appliquée. La liste des médicaments essentiels génériques en vigueur ne prend pas en compte les besoins des hôpitaux en général et plus particulièrement des CHU.
Cette situation contribue à l'inflation des coûts de prestation pour les malades.

La part du budget de l'état alloué au ministère de la santé publique est, en termes réels, en baisse depuis 1997. De plus le taux de décaissement de ce budget est faible, en moyenne 60% au cours des dernières années, ce qui rend encore plus aléatoire le fonctionnement des services de santé.
Malgré les dispositions de la politique sanitaire, la verticalité de la majorité des programmes de lutte contre les maladies constitue un obstacle à une planification intégrée et décentralisée. Elle favorise une approche centralisée et provoque une interférence de leurs activités avec celle des services déconcentrés par manque de coordination.

Le cycle de planification consiste à préparer des plans d'action opérationnels (PAO) avec des objectifs à court terme, généralement incohérents ne répondant pas à une vision sectorielle globale à long terme.
Le système d'information sanitaire est orienté fondamentalement vers le secteur public. En plus la coordination du circuit, l'intégration et la synthèse de l'information sont difficiles à cause de la multiplicité des sous systèmes.

Alors, si cette 13ème revue annuelle des soins de santé primaires à fait des recommandations allant dans le sens de l'extension de la couverture géo-sanitaire, du fonctionnement des structures sanitaires, nous dirons que les grands défis à relever par le système de santé de la Guinée sont entre autres:
- la pérennisation des acquis par un engagement à tous les niveaux incluant le financement et la décentralisation réelle du système
- l'accès équitable aux soins et aux services de santé
- l'amélioration de la qualité des soins et des services avec l'observance de standards internationalement reconnus et socialement acceptés
- le contrôle du paludisme et des maladies émergentes et réémergentes, notamment les IST/SIDA et la Tuberculose, qui exige la mobilisation de chacun
- la disponibilité régulière des produits pharmaceutiques afin de prendre en charge les cas de maladies.

Pour cela , la Guinée dispose de beaucoup d'opportunités : Une volonté politique manifeste du Gouvernement pour améliorer la santé de la population, laquelle se traduit par l'inscription de la santé parmi les secteurs prioritaires de la politique nationale de développement; la superposition de l'organisation du système de santé avec le découpage administratif favorable à la décentralisation et, de ce fait, à une meilleure intégration de la santé dans le processus de développement; la décentralisation de l'administration territoriale crée un contexte favorable aux actions intersectorielles au niveau périphérique; le pays dispose d'un nombre important de cadres formés en santé publique capables de piloter le système de santé; le programme de remise de la dette par les bailleurs de fonds est un atout majeur pour la mobilisation des ressources financières additionnelles en faveur du secteur de la santé.

Conakry le 14 Novembre 2002
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.

 

 
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