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La 13ème Conférence internationale sur le SIDA et les IST en Afrique - 5 novembre 2003

Nairobi (Kenya) du 21 au 26 Septembre 2003

"Dénonçons le cynisme de l'occident et des dirigeants du monde : mobiliser 240 milliards de dollars américain pour lutter contre le terrorisme et ne pas pouvoir mobiliser 10 milliards pour lutter contre le SIDA ?"

De réunions internationales en congrès mondiaux, au chevet de l'Afrique, le temps n'est plus à constater la catastrophe sanitaire que représente l'épidémie du sida et ses conséquences multiples sur les sociétés. C'est le cynisme des dirigeants du monde qu'il faut désormais dénoncer sans relâche.

Alors que nous rentrons dans la troisième décennie de l'épidémie de sida, les preuves de son impact sont indéniables. Partout où l'épidémie s'est propagée sans contrôle, elle prive les pays des ressources et des capacités dont dépendent leur sécurité et leur développement. C'est ainsi que, l'épidémie représente une grave crise pour le développement en Afrique subsaharienne, qui reste, de loin la plus touchée dans le monde.
On a enregistré en 2001 environ 3,5 millions de nouvelles infections, ce qui a porté à 28,5 millions le nombre total de personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne. On estime à moins de 30 000 le nombre de personnes qui à fin 2001 ont ou avaient bénéficié d'un traitement antirétroviral et à 11 millions le nombre d'enfants de la région rendu orphelins par le sida.

Même si une prévention efficace et des programmes de traitement et de prise en charge sont immédiatement mis en œuvre, l'ampleur de la crise signifie que le prix à payer restera lourd pour plusieurs générations.

Que font les dirigeants du monde?
Pourquoi cet égoïsme de la part de l'occident quand on sait qu'il peut mobiliser 240 milliards pour lutter contre le terrorisme; mais demeure incapable de consacrer 10 milliards à la lutte contre contre le sida qui a tué plus de 3 000 000 de personnes ?

Reconnaissons que nous ne sommes pas encore habitués à nommer clairement cette culture politique qui s'est installée comme véritable mode de fonctionnement depuis les années 80 : celle qui fait se scandaliser des malheurs du monde le temps des campagnes électorales ou dans les grandes messes médiatiques sans que les intentions ne soient suivies d'effets; celle qui fait qu'il y a distorsion constante entre les annonces et les actes.
Une chose est d'admettre la difficulté de monter des programmes et de faire face à une épidémie à bien des égards inédites, car elle met en question les rapports sociaux, dans le monde interdépendant qui est désormais le notre.
Autre chose est de constater que la mobilisation réelle des État et des organismes internationaux est sans rapport avec les enjeux.

La mise à contribution de l'industrie pharmaceutique, par exemple, reste encore un tabou, en dehors des cercles, qui s'élargissent, des altermondialistes. Au-delà des petits pas consentis jusqu'ici, elle doit pourtant permettre de mobiliser une partie de moyens indispensables pour enrayer le sida. Alors quelle stratégie face au cynisme ?

C'est moins sur le diagnostic des inégalités entre le nord et le sud que sur le cynisme des dirigeants des pays les plus riches de la planète que les altermondialistes et les militants anti-sida doivent agir désormais. Entre les intentions affichées par les organismes internationaux, les objectifs fixés par les nations unies et les actes des uns et des autres s'est en fait logé un terrible "fléau": le cynisme, qu'il ait les atouts de simples atermoiements ou qu'il prenne la forme d'honteux mensonges.
Les maîtres du monde prétendent sans cesse agir en faveur des peuples. Il disent vouloir assumer le pouvoir pour agir contre les malheurs du monde et pour le bonheur des populations...
Pour affronter par exemple, l'épidémie du sida, la plus grave menace que l'humanité a à affronter de puis la seconde guerre mondiale.

Les réalités de cette épidémie sont de mieux en mieux connues de tous, même si l'on doit sans cesse s'efforcer d'en saisir les conséquences extrêmement variées, sur les sociétés et sur les individus. Les moyens nécessaires pour faire face sont eux aussi clairement estimés, entre autres organismes par ONUSIDA.

Malgré l'urgence des besoins en matière de prévention du VIH et le large éventail d'interventions confirmées disponibles, les montants actuellement engagés dans la prévention du VIH sont de 3,8 milliards de dollars inférieurs aux sommes nécessaires dès 2005.

Alors pourquoi s'armer d`arguments misérables pour empêcher d'aborder de front la question des moyens à mobiliser pour freiner l'épidémie ?
Dans tous les cas, même si ce sommet de Nairobi a été un moment fort pour faire monter d'un cran une pression encore bien insuffisante, laissons ceux qui le pensent a leur solitude, ou alors, essayons encore et toujours de partager avec eux l'utopie politique d'une société sans sida.

Conakry le 5 novembre 2003
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée.

 

 
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