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Sécurité transfusionnelle en Afrique ? - 23 novembre 2004

Le 4ème Congrès de la Société Africaine de Transfusion sanguine s’est tenu à Lagos (Nigeria) du 19 au 23 septembre 2004.
Il est ressorti de ce congrès, qu’en Afrique la transfusion sanguine évolue dans un contexte particulier, car, les activités qui en principe doivent aller de la "simple" promotion du don de sang au suivi des malades transfusés, cela pour garantir la sécurité maximale, rencontrent d’énormes problèmes de mise en œuvre.
Le même constat est toujours fait à chaque rencontre inter-africaine ; à savoir : la sécurité transfusionnelle doit reposer sur des bases concrètes telles que :

  • L’organisation des structures, des établissements de transfusion sanguine
  • L’hémovigilance, qui constitue un système de recueil des données, d’analyses et d’actions d’amélioration
  • Les bonnes pratiques transfusionnelles à appliquer de manière pragmatique
  • La formation des acteurs impliqués dans la chaîne transfusionnelle
  • Le développement des activités de référence et de recherches etc.

C’est une entreprise colossale. Et reconnaissons que dans toute entreprise, il faut créer un climat favorable à cette entreprise. Si nous occultons dans l’analyse des problèmes du secteur transfusionnel, l’environnement dans le quel il évolue, il est clair que nous passerons à coté des solutions. Le rôle de l’Etat a besoin d’être redéfini et réexaminé dans le cadre de la transfusion sanguine.
S’il y a quelques années, le principal problème rencontré par les services de transfusion était "le financement", aujourd’hui il s’agit de "l’environnement" ou du climat des affaires. Les investisseurs nationaux et étrangers perçoivent l’Afrique comme un continent où il est défavorable et coûteux de mener une activité Socio-économique en raison d’une combinaison de plusieurs facteurs : structures légales inefficaces, procédures administratives arbitraires, marché du travail inadapté et infrastructures inadéquates.
En Afrique, partout où vous voulez engager une entreprise, certains systèmes sont au cœur des préoccupations des opérateurs privés et à juste raison. Le système législatif par exemple est jugé non crédible pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’a pas dans la majorité des cas été conçu pour favoriser le développement économique en général, mais pour contrôler les opérateurs économiques. Son obsolescence et parfois l’absence mèmes de textes réglementaires sont un frein à l’activité entrepreneurial. C’est un problème de fond ! Et la vulnérabilité de ce problème demande une combinaison de plusieurs forces. Il ne concerne pas seulement la transfusion.
Ensuite il existe une foule de dérogations incitant à la "négociation" de chaque situation litigieuse et, par extension, à la corruption.
Que ce soit en transfusion ou dans d’autres secteurs, le cadre réglementaire souffre des mèmes insuffisances : des lourdeurs administratives et un manque de transparence des procédures qui, compliquées, ouvrent la porte à la corruption et à l’injustice économique ; des administrations fiscales et douanières truffées de textes délibérément compliqués et incomplet pour laisser une zone de flou propice aux "négociations".
Bref ! La recherche courante d’une qualité maximale des produits et le souci d’une optimisation de leur utilisation ont toujours été une préoccupation permanente des acteurs de la transfusion sanguine.
Mais, les bonnes pratiques transfusionnelles qui doivent être les référentiels opposables aux établissements de transfusion sanguine et que leur application qui suppose l’utilisation des méthodes et d’outils spécifiques, propres aux méthodes de gestion et de l’organisation, se heurtent à des difficultés d’application.
En principe, ces méthodes et outils devraient s’intégrer dans une démarche qualité propre aux établissements de transfusion sanguine et s’étendre au réseau de soins et d’établissements de santé.
Il est clair, que pour réussir la démarche qualité en Afrique, le rôle des acteurs dans le processus transfusionnel devrait s’inscrire dans une démarche de progrès afin d’améliorer la qualité de l’organisation technique, des produits et des services, de la prescription, des protocoles transfusionnels et de l’acte transfusionnel, par un système d’évaluation et d’amélioration approprié.
Après le congrès de Lagos, notre constat est que : les pays africains qui veulent un développement de leur système transfusionnel, doivent développer et encourager un partenariat étroit entre les services de transfusion sanguine et les établissements de soins, en particulier ceux gérant un dépôt et les laboratoires d’analyses médicales effectuant la biologie pré et post transfusionnelle, mais aussi avec le secteur privé pour une meilleure maîtrise des pratiques et une diminution des risques.
L’engagement des responsables, l’adhésion des acteurs publics et privés et la participation active des équipes en Afrique sont des facteurs clé de réussite de la sécurité transfusionnelle.
Sur le plan technique, en Afrique, il y a d’énormes problèmes au niveau par exemple du prélèvement des donneurs de sang.
Dans certains pays développés, il y a eu par exemple en 2000, 2,87 incidents déclarés pour 1000 produits sanguins labiles consommés. On ne se préoccupe même pas du report des accidents et incidents transfusionnels dans les dossiers des malades en Afrique.
Ces incidents sont en général des incidents avec culture bactérienne positive, allergiques, surcharges volémiques, contaminations possibles par le VIH, VHB, VHC, HTLV , Syphilis, Paludisme, CMV, maladies infectieuses émergentes, sont à considérer parmi les incidents retardés. Il s’agit de donneurs à fenêtre sérologique ou de sujets immunosilencieux qui se présentent au don sans qu’on ne le sache.
Parmi les risques émergents de maladies nouvelles, l’Afrique est propice à beaucoup de facteurs émergents : il y a une densité élevée des réservoirs, des vecteurs, liés au climat, aux activités humaines, à l’environnement. L’Afrique n’est pas à l’abri de futurs risques modélisés et prévisibles d’expansions de nouvelles souches de VIH à cause de la déforestation, du développement de la chasse/commerce de gibier (dont singe porteur de souches SIV différentes).
La prévention ne peut être qu’hypothétique, car elle est indépendante des mesures épidémiologiques, biologiques et technologiques de sécurité transfusionnelle. Il s ‘agira d’ajourner des populations entières à risque pour agents transmissibles par voie sanguine et sexuelle, si des mesures de prévention environnementales ne sont pas prises.
Dans le cadre de l’information pré don et l’auto exclusion, il faut dire, qu'un individu bien informé se conforme à ce qu’on attend de lui.
L’objectif de l’information pré don est d’informer le donneur pour un partenariat responsable. Pour cela, l’information doit être intégrée et on doit veiller à la qualité de l’information, au temps de l’information et au vecteur de l’information.
Quels sont aujourd’hui les pays en Afrique qui font des réunions d’information en amont et en aval de la collecte de sang ? Y a t-il des documents pré dons dans tous les pays africains ?
Faire l’information pré don, c’est préparé le donneur à l’entretien médical et lui éviter des effets de surprise. Elle permettra au donneur de se situer par rapport à la notion de risque et lui faire prendre conscience et de s’auto exclure. Mais tel n’est pas le cas en Afrique où des banques de sang se transforment en centre de dépistage des maladies infectieuses.
L’entretien médical a pour finalité de réduire et prévenir les incidents et accidents post transfusionnels. Mais nos médecins de collecte ne savent pas en général ce qu’ils cherchent. Est-ce que tous ces médecins connaissent les incidents et accidents transfusionnels ? Confondent-ils l’entretien à une consultation médicale ?
Certaines études rapportent un décès dans 10% des cas lié à la contamination bactérienne des produits sanguins et le pronostic vital est en jeu dans 26% des cas. L’origine de la bactérie est souvent une bactériémie asymptomatique (donneur) et une flore cutanée (donneur, préleveur)
Les tests pré transfusionnels ne sont pas fiables dans tous les cas car, malgré les tests de dépistage, le risque résiduel persiste.
La sécurité du donneur de sang doit être une constate préoccupation etc.
Devant ce constat, la Société Africaine de Transfusion Sanguine, en partenariat avec les Etats, doit œuvrer pour que tous les services de transfusion relèvent du service public avec l’appui du secteur privé. Cette organisation doit initialement être définie par une loi et ses textes d’application.
Une loi relative à la sécurité en matière de transfusion sanguine et de médicaments doit mettre en place une nouvelle organisation et de nouvelles structures.
Les principales modifications sur l’organisation du service public de la transfusion sanguine porteront sur :

  • définition des missions d’une agence du sang en tant que véritable structure de coordination du réseau transfusionnel
  • la réorganisation des établissements territoriaux dans le cadre d’une réorganisation accrue en cohérence avec les agences régionales.

Des données provenant de plusieurs pays démontrent que les services de transfusion sanguine se font à un niveau trop bas pour garantir la sécurité transfusionnelle. Les facteurs contribuant à la sécurité sanguine sub-optimale dans les pays d’Afrique en voie de développement comprennent l’absence de structures pour les services de transfusion organisés à un niveau national, l’absence de système pour la sélection, le recrutement et le maintien des donneurs de sang adéquats, une grande prédominance des agents transmissibles par transfusion dans le groupe de donneurs éventuels et la capacité technique adéquate à détecter, et à exclure le sang contaminé et assurer la qualité.
Le dénominateur commun de tous ces facteurs est la fragilité de l’économie nationale. La volonté politique, où elle existe, semble ètre difficile à traduire en engagement les ressources peu abondantes pour financer les programmes transfusionnels onéreux face à de nombreux problèmes urgents de santé publique. Les facteurs humains négatifs tels que l’ignorance parmi les masses et le manque de responsabilité sociale parmi les élites, s’obtiennent en l’absence des programmes d’intervention bien financés et convenablement ciblés.
Les approches suggérées aux solutions incluent la pression continue sur les gouvernements nationaux par des groupes de participation dans les pays et les organisations internationales de santé pour la réalisation des programmes nationaux. L’assistance technique et financière internationale sera utile en trois dimensions : assistance inter-gouvernementale aux pays qui offrent des propositions viables ; assistance aux organisations non gouvernementales nécessaires et les groupes professionnels pour auto-règlement et l’autocontrôle de la pratique transfusionnelle et l’assistance dans la continuité de l’éducation et la mise au courant du personnel des services de santé et l’assurance de la qualité de la pratique transfusionnelle.

Conakry, le 22 novembre 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée.

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