| Le 4ème
Congrès de la Société Africaine de Transfusion
sanguine s’est tenu à Lagos (Nigeria) du 19 au 23 septembre
2004.
Il est ressorti de ce congrès, qu’en Afrique la transfusion
sanguine évolue dans un contexte particulier, car, les activités
qui en principe doivent aller de la "simple" promotion
du don de sang au suivi des malades transfusés, cela pour
garantir la sécurité maximale, rencontrent d’énormes
problèmes de mise en œuvre.
Le même constat est toujours fait à chaque rencontre
inter-africaine ; à savoir : la sécurité
transfusionnelle doit reposer sur des bases concrètes telles
que :
- L’organisation des structures, des établissements
de transfusion sanguine
- L’hémovigilance, qui constitue un système
de recueil des données, d’analyses et d’actions
d’amélioration
- Les bonnes pratiques transfusionnelles à appliquer de
manière pragmatique
- La formation des acteurs impliqués dans la chaîne
transfusionnelle
- Le développement des activités de référence
et de recherches etc.
C’est une entreprise colossale. Et reconnaissons que dans
toute entreprise, il faut créer un climat favorable à
cette entreprise. Si nous occultons dans l’analyse des problèmes
du secteur transfusionnel, l’environnement dans le quel il
évolue, il est clair que nous passerons à coté
des solutions. Le rôle de l’Etat a besoin d’être
redéfini et réexaminé dans le cadre de la transfusion
sanguine.
S’il y a quelques années, le principal problème
rencontré par les services de transfusion était "le
financement", aujourd’hui il s’agit de "l’environnement"
ou du climat des affaires. Les investisseurs nationaux et étrangers
perçoivent l’Afrique comme un continent où il
est défavorable et coûteux de mener une activité
Socio-économique en raison d’une combinaison de plusieurs
facteurs : structures légales inefficaces, procédures
administratives arbitraires, marché du travail inadapté
et infrastructures inadéquates.
En Afrique, partout où vous voulez engager une entreprise,
certains systèmes sont au cœur des préoccupations
des opérateurs privés et à juste raison. Le
système législatif par exemple est jugé non
crédible pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’a
pas dans la majorité des cas été conçu
pour favoriser le développement économique en général,
mais pour contrôler les opérateurs économiques.
Son obsolescence et parfois l’absence mèmes de textes
réglementaires sont un frein à l’activité
entrepreneurial. C’est un problème de fond ! Et
la vulnérabilité de ce problème demande une
combinaison de plusieurs forces. Il ne concerne pas seulement la
transfusion.
Ensuite il existe une foule de dérogations incitant à
la "négociation" de chaque situation litigieuse
et, par extension, à la corruption.
Que ce soit en transfusion ou dans d’autres secteurs, le cadre
réglementaire souffre des mèmes insuffisances :
des lourdeurs administratives et un manque de transparence des procédures
qui, compliquées, ouvrent la porte à la corruption
et à l’injustice économique ; des administrations
fiscales et douanières truffées de textes délibérément
compliqués et incomplet pour laisser une zone de flou propice
aux "négociations".
Bref ! La recherche courante d’une qualité maximale
des produits et le souci d’une optimisation de leur utilisation
ont toujours été une préoccupation permanente
des acteurs de la transfusion sanguine.
Mais, les bonnes pratiques transfusionnelles qui doivent être
les référentiels opposables aux établissements
de transfusion sanguine et que leur application qui suppose l’utilisation
des méthodes et d’outils spécifiques, propres
aux méthodes de gestion et de l’organisation, se heurtent
à des difficultés d’application.
En principe, ces méthodes et outils devraient s’intégrer
dans une démarche qualité propre aux établissements
de transfusion sanguine et s’étendre au réseau
de soins et d’établissements de santé.
Il est clair, que pour réussir la démarche qualité
en Afrique, le rôle des acteurs dans le processus transfusionnel
devrait s’inscrire dans une démarche de progrès
afin d’améliorer la qualité de l’organisation
technique, des produits et des services, de la prescription, des
protocoles transfusionnels et de l’acte transfusionnel, par
un système d’évaluation et d’amélioration
approprié.
Après le congrès de Lagos, notre constat est que :
les pays africains qui veulent un développement de leur système
transfusionnel, doivent développer et encourager un partenariat
étroit entre les services de transfusion sanguine et les
établissements de soins, en particulier ceux gérant
un dépôt et les laboratoires d’analyses médicales
effectuant la biologie pré et post transfusionnelle, mais
aussi avec le secteur privé pour une meilleure maîtrise
des pratiques et une diminution des risques.
L’engagement des responsables, l’adhésion des
acteurs publics et privés et la participation active des
équipes en Afrique sont des facteurs clé de réussite
de la sécurité transfusionnelle.
Sur le plan technique, en Afrique, il y a d’énormes
problèmes au niveau par exemple du prélèvement
des donneurs de sang.
Dans certains pays développés, il y a eu par exemple
en 2000, 2,87 incidents déclarés pour 1000 produits
sanguins labiles consommés. On ne se préoccupe même
pas du report des accidents et incidents transfusionnels dans les
dossiers des malades en Afrique.
Ces incidents sont en général des incidents avec culture
bactérienne positive, allergiques, surcharges volémiques,
contaminations possibles par le VIH, VHB, VHC, HTLV , Syphilis,
Paludisme, CMV, maladies infectieuses émergentes, sont à
considérer parmi les incidents retardés. Il s’agit
de donneurs à fenêtre sérologique ou de sujets
immunosilencieux qui se présentent au don sans qu’on
ne le sache.
Parmi les risques émergents de maladies nouvelles, l’Afrique
est propice à beaucoup de facteurs émergents :
il y a une densité élevée des réservoirs,
des vecteurs, liés au climat, aux activités humaines,
à l’environnement. L’Afrique n’est pas
à l’abri de futurs risques modélisés
et prévisibles d’expansions de nouvelles souches de
VIH à cause de la déforestation, du développement
de la chasse/commerce de gibier (dont singe porteur de souches SIV
différentes).
La prévention ne peut être qu’hypothétique,
car elle est indépendante des mesures épidémiologiques,
biologiques et technologiques de sécurité transfusionnelle.
Il s ‘agira d’ajourner des populations entières
à risque pour agents transmissibles par voie sanguine et
sexuelle, si des mesures de prévention environnementales
ne sont pas prises.
Dans le cadre de l’information pré don et l’auto
exclusion, il faut dire, qu'un individu bien informé se conforme
à ce qu’on attend de lui.
L’objectif de l’information pré don est d’informer
le donneur pour un partenariat responsable. Pour cela, l’information
doit être intégrée et on doit veiller à
la qualité de l’information, au temps de l’information
et au vecteur de l’information.
Quels sont aujourd’hui les pays en Afrique qui font des réunions
d’information en amont et en aval de la collecte de sang ?
Y a t-il des documents pré dons dans tous les pays africains ?
Faire l’information pré don, c’est préparé
le donneur à l’entretien médical et lui éviter
des effets de surprise. Elle permettra au donneur de se situer par
rapport à la notion de risque et lui faire prendre conscience
et de s’auto exclure. Mais tel n’est pas le cas en Afrique
où des banques de sang se transforment en centre de dépistage
des maladies infectieuses.
L’entretien médical a pour finalité de réduire
et prévenir les incidents et accidents post transfusionnels.
Mais nos médecins de collecte ne savent pas en général
ce qu’ils cherchent. Est-ce que tous ces médecins connaissent
les incidents et accidents transfusionnels ? Confondent-ils
l’entretien à une consultation médicale ?
Certaines études rapportent un décès dans 10%
des cas lié à la contamination bactérienne
des produits sanguins et le pronostic vital est en jeu dans 26%
des cas. L’origine de la bactérie est souvent une bactériémie
asymptomatique (donneur) et une flore cutanée (donneur, préleveur)
Les tests pré transfusionnels ne sont pas fiables dans tous
les cas car, malgré les tests de dépistage, le risque
résiduel persiste.
La sécurité du donneur de sang doit être une
constate préoccupation etc.
Devant ce constat, la Société Africaine de Transfusion
Sanguine, en partenariat avec les Etats, doit œuvrer pour que
tous les services de transfusion relèvent du service public
avec l’appui du secteur privé. Cette organisation doit
initialement être définie par une loi et ses textes
d’application.
Une loi relative à la sécurité en matière
de transfusion sanguine et de médicaments doit mettre en
place une nouvelle organisation et de nouvelles structures.
Les principales modifications sur l’organisation du service
public de la transfusion sanguine porteront sur :
- définition des missions d’une agence du sang en
tant que véritable structure de coordination du réseau
transfusionnel
- la réorganisation des établissements territoriaux
dans le cadre d’une réorganisation accrue en cohérence
avec les agences régionales.
Des données provenant de plusieurs pays démontrent
que les services de transfusion sanguine se font à un niveau
trop bas pour garantir la sécurité transfusionnelle.
Les facteurs contribuant à la sécurité sanguine
sub-optimale dans les pays d’Afrique en voie de développement
comprennent l’absence de structures pour les services de transfusion
organisés à un niveau national, l’absence de
système pour la sélection, le recrutement et le maintien
des donneurs de sang adéquats, une grande prédominance
des agents transmissibles par transfusion dans le groupe de donneurs
éventuels et la capacité technique adéquate
à détecter, et à exclure le sang contaminé
et assurer la qualité.
Le dénominateur commun de tous ces facteurs est la fragilité
de l’économie nationale. La volonté politique,
où elle existe, semble ètre difficile à traduire
en engagement les ressources peu abondantes pour financer les programmes
transfusionnels onéreux face à de nombreux problèmes
urgents de santé publique. Les facteurs humains négatifs
tels que l’ignorance parmi les masses et le manque de responsabilité
sociale parmi les élites, s’obtiennent en l’absence
des programmes d’intervention bien financés et convenablement
ciblés.
Les approches suggérées aux solutions incluent la
pression continue sur les gouvernements nationaux par des groupes
de participation dans les pays et les organisations internationales
de santé pour la réalisation des programmes nationaux.
L’assistance technique et financière internationale
sera utile en trois dimensions : assistance inter-gouvernementale
aux pays qui offrent des propositions viables ; assistance
aux organisations non gouvernementales nécessaires et les
groupes professionnels pour auto-règlement et l’autocontrôle
de la pratique transfusionnelle et l’assistance dans la continuité
de l’éducation et la mise au courant du personnel des
services de santé et l’assurance de la qualité
de la pratique transfusionnelle.
Conakry, le 22 novembre 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur de Santé tropicale en Guinée. |