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Analyse de l'intervention de l'état dans le domaine des ARV - 1er décembre 2002

L'intervention de l'Etat guinéen dans le domaine des ARV (Antirétroviraux) utilisés pour traiter les personnes vivant avec le VIH/SIDA doit être examinée à travers quatre questions d'analyse économique.
La Guinée étant un pays en développement, les besoins et les contraintes sont importants. Mais, par rapport à cet aspect de la question, aujourd'hui, les réponses varient d'un pays à l'autre.
Pour le cas de la Guinée, les décideurs se sont posés quatre séries de questions :
Comment intégrer une politique de thérapeutique antirétrovirale aux objectifs nationaux en matière de développement ?
En tenant compte des différents traitements ARV, quelles sont les autres interventions qu'il faut envisager ?
Compte tenu des contraintes en matière de ressources, lesquelles de ces solutions seraient réalistes et abordables ?
Lesquelles de ces solutions abordables permettent d'avoir l'impact le plus favorable sur le développement ?

Malgré le bilan très lourd qu'il provoquera dans les prochaines années en guinée (si aucune action n'est entreprise), le VIH/SIDA n'est qu'un des nombreux problèmes de santé publique auxquels est confronté la guinée.
En 1999, le taux d'incidence/1000 du paludisme était de 115,3 et celui des infections respiratoires de 60,7. Parmi les maladies cibles du PEV, le Tétanos néonatal/100.000 était de 82,18.
Les structures sanitaires de soins du pays ont apporté 1382 cas de méningite en 1999 pour un taux d'incidence annuelle de 17,8/100.000 habitants. La situation des décès enregistrés en 1999 dans les hôpitaux du secteur public du pays montre que la première cause de décès dans ces structures de soins reste les anémies non drépanocytaires et le paludisme pernicieux avec une proportion de 11. (Source :Annuaires des statistiques sanitaires 1999)

Pour l'Etat guinéen, l'amélioration de la santé ne peut être qu'un des nombreux défis pressants qui entrent en ligne de compte, puisqu'il faut réduire l'analphabétisme, fournir des infrastructures et offrir davantage d'emploi, par exemple.
Mais, si on envisage uniquement l'amélioration de la population, il serait important aussi de procéder à une évaluation épidémiologique de l'ampleur des problèmes liés au VIH/SIDA par rapport aux autres problèmes de santé-non seulement à l'heure actuelle, mais aussi à l'avenir sur la morbidité et la mortalité croissantes dues à l'épidémie.

En comparant les différentes options face au problème du VIH/SIDA, différents types de traitement antirétroviral et autres intervention préventives, on aidera les décideurs à choisir celle qui a les meilleures chances d'atteindre les objectifs de développement.
On tiendra compte des solutions techniques.

  • Les schémas thérapeutiques différents faisant intervenir des inhibiteurs des transcriptases et des protéases qui peuvent être administrés seuls ou en association avec des conséquences très différentes quant au prix unitaire et à l'issue clinique
  • Les groupes cibles sont différents même avec la même option technique : personnes vivant avec le VIH/SIDA ; sujets symptomatiques ou asymptomatique ; femmes enceintes infectées. Sans oublier que la taille des populations concernées à une répercussion importante sur le coût global du traitement ainsi que sur l'efficacité probable du point de vue de la réduction de la morbidité.
  • Faut-il fournir les ARV à travers le secteur privé au lieu du secteur public ?
    La fourniture des ARV par le secteur public pourrait inciter des sujets qui s'adressaient au secteur privé à changer de fournisseur, réduisant l'impact net de la fourniture par le secteur public
  • Serait-il justifié de prévoir le financement d'un traitement ARV au lieu de se fonder sur le recouvrement des coûts ?
    Ce financement se justifie lorsque le traitement ARV évite la transmission de l'infection à d'autres, comme la prévention de la mère à l'enfant. Mais aussi, pour s'assurer contre les risques financiers catastrophiques dus aux problèmes de santé liés à l'infection à VIH/SIDA.

L'analyse des options financières concernant les ARV pose immédiatement la question de savoir, si la guinée peut faire face à ce genre de dépenses.

Les responsables politiques doivent rejeter les options d'intervention qui ne sont pas financièrement abordables, sinon ils seront liés par des politiques qu'ils ne sont pas capables d'appliquer et iront à l'encontre de l'objectif recherché. Il faut donc mettre l'accent sur le sous-ensemble des options des solutions antirétrovirales abordables du point de vue de ceux qui doivent financer les coûts. C'est à dire, les autorités et les ménages.

Il est évident, que les coûts unitaires annuels du traitement pour les groupes-cibles symptomatiques et asymptomatiques seront plus faibles, car à ce stade les visites sont moins nombreuses et la quantité des médicaments contre les infections opportunistes moins importantes. Mais l'évolution ultérieure vers le SIDA se traduira par une augmentation des coûts unitaires.

Il ne faut pas non plus oublier, que pour déterminer la mesure dans la quelle cette politique de fixation des prix est abordable du point de vue malade, il est important de tenir compte de la répartition des revenus ou des données de remplacement fournies par les dépenses de consommation par habitant, au lieu de prendre le niveau moyen de revenu de l'ensemble de la population (soins médicaux, dépenses alimentaires et la consommation totale).

En supposant par exemple que les dépenses non alimentaires moyennes représentent une contrainte budgétaire réaliste du point de vue de la capacité du malade de payer du traitement VIH/SIDA, le prix même subventionné du traitement pour l'adulte atteint de SIDA ne sera pas abordable pour l'ensemble de la population.

Donc, la décision d'introduire les ARV dans un système de santé publique est prise au terme d'un long processus de définition des priorités à différents niveaux budgétaires dans du pays. L'établissement du budget national déborde largement le cadre de la présente analyse.

Mais il convient néanmoins de noter que des fonds pour des activités e prévention du VIH/SIDA peuvent être versés à des secteurs autres que celui de la santé en particulier dans le cadre de l'éducation sexuelle dans les écoles.

D'autres secteurs peuvent aussi mener des activités qui ont un impact significatif sur la santé publique comme l'approvisionnement en eau propre et l'assainissement assurés par les ministères des travaux publics.

Par rapport aux fonds nécessaires pour toutes les activités liées au VIH/SIDA, il faut comparer le rapport coût/efficacité des traitements ARV, mesure dans la quelle ils réduisent le fardeau de la morbidité, à celui de toutes les autres interventions contre le VIH/SIDA..

Conakry le 1er décembre 2002
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.

 

 
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