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La flore de Guinée renferme un grand nombre de
plantes utiles pour l'homme : ce sont des plantes alimentaires,
fourragères, textiles, fibreuses; des plantes qui fournissent
des colorants, des tanins, des résines etc.
Mais ce sont les plantes médicinales, utilisées en médecine
traditionnelle de Guinée ainsi que d'autres pays de l'ouest africain
qui forment le groupe le plus important.
C'est précisément dans les forêts transitoires
et les forêts denses que la plupart des plantes médicinales
sont répandues et qu'habitent les guérisseurs les plus célèbres.
Les plantes médicinales sont par excellence des arbres et
des arbustes, et seulement un nombre insignifiant de ces plantes
est herbacé.
Il est à noter, que plusieurs espèces utilisées en Guinée,
sont aussi employées dans d'autres pays d'Afrique de l'ouest pour
traiter les mêmes maladies.
L'analyse des prescriptions montre que les maladies traitées le
plus souvent par les guérisseurs des villages guinéens sont les
suivantes :
maux d'estomac et d'intestins, parasites intestinaux, maladies des
yeux, impotence des hommes, rhumatisme, hématurie, faiblesse générale,
refroidissement (toux, rhume de cerveau), maux de dents et de tète.
Un nombre important de prescription concerne les maladies de la
peau, le traitement des plaies de circoncision, le rhumatisme.
Parmi les maladies des enfants, ce sont celles provoquées par le
sevrage précoce des nouveaux-nés qui sont très souvent mentionnées.
Les soins de la grossesse, la prévention contre l'avortement, le
traitement de la stérilité des femmes jouent un rôle important
dans la médecine traditionnelle.
Des mesures préventives contre la grossesse ainsi que des médicaments
provoquant l'avortement, à ce qu'il parait n'existe pas ?
Ce qui semble normal dans un pays où on aime les enfants et où leur
grand nombre est considéré comme bonheur, une chance.
Le traitement des morsures de serpent attire l'attention de tous
les guérisseurs.
Les médicaments sont utilisés pour calmer les douleurs, pour provoquer
les vomissements et pour neutraliser l'action des venin.
En même temps, l'attention est prêtée à la sécurité
de celui qui doit sucer le venin de la plaie de la victime. Plusieurs
préparations sont proposées pour préserver la bouche de l'intoxication.
Par exemple, on croque les feuilles de Niki (toma, Microdensis puberta)
et on le maintient dans la bouche en tirant le venin de la plaie.
La solution des feuilles sert à neutraliser l'action mortelle du
venin.
Une certaine quantité de feuilles malaxées est donnée à manger à
la victime.
Des ordonnances pareilles sont nombreuses même contre le
venin de Dendroaspis viridis, un serpent très dangereux à cause
de l'action rapide de son venin.
Les guérisseurs Kissiens trouvent un médicament : "quand on est
attaqué par ce serpent, on doit croquer l'écorce de G'bamba (Albizzia
zygia), en faire une solution que l'on boit".
Les médicaments composés sont surtout caractéristiques chez les
guérisseurs Toma : on y trouve des ordonnances constituées de 10
à 12 plantes.
Le mode d'usage des médicaments végétaux est aussi très caractéristique,
mais assez variable. Ce sont les feuilles et les écorces qui sont
les plus utilisées. Les décoctions et les infusions chaudes
ou froides sont préparées avec des feuilles, des écorces et des
racines pilées ou macérées.
Pour préparer les liniments (pommades) on emploie les huiles végétales
: huile de palmiste, huile de Karité (Butyrospermum parkii).
Les bains humides ainsi que les bains de vapeur et l'inhalation
sont très souvent recommandés pour le traitement de maladies différentes.
Si tous ces procédés sont identiques aux procédés de la médecine
officielle, ils s'en distinguent seulement par les médicaments utilisés.
Mais, certains procédés sont propres seulement aux guérisseurs traditionnels.
L'utilisation de Kaolin associée aux préparations et des huiles
végétales : faire bouillir les feuilles de l'ensemble et l'écorce
de GBAGBAI (Albizzia sassa) en ayant soin de les mettre dans la
marmite dans l'ordre indiqué. Prendre un bain de vapeur, se laver
ensuite avec la solution et masser le corps avec les feuilles chaudes.
Une ordonnance pour le traitement des maux d'estomac indique la
préparation d'un médicament fait d'écorce de YALA (Khaya senegalensis)
et reine de termite. Les termites jouent un rôle important
dans les préparations des guérisseurs de la Guinée forestière.
Lorsqu'ils mentionnent les termitières, ils indiquent assez
souvent : "prendre telle plante sur une termitière" ou au
contraire, "éviter de prendre la plante sur la termitière" (la racine
de Cassia sieberiana).
Certains médicaments sont préparés avec la bile de buf :
piler l'écorce de POVOIGROGUI (toma), la faire bouillir et y ajouter
une bile de boeuf (contre les palpitations du coeur).
Les ordonnances sont très souvent suivies par des indications
de régime au cours du traitement. Par exemple, pendant le
traitement d"une hernie par la solution de racine de Newbouldia
laevis, il est interdit de manger du sel.
Les médicaments internes sont parfois différents pour les femmes
et pour les hommes. Par exemple, les médicaments composés de feuilles
de Vernonia conferta et d"écorce de Rauwolfia, bouillies ensemble
est donné sous forme de boisson contre les maux d"estomac, seulement
aux femmes, tandis que la poudre de racines de Rauwolfia peut être
utilisées pour les hommes ainsi que par les femmes.
Les doses des médicaments sont toujours différentes et toujours
plus petites pour les femmes et les filles que pour les les hommes
et les garçons. La plupart des remèdes des guérisseurs sont
préparés immédiatement avant leur utilisation; parfois, ils sont
préparés à l'avance et conservés pendant plusieurs mois.
Pour attacher du prix a leurs traitements, les rendre secrets pour
les malades et les autres habitants de leurs villages, les guérisseurs
ajoutent aux ordonnances des sortilèges et des exigences
spéciales que ne peuvent accomplir les patients sans la participation
du médecin même.
"Effectuer trois mouvements devant le visage du malade, puis prendre
la tête de la main droite et enduire le visage du patient".
L'exigence de laver les enfants prématurés avec une décoction de
feuilles en dehors du village et au milieu de la route est aussi
une ordonnance.
Toute cette magie doit être abandonnée en tant que survivance
des temps anciens. Peut être que dans les villages éloignés,
on y croit encore, mais la majeure partie des gens n'y attachent
plus d"importance.
Ce qui est important, ce sont les plantes utilisées par les guérisseurs.
Leur action médicale est vérifiée par plusieurs dizaines d'expériences
traditionnelles. Maintenant c"est la vérification scientifique qui
doit être entreprise.
L'étude de l'expérience des guérisseurs traditionnels est un problème
très important.
Conakry le 25 Novembre 2002
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.
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