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Reportage du docteur Kaba Kourouma - 13 mai 2005

Rapport d’évaluation de la performance d’un CHU de Conakry

« Pour hisser les services hospitaliers au rang des meilleurs, il faut encourager la motivation » a déclaré le Directeur National des Etablissements Hospitaliers de Soins (DNEHS) du Ministère de la Santé Publique après une évaluation de la performance du CHU Donka de Conakry.

La faiblesse des performances de nos hôpitaux nationaux (connus sous le nom de CHU) de Conakry est un constat fait chaque jour par les nombreux usagers de ces structures de référence de la pyramide sanitaire guinéenne. D’ailleurs, d’autres usagers n’hésitent pas de qualifier certains hôpitaux de l’intérieur du pays comme étant plus organisés et plus performants que nos CHU. Mais pourquoi cette inversion de la pyramide de qualité de soins et de performance d’adéquation ou de confort ?

Il faut reconnaître, que l’Etat guinéen a fait un grand effort pour la construction des infrastructures hospitalières dans le pays. Une bonne politique d’extension et de rationalisation de la couverture sanitaire a été menée au cours de la dernière décennie. Le pays dispose de 340 centres de santé et de 34 hôpitaux publics. Il existe également des cliniques et des centres de santé privés. Les hôpitaux nationaux de Donka et d’Ignace Deen sont des structures de formation et de recherche. Ils ont pour missions de prendre en charge, en plus de leurs activités les cas référés des hôpitaux régionaux ; préfectoraux, communaux de Conakry, de l’intérieur du pays, ainsi que ceux des hôpitaux d’entreprise et des cliniques privées du pays. Cette mission est elle pleinement assurée par ces CHU ? Il fallait dans ce cas évaluer et voir de près les causes de ces contre-performances.
C’est ainsi que, sous la Direction du Ministère de la santé, les cadres de la Direction des Etablissements Hospitaliers de soins se sont attelés à cet exercice ardu en Novembre 2004 : Evaluer les performances d’un CHU (le CHU de Donka) en appréciant les changements intervenus dans le fonctionnement des unités fonctionnelles de ce CHU au cours du premier semestre 2004, afin de mettre en place des mécanismes appropriés à leur consolidation ou correction.

Il fallait obligatoirement dans ce cas rentrer dans ce CHU et :

  • mesurer le niveau de l’activité de production de chaque service technique et administratif;
  • déterminer le degré de concordance entre le niveau de production et les recettes internes mobilisées pour chaque service ;
  • mesurer la qualité de la tenue des supports des données préalables à une évaluation plus approfondie de la qualité technique ;
  • apprécier le confort et l’hygiène des espaces de chaque service ;
  • élaborer et mettre en œuvre un plan d’amélioration du fonctionnement de chaque structure en fonction des problèmes identifiés ;
  • Etablir la base d’un contrat d’objectif et moyens avec le ministère de la santé publique.

Un travail pas facile ! Un travail de titan ! Pour faire ce travail, la DNEHS a intelligemment procédée d’une façon qui peut servir de guide à ceux qui ont en projet l’évaluation des performances des structures hospitalières  :

  • le découpage de l’hôpital en centre d’activités plus ou moins homogène (les spécialités médicales, les spécialités chirurgicales, les services médico-techniques, la maintenance et la direction) ;
  • le choix des déterminants majeurs et communs au fonctionnement de chaque service (l’utilisation et la mobilisation des ressources financières, la qualité des prestations, le confort des usagers) ;
  • la détermination des standards de référence par rapport aux déterminants ou aux dimensions choisies sur la base des canevas de monitorage mis à disposition des hôpitaux ;
  • la détermination d’indicateurs objectivement mesurable basés sur les caractéristiques de spécificité, de sensibilité, de validité et de disponibilité ;
  • l’élaboration de support de collectes de données et du mode de calcul des indicateurs

En lisant le rapport de la DNEHS et à l’analyse des indicateurs examinés avec professionnalisme, une cotation des services a permis de les diviser en 4 groupes sur une étendue qui va de 12 à 69 points.

Sur 24 services du CHU (spécialités médicales, spécialités chirurgicales, services médico-techniques) :

  • 2 services ont moins de 20 points (réanimation et psychiatrie) ;
  • 8 services ont entre 21 et 39 points (pédiatrie, maladies infectieuses, dermatologie, maternité, ophtalmologie, chirurgie plastique et la pharmacie hospitalière ;
  • entre 40 et 59 points ont retrouve les services de médecine interne, onco-hématologie, néphrologie, chirurgie viscérale, chirurgie pédiatrique, ORL, neurochirurgie, anatomo-pathologie, laboratoire d’analyses bio-médicales, imagerie médicale.
  • La traumatologie, la chirurgie maxillo-faciale, l’endocrinologie, et le service de maintenance ont plus de 60 points.

D’après nos notes de lectures, on remarque que cette évaluation à été faite en suivant une démarche rétrospective combinant trois techniques simples: le dénombrement de l’activité, l’échantillonnage systématique pour la qualité et l’observation pour le confort.
Les point distribués n’indiquent pas que tous les indicateurs soient négatifs, même pour les services ayant une cotation inférieure à la moyenne. Mais la Psychiatrie et le service de réanimation doivent faire beaucoup plus d’efforts que les autres services (ces deux services ayant une qualité de taux de rationalisation informant sur la qualité du suivi médical et infirmier des malades admis égal à 0).

Les services d’Anatomopathologie, d’urgences médicales, de chirurgie plastique et de chirurgie pédiatrique ont zéro point quant à l’adéquation (qui donne des informations sur l’effort de mobilisation interne des recettes de manière à disposer de ressources nécessaires à leur fonctionnement).
Par contre, au niveau de la Direction du CHU, les efforts en matière d’entretien des espaces communs correspondent à une note de 20/30 (66,66%).

L’indice synthétique de performance qui est la somme de la cotation de l’adéquation, de la rationalisation et du confort du service de traumatologie est de 69 points. Tout le monde est unanime sur la rigueur et l’organisation qui règnent dans ce service de traumatologie. Ensuite vient la chirurgie maxillo-faciale avec 64 points et l’endocrinologie avec 60 points.
Tous les services confondus, la note moyenne du CHU est de 44/85 (51,76%), avec un confort de 18/30, un ratio de 12/30 et une adéquation de 14/25.

Il paraît qu’avec ces résultats, le niveau d’activité des services est légèrement en hausse par rapport à ceux du premier semestre 2003, car il y aurait une meilleure notification des cas. Mais, le profil pathologique est resté le même et la situation économique n’a pas été marquée par une amélioration du niveau de revenu des ménages, facteur pouvant inciter la population à une plus grande consommation des soins. La population est souvent tentée de fréquenter la médecine traditionnelle.
N’y a t-il pas alors une sous notification ?

Le problème des CHU c’est la négligence des monitorages qui, selon la DNEHS, sont considérés comme de simples exercices administratifs sans grande utilité pour les professionnels. Ce monitorage, qui est en fait une auto-évaluation, peut révéler des disfonctionnements que l’on doit rapidement corriger et qui ne sont pas de nature à qualifier les prestations du CHU. On considère le monitorage dans les CHU comme étant des outils incommodes et réservés aux services de soins décentralisés comme les CS.

Par rapport à l’utilisation des subventions, certaines dépenses seraient en porte à faux avec les règles et procédures de comptabilité publique. La part relative des services dans l’activité globale de l’hôpital n’est pas uniforme. On constate une grande variation entre les services allant de 1% à 14% pour certains services.
Nous citons textuellement ce commentaire de la DNEHS « Le taux d’adéquation moyen de l’hôpital est de 59%, ce qui signifie que les 41% des recettes attendues en dehors des prises en charge ne sont pas versées à la direction avant leur rétrocession sous forme de ristourne. La masse d’argent ainsi conservée correspond approximativement au montant à ristourner. Cette situation indique que certains services procédent au prélèvement de leur ristourne et ne versent que la part qui revient à l’administration. Si dans le fond la démarche est juste, dans la mesure ou la clef de répartition a été ainsi établie, il faut signaler qu’il y a vice de forme. Cette situation doit être corrigée sur la base de contrat à établir entre l’administration de l’hôpital d’une part et le collectif des chefs de services d’autre part.»
C’est ainsi que le montant total de la production de l’hôpital en fonction des tarifs officiels serait de 270 457 000 FG et la prise en charge constitue les 25,5%, ce qui constitue une déperdition financière importante pour l’établissement.
L’actuel Ministre de la santé a défini la clé de répartition de 40/60 des subventions ce qui est acceptable.

En conclusion, l’indice synthétique de performance moyen de l’hôpital de 49/85 contre une valeur souhaitée de 80/85, signifie que de gros efforts sont à fournir par tous les services. Les indicateurs évalués peuvent être améliorés en l’absence de grands moyens financiers. L’exemple du service de traumatologie vient confirmer cette conclusion.

(Sources : DNEHS, PVS).

Conakry, le 13 mai 2005
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur santé tropicale Guinée

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