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Sida : un vaccin pour l'Afrique d'ici 2009 ?

Les pécheurs savent que plusieurs sortes de filets sont utilisées pour attraper différentes espèces de poissons, en fonction de leur taille. Le fait de regrouper les poissons (virus) par leur couleur (clade) ne renseigne pas toujours sur le meilleur filet (vaccin) à utiliser.

Dans le monde entier, plus de 40 millions de personnes sont infectées par le VIH. La vaste majorité d'entre elles souffrent de symptômes similaires. Les personnes qui ont accès à un traitement développent des réponses également similaires aux traitements prescrits, indépendamment de leur lieu de résidence. Si l'on se fie à ces éléments, toutes les personnes séropositives sont porteuses du même virus. Mais ceci ne veut pas dire que tout le monde est infecté par la même souche du VIH. En réalité, il existe d'innombrables souches du VIH. On peut les imaginer comme des membres d'une nombreuse famille : elles sont différentes les unes des autres mais restent liées les unes aux autres. Ce phénomène porte le nom de diversité virale.
Le VIH est le virus présentant le plus de diversités génétiques. Le VIH est actuellement divisé en neuf sous-types, ou clades, différents. On peut comparer les clades aux ramifications d'un arbre généalogique. En effet, en séquençant (le séquençage révèle l'ordre des nucléotides dans une chaîne donnée et dévoile "l'empreinte" génétique du virus) les morceaux de milliers de génomes viraux, les chercheurs ont été en mesure d'établir "l'arbre généalogique" du VIH. A la racine de l'arbre, se trouvent trois "groupes" appelés groupes M, N et O. Le groupe M est responsable de la pandémie actuelle du SIDA.

Mais, d'où viennent ces groupes ?

La réponse réside dans l'origine même du VIH. Celui-ci est lié à un virus appelé SIV (Virus d'Immunodéficience Simien) découvert sur des singes, comme les chimpanzés, par exemple. On pense que le SIV est passé d'un singe à l'homme. Il a réussi à s'adapter au corps humain et est devenu ce que l'on appelle désormais le VIH [...]. Les chercheurs pensent que la transmission d'animal à homme s'est produite plusieurs fois dans différentes régions du globe. Les groupes que l'on retrouve aujourd'hui sont probablement issus de ces évènements distincts de "transmission inter-espèces".
Au fil du temps, une diversité génétique s'est développée à l'intérieur de chaque groupe. Les virus de l'Asie n'ont pas évolués comme ceux d'Afrique. Ces sous-groupes régionaux sont appelés clades, ou sous-types génétiques. Les virus du même clade ont des séquences génétiques plus proches que celles de clades différents. C'est ainsi que le groupe M responsable de la pandémie actuelle se divise en neuf clades. Ceux ci suivent un schéma de diffusion géographique. Le clade C circule en Afrique du sud, en Inde et dans certaines régions de Chine. Les clades A et D sont courants en Afrique de l'Est et le clade B se rencontre en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest.

Le VIH est également l'un des virus connus à ce jour qui se transforme le plus rapidement. La mutation est l'un d'entre eux. Des taux élevés de mutation (modification du matériel génétique) et de recombinaison (processus parle quel des morceaux du matériel génétique de deux origines différentes sont rassemblés) donnent constamment naissance à de nouvelles souches. Le VIH se reproduit (ou se réplique) chez une personne infectée en fabriquant plusieurs copies de son génome. Au cours de cette opération , il commet de fréquentes erreurs, appelées mutations. C'est principalement en raison de ces mutations que la population virale diffère légèrement d'une personne à une autre, et même du VIH par lequel elle a été infectée.
Les personnes qui sont exposées au VIH de manière répétitive peuvent être infectées par plus d'un virus de clades différents. Ces virus peuvent parfois échanger des portions de leurs génomes et former ainsi un nouveau virus.

Cette grande diversité du VIH confronte ceux qui tentent de mettre au point des vaccins anti-SIDA à l'une des plus vastes inconnues scientifiques : est-il possible d'élaborer un seul vaccin "universel" contre toutes les souches du VIH ? ou sera-t-il nécessaire de fabriquer de nombreux vaccins, chacun adapté aux souches les plus répandues du VIH dans une région spécifique ? Pire encore, cela pourrait-il signifier qu'un nouveau vaccin serait nécessaire chaque année, comme c'est déjà le cas pour la grippe ?
De la réponse à ces questions dépendra la mise au point et la diffusion à l'échelle mondiale à plus ou moins long terme, d'un vaccin efficace contre le SIDA. La fabrication et la distribution d'un seul vaccin approuvé représenteront une entreprise colossale. Avec de nombreuses versions, ou encore avec un vaccin différent chaque année, la mission pourrait bien relever du cauchemar.
La question de la diversité du VIH a également été soulevée au cours des planifications des essais de vaccins. La diversité virale représente un défi pour la mise au point de vaccins. Les vaccins anti-VIH sont construits à l'aides de petites parties du virus, les "immunogènes". lorsqu'une personne reçoit un vaccin, ces immunogènes sont "vus" par le système immunitaire. C'est ce qui provoque la réponse immunitaire qui crée des défenses contre ces parties du VIH. Le but d'un vaccin contre le sida consiste à faire que le système immunitaire crée de fortes défenses qui mettent fin à l'infection ou empêchent la progression de la maladie.

La question clé qui subsiste est la suivante : Les fragments d'un clade induiront-ils une réponse immunitaire offrant une protection contre les autres clades ? la même question se pose pour les virus d'un même clade qui ont muté et sont désormais très différents du virus original utilisé pour fabriquer le vaccin candidat.

Une approche consiste à fabriquer des vaccins qui ne sont pas basés sur un seul virus. Une autre piste est étudiée : fabriquer des vaccins contenant des gènes appartenant à de multiples clades. Un vaccin candidat en cours de développement inclut des gènes du VIH des clades A, B et C. Mais, les clades sont-ils importants pour les vaccins anti-sida ? le système clade ne constitue qu'une des nombreuses façons de classer les virus.
Une autre option consiste à classer les souches du VIH par les réponses immunitaires quelles provoquent chez les sujets. Cette approche mérite d'être étudiée, puisque les réponses immunitaires sont au cour de la question de vaccin. Les pécheurs savent que plusieurs sortes de filets sont utilisées pour attraper différentes espèces de poissons, en fonction de leur taille ; le fait de regrouper les poissons (virus) par leur couleur (clade) ne renseigne pas toujours sur le meilleur filet (vaccin) à utiliser.

Les scientifiques ont fait, grâce à des techniques des découvertes encourageantes : les réponses induites par le vaccin reconnaissent fréquemment au moins centaines souches du VIH par rapport à d'autre clades, même si l'activité est différente de celle observée face au clade correspondant au vaccin. Pour le moment, on a pu faire cette constatation avec un constituant du système immunitaire (les réponses immunitaires cellulaires) mais pas avec l'autre (les anticorps).
Il est largement admis, a travers l'Afrique, que la question de la diversité doit faire l'objet de tests rigoureux à travers des essais cliniques bien conçus dans des environnements avec et sans correspondance de clades.
Six essais de vaccins sont ou seront bientôt approuvés ou en cours d'expérimentation en Afrique. Tous ces essais porte sur des études préliminaires de tolérance (dénommée Phase I ou Phase I/II). Ce type d'essai fait généralement appel à moins de 100 volontaires, chez qui on surveille les effets secondaires ou les réactions négatives. Ces études ne fourniront pas d'informations sur l'efficacité du vaccin contre le VIH.
Pour cela, il est nécessaire de conduire des essais (Phase III) sur une population plus étendue (plusieurs milliers de volontaires). Les essais de phase III peuvent commencer lorsque la tolérance du vaccin a été établie.
En tout cas, le Programme Africain pour le Vaccin contre le SIDA (PAVS) est déterminé à s'assurer que :

  • D'ici 2004 : des vaccins expérimentaux appropriés seraient mis au point et testé en Afrique
  • D'ici 2005 : au moins quatre essais de Phase I/II seront initiés et menés à terme
  • D'ici 2006 : au moins un essai de phase III serait initié pour en tester l'efficacité
  • D'ici 2008 : des plans spécifiques seront élaborés pou la mise à disposition du vaccin
  • D'ici 2009 : un essai de Phase III (efficacité), serait achevé et des plans concrets mis au point pour garantir l'accès de ces vaccins en Afrique (VAX mai-août 2003, International AIDS Vaccine Initiative)

Conakry le 6 septembre 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.

 

 
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