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Les pécheurs savent que plusieurs
sortes de filets sont utilisées pour attraper différentes espèces
de poissons, en fonction de leur taille. Le fait de regrouper les
poissons (virus) par leur couleur (clade) ne renseigne pas toujours
sur le meilleur filet (vaccin) à utiliser.
Dans le monde entier, plus de 40
millions de personnes sont infectées par le VIH. La vaste majorité
d'entre elles souffrent de symptômes similaires. Les personnes qui
ont accès à un traitement développent des réponses également similaires
aux traitements prescrits, indépendamment de leur lieu de résidence.
Si l'on se fie à ces éléments, toutes les personnes séropositives
sont porteuses du même virus. Mais ceci ne veut pas dire que tout
le monde est infecté par la même souche du VIH. En réalité, il existe
d'innombrables souches du VIH. On peut les imaginer comme des membres
d'une nombreuse famille : elles sont différentes les unes des autres
mais restent liées les unes aux autres. Ce phénomène porte le nom
de diversité virale.
Le VIH est le virus présentant le plus de diversités génétiques.
Le VIH est actuellement divisé en neuf sous-types, ou clades, différents.
On peut comparer les clades aux ramifications d'un arbre généalogique.
En effet, en séquençant (le séquençage
révèle l'ordre des nucléotides dans une chaîne donnée et dévoile
"l'empreinte" génétique du virus) les morceaux de milliers de génomes
viraux, les chercheurs ont été en mesure d'établir "l'arbre généalogique"
du VIH. A la racine de l'arbre, se trouvent trois "groupes" appelés
groupes M, N et O. Le groupe M est responsable de la pandémie actuelle
du SIDA.
Mais, d'où viennent ces groupes
?
La réponse réside dans l'origine
même du VIH. Celui-ci est lié à un virus appelé SIV (Virus d'Immunodéficience
Simien) découvert sur des singes, comme les chimpanzés, par exemple.
On pense que le SIV est passé d'un singe à l'homme. Il a réussi
à s'adapter au corps humain et est devenu ce que l'on appelle désormais
le VIH [...]. Les chercheurs pensent que la transmission d'animal
à homme s'est produite plusieurs fois dans différentes régions du
globe. Les groupes que l'on retrouve aujourd'hui sont probablement
issus de ces évènements distincts de "transmission inter-espèces".
Au fil du temps, une diversité génétique s'est développée à l'intérieur
de chaque groupe. Les virus de l'Asie n'ont pas évolués comme ceux
d'Afrique. Ces sous-groupes régionaux sont appelés clades,
ou sous-types génétiques. Les virus du même clade ont des séquences
génétiques plus proches que celles de clades différents. C'est ainsi
que le groupe M responsable de la pandémie actuelle se divise en
neuf clades. Ceux ci suivent un schéma de diffusion géographique.
Le clade C circule en Afrique du sud, en Inde et dans certaines
régions de Chine. Les clades A et D sont courants en Afrique de
l'Est et le clade B se rencontre en Amérique du Nord et en Europe
de l'Ouest.
Le VIH est également l'un des virus
connus à ce jour qui se transforme le plus rapidement. La mutation
est l'un d'entre eux. Des taux élevés de mutation
(modification du matériel génétique) et de recombinaison
(processus parle quel des morceaux du matériel génétique de deux
origines différentes sont rassemblés) donnent constamment naissance
à de nouvelles souches. Le VIH se reproduit (ou se réplique) chez
une personne infectée en fabriquant plusieurs copies de son génome.
Au cours de cette opération , il commet de fréquentes erreurs, appelées
mutations. C'est principalement en raison de ces mutations que la
population virale diffère légèrement d'une personne à une autre,
et même du VIH par lequel elle a été infectée.
Les personnes qui sont exposées au VIH de manière répétitive peuvent
être infectées par plus d'un virus de clades différents. Ces virus
peuvent parfois échanger des portions de leurs génomes et former
ainsi un nouveau virus.
Cette grande diversité du VIH confronte
ceux qui tentent de mettre au point des vaccins anti-SIDA à l'une
des plus vastes inconnues scientifiques : est-il
possible d'élaborer un seul vaccin "universel" contre toutes les
souches du VIH ? ou sera-t-il nécessaire de fabriquer de nombreux
vaccins, chacun adapté aux souches les plus répandues du VIH dans
une région spécifique ? Pire encore, cela pourrait-il signifier
qu'un nouveau vaccin serait nécessaire chaque année, comme c'est
déjà le cas pour la grippe ?
De la réponse à ces questions dépendra la mise au point et
la diffusion à l'échelle mondiale à plus ou moins long terme, d'un
vaccin efficace contre le SIDA. La fabrication et la distribution
d'un seul vaccin approuvé représenteront une entreprise colossale.
Avec de nombreuses versions, ou encore avec un vaccin différent
chaque année, la mission pourrait bien relever du cauchemar.
La question de la diversité du VIH a également été soulevée au cours
des planifications des essais de vaccins. La diversité virale représente
un défi pour la mise au point de vaccins. Les vaccins anti-VIH sont
construits à l'aides de petites parties du virus, les "immunogènes".
lorsqu'une personne reçoit un vaccin, ces immunogènes sont "vus"
par le système immunitaire. C'est ce qui provoque la réponse immunitaire
qui crée des défenses contre ces parties du VIH. Le but d'un vaccin
contre le sida consiste à faire que le système immunitaire crée
de fortes défenses qui mettent fin à l'infection ou empêchent la
progression de la maladie.
La question clé qui subsiste est
la suivante : Les fragments d'un clade induiront-ils une réponse
immunitaire offrant une protection contre les autres clades ? la
même question se pose pour les virus d'un même clade qui ont muté
et sont désormais très différents du virus original utilisé pour
fabriquer le vaccin candidat.
Une approche consiste à fabriquer
des vaccins qui ne sont pas basés sur un seul virus. Une autre piste
est étudiée : fabriquer des vaccins contenant des gènes appartenant
à de multiples clades. Un vaccin candidat en cours de développement
inclut des gènes du VIH des clades A, B et C. Mais, les clades sont-ils
importants pour les vaccins anti-sida ? le système clade ne constitue
qu'une des nombreuses façons de classer les virus.
Une autre option consiste à classer les souches du VIH par les réponses
immunitaires quelles provoquent chez les sujets. Cette approche
mérite d'être étudiée, puisque les réponses immunitaires sont au
cour de la question de vaccin. Les pécheurs
savent que plusieurs sortes de filets sont utilisées pour attraper
différentes espèces de poissons, en fonction de leur taille ; le
fait de regrouper les poissons (virus) par leur couleur (clade)
ne renseigne pas toujours sur le meilleur filet (vaccin) à utiliser.
Les scientifiques ont fait, grâce
à des techniques des découvertes encourageantes : les
réponses induites par le vaccin reconnaissent fréquemment au moins
centaines souches du VIH par rapport à d'autre clades, même si l'activité
est différente de celle observée face au clade correspondant au
vaccin. Pour le moment, on a pu faire cette constatation avec un
constituant du système immunitaire (les réponses immunitaires cellulaires)
mais pas avec l'autre (les anticorps).
Il est largement admis, a travers l'Afrique, que la question
de la diversité doit faire l'objet de tests rigoureux à travers
des essais cliniques bien conçus dans des environnements avec et
sans correspondance de clades.
Six essais de vaccins sont ou seront bientôt approuvés ou en cours
d'expérimentation en Afrique. Tous ces essais porte sur des études
préliminaires de tolérance (dénommée Phase I ou Phase I/II). Ce
type d'essai fait généralement appel à moins de 100 volontaires,
chez qui on surveille les effets secondaires ou les réactions négatives.
Ces études ne fourniront pas d'informations sur l'efficacité du
vaccin contre le VIH.
Pour cela, il est nécessaire de conduire des essais (Phase III)
sur une population plus étendue (plusieurs milliers de volontaires).
Les essais de phase III peuvent commencer lorsque la tolérance du
vaccin a été établie.
En tout cas, le Programme Africain pour le Vaccin contre le SIDA
(PAVS) est déterminé à s'assurer que :
- D'ici 2004 : des vaccins expérimentaux appropriés seraient mis
au point et testé en Afrique
- D'ici 2005 : au moins quatre essais de Phase I/II seront initiés
et menés à terme
- D'ici 2006 : au moins un essai de phase III serait initié pour
en tester l'efficacité
- D'ici 2008 : des plans spécifiques seront élaborés pou la mise
à disposition du vaccin
- D'ici 2009 : un essai de Phase III (efficacité), serait achevé
et des plans concrets mis au point pour garantir l'accès de ces
vaccins en Afrique (VAX mai-août 2003, International AIDS Vaccine
Initiative)
Conakry le 6 septembre 2004
Dr Kaba KOUROUMA, Ambassadeur Santé tropicale, Guinée.
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