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Santé maternelle : les femmes révisent leur position sur la contraception - 19/09/2010 - Le patriote - Côte d'IvoireEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

La santé maternelle reste l’un des défis majeurs à relever en Afrique subsaharienne. En Côte d’Ivoire, le problème se pose avec plus d’acuité. On estime que 16 femmes meurent chaque jour des suites de grossesse. Face à ce problème, les méthodes contraceptives se posent comme une solution efficace pour la lutte.

Il y a encore deux ans, C. Mariam ne voulait pas entendre parler de contraceptive. A 35 ans passés, et avec seulement (selon elle-même) 4 enfants, elle se sentait encore la force de faire des bébés. Pour elle, faire le plus d’enfant possible était une façon de prendre sa revanche sur la vie. Car les enfants ou plutôt, leur absence ont été à la base de l’échec de son premier mariage. « Je me suis mariée toute jeune. Mais les trois enfants que j’ai eus dans mon mariage sont tous décédés dès leur bas âge. Mon mariage n’a donc pas survécu face à ces malheurs. Alors, lorsque je me suis remariée et que mon premier enfant a survécu, je me suis dit que j’allais faire autant d’enfants que le Tout-puissant me donnera pour montrer que je n’étais pas une femme de malheur », relate-t-elle.

Pourtant avec le poids de l’âge, les médecins vont prévenir la bonne dame du risque qu’elle encourt en prenant encore des grossesses. Des menaces dont elle ne tiendra pas compte jusqu’à ce qu’elle prenne sa sixième grossesse et que les choses se compliquent pour elle. Deuxième épouse, son mari a fini par prendre une troisième femme. Aussi, l’a-t-il abandonné au profit de la nouvelle épouse. « Il ne s’occupe plus des enfants. Ni de leur scolarité, ni de leur nourriture encore moins de leur habillement. Tout l’argent que je gagne dans mon petit commerce, je le prends donc pour subvenir au besoin des mes enfants. Dans mon entourage, tout le monde était mécontent du fait que je prenne une sixième grossesse avec tous ces problèmes. L’argent ne suffisant plus pour subvenir aux charges des enfants, je suis allée à la maternité du quartier pour prendre le carnet et je n’y suis retournée qu’après mon accouchement », avoue la dame.

Pourtant, confie t-elle, ce n’était pas l’envie qui lui manquait, car la grossesse l’a beaucoup fatiguée. « Tout le temps j’étais couchée. C’est ma rivale (la première épouse) qui donnait à manger à mes enfants. Tout cela m’a donné à réfléchir. Je me suis demandée quel sera l’avenir de mes enfants si je ne m’en sortais pas », se rappelle encore C. Mariam, toute émue. Fort heureusement, elle accouchera à la maison sans problème, avant d’être transportée à la maternité. Cependant, Mariam reconnait que cet épisode de sa vie l’a beaucoup fait prendre conscience. De sa bonne santé dépendait l’avenir de ses enfants. Aussi, a-t-elle décidé d’utiliser une méthode contraceptive, en l’occurrence la pilule pour éviter des risques inutiles.

Le planning familial, moyen de promotion de la santé maternelle

Comme Mariam, elles sont nombreuses les femmes qui utilisent une méthode contraceptive. K Alice, jeune maman en fait partie. Elle a découvert les méthodes contraceptives grâce à des séances de sensibilisation d’une ONG. « Je venais de me marier et je n’avais pas encore d’enfants. Je ne voulais donc pas entendre parler de ces méthodes. Mais on m’a fait comprendre que je pouvais avoir autant d’enfant que je voulais, à condition de les espacer si je voulais être toujours en bonne santé pour mieux m’occuper d’eux. C’est ainsi que j’ai décidé de me mettre sous contraceptif. Avec le médecin, nous avons convenu de choisir la méthode par injection, car je risquais d’oublier les prises quotidiennes de pilule. Et quand j’ai voulu avoir mon bébé, j’ai arrêté la contraceptive et je suis tombée enceinte », raconte-t-elle tout sourire.
Ainsi, les femmes, soutient M. Kassi, animateur d’une ONG de lutte contre la mortalité maternelle ont compris que le planning familial leur permettait de s’assurer une bonne santé et surtout de mieux s’occuper de leurs enfants. Elles ont aussi compris que le planning familial qui suppose l’utilisation d’une méthode contraceptive, n’avait pas pour objectif de les empêcher de faire des enfants, mais de les espacer. « Quand vous parviendrez à faire comprendre aux femmes que le planning familial ne signifie pas interdiction, mais espacement des naissances, et que cela leur permettait de rester en bonne santé, belles et de mieux s’occuper de leurs enfants, elles commencent à adhérer à votre idée », nous explique M Kassi. Le plus important, poursuit-il, c’est de leur expliquer qu’avec la contraception, elles peuvent exercer une activité génératrice de revenus et participer aux dépenses de la famille et les enfants s’épanouissent en grandissant.

De plus, compte tenu des ravages du VIH/SIDA, son ONG poursuit M. Kassi, met l’accent sur les préservatifs qui permettent à la fois de protéger contre le VHI/SIDA et d’éviter les grossesses non désirées. Ce procédé, appuie Dr Dogoré Eliane Marilyne, responsable de la santé de la reproduction et de la planification familiale au Fonds des Nations Unies pour la Population(UNFPA), a porté ses fruits en Europe de l’est. « Sur la base de l’évidence scientifique, la planification joue un double rôle. Elle permet d’éviter un tiers des morts maternelles. Egalement, on s’est rendu compte que les pays de l’Europe de l’Est qui ont fait de l’intégration des services VHI/planification familiale, amélioraient la fréquentation des services de santé, augmentaient la prévalence contraceptive, le nombre de personnes qui faisaient leur test de dépistage et qui étaient sur ARV », note-t-elle.

Pour nombre de spécialiste en santé maternelle, cette expérience est la voie tout indiquée pour la Côte d’Ivoire qui enregistre à la fois le plus fort de taux de mortalité maternelle et de séroprévalence de l’Afrique de l’ouest. Nul doute que l’intégration des ces deux services permettra d’avoir des effets escomptés dans la lutte et de réduire par la même occasion, le coût de la lutte.

Dao Maïmouna

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