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80 à 90 nouveaux cas par mois au CHU de Treichville - 13/06/2006 - Fraternité matin - Côte d'IvoireEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

En moyenne, 80 à 90 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués par mois en consultation dans le service de cancérologie du CHU de Treichville. Selon le Dr Adoubi Innocent, cancérologue, président de l'association ivoirienne de lutte contre le cancer, les spécialistes d'organes décèlent également d'autres cas en ville, et il n'est pas évident que le service puisse " absorber " tous les cancers diagnostiqués.

On parle souvent de paludisme et de Sida et pourtant, le cancer fait autant de ravage que ces maladies. " On ne parle pas assez du cancer parce qu'il est méconnu. Il est méconnu aussi bien des populations que des autorités qui ne sont pas très informés de la situation actuelle du cancer ". Cette maladie touche toutes les couches sociales. Elle touche également les deux sexes de manière plus ou moins égale. Et les enfants dans une proportion beaucoup plus faible. En matière de proportion hommes femmes, 53% des cancers concernent les femmes, et 43% les hommes.

Dans les milieux défavorisés, les cancers que l'on rencontre sont liés aux infections. Chez la femme, notamment, c'est le cancer du col de l'utérus. Il se contracte également lors des rapports sexuels par le biais d'un virus, " le papilloma virus «, dont l'homme est porteur saint. Le développement de la maladie est lié à des facteurs favorisants : les traumatismes répétés, les accouchements nombreux, ainsi que des facteurs hygiéniques défavorables. Pour Dr Adoubi, le cancer de l'utérus est aussi le cancer de l'ignorance parce qu'il frappe la patiente qui ne va pas consulter systématiquement la sage- femme ou le gynécologue, et qui peut être victime d'une infection chronique liée à ce virus. Alors que des consultations périodiques avec des gestes précis pour l'inspection visuelle du col peuvent prévenir ce cancer dans 60 à 70 % des cas.

En ce qui concerne les milieux favorisés, les cancers sont liés aux modes de vie. Notamment le tabagisme ou l'alimentation riche en graisse. Ils peuvent faire le lit des cancers digestifs. Particulièrement les cancers colorectaux. " Lorsque je prends le cancer du sein, il n'y a pas de prédisposition d'une couche sociale par rapport à une autre ", souligne le docteur. Le cancer du sein commence cependant à être le plus fréquent. " Il monte en puissance à cause de l'occidentalisation de la vie de la femme africaine, particulièrement la femme du milieu urbain qui a une vie similaire à celle des Européennes ", indique-t-il. Les facteurs hormonaux tels que la baisse de la fécondité, l'allongement de la période d'activité génitale, avec la ménopause tardive peuvent constituer également des facteurs à risques de ce type de cancer. De même que le stress qui perturbe le métabolisme hormonal de la femme et qui est un facteur favorisant dans les cancers du sein ; cancer qui va selon lui, augmenter. Cependant le plus important chez la femme à partir de 40 ans, c'est le dépistage systématique, la mammographie systématique annuelle, ou tous les deux ou trois ans. L'autopalpation joue également un rôle important, et doit être enseignée dans toutes les maternités et les formations sanitaires.

Chez les hommes, les cancers les plus répandus en Côte d'Ivoire et généralement en Afrique noire, ont le cancer du foie en première position, suivi du cancer de la prostate. Avec le tabagisme, on commence à avoir de plus en plus de cas de cancer du poumon. Le cancer de foie est lié à l'hépatite B qui sévit sous un mode endémo épidémique dans nos régions. Le cancer de la prostate est lié au vieillissement. La race noire est particulièrement exposée à ce mal. Une disposition génétique liée au fait que l'androgène, l'hormone masculine, est particulièrement perturbée chez le sujet noir peut en être la cause.

Se tuer a petit feu

Le cancer du poumon est la cause de décès unique la plus importante dans le monde selon l'OMS, avec 1,1 million de décès chaque année. En termes d'incidence, il constitue 12, 3% du nombre total des cancers les plus fréquents. Le cancer du sein, 10,4% et le cancer du côlon rectum 9,4%. Le cancer du poumon qui commence à faire ravage à travers le monde, est lié au tabagisme. Malheureusement, il n'y a pas plus sourd que les fumeurs. Ils préfèrent ne rien entendre. Ils ont toujours des arguments pour se donner le moral. Certains n'hésitent pas à dire qu'il faut bien mourir de quelque chose…D'accord. Mais, il faut être masochiste pour choisir de se tuer à petit feu. Puisque fumer c'est s'exposer à une mort lente et atroce.

Les cigarettes avec filtre et à teneur réduite en goudrons occasionnent un risque plus faible pour la plupart des cancers liés au tabac que les cigarettes sans filtre et à haute teneur en goudrons. L'OMS précise cependant qu'il n'existe aucune cigarette sans risques. Tous les produits de tabac à fumer comportent un risque cancérogène. La prévalence du tabac augmente si bien qu'il est probable qu'une épidémie de cancer du poumon balaie les pays en développement dans les décennies à venir. Un tel signal devrait interpeller les fumeurs. Et les amener à prendre conscience du danger qui les guette. Si ces personnes ont choisi librement de se laisser mourir, elles devraient peut-être penser à leur famille, à leurs amis et connaissances, aux personnes qui les aiment et qui seraient malheureuses de les voir quitter le monde de cette triste manière. Alors qu'elles auraient pu l'éviter.
Tout comme on fait des spots pour inviter les gens à " se préserver " pour éviter le Sida, on pourrait aussi faire une campagne agressive pour inciter les gens et particulièrement les jeunes à abandonner la cigarette. Dans les deux cas, les jeunes sont les plus exposés. Ils fument de plus en plus pour paraître. Dans leurs milieux, c'est un phénomène de mode très contagieux qui gagne du terrain.

Quant aux femmes qui l'ignorent, elles doivent désormais savoir que les rapports sexuels non protégés les exposent non seulement au SIDA, mais aussi au cancer du col. A cause du papilloma virus dont l'homme est porteur saint.
Dr Adoubi, président de l'association ivoirienne de lutte contre le cancer qui existe depuis le 4 décembre 2005, aimerait bien être soutenu dans sa campagne de sensibilisation. Il est convaincu que si on fait pour le cancer le dixième de ce qui est fait au niveau de sensibilisation sur le SIDA, le succès sera total.

Dr Adoubi Innocent, cancérologue, président de l’association ivoirienne de lutte contre le cancer : “le cancer du col de l’utérus est le plus fréquent en Afrique”

Peut-on avoir des chiffres sur le développement de ces cancers féminins ?
Nous sommes dans une moyenne de 27 à 30 nouveaux cas par an pour 100.000 femmes au niveau du cancer du col de l'utérus avec des chiffres similaires au niveau du cancer du sein. Nous avons une égale fréquence en Côte d'Ivoire, du cancer de l'utérus et du cancer du sein chez la femme.

Il semble qu'en Europe, les femmes guérissent du cancer du sein tandis qu'en Afrique, elles arrivent en consultation à un stade terminal de la maladie ?
Oui, elles arrivent à un stade avancé ; c'est là toute la problématique de la prise en charge. Face à ce stade avancé, les moyens de diagnostique, et les traitements sont lourds et souvent hors de portée de 80% des patientes qui sont défavorisées sur le plan financier. Avec une couverture d'assurance qui est très faible au sein de la population, il est difficile de prendre en charge ces populations. Plus le stade est avancé, plus le coût du traitement est élevé.

Combien de francs faut-il pour guérir d'un cancer ?
Cela est variable en fonction des cancers. Certains cancers sont pris en charge seulement par la chirurgie. D'autres sont pris en charge par la chimiothérapie. Pour la radiothérapie, en fonction du type de cancer, il y a une batterie de traitements que l'on met en place. Le cancer de l'utérus diagnostiqué tôt, le coût ne dépassera pas 200.000 Fcfa au sein des CHU.
La guérison est garantie. Un cancer de l'utérus avancé, où on ne peut pas opérer d'emblée, le coût peut aller jusqu'à 1.000.000 voire 1.500.000 F ; parce qu'il y a d'autres choses à faire telles que la chimiothérapie, et éventuellement la radiothérapie. Le cancer du sein : il est beaucoup plus élevé en coût que le cancer de l'utérus. Parce que face à un cancer de sein, il est important de proposer les trois types de traitement : la chirurgie, la radiothérapie, et la chimiothérapie. La radiothérapie n'existe pas en Côte d'Ivoire. Pour les patientes qui ont les moyens, nous les orientons à l'extérieur, et cela élève encore le coût de la prise en charge.

Justement, pouvez-vous nous dire si la Côte d'Ivoire est assez équipée pour lutter contre les cancers ?
En Côte d'Ivoire, il est important aujourd'hui qu'on mette en place une structure aussi bien hospitalière que de prise en charge pour le cancer, parce que la Côte d'Ivoire n'est pas encore équipée comme il se doit. Il existe un service de cancérologie qui a des capacités très modestes ; qui ne fonctionne pas comme un vrai service de cancérologie. Il est important que l'on mette en place un service avec toutes les fonctions : une unité de chimiothérapie, une unité de radiothérapie qui est indispensable et une unité de soins palliatifs intégrée à une unité de diagnostique. Il faut associer également une unité épidémiologique, qui fera de l'information et la surveillance néoplasique des cancers sur la ville d'Abidjan. Le service cancérologique d'Abidjan est à un stade embryonnaire. Il est démuni, malgré la présence d'hommes capables de prendre en charge le cancer. Je le considère comme un service peu fonctionnel pour répondre aux besoins de la population.

Il semble que dans le passé la Côte d'Ivoire a eu l'occasion de s'équiper, mais elle n'a pu saisir cette opportunité.
Nous avons eu plusieurs occasions de nous équiper mais… il ne faut pas se décourager, il est temps que la situation soit prise en compte de manière très sérieuse par les autorités, parce que la prise en charge du cancer a un coût économique. Si l'incidence du cancer continue d'augmenter, cela risque d'avoir une répercussion sur le progrès économique du pays. Lorsque je prends le cas du cancer du poumon, qui est difficile à prendre en charge et qui frappe les populations jeunes autour de la quarantaine, lorsque l'on commence à fumer à 20 ans…les cancers du sein et du col frappent les femmes jeunes à partir de 35 ans…Si on ne fait pas vite, on risque d'avoir une frange de la population invalide, et cela va causer de réels problèmes dans la croissance économique de ce pays.

Entre le cancer du col de l'utérus et celui du sein, lequel touche le plus les femmes ?
En Europe, le cancer du sein est 20 fois plus fréquent que le cancer du col de l'utérus. Cela s'explique par le fait qu'ils ont commencé depuis une vingtaine d'années une politique bien organisée d'information et de dépistage du cancer du col, si bien qu'on en voit de moins en moins. Vous en avez trois pour 20.000 habitants. C'est un cancer qui a tendance à disparaître. Et bientôt, avec le développement du vaccin contre le papilloma virus qui est l'agent essentiel du cancer du col, ce cancer n'existera pratiquement plus en Occident. A côté de cela, le cancer du sein est beaucoup plus fréquent, parce que les facteurs hormonaux existent dans ces pays…l'alimentation en graisse, la sédentarité, et la baisse de la fécondité en Europe, sont les facteurs réels qui prédisposent au cancer du sein. Une femme sur huit fera le cancer du sein, en Europe au cours de sa vie génitale.
En Afrique par contre, le cancer du col est le plus fréquent. Cela va avec la pauvreté, et la précarité. Le cancer du col de l'utérus, c'est un cancer de la femme pauvre. Parce que mal informée, elle ne se fait pas suivre. Par contre, le cancer du sein est beaucoup moins fréquent en Afrique. Mais, il va augmenter au fur et à mesure, avec l'urbanisation. Nous avons le même mode d'alimentation, nous commençons à avoir le même mode de vie, dans la prise des contraceptifs sur le long terme. Nous commençons à avoir une baisse de fécondité dans les villes urbaines. Le cancer du sein est moins fréquent en Afrique qu'en Europe, mais il sera bientôt au même niveau qu'en Europe, d'ici à une vingtaine d'années.

Les gens ne sont-ils pas informés parce qu'il y a très peu de cancérologues ?
Le service de cancérologie du professeur Echiman est né il y a une vingtaine d'années. C'est lui le pionnier de la cancérologie en Côte d'Ivoire. Et depuis, il y a cinq cancérologues qui ont été formés grâce à sa volonté. Le cancer, c'est d'abord une organisation. La prise en charge est l'affaire des cancérologues, mais aussi des autres services. Les services de santé publique qui doivent élaborer avec les cancérologues des programmes de lutte. Mais aussi les services d'organes qui voient la maladie avant le cancérologue. Ils doivent également être sensibilisés au diagnostique précoce du cancer. Un cancer diagnostiqué précocement, c'est 50% de succès. Ce n'est pas du tout négligeable.

Quelles relations entretenez-vous avec l'Ong SOS cancer ?
Nous sommes une association de médecins, et d'infirmiers au sein de l'Association ivoirienne de lutte contre le cancer. Dans notre organisation, nous avons trois départements : un département de sensibilisation et de prévention qui organise les conférences publiques, et les journées de consultations ouvertes dans les différentes communes de la ville d'Abidjan, et nous avons un département de pédagogie qui forme les agents de santé au diagnostique précoce du cancer. Et un département qui s'occupe de la promotion de l'Association ivoirienne de lutte contre le cancer, en rapport avec 12 associations de lutte contre le cancer dans le monde afin d'échanger. Les ONG, nous invitent à leurs activités de conférence et de consultation ouvertes. Parce que nous avons des spécialistes de consultation qui apprennent aux femmes à s'examiner et qui font le dépistage individuel systématique à l'occasion de ces journées. Donc, nous apportons notre appui technique à ces ONG, lorsqu'elles font leurs campagnes de sensibilisation.

Etes-vous arrivé à guérir des femmes qui avaient le cancer ? Si oui, elles étaient atteintes depuis combien d'années ?
Concernant les cancers du sein, les dernières statistiques de l'Institut de cancérologie nous donnent environ 25% de guérisons à 5 ans. C'est pour dire que c'est peut-être 30% qui consultent tôt. Et 70% qui consultent tard. Pour le col de l'utérus, nous avons à peine 15% de guérison, parce que 80% des patientes consultent tard. Les chiffres ne sont pas bons. Tandis qu'en Europe, 60% des cancers sont guéris à cause du diagnostique précoce.

Quels sont les moyens de prévention ?
Devant l'importance et l'impact du cancer, l'une des priorités que nous devons avoir, en matière de prise en charge du cancer, c'est d'abord la prévention. Les moyens de prévention existent et ont fait leurs preuves partout dans le monde. Il est important de mettre en place une politique, un plan national de prévention du cancer qui n'existe pas en Côte d'Ivoire, et que nous appelons de tous nos vœux. Au sein de ce programme, on peut mettre en place un plan national de prévention du cancer, notamment des cancers du col de l'utérus. Aujourd'hui, l'inspection visuelle du col permet le diagnostique précoce dans 60 à 70% des cas. Cela est réalisable à un coût très faible au niveau de nos populations. Les sages-femmes et les gynécologues peuvent la faire. Cela est vraiment à leur portée. Par rapport au cancer du sein, on peut mener une politique de baisse du prix des mammogrames, et surtout développer au sein de toutes les formations sanitaires les techniques d'autopalpation qui doivent être enseignées par tous les agents de santé aux femmes. Ce sont des moyens simples mais peu coûteux de prévention. La presse joue aussi un rôle dans le cadre de la médiatisation et de la sensibilisation de la population féminine. Par rapport au cancer du foie, il faut batailler pour que le vaccin contre l'hépatite B soit vulgarisé au sein de la population pour pouvoir faire baisser l'incidence du cancer du foie. L'autre volet de la prévention, c'est la lutte contre le tabagisme. Il existe en Côte d'Ivoire un comité de lutte contre le tabac. Il faut pouvoir favoriser l'action de ce comité en association avec les autres organismes qui luttent contre le tabac.

Marie Adèle DJIDJE

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