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Santé/ Dr Aka Florent (président de l’Ordre des médecins de Côte d’Ivoire) : “ des médecins exercent illégalement ” - 20/07/2011 - Fraternité matin - Côte d'IvoireEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

Dr Aka Florent (président de l’Ordre des médecins de Côte d’Ivoire) L’Ordre des médecins existe depuis plus d’un demi-siècle. Et pourtant il semble être méconnu du grand public et des médecins eux-mêmes. Ce qui explique en partie les abus dans les hôpitaux, l’anarchie dans l’installation des structures sanitaires et dans l’exercice de la profession. Le président de l’Ordre des médecins soulève un coin du voile sur toutes ces questions. Cinquante et un ans après, n’est-il pas nécessaire de réviser les textes de l’Ordre et les adapter au contexte actuel marqué par la révolution technologique?

D’abord, il faut savoir que l’Ordre des médecins est une institution de la République, comme il en existe ailleurs dans le monde. Il a été établi, quelques semaines après l’indépendance de la Côte d’Ivoire, en septembre 1960, par le législateur pour que les médecins respectent la déontologie médicale, l’éthique, la morale, en ce qui concerne les actes professionnels par rapport aux patients. Spécifiquement, l’Ordre est le seul organisme qui établit si un médecin qui a obtenu son diplôme à exercer ou pas en Côte d’Ivoire. Il est aussi chargé de s’occuper de l’entraide entre les médecins, des problèmes de retraite. Il reste un interlocuteur, un organe consultatif, en ce qui concerne des textes que l’Etat veut prendre dans le domaine de la santé. En dehors de ce caractère administratif légal, l’Ordre s’est doté d’une juridiction disciplinaire. C’est un tribunal disciplinaire qui ne concerne que les médecins. Ce tribunal sanctionne les médecins avec la particularité de ne pas faire de la publicité. C’est une affaire entre médecins, sauf si le caractère spécifique du problème nécessite qu’on informe la population sur le danger qu’il y a à consulter un médecin qui est peut-être suspendu ou radié et qui n’a plus le droit de recevoir les patients. Ces textes ont déjà été actualisés dans les années 1990 mais n’ont pu être votés à l’Assemblée nationale. Ils seront donc réactualisés, puisqu’il y a des nouvelles directives de l’Uemoa, le code de déontologie de la Cedeao à harmoniser, l’évolution de la médecine en matière des Tic. Il y a des projets de don d’organe en Côte d’Ivoire qui doivent être réglementés. Ces textes seront soumis de nouveau à l’appréciation du ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida, du Conseil des ministres et au Parlement.

Avec tout ce qui précède, l’on se demande alors pourquoi l’Ordre est, jusqu’à présent, méconnu de certains médecins et de la population?

De manière générale, l’Ordre ne fait pas de publicité. Mais il faut reconnaître qu’il était dans une léthargie avant notre arrivée. Pour la simple raison que nos prédécesseurs avaient beaucoup d’occupations et disposaient de peu de temps à lui consacrer. Et très souvent, les problèmes se réglaient à l’amiable. Quand nous sommes arrivés, nous avons décidé de faire respecter les textes et veiller à ce que les médecins respectent les patients et vice versa. Il est certain qu’il y a encore du travail à faire. Concernant les médecins, pendant de longues années, ils n’étaient pas assujettis à l’Ordre, même si les textes l’exigent. On ne les forçait pas à s’inscrire, c’est pourquoi ils ne connaissaient pas la déontologie. Le droit médical n’était pas suffisamment enseigné à la faculté de médecine. Il y avait donc une lacune manifeste. Quand des médecins savent qu’ils ne sont pas surveillés, ils s’adonnent à toute sorte d’actions déplorables et répréhensibles. Il faut donc les convoquer et leur parler de l’Ordre, du code de déontologie et de l’éthique que nous avons édité.

Que voulez-vous dire à travers l’expression « actes répréhensibles » ?

Un avortement illégal, par exemple, est un acte répréhensible qui est passible des assises. Des complications ou des décès après une intervention chirurgicale réalisée par un médecin en état d’ivresse est condamnable.

Un accident peut survenir, même avec un médecin lucide…

Oui, des accidents peuvent être dus au médecin ou au matériel qui est défaillant ou inopérant. Nous intervenons aussi à ce niveau sur le plan des sanctions disciplinaires. Dans ce cas, nous déterminons si l’accident est de la faute du médecin du personnel paramédical qui l’aide lors d’un acte chirurgical ou est le fait du matériel médical. Quelques fois, la faute incombe aux patients qui arrivent tardivement à l’hôpital et qui meurent avant même l’acte chirurgical.

Pour éviter toute confusion, dites-nous ce qui diffère l’Ordre des syndicats des médecins ?

L’Ordre, c’est la morale, l’éthique, la déontologie. Le syndicat a un rôle revendicatif par rapport à des objectifs d’amélioration du niveau de vie, des conditions de travail. Il joue un rôle de lutte contre les autorités ou les principes établis. Ce dernier est là pour réfléchir, suggérer des voies aux autorités en vue d’améliorer les conditions de travail des médecins. En outre, le syndicat peut recourir à des menaces de grève, alors que l’Ordre ne peut pas le faire.

Que fait l’Ordre pour mettre fin à l’anarchie que nous constatons dans le secteur médical ?

L’anarchie se situe à deux niveaux. D’abord au niveau des médecins. Il y en a qui ne sont pas inscrits à l’Ordre et qui exercent illégalement. Il y en a aussi qui y sont inscrits, exercent, mais ne figurent par sur le tableau ordinal. Sans oublier les médecins, parce que frappés d’une sanction, qui n’ont pas le droit d’exercer en Côte d’Ivoire, mais qui le font. L’Ordre peut donc intervenir, mais il ne peut agir seul. Il est obligé d’avoir recours à des moyens de coercition que sont la police, la gendarmerie, le ministère de la Santé et faire en sorte que ceux qui n’en ont pas le droit n’exercent pas sur le territoire ivoirien. Il existe une autre anarchie plus dangereuse, celle liée aux structures sanitaires. Là encore, c’est un peu plus compliqué, car l’Ordre n’est pas habilité à autoriser l’ouverture des structures sanitaires privées. Cela relève du ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida, au niveau de la direction des établissements à profession de santé. C’est seulement depuis trois ans que l’on nous a associés à la commission qui permet l’installation des structures sanitaires. Nous n’acceptons d’intervenir que lorsqu’il s’agit de médecins qui en font la demande. Nous refusons de donner notre avis concernant les ONG à caractère confessionnel, social qui veulent faire du médical. Car, nous estimons que des gens qui n’ont rien à voir avec la santé, ne doivent pas s’immiscer dans ce domaine. Parce que là aussi, c’est la porte ouverte à tous les abus et problèmes.

Mais, ces ONG sont souvent soutenues par des médecins ou alors certains d’entre eux suscitent la création des structures sanitaires par des ONG qu’ils ont eux-mêmes créées.

Des gens ont certes l’autorisation du ministère de tutelle, mais nous refusons de nous prononcer sur cette question, parce que ce ne sont pas des médecins qui en font la demande. S’il y a un problème, la responsabilité, dans ce cas, incombe à la personne qui a signé le contrat avec le ministère de la Santé. Au-delà de ce qui est officiel, les 2/3 des structures sanitaires à caractère confessionnel et social sont illégales. Mais, l’Etat de Côte d’Ivoire étant déficitaire à ce niveau, donc n’ayant pas les moyens de couvrir tout le territoire national, est obligé de faire avec ces structures illégales.

Il ne faut pas oublier aussi des médecins fonctionnaires qui utilisent le matériel de l’Etat pour travailler dans des structures privées où ils sont plus présents que dans les structures publiques qui les emploient.

Effectivement. Mais ce n’est pas toujours exact d’accuser les médecins. Il fut un moment où l’on annonçait plus de mille médecins au chômage, qui n’avaient ni la possibilité d’aller dans le privé ni de se faire embaucher à la fonction publique. Ils avaient donc recours à des structures à vocation confessionnelle, sociale ou des infirmeries. Il y en a qui ouvraient des structures illégales. Mais ils ne les fermaient même quand ils étaient embauchés à la fonction publique. C’est vrai qu’il y a la police à faire, mais l’Ordre n’en a pas les moyens, d’autant plus que les prérogatives d’ouverture de ces structures ne relèvent pas de sa compétence. Il est vrai que certains médecins ont des attitudes qui n’honorent pas la profession. Des cas de médecins qui prennent du matériel dans les structures publiques pour aller travailler dans le privé illégal nous ont été signalés. Il revient donc à l’Etat et au ministère de la Santé de faire la police au niveau desdites structures. A notre niveau, quand nous sommes saisis de ce genre de situation, nous convoquons le mis en cause et le soumettons au Conseil national et à la section disciplinaire si nécessaire. Les médecins ou les malades peuvent aussi dénoncer ceux qui sont dans le faux, soit par écrit soit verbalement et nous nous occuperons de la suite. Pour ce genre de comportement qui n’honore pas la corporation, les conseils départementaux peuvent être aussi saisis, notamment ceux d’Abidjan que l’on vient d’installer. Ces Conseils sont en fait des recours de première instance qui saisiront à leur tour le Conseil national, si cela est nécessaire. En revanche, l’Ordre apporte son concours aux médecins diplômés qui veulent s’installer.

Il y a une forte concentration de médecins à Abidjan, alors que les villes de l’intérieur en manquent...

Cela se vérifie dans tous les domaines. Nous avons adopté le modèle de développement français qui a ses avantages et ses inconvénients. Il nous revenait, en tant qu’Ivoiriens, de trouver le juste milieu. Maintenant, les Français commencent à régionaliser. Chez nous, à cause des soubresauts sociopolitiques, la mise en œuvre de la régionalisation n’a pu aller à son terme. Vous avez donc raison, il y a un déficit à l’intérieur du pays. Mais il revient aux Conseils généraux qui ont été élus de prendre des initiatives de financement d’investissement, en ce qui concerne les hôpitaux, les structures privées qui seront sous leur responsabilité et gestion financière. Car la loi le leur permet. Ils peuvent aussi recruter des médecins et infirmiers pour qu’ils ne soient plus obligatoirement à la fonction publique. On peut se départir de nos colonisateurs, pour faire preuve d’initiative et d’originalité en développant, par exemple, des structures sanitaires villageoises qui donnent satisfaction dans les pays moins développés que nous.

Les dirigeants d’alors avaient prévu de revaloriser les conditions salariales des médecins. Où en êtes-vous aujourd’hui, sur ce point, même si vous n’êtes pas un syndicat?

Effectivement, nous ne sommes pas un syndicat, mais nous avons suivi toutes les péripéties, tous les pourparlers et tous les engagements pris. Le médecin ivoirien est mal payé, c’est une vérité établie, surtout dans la fonction publique. Il revient aux autorités d’améliorer son pouvoir d’achat. Un reclassement a été prévu dans les pourparlers et s’il n’y avait pas eu tous ces soubresauts politiques, on serait très avancé dans la finalisation du profil de carrière du médecin de la fonction publique. Je pense que les nouvelles autorités s’attelleront à reprendre les choses là où on les a laissées et que ce reclassement sera fait.

Il y a une disposition qui permet aux médecins fonctionnaires de prendre deux après-midi de la semaine pour aller travailler dans le privé. Il leur est aussi permis de recevoir de la clientèle privée en étant dans les structures publiques. Tout cela relève d’une bonne organisation avec l’administration hospitalière pour que l’on sache véritablement ce qui revient aux médecins.

Ces dispositions sont donc mal appliquées par les médecins fonctionnaires, qui désertent les structures publiques pour le privé…

Si les médecins fonctionnaires ne sont pas surveillés, de deux après-midi auxquels ils ont droit, finalement ils se donnent toute une semaine. L’homme est ce qu’il est, il faut le surveiller.

Qui doit surveiller les médecins fonctionnaires ?

C’est l’administration hospitalière qui doit veiller aux mouvements des médecins fonctionnaires. Il faut savoir à quelle heure ils arrivent au travail. Au besoin les faire pointer. Etant donné les spécificités de leur travail, il n’a pas d’heure de descente fixe, s’il y a une urgence, la déontologie les oblige à s’occuper du patient avant de regagner leur domicile. On peut faire des aménagements, cela peut se faire sous forme de primes, parce que le médecin est souvent sollicité au-delà des heures normales. En cas d’urgence, de catastrophe naturelle, d’accidents tard dans la nuit, si on l’appelle, il doit venir. S’il ne vient pas, nous sommes là, au niveau de l’Ordre, pour faire respecter toutes ces dispositions.

A votre dernière assemblée générale, l’équipe que vous conduisez a obtenu la prolongation de son mandat de trois ans. Qu’est-ce qui n’a pas marché durant les six ans réglementaires ?

En fait, nous avons redynamisé l’Ordre. Au moment où l’on arrivait, on était à 15% de participation des médecins, nous sommes passés à 91%. Il ne reste que 10% des médecins à convaincre. Le gros problème à résoudre pendant ces trois ans, c’est l’installation des conseils départementaux à l’intérieur du pays. Mais on ne peut le fairesi les médecins eux-mêmes ne sont pas inscrits à l’Ordre. Parce que seuls les représentants des Conseils départementaux à jour de leurs cotisations peuvent voter le président de l’Ordre. Nous sommes un Conseil national de consensus et de transition. Nos prédécesseurs n’ont pas pu mettre en place tous les Conseils départementaux. Notre rôle, pendant les trois ans à venir, sera d’installer lesdits Conseils à vocation régionale sur l’ensemble du territoire national pour qu’ils puissent élire le prochain président de l’Ordre.

Pensez-vous que trois ans suffisent pour atteindre cet objectif, alors que vous devrez continuer la sensibilisation ?

Oui, on pourra atteindre cet objectif. Même si nous n’avons que 20 médecins inscrits à jour, nous installerons les conseils départementaux. Et ceux qui seront élus se chargeront de faire la police pour que les autres puissent s’inscrire ou se mettre à jour.

Combien de membres avez-vous à ce jour, sur le tableau ordinal ?

Nous sommes à 5525 médecins inscrits et en moyenne 3000 ont payé leurs cotisations en janvier 2011. Le tableau est publié à la fin du mois de janvier de la nouvelle année.

Interview réalisée par Germaine Boni

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