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Cancérologie : Kystes, tumeur, cancer du sein... silence, on dépiste ! - 09/04/2013 - Fraternité matin - Côte d'IvoireEnvoyer cette page par e-mail Ajouter cette page à mes favoris

La mammographie est un examen important dans le dépistage du cancer du sein, une maladie redoutée par toutes les femmes. Comment vivent-elles cet examen angoissant ? Ambiance. Que Dieu nous sauve ». Chapelet à la main, une femme d’une quarantaine d’années prie. Ce mardi-là, le service de radiologie d’une structure hospitalière vit une journée ordinaire. Sur les bancs, dans des fauteuils roulants ou sur des civières, toutes sortes de malades. Dehors, un ciel radieux dans lequel trône un soleil magnifique.

Malheureusement, les rayons ne sont pas assez forts pour irradier les infections qui, sournoisement, ont assujetti les corps. Après avoir invoqué la Vierge Marie et son fils Jésus, elle embrasse la croix qui pend à son chapelet vert clair. « Il y a tellement de maladies. Que Dieu ait pitié de nous», murmure-t-elle. « Amen», répond sa voisine. Entrant par effraction dans toute grâce qui résulterait de cette prière, avec un opportunisme naturel. « L’homme n’est rien. Il suffit d’une petite maladie », reprend la femme au chapelet. « Je prie pour moi et aussi pour tous les malades», soupire-t-elle en refermant les doigts sur son chapelet. Les regards se portent sur une dame, vieillie par la maladie, qui se débat, étendue sur une civière. A ses côtés, une jeune fille remet en ordre son pagne pour éviter qu’elle dévoile sa nudité.

Sur une autre civière, gît un homme amaigri. A son bras, une perfusion que son épouse s’active à maintenir en place. « Tu sais qui je suis ? Tu sais qui je suis ? La réponse à cette question se trouve dans les hôpitaux », murmure un militaire venu accompagner son épouse. « Que Dieu ait pitié de nous», répète plusieurs fois la femme au chapelet. Entre les malades, les médecins, infirmiers et autres techniciens vont et viennent. Pour eux, c’est un jour comme un autre. Cette routine paraît presque choquante. Elle tranche, en tout cas, avec l’anxiété qui alourdit les traits des malades. Parmi les patients, des femmes et des jeunes filles qui ont mal à l’aspect le plus visible de leur féminité : les seins. Ces femmes sont arrivées chacune avec un bulletin d’analyse pour la mammographie. Un bout de papier qui, dans leurs mains, doit peser des tonnes d’angoisse. Elles ont, pour la plupart, les traits tirés. Si leurs craintes se confirment, ce mardi-là serait marqué de l’encre la plus noire. « Où sont les femmes qui sont venues pour la mammographie ?», interroge un homme en blanc. Un agent lui tend les dossiers.

Une jeune femme d’environ 35 ans qui écoutait sans mot ses voisins, lève enfin les yeux du magazine panafricain qu’elle lisait. Dans son regard à elle aussi se lit la peur. Le silence est lourd. Que peut-il bien se passer dans les têtes ? Sûrement des tranches de vie qui défilent. Le futur devient subitement une lueur qui vacille. Et l’avenir, désormais, s’évalue en termes de sursis. L’appel commence.

La première, une dame de forte corpulence, se lève et suit le technicien. La porte se referme derrière elle. Combien de temps reste-t-elle ? Vingt, trente, quarante-cinq minutes ? Pour les patientes sur le banc, l’attente semble durer une éternité. La jeune femme tourne nerveusement les pages de son magazine. Parvient- elle à lire ? « J’ai mal au cœur », murmure l’épouse du militaire. Son mari se contente de lui sourire. La femme se lève pour faire quelques pas. « Mon épouse est très peureuse », dit le militaire aux autres femmes. Lorsque la porte s’ouvre et que le même technicien prononce le nom de la lectrice du magazine, elle ramasse son sac, ses pas sont loin d’être décidés. La porte se referme.

Dans la salle, un appareil impressionnant : le mammographe. « Déshabillez- vous. Enlevez le haut », lui demande le technicien en lui désignant une chaise placée dans un coin de la pièce. La jeune femme tremble. De froid ou de peur ? Elle porte les bras en croix. « Venez par là », ordonne le technicien. Il la place face à l’appareil, de sorte à ce que le sein gauche soit sur une plaque, et actionne la machine. « C’est bon pour la pression ? », interroge-t-il. « Oui », répond-elle faiblement. Le technicien lance des ordres. Ses gestes semblent automatisés, parce que des centaines de fois répétés.

Aucune émotion, aucune compassion. Seule la parfaite maîtrise de l’équipement fait écho au calvaire intérieur que doit vivre la patiente. « Mettez le sein droit sur la plaque. (Ndr)», dit-il. Il reprend les mêmes gestes, exactement comme il l’a fait pour l’autre sein. Il retire ses plaques et disparaît par une porte arrière, abandonnant la patiente à ses pensées et à ses angoisses. La porte s’ouvre et l’homme en blanc réapparaît pour la deuxième phase de cet examen. « Combien d’enfants avez-vous ? » demande-t-il. « Trois », murmure la jeune femme. « Quel âge ont-ils ? », poursuit-il. «Treize, huit et quatre ans », répond la jeune femme en levant sur son « bourreau » un regard apeuré. Pourquoi toutes ces questions, semble-t-elle se demander. Le technicien s’apitoierait-il sur son sort et celui de ses enfants qu’une vilaine tumeur maligne pourrait rendre précocement orphelins ? En prenant son bras gauche pour bien le placer sur la machine, le technicien se rend compte que sa patiente tremble de tous ses membres. « Qu’est-ce qui se passe ? Vous avez peur ? ». Elle se contente de hocher la tête. « ça va aller », feint-il de la rassurer. Elle fixe son interlocuteur, cherchant dans ses yeux une lueur qui dissipera ses inquiétudes et sur ses lèvres, un mot qui rassure. Malheureusement, ce dernier n’a pas un regard pour elle. Toute l’attention de l’homme en blanc est portée sur ses plaques et sa machine. Sein gauche, sein droit…Il fait, au total, six clichés, avant d’autoriser la patiente à se rhabiller. « Attendez dehors », lui dit-il simplement. Il sort pour en appeler une autre.

La mammographie est, en général, couplée à une échographie. L’attente se poursuit. Les femmes qui ont eu le temps de faire connaissance devant le poste de radiologie reprennent la causerie pour partager leurs angoisses et se rassurer mutuellement. « C’est la semaine passée que j’ai senti une boule dans le sein droit. Je suis allée voir mon médecin. Il m’a demandé de faire une mammographie pour être située », explique la dame à la forte corpulence qui a été, entretemps, rejointe par son époux et leur dernière fille. « Moi, j’ai terriblement mal aux deux seins. Depuis des mois, je ressens comme des brûlures ou des déchirements. J’ai peur… ».

Tour à tour, les femmes confient ce qu’elles ressentent : écoulement, douleurs, boules, etc. Elles parlent, se comprennent, sans pour autant prononcer ce mot maudit qui hante les esprits. Ce mot est là, mais aucune d’elles, comme pour conjurer le mauvais sort, n’osera le prononcer. « Ne vous inquiétez pas. Le plus important est de savoir de quoi vous souffrez afin d’être prises correctement en charge. Vous savez, la médecine a fait d’énormes progrès », intervient un homme qui soutient une lycéenne reconnaissable à son uniforme.

Il semble parler plus pour celle-ci que pour les autres patientes. « C’est ma nièce. Elle a une boule dans le sein, le gynécologue a demandé une mammographie. Je venais juste la déposer avant d’aller au boulot. Mais elle ne veut pas que je la laisse seule. Avec tout ce qui se dit à la télévision sur le cancer du sein, elle a peur», poursuit le monsieur.

CANCER, le mot est lâché. Six lettres dont la combinaison, même si elle peut être des plus cancres, est terrifiante. La lycéenne observe son entourage sans ouvrir la bouche. Comme si elle refusait de faire partie de ce groupe de femmes aux portes de l’enfer. Elle est si jeune et ayant donc toute la vie devant elle. « Le cancer se guérit. Je connais des personnes que l’on a soignées et qui ont repris une vie normale », soutient l’oncle de la lycéenne. « Pas nous les pauvres », rétorque une patiente.

Une des femmes qui semble très bien informée sur le sujet acquiesce. « Les cancérologues soutiennent effectivement que les chances de guérison existent. Cependant, la réalité, elle, est tragique. On dit qu’il y a des traitements innovants. Mais ils sont hors de prix pour la grande majorité des malades. Et lorsqu’une radiothérapie est nécessaire, le malade est obligé d’aller à l’extérieur, car la Côte d’Ivoire n’en fait pas encore, alors que des pays comme le Ghana si », dit-elle. « C’est mieux d’avoir le Sida », estime une autre. « Le cancer est maintenant un problème de santé publique. Beaucoup d’actions sont menées », tente de rassurer l’accompagnateur de la lycéenne. Guérir du cancer, elles veulent toutes y croire. La femme à la forte corpulence relate l’histoire d’une tante qui, après avoir été opérée du cancer du sein, va très bien. Une autre évoque le cas d’une amie qui se fait suivre par un tradipraticien-chercheur à Yopougon. « Elle m’a dit que ce chercheur est très bon et qu’elle m’emmènera le voir ». L’attente est longue. Le temps s’écoule…

Le deuxième appel commence. Cette fois, la lycéenne est la première. Elle ressort de la salle d’examen le visage fermé. L’oncle rejoint sa nièce dehors. Les autres patientes les regardent s’éloigner. Que lui a-t-on dit ? Dans la salle déjà, le médecin accueille une autre patiente. « Enlevez le haut et couchez-vous », lui demande, souriant, le praticien, tout en accrochant les clichés pris par le technicien sur l’écran fluorescent. La jeune femme, tel un automate, obéit, les yeux nerveusement fixés sur le médecin. Elle donne le sentiment d’épier une expression, un tic qui serait un signe qu’elle réussirait à interpréter.

Après avoir pris connaissance des clichés, il s’installe, applique le gel et promène sa sonde sur les seins. Il secoue de temps en temps la tête. Moins impressionnante, l’échographie reste tout aussi stressante. C’est un pas de plus vers le diagnostic. Un instant de vérité qu’appréhende sûrement la jeune femme. « Si c’est pour avoir un cancer, j’aurais coupé et jeté ces maudits seins au moment où ils avaient commencé à pousser», grogne la patiente. «Quoi ? La partie que nous on aime là tu vas couper pour jeter ? », taquine le radiologue.

La jeune femme ne desserre pas les dents, se disant sûrement que le plaisir charnel des hommes n’était pas à mettre en balance avec sa survie. « Je ne veux pas mourir », dit-elle dans un soupir, comme une prière adressée à Dieu. Et devant l’abîme qui s’ouvrait à ses pieds, les hommes et leurs fantasmes pouvaient aller au diable. «Pourquoi, dès qu’on parle de cancer, vous ne pensez qu’à une chose, cotiser pour votre cercueil et les funérailles ? », s’indigne le praticien. «Avons-nous vraiment tort ? », questionne la patiente. Le radiologue n’a pas le temps de répondre. Il est trop absorbé par ce qu’il cherche. Son exploration terminée, il lui tend un papier mouchoir, «Essuyez-vous et attendez dehors».

Il faut savoir que seul le résultat de la ponction biopsique confirmera, ou non, la présence d’une tumeur cancéreuse. Mais la mammographie, à travers sa classification Arc, donne les premiers indices. On l’imagine, pour celles chez qui l’on n’aura dépisté aucune trace de cellules cancéreuses, ce serait une grâce.

La vie reprendra des couleurs. Pour les autres, commencera une lutte épique contre l’ennemi mortel. Malheureusement, en Côte d’Ivoire, dans ce combat, le cancer part avec la faveur des pronostics. 

Séthou Banhoro

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